Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 14:10

Vous qui croyez que les fées ne peuvent être que bénéfiques...

Veuillez écouter ma chanson...


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C’était un soir comme tous les autres à la cour du roi des Mers Grises, un soir où les conteurs de tout genre se réunissaient pour échanger leurs histoires. Et parmi eux se trouvait Leriha, une bien étonnante demoiselle. Une jeune femme spécialisée dans les histoires sombres et tragiques.

 

Et la soirée commença autour du feu, d’abord dans les rires puis dans l’émotion des grandes passions. Puis, enfin, ce fut le tour de Leriha. Elle s’avança alors à pas lents au milieu du cercle des conteurs. Délicatement drapée dans sa longue robe, pas vraiment noire mais aux tons bleutés si intenses qu’ils pouvaient rivaliser avec ceux d’une nuit sans lune, elle était à la fois dotée de la grâce d’une princesse et du charme mystérieux des sorcières. Mais il n’y avait pas que son ensorcelante beauté qui attirait les regards, ce qu’elle portait avec légèreté dans les mains captait aussi toute l’attention de l’auditoire. Une lampe, une singulière lampe à huile. Soudain, les flammes qui ne faisaient alors que danser éclatèrent en une multitude de gerbes colorées.

 

Puis un léger voile de brume se mit à envahir la pièce. Et la voix de la jeune femme commença à s’élever, douce et chantante. Car aux talents de conteuse de Lehira s’ajoutait l’art subtil des ménestrels.

 

- Connaissez-vous la légende des fées ? Tous pensent les connaître mais vous n’en voyez jamais qu’une face… Celle de la bonté et de la beauté et je vous souhaite de tout cœur de ne jamais découvrir l’autre.

 

Ecoutez ma chanson, puisse-t-elle vous guider si d’aventure, vous devriez un jour croiser le chemin des fées.

 

Les trois trésors du domaine des fées

 

 

« Loin dans le grand nord,  par delà les mers, s’élèvent les montagnes de diamants. De hautes et belles montagnes dont les douces pentes tantôt couronnées de neige tantôt couronnées d’émeraude s’étiraient jusque dans l’azur de l’océan. Et dans leur ombre bienveillante s’étendaient deux royaumes autrefois prospères. Deux états que l’avidité de leurs souverains avait fini par faire plonger dans la guerre. Une longue et terrible guerre qui les ravagea tous les deux, des années durant, alors que leurs rois étaient frères de sang…

 

Et un jour, par une nuit de pleine lune, l’un des deux souverains se perdit dans une vaste forêt de sapins. Une forêt profonde mais aussi calme et odorante. Ne sachant trop que faire, le sombre monarque s’aventura jusqu’au cœur de la sapinière. Et ce fut là qu’il les découvrit… Elles et leur magie.

 

Subjugué par le spectacle des fées, le roi les approcha. Mais l’une d’entre elles lui fit barrage avant de lui souffler d’une voix douce

 

- Toi qui a découvert le secret de l’entrée du monde des fées que leur demandes-tu ?

 

Le roi réfléchit mais hésita. Il n’aurait sans doute droit qu’à un seul souhait. Aussi préféra-t-il garder le silence. La fée plongea alors ses yeux aussi clairs que le diamant dans ceux, fuyants, de ce bien triste sire.

 

- Que crains-tu donc, roi ? Toi qui règne sans partage sur les hommes de ton royaume. En dehors de leur domaine, les fées ne sont que bénéfiques. En toi, j’ai trouvé la clé. Et puisque tu cherches la force, la richesse et le pouvoir, je te les donnerais… Il te faudra juste passer au travers de la porte menant à notre monde et prendre ces trois trésors de tes propres mains.

 

Et elle se tut un bref instant, un bien étrange sourire accroché à ses lèvres, avant de terminer.

 

- Viens me les demander et je te les donnerais mais viens…

 

Et sur ces derniers mots, elle disparut, le laissant seul face à son destin. Ainsi, le roi se retrouva-t-il abandonné au milieu des arbres magiques. Ces arbres qui appartiennent à mon royaume et non au leur… Sourit-il cruellement avant de partir rejoindre ses soldats.

 

Et les années passèrent sans qu’il n’ose jamais y entrer mais, connaissant la légende des fées, il ne se gêna pas pour faire abattre chaque sapin, chaque pin, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun. Au fond de lui, il espérait, il espérait pouvoir enfin triompher avec tout l’or et le pouvoir que ces arbres enchantés lui procuraient. Mais il n’en fut rien.

 

Les deux armées campaient l’une face à l’autre. Et le roi acculé, se décida enfin à récupérer les trois trésors que lui avait promis la fée... Les trois trésors, à ces mots, il se rappela aussi ses terribles paroles. Aller les chercher… Et bien, le roi trouverait bien quelqu’un à envoyer. Quelqu’un qui reviendrait…

 

Et cette personne, il l’avait enfin trouvée. De part les deux royaumes, courrait un mercenaire, un homme affreux au visage balafré, au corps marqué des traces d’innombrables combats. Ce redoutable guerrier avait une réputation à la hauteur de sa laideur. Il ne connaissait pas la peur mais refusait aussi toute autorité. Aussi le roi perfide avait-il consacré de nombreuses années pour enfin de trouver le moyen de le faire plier. . Il savait que sa chute était imminente et cela le terrorisait… Aussi était-il prêt à toutes les bassesses pour y arriver.

 

N’avait-il déjà pas sacrifié deux de ses enfants, ses deux plus jeunes filles qu’il donna l’une à un sorcier, l’autre à un enchanteur.

 

Aussi lorsque, enfin, il sut envoya-t-il son meilleur espion sur les traces du mercenaire avec pour ordre de dérober ce que l’homme avait de plus cher. Il lui promit même la main de sa troisième fille en cas de réussite, et l’espion accomplit sa mission. 

 

Ainsi piégé, le guerrier n’eut guère d’autre solution que de plonger dans le monde des fées. Et sa longue quête commença. Le paysage qui s’offrit alors à ses yeux était à la fois baigné de magie et d’horreur. La beauté et la cruauté se succédaient aussi vite que le tonnerre suivait l’éclair.

 

A chaque pas, un nouvel adversaire…

A chaque pas, un nouveau piège à déjouer…

A chaque pas, une nouvelle blessure à porter…

 

Mais l’homme tenait bon, malgré une souffrance de plus en plus lancinante, il progressait alors que le fil de sa vie s’amenuisait. Oui, il avançait encore et encore dans ce monde où il ne pouvait même pas se restaurer, juste tenir sur ses dernières forces, ses ultimes réserves, brûlant le peu de vie qu’il lui restait. Mais il résistait, il ne pouvait pas se permettre de mourir, pas maintenant, pas avant d’avoir réussi…

 

Puis, ce fut le temps qui devint son ultime ennemi. L’homme avançait toujours mais au rythme des battements de son cœur. Au moins ainsi, il savait qu’il était encore en vie. Car tout autour de lui, il n’y avait plus rien, plus d’adversaire, plus le moindre brin d’herbe, rien que le désert blanc et lui.

 

Et cela ne semblait guère avait de fin. Non aucune, il avait beau lutter, il se sentait maintenant sombrer. Nuit après nuit, jour après jour. Enfin ce qui en tenait compte. Puis vint le désespoir et il se laissa abattre. Son épée glissa et il se retrouva sans arme. Plus rien, vraiment. Il approchait donc de sa fin. Les fées ne sont pourtant pas mauvaises alors pourquoi ? Furent ses derniers mots tandis qu’il se laissait sombrer…

 

Puis, il entendit un rire. Un rire qu’il aurait reconnu entre tous. Mais comment ? Comment aurait-il pu alors que même moi, le plus affreux des mercenaires ? Et il ouvrit les yeux et regarda autour de lui. L’azur apparut enfin et, en se penchant, il vit une terre en contrebas, si loin qu’il crut un instant se trouver en plein ciel. Puis, il sentit quelque chose piquer la plante de ses pieds. Et attrapant la dite chose, quelle ne fut sa surprise de reconnaître une branche aux délicates aiguilles d’émeraude. Ainsi, je me trouve au sommet d’un arbre cosmique…

 

Le désormais vieil homme se laissa alors glisser vers le sol avant de se relever et de chercher la source de ce rire. Qu’elle ne fut sa surprise d’y découvrir une splendide jeune femme.

 

- Bienvenue à toi, mercenaire… Tu es venu le ramener ?

 

L’ancêtre ne put lui répondre et emmena l’enfant avec lui. Son seul et unique fils. Un enfant un peu simplet... Les trois trésors, il ne savait comment le petit les avait trouvés mais cela n’avait plus d’importance maintenant qu’il avait réussi.

 

Puis, ce fut la remontée vers la surface. Mais le vieillard n’eut guère le temps de respirer qu’une ombre lui tomba dessus, le jetant violemment sur le sol avec son fils. Il eut à peine le temps de réagir que le roi perfide lui déroba les trois trésors, les abandonnant ensuite sans l’ombre d’un remord dans l’ombre de la nuit tombante.

 

Le mercenaire se sentait partir et serra son fils contre lui. Il espérait encore qu’avec de la chance, il pourrait survivre jusqu’à ce que le petit ait une nouvelle famille. Il tenta une nouvelle fois de se redresser lorsque le sol se mit à trembler, le projetant avec force contre le tronc d’un arbre mort avant de le faire choir, face contre terre. Puis, ce furent deux cris terrifiants qui transpercèrent la noirceur de la nuit. Deux cris en provenance de deux châteaux lointains mais le mercenaire n’en avait cure car le sol tremblait encore, se soulevant au rythme d’un chant infernal, le ballotant de tout côté avant qu’enfin des pointes vertes en jaillissent. L’homme eut d’ailleurs tout juste le temps d’éviter un coup mortel. Et il se recroquevilla sur l’enfant, fermant les yeux, jusqu’à ce que un silence glacial retombe sur eux. Une voix féminine retentit alors, une voix unique en son genre.

 

- Tout est fini maintenant, mon roi…Nul ne peut trahir les fées sans en payer le prix…

- Je ? Moi ? Un roi… ? Fut tout ce que le mercenaire put articuler.

- Seul un roi pouvait prendre les trésors et vous êtes le père de ce roi… Il lui faudra juste construire son propre royaume.

 

Puis, vint le lendemain et aux doux rayons du soleil, s’éveillèrent le mercenaire et son fils. Un miroir se trouvait disposé juste devant eux et là, l’homme eut la surprise de découvrir que la fée lui avait rendu non seulement sa jeunesse mais aussi sa beauté originelle. Ainsi il put repartir avec son fils, laissant derrière lui deux royaumes désormais sans roi »

 

 

Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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