Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 20:30

deux-verseaux-final-2--1024x768-.jpg

Deux verseaux, une petite illustration pour répondre à un défi ...

A plus tard

Par Liry - Publié dans : Illustrations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /Mars /2008 20:47

undefined

Voici l'une de mes dernières illustrations. Un dessin aux crayons de couleurs de Séléné.

De nombreuses autres viendront la rejoindre dans l'album des terres des Ténèbres ou terres des dix cristaux.

A plus tard...

Par Liry - Publié dans : Illustrations
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /Fév /2008 19:26

undefined

Bonjour 

Voici un autre dessin aux crayons de couleurs.

Une porte féérique s'ouvrant sur des mondes imaginaires ou fantastiques.

Ce dessin a servi pour illustrer le numéro de décembre 2007 de la revue "La Plume noire" 
 aux Editions La Plume noire

Par Liry - Publié dans : Illustrations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 16 février 2008 6 16 /02 /Fév /2008 10:56
Bonjour, je viens de publier mes premiers dessins.

Trois représentations de la sorcière Elypsia qui est le personnage principal d'un conte de Twinkle.

Les contes de Twinkle sont visibles sur son blog, Petits contes et cie ...

Si ces dessins vous plaisent, n'hésitez pas à me laisser des commentaires.

D'autres illustrations, cette fois de mes propres nouvelles, viendront ...

A plus tard

Liry 


Par Liry - Publié dans : Illustrations
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /Fév /2008 20:50

Halloween est une période magique à bien des niveaux. Voici, l'histoire d'Eilen, une jeune femme comme tant d'autres ...

L'une de mes toutes premières nouvelles...


Elle a été publiée sur le site d'Oniris (le 1 novembre 2007) ainsi que dans la revue La Plume Noire, numéro 12, mai 2008 aux éditions "La Plume noire"

Reviens à la même heure dans un an ...
 

La carte du rendez-vous
 
En cette belle mâtinée d’automne – plus précisément, nous sommes à la fin octobre- le temps s’annonce particulièrement clément. Avec un soleil froid mais bien présent qui vient de pointer son nez et s’élève doucement dans la voûte bleu sombre d’un ciel dégagé, éclipsant au passage toutes les autres étoiles. Le silence règne en maître sur l’ensemble de la propriété sommeillant encore paisiblement sous sa fine et blanche couverture de givre jusqu’à ce que le grincement d’une porte ne vienne troubler la quiétude ambiante. Et c’est après avoir repoussé avec douceur un chat un peu trop curieux qu’Eilen se dirige vers sa boîte aux lettres. Elle grelotte en remontant l’étroit chemin s’étirant en une longue série de boucles à travers tout le jardin. Elle frissonne encore au moment où sa main touche une petite porte noire avant de la soulever.
 
- Tiens ? Le courrier est drôlement abondant ce matin.
 
Et sur ces quelques mots, la brune pépiniériste retourne, en l’examinant, la masse de papiers gris, blancs ou colorés, débordant presque de la maison miniature juchée sur son piédestal.
 
- Rien d’important à première vue.
 
Constate-t-elle rapidement, juste quelques lettres au milieu d’imprimés et autres pubs aux couleurs chatoyantes. Avec même dans certains cas, une enveloppe de plastique sur mesure. Elle frappe machinalement le clapet et la petite porte se claque alors qu’elle s’en retourne vers la maison. Elle s’arrête un moment pour souffler dans ses mains, calant ses papiers entre son côté et son bras. Il fait froid mais c’est parfaitement supportable.
 
- Profitons de ce beau temps. Qui sait jusque quand cela va encore durer.
 
Passant à proximité des pommiers, Eilen jette un œil clair sur les derniers tas de feuilles brunes, cuivre et or, rassemblées en monts irréguliers. Elles patientent là, en attendant les retardataires qui ne devraient plus trop tarder à les rejoindre. Ensuite, elles reposeront ensemble des mois durant dans un petit coin tranquille jusqu’à ce que le moment où elles pourront retourner et enrichir la terre du vaste jardin soit venu. Constatant le bon avancement des travaux, elle repart vers la demeure. Maintenant, la nature se réveille pour de bon et les cris des animaux domestiques s’ajoutent aux craquements des pas de la jeune femme sur le tapis d’herbe haute et durcie d’innombrables perles blanches, scintillant sous les jeux des dernières lampes solaires éclairant faiblement les galets du chemin. Au moment où elle pousse la porte vitrée, l’une des cartes s’échappe de la pile et l’écaille de tortue, qui l’avait suivie ventre à terre jusque là, profite du court instant où elle la ramasse pour se faufiler dans la maison. Elle a juste le temps de la voir courir puis disparaître dans la pièce voisine avant de refermer.  
 
- Espèce de sale… Bah ! Elle sortira bien de sa cachette. L’appel de son estomac la forcera bien à se montrer tôt ou tard !
 
Un instant plus tard, le courrier s’étale sur la table basse. Rien de très intéressant comme elle l’avait déjà constaté si ce n’est cette curieuse lettre qui a si singulièrement faussé compagnie aux autres. Cette missive ou plus exactement cette carte illustrée est plus qu’originale. En fait, elle détonne vraiment au milieu de tout le reste.
 
- Et ce dessin ? Que représente-t-il ?
 
Ce n’est décidément pas le genre de carte que l’on trouve tous les jours au magasin du coin. On dirait qu’elle a été soigneusement dessinée et colorée à la main avant qu’on ne l’enveloppe sous cette fine pochette bleue transparente. Et bien d’autres détails plutôt intrigants la font réfléchir.
 
- Visiblement, elle n’est pas neuve tandis que le cachet, lui, est tout récent. Voyons ce que cela raconte.
 
Ses yeux d’azur s’ouvrent tout grand et elle doit relire plusieurs fois le court texte manuscrit pour se convaincre de ce qu’elle déchiffre. Ça semble si incongru ! Si dingue qu’elle ne peut s’empêcher de raisonner à voix haute.
 
- Cette écriture, c’est la mienne ! Ainsi que mon adresse qui est en tout point exacte. Et ce message ? Reviens à la même heure dans un an… C’est bien la première fois que je m’envois ce genre d’énigme.
 
Perplexe, elle essaie de se rappeler un éventuel voyage en octobre de l’année précédente mais pour le moment, rien ne lui revient en mémoire.
 
- L’agenda.
 
Elle parcourt très vite le petit cahier, de plus en plus étonnée sans pour autant s’inquiéter de ce qui n’est jamais qu’une simple feuille coloriée.
 
- Non ! Rien de marqué sur un précédent voyage.
 
Elle reprend la carte et croisant la signature griffonnée au bas du texte partiellement recouvert d’une tâche de nature aussi insolite que tout le reste, elle s’empare du premier crayon qui lui tombe sous la main et contresigne à côté. A quelques infimes détails près, pratiquement invisibles mais tout à fait normaux, les deux signatures sont identiques.
 
- Bien ! Je me suis envoyée une lettre l’année passée vers la fin du mois d’octobre pour ne pas oublier quelque chose ! Mais je ne peux rien en tirer en dehors du fait que cela coïncide avec la fête d’Halloween. Mais pourquoi m’envoyer ce genre de message si je ne précise pas le lieu où je suis sensée me rendre ? Qu’est-ce que je pouvais bien avoir en tête à ce moment-là ?
 
Elle passe rapidement la main dans ses courts cheveux coupés en griffé.
 
Reviens à la même heure dans un an…
 
- Eh ! Bien ! Ce ne sera pas cette fois si je ne retrouve rien de plus précis dans tout mon fatras.
 
Les minutes suivantes s’écoulent en suppositions de toutes sortes jusqu’à ce qu’un brutal coup de klaxon ne la ramène à la réalité et à son travail qu’il est grand temps de rejoindre. Et reposant son énigmatique carte sur la table, elle se saisit de son manteau et sort précipitamment. La porte claque faisant voler sa carte qui atterrit juste à côté de la chatte angora.
 
Le jour est déjà reparti lorsque une clé tourne dans la serrure. A peine entrée, Eilen ne peut retenir un cri à la fois de colère et de surprise en découvrant l’œuvre de celle qu’elle avait oubliée en partant.
 
- Oh ! Non !
 
La chatte, quant à elle, la regarde l’air de rien, affalée sur les coussins du divan, se lavant tranquillement les coussinets avec ce qu’il reste de son butin au pied du meuble.
 
- Attend un peu, toi !
 
La petite peste à fourrure file cette fois vers l’escalier. Eilen qui tente toujours de l’attraper, grimpe derrière elle. Ce qui la conduit dans une obscure pièce presque toujours inoccupée, bref une sorte de débarras. Voyant sa maîtresse approcher la féline au sombre pelage bariolé de roux et de blanc bondit sur une pile de feuilles recouvertes de poussières qu’elle fait valdinguer. La jeune femme brune stoppe presque sur place en reconnaissant au milieu du tas de feuillets jaunis une image particulièrement insolite.
 
- Une carte ! On dirait presque la jumelle de celle que j’ai reçue ce matin !
 
Elle ramasse l’objet grisâtre et l’époussette sur-le-champ, histoire de mieux en voir le motif, oubliant du coup son insupportable fauve de compagnie. Elle redescend ensuite, fermant la porte juste assez lentement pour que la touffe de poils se faufile sans qu’elle ne s’en rende de nouveau compte. Elle a de toute façon autre chose en tête pour le moment.
 
- La carte de ce matin ? Mais où l’ai-je donc mise ?
 
Le reste de la soirée se passa en recherche jusqu’à ce qu’elle mette de nouveau la main sur la dite carte. Et une bonne tasse de café plus loin, elle se retrouve sur le divan avec ses deux intrigantes feuilles à la main. En plus de se ressembler presque parfaitement, elles portent le même message à un détail près. La plus ancienne ayant perdu son espèce de cache, le nom du lieu est clairement lisible. C’est le nom d’un village qu’elle connaît vaguement mais qui a aussi le mérite de ne pas être trop éloigné de son exploitation. Si ses quelques souvenirs sont exacts, il est aussi entouré de champs ainsi que de très anciennes chênaies. Retomber sur un lieu qui ne lui est pas totalement étranger rassure Eilen quoiqu’elle hésite encore à suivre ce message venu du passé. Et pourtant quelque chose l’y pousse irrésistiblement. Comme une sorte de sentiment qui se serait éveillé avec l’arrivée de cette carte dessinée ! N’y comprenant rien, elle décide pourtant de partir. Un peu comme sur un coup de tête alors qu’étant d’un naturel raisonnable et réfléchi, elle est tout le contraire d’une impulsive.
 
- Bien puisque j’ai pris la peine de m’envoyer ce message, c’est que c’était important. Un petit tour dans ce village au moment de la fête d’Halloween s’impose donc. Qui sait ? Ce sera sans doute amusant. Et ce ne sont pas quelques heures de détente qui devraient poser des problèmes avec les plantations.
 
Le jour d’Halloween
 
La fête d’Halloween bat son plein avec ses déguisements et ses enfants qui courent de maison en maison. Eilen traverse tout cela d’un œil vide, se demandant ce qu’elle fabrique là. Ni ce lieu ni ces gens ne lui rappellent quoi que ce soit. Tout comme le chemin qu’elle a emprunté pour se rendre dans ce hameau où elle ne connaît personne. Et ce ne sont certainement pas ses deux cartes qui vont davantage éclairer sa lanterne. Elle progresse ainsi au milieu de la foule, ne sachant que faire ni où se diriger. Elle est tellement perdue dans ses pensées qu’elle ne voit pas les gens et encore moins les enfants se retourner sur son passage. Ce n’est que lorsque un flash aveuglant, au point d’en être douloureux, lui arrive en plein visage qu’elle réagit enfin. La jeune femme brune s’apprêtait à élever la voix mais elle se radoucit devant les mines réjouies des enfants. L’un d’eux se dissimule derrière ses compagnons de jeu, faisant disparaître aussi vite que possible l’appareil dans son sac. Quant aux autres gamins, ils lui sourient tous sous leurs maquillages et, s’efforçant d’ignorer les couleurs rougeoyantes qui dansent devant elle, Eilen fouille dans son sac et leur tend à chacun une pleine poignée de barres caramélisées. L’un d’eux, un lutin, plus hardi que les autres lui glisse avant de s’esquiver.
 
- Excusez-nous pour la lumière dans les yeux mais votre déguisement est si joli qu’on n’a pas pu résister.
 
Et il s’empresse de rejoindre les groupes de monstres, vampires, fées et autres sorcières, massés devant l’imposante porte d’une maison éclairée. Mais la jeune femme ne l’a même pas suivi des yeux jusque là. Elle n’a pas non plus répondu à son salut. En fait, l’a-t-elle seulement entendu ? Car elle se tient immobile, les lèvres légèrement entrouvertes comme si son cerveau fonctionnait au ralenti. Les premières paroles du gamin l’ont comme clouée sur place, lui faisant presque l’effet d’un électrochoc.
 
- Qu’a donc voulu me dire cet enfant ? Je ne suis pas costumée.
 
Elle n’a en effet enfilé aucun déguisement avant de partir ! Juste une sorte de large collier avec plusieurs rangs, très lourd et magnifiquement ouvragé. Une antiquité qu’elle avait rangée dans la même pièce que sa vieille carte et qu’elle avait aussi oubliée malgré son apparente grande valeur. Surprise, elle se rapproche d’une vitrine et se mire un instant dans son miroir de poche. Comme ses pensées, ses gestes semblent ralentir.
 
- J’ai dû mal comprendre. Cela ne peut être que ça !
 
Le reflet qu’elle découvre sur la surface argentée est en effet pareil à celui qu’elle retrouve tous les jours dans le miroir de sa salle de bains. Mais elle n’a guère le temps de se poser davantage de questions, des cris la font se tourner vers une prairie en dehors du village. Des feux s’allument alors que les rues se vident et que tous convergent vers cette place animée. Eilen s’examine une dernière fois avant de se décider à rejoindre la fête.
 
Le chemin lui semble long. Le hameau est déjà loin derrière elle et elle n’est pas encore arrivée. Des silhouettes passent devant et elles avancent tout comme elle. Ce qui la rassure d’une certaine façon puisqu’elle n’est pas seule mais entourée d’une multitude de gens.
 
- Qu’est-ce qui se passe ?
 
Les lumières se sont brutalement éteintes et elle se retrouve plongée dans la noirceur d’une nuit au ciel plus que surchargé. Cela ne dure heureusement pas plus de quelques minutes et lorsqu’elle peut enfin y voir de nouveau, des silhouettes d’enfants dansent de l’autre côté de la plaine. Normalement, elle devrait bientôt y arriver.
 
- Quoi ! Encore une panne !
 
La lumière revient tout aussi vite que la première fois mais rien n’est plus pareil, Eilen doit presque se pincer pour se convaincre de ce qu’elle découvre à ses pieds.
 
- Des ronds de sorcière ! Voilà autre chose ! Et les bois ? Que leur arrive-t-il ? Ils ne ressemblent plus vraiment à ceux de…
 
Elle regarde tout autour d’elle et soudain, elle réalise que le village s’est comme volatilisé. Elle n’a pas le temps d’allumer son GSM qu’un des enfants, du moins c’est ce qu’elle croit, lui prend la main.
 
- Toi ? Tu es le lutin de tout à l’heure ?
 
Lui glisse-t-elle.
 
- Oui ! Attention, madame ! Ne te perd pas !
- Que ?
 
Elle se laisse mener par le petit. La clairière qu’elle découvre s’étend entre de gigantesques arbres, des centenaires. Ils entourent ce qui ressemble à une prairie herbeuse et étrangement déserte avec toujours les larges cercles de champignons. C’est fou, à les voir, on croirait qu’ils délimitent une autre zone, un autre rond bien plus étroit et, cette fois, composé de pierres levées. Pourtant, elle ne ressent aucune peur mais une joie immense alors que les jeux de flammes s’éteignent et se rallument de nouveau. Elle progresse, maintenant seule, vers les hautes roches grises et finit par distinguer la silhouette d’un homme de grande taille se tenant devant les énormes colonnes naturelles. Il se rapproche et lui tend une carte flambant neuve. Elle découvre enfin quelque chose qui lui parle. Une carte dessinée, sans doute celle qui partira pour la prochaine nuit d’Halloween, mais elle est encore incomplète. Le verso ne porte aucun mot. La brune la prend en main alors que le petit ayant retiré son bonnet vert lui tend un stylo qu’elle saisit sans l’ombre d’une hésitation.
 
- Elle sait ce qu’elle doit écrire ?
 
Demande-t-il à l’homme.  
 
- Bien sur, lui répond-il, laisse lui le temps d’achever son réveil. Elle le sait. Regarde.
 
La main d’Eilen trace les mêmes mots sans qu’elle ne comprenne ce qui la pousse à agir ainsi jusqu’à ce qu’elle lève les yeux vers l’homme. Il est grand, roux mais ne semble ni jeune ni vieux comme s’il n’avait pas d’âge. Et pourtant au fond d’elle, elle le connaît. Sa propre voix sonne étrangement à ses oreilles avant qu’elle ne se sente sombrer comme happée dans un rêve éveillé.
 
- Oui ! Je me souviens, Tristan. Regarde.
 
Elle montre à l’homme la carte complétée. Le message et l’adresse sont les mêmes. L’homme la montre un moment au lutin avant de dire.
 
- Enfin, tu te réveilles, Eryana. Pourquoi est-ce toujours aussi lent ? Tu n’ignores pas à quel point je tremble à l’idée de te voir sombrer dans la folie en découvrant ton véritable reflet dans la première glace venue.
- Cela n’arrivera pas, Tristan. Eilen se repose. Elle dort à poings fermés depuis une bonne minute maintenant.
 
La pâle jeune femme ailée, aux longs cheveux d’onyx parsemés d’étoiles de givre, regarde la triste montre bracelet accrochée à son poignet d’albâtre nacré. Cet objet qu’Eilen a tenu à emmener malgré son inutilité. Qu’est-ce qu’elle représente cette chose pour une fée ? Juste une breloque encombrante. Et après s’en être momentanément débarrassée, elle se précipite dans les bras de son amoureux encore inquiet.
 
- Tu es vraiment sûre. N’oublie pas qu’il n’y a pas que ton apparence. La mienne aussi risque de la terrifier.
- Eilen ne peut pas te voir, mon amour. Pas plus qu’elle ne peut contempler son véritable reflet dans l’un de leurs tristes miroirs. Son reflet…
 
Elle en rit presque.
 
- En fait, le sien confondu au mien mais je ne peux le maintenir lors de la fête d’Halloween surtout lorsque les portes entre les différents mondes s’ouvrent. Je regrette tant que nous n’ayons que cette nuit pour nous voir.
- Mais elle sera aussi longue que l’année et c’est aussi grâce à elle que nous pouvons nous voir et nous promener sans risques. Aucun humain ne fera attention à nous tant que durera la nuit d’Halloween.
- Une fois l’an.
- Jusqu’à ce que notre porte soit achevée et que nous puissions enfin rentrer chez nous.
Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Les portes du merveilleux.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /Fév /2008 11:20


L'hiver approche, la nuit tombe de plus en plus vite et, alors que nos trois héros les avaient presque oubliées, les poupées réapparaissent.

Voici la suite et fin de cette ténébreuse affaire ...

Les poupées de la sorcière des marais (suite)

 
Le matin précédant le solstice voit le retour de la soeur de Gilles, l’excentrique Diane. Le lendemain de son arrivée, ce sont quatre silhouettes qui arpentent des terres maintenant gelées. Les chiens s’ébattent librement à l’avant, alors que Tasha s’arrête souvent pour photographier tout ce qui pourrait lui servir, dans ce superbe décor, pour sa nouvelle série de peintures. Diane, elle, tient surtout à fouler les lieux magiques d’où jaillissent des poupées non moins fabuleuses, entourées d’un épais manteau de verre ancien.
 
Les hypothèses les plus variées ont été lancées par les quatre compagnons. Mais ce sont celles de la plaisanterie de mauvais goût et de l’oeuvre d’un illusionniste, qui ont remporté la faveur du quatuor. Tasha et Diane viennent de se laisser distancer par les deux hommes lorsque leur attention est captée par les jeux des deux chiens restés auprès d’elles. Le plus fort des croisés noirs, Darwin, tient entre ses crocs une masse de tissu déchiré. Et comme Gilles est encore loin, c’est Diane qui appelle le chien. Le molosse accourt en remuant la queue.
 
- Mais ? Qu’est-ce que tu as là, toi ?
 
Elle s’agenouille pour le caresser. Il laisse alors choir sa prise aux pieds des deux femmes. C’est un vieux sac d’où s’échappe une bouteille transparente et recouverte d’une multitude de gravures. Elle la montre à Tasha occupée à ranger son appareil photographique.
 
- Regarde cette femme ! Elle est splendide.
- Encore une ? Après tout ce temps ? Enfin, celle-là est aussi belle que les autres étaient horribles. Je la préfère de loin aux deux premières.
 
Tasha détaille la femme représentée sous l’abri de verre teinté de bleu pâle. Elle est très belle avec de lourdes tresses rousses. Les yeux sont peints en bleu. Exactement comme les siens ainsi que ceux de Diane et son frère cadet, tandis que ceux de Mathys sont sombres, presque noirs. Pour ce qui est de sa tenue, la femme porte une longue robe aux chaudes couleurs de l’automne. Et enfin, son bras droit supporte un plein panier de fleurs et de fruits. Les deux hommes n’étant toujours pas là, elles décident de pousser l’analyse plus loin. Diane ôte ses gants noirs, brodés de vert pâle et d’argent. Le bout de ses doigts explorent et caressent la surface en relief.
 
- Une gravure. Voyons voir. C’est parfaitement lisible. Un nom et un lieu. Que j’ai déjà lus quelque part, sur l’un des vieux plans que Gilles garde précieusement dans son chalet. Sans doute celui de l’une des parcelles de terrain que nous venons de louer récemment. Certaines sont restées fermées durant des générations et des générations.
- Mais alors comment aller voir ? Tu as les clés ?
- Gilles les a et je finirai bien par le convaincre de me les remettre.
- Je te fais confiance mais si ces terres sont restées fermées et désertes depuis si longtemps…
- Désertes, tu en es sûre ? Et elle, alors ? Elle serait venue vers nous par magie ?
Diane se retient d’éclater de rire à sa propre question. Puis elle se penche de nouveau vers la poupée. C’est comme si elle voulait lui parler sous son abri de verre. Diane croirait presque voir ses lèvres colorées de rose bouger. Une très belle illusion que cette sorcière ! Elle n’a vraiment rien de commun avec l’image populaire de l’affreuse mégère au visage couvert de pustules. Et cette robe simple, sans bijoux ni parures précieuses, elle ne devait pas être riche au point de vouloir la dépouiller alors pourquoi une telle fin ?
- Je me demande si elle appartient à quelqu’un.
- Si je le savais, je lui apprendrais à venir jeter n’importe quoi ici. Ces marais ne sont ni un dépotoir ni un refuge pour trafiquants de tout genre. Une année, il nous a fallu plusieurs jours pour déblayer les vestiges laissés par les touristes.
 
Gilles venait de s’immiscer dans la conversation sans crier gare. Tasha et Mathys profitent de l’intervention de l’exploitant pour s’éclipser sans un bruit. Restée seule avec son frère, Diane poursuit sur sa lancée.
 
- Mais pourquoi jeter une si belle création, Gilles ? Elle est loin d’être aussi terrifiante que ce que tu m’as décrit. Et en plus, elle doit avoir beaucoup de valeur vu la finesse des détails.
- Tu n’en as pas parlé à Tasha au moins ?
- Bien sûr que non. Et j’espère que Mathys ne sera pas trop contrarié par celle-ci. Je ne voudrais pas qu’il la jette, elle aussi.
- Elle est trop belle pour ça.
- Est-ce qu’elle ressemble à l’autre ? Demanda la jeune femme.
- Difficile à dire, elle a disparu dans un nuage de fumée avant qu’on ne s’en débarrasse.
Diane se retourne et voit les deux amoureux revenir aussi discrètement qu’ils s’étaient éloignés, et, après un court laps de temps, elle décide de faire part à ses trois amis de son idée de rassembler les poupées tout en inspectant chacun des lieux d’où elles ont surgi ou sont retournées. Elle commence par l’endroit le plus proche.
- Et si on allait faire un petit tour à la décharge…
Elle n’a même pas le temps de finir.
- Pour récupérer la bouteille ? Ce ne sera pas nécessaire.
- Quoi ? Que veux-tu dire, Tasha ? Diane se demande si elle comprenait bien les paroles de son amie.
- Elle est chez nous. Je ne sais pas comment elle est arrivée là, mais elle est réapparue dans notre jardin, juste devant le seuil de la porte de la cuisine. Elle était à demi enfouie sous des arbres nains. Toujours aussi noire, j’ai essayé de la briser un nombre incalculable de fois mais rien n’y a fait. J’ai pensé la jeter de nouveau puis j’ai changé d’avis et l’ai rangée dans un coin.
- Mais de quoi parles-tu, Tasha ? C’est impossible.
- Et pourquoi inventerai-je une histoire pareille le maître-chien ?!
Diane, plus proche d’eux que Mathys, les sépare presque aussitôt avant que l’affaire ne dégénère.
- Du calme, vous deux ! Le chalet n’est pas trop loin si on emprunte le nouveau sentier.
- Oui ! On n’a qu’à le prendre, je suis sûr que le paysage sera à ton goût, Tasha.
Mais Mathys est loin d’apprécier cette idée. Surtout après s’être lui-même débarrassé de la deuxième poupée. Il dit immédiatement sa façon de penser au grand blond.
- Gilles ! Ne me dis pas que tu as osé récupérer la bouteille que nous avons laissée dans la vieille décharge.
 
Toute réponse est inutile, l’expression du visage de l’intéressé est suffisamment éloquente. Le petit groupe s’avance donc sur le chemin tout juste rouvert. Gilles a au moins raison sur un point, le paysage plaît beaucoup à Tasha qui ne cesse de le mitrailler. Ils traversent la route entourée à cet endroit de nombreux sapins. Gilles tout comme Mathys est contrarié de voir que les plus dangereux n’ont pas été abattus. Il est encore en train de râler lorsque l’ensemble des mares gelées se dessine entre les troncs des arbres nus. Ils révèlent ainsi un grand nombre de formes normalement dissimulées sous l’amas de branches enchevêtrées, recouvertes de clématites sauvages et de ronces.
 
- Que comptes-tu faire de ces vieilles masures, Gilles ? Questionna la blonde artiste.
- La plupart ne sont que des tas de vieilles pierres menaçant de s’effondrer à tout moment. Dès que le printemps sera revenu, je vais les examiner une à une avant de les faire raser.
- Et celles qui se trouvent au plus profond de l’ancien marais ? Diane m’a parlé d’un hameau.
- Elles sont bien plus loin, derrière des grilles closes.
- A quoi penses-tu, chérie ? S’enquit Mathys auprès de Tasha. Tu sais bien que plus personne n’y habite depuis des lustres.
 
Une bonne vingtaine de minutes de marche plus loin, le chalet qu’occupent occasionnellement Diane et Gilles, se dessine derrière un dernier bouquet de saules et de bouleaux. Les chiens se précipitent vers la porte en passant au large d’un chenil plus décoratif que fonctionnel. Avant d’ouvrir, Gilles décroche une note collée au bois sombre.
 
- Ma commande arrive enfin et il faut que ce soit pendant notre ballade, dit-il d’un air de dépit.
- On n’a qu’à aller la récupérer après avoir avalé quelque chose. Les filles n’auront qu’à nous attendre bien au chaud. Lui proposa Mathys.
Gilles saute sur l’occasion et s’adresse directement à sa sœur aînée.
- Diane, profites-en pour lui montrer la deuxième bouteille. Celle-ci répliqua aussitôt.
- Pour la bouteille, d’accord mais je ne resterai pas à attendre des heures sans bouger. Pas vrai, Tasha ?
L’artiste lui répond sur un ton de connivence.
- On en profitera pour passer chez nous, je lui ferai voir l’autre bouteille et nous saurons qui a raison et qui a tort.
 
Une solide collation plus tard alors que Diane et Tasha sont encore confortablement installées en face d’un feu ronflant, les cris de rage de Mathys font se précipiter Gilles au dehors. Les deux femmes se penchent à la fenêtre avant de le suivre.
 
- Je crois que vos chiens s’en sont pris à ce qu’il a de plus cher, suggéra Tasha
- Mais... nous ne les avons pas fait sortir ! Ils devraient encore être à côté.
 
Diane se lève suivie de Tasha. Elles découvrent avec stupéfaction que la porte donnant sur le potager est entrouverte. Mais qui a bien pu ? Elles ne peuvent pousser leurs réflexions plus loin car les éclats de voix les attirent irrésistiblement à l’autre bout du jardin. Et c’est aussi à ce moment-là que Diane fait remarquer à son amie de fines traces de pas dans la neige.
 
- On les montrera aux garçons dès que les choses se seront calmées.
- Ce ne sera pas si simple Diane, regarde ! fit remarquer la jeune femme.
- Rappelle tes chiens ! Ils sont en train de tout déchirer !
Quelques ordres jetés avec force et les deux animaux filent la tête basse au fond du chalet. Constatant les dégâts causés par les deux molosses, Mathys écume.
- Cette fois, ils se sont surpassés. Ils ont carrément éventré les coussins de la banquette arrière.
- Je te rembourserai, vieux. Mais je ne comprends pas comment cela a pu arriver. Diane, nous avions bien fermé les portes, non ?
- C’est ce que Tasha et moi venons de vérifier. Mais quelqu’un a dû ouvrir et nos deux héros en ont profité pour filer en douce.
- Et toi, tu n’avais pas verrouillé toutes les portes, chéri ?
- Bien sûr que si et tes clés ? Tu les as toujours ?
Tasha répond positivement d’un mouvement de tête.
- Et moi, je ne me suis pas séparé un seul moment de mon trousseau. Comment les portes ont-elles pu s’ouvrir toutes seules ? Et sans que tes chers chiens ne bronchent.
Le gardien est en effet très étonné à cette idée et gratte un moment sa barbe naissante.
- C’est vrai, ça. Ils sont juste sortis sans un bruit et ont tout dévasté.
- Tout ? Mathys, ils ne s’en sont pris qu’à ces deux sièges. Et…
Gilles s’interrompt au son de cette voix, cherchant Tasha des yeux. Il la trouve penchée sur les dits sièges.
- Tasha mais que fais-tu ?
- Je vérifie juste l’étendue des dégâts. Ils ne sont pas si graves. Tiens ? C’est quoi, ça ?
- Un sac. Il n’est pas à toi ?
- C’est tout trempé ! s’écria la blonde avant de se relever et de sortir précipitamment la chose du véhicule. Puis, elle se frotte longuement les mains avec le mouchoir que son fiancé lui a tendu. Celles-ci, en plus d’être humides, sont devenues un peu collantes et surtout très odorantes au seul contact du sac. Un produit a dû se renverser sur le tissu pendant que les chiens jouaient avec.
- Quoi ! C’est encore cette plaisanterie ! Là, ça devient… Tonna Mathys.
- Et là, les mêmes traces de pas ! Elles vont vers les anciens marais. Une bien petite pointure. Sans doute une femme.
Personne ne répond à Diane, les trois autres étant trop intrigués par le contenu de ce nouveau sac. Mathys l’ouvre sans trop de difficulté et fait la grimace.
- C’est bien ce que je pensais et cette fois, ça devient vraiment pénible ! fit il remarquer.
Tasha ne peut cacher son admiration devant cette nouvelle découverte.
- Une autre poupée, la quatrième, et elle est encore plus belle que la troisième.
Gilles lui aussi partage son avis et il est même soulagé.
- Au fond, c’est bien, grâce à elle, on n’aura plus besoin de la deuxième.
- Alors allez la récupérer et jetez la à nouveau et n’oubliez pas d’y ajouter les restes de la première. Celle que tu as eu le mauvais goût de garder, Gilles !
Entendant cela, Diane arrache la poupée des mains de Mathys.
- Je n’en ferais rien. Le plus important est de savoir comment il ou elle nous a joué ce tour. Qui, comment et pourquoi ?
- Pour une fois, je suis d’accord avec toi, Diane. Remontons cette piste. Je tiens à dire deux mots à ce joyeux plaisantin.
Entendant cela, Tasha hésite un peu avant d’ouvrir la bouche, sachant que ce qu’elle s’apprête à annoncer ne pourra que le décevoir.
- Eh bien ce sera une autre fois. Les empreintes ne sont déjà plus là.
Diane peut désireuse de voir ressurgir les premières idées de Mathys s’empresse de proposer.
- Le mieux est d’aller chercher les autres bouteilles. La solution ne peut se trouver que dans cette série de poupées.
- On le croit aussi mais je veux que tout soit clair entre nous. Une fois cette histoire terminée, on les offre toutes au premier musée venu. Et on n’en parle plus, d’accord, les filles ?
- Promis, Mathys.
Les deux femmes répondirent d’une seule voix. Puis Diane se tourne vers Tasha et lui glisse d’un air complice.
- Au moins, il ne veut plus les jeter.
- Gilles, va avec Mathys. Moi, je vais aider Tasha à faire ses courses.
- Vraiment ? Tu es sûre que l’autre bouteille n’a rien à voir avec cette idée. Enfin, d’accord, mais d’abord je tiens à m’assurer que plus personne ne rôde autour de nous.
- Je te suis. Prends donc tes chiens avec toi. Ainsi, ils mordront autre chose que mes sièges.
 
Deux bonnes heures plus tard, le vent frappe les deux amies en plein visage alors que la neige tombe par vagues allant en se rapprochant. Préférant rejoindre au plus tôt son futur mari, Tasha passe en coup de vent à leur appartement. Le téléphone sonne mais le temps qu’elle ouvre la porte et saisisse le combiné, le correspondant a raccroché. Elle essaie d’appeler à son tour mais la ligne est comme morte.
- Zut ! Encore des problèmes avec cette fichue ligne. Et si c’était le médecin ! Bah ! Je l’appellerai dès que nous serons de retour au chalet.
Diane entre quelques instants après. Elle est déjà à moitié couverte de neige.
- Tiens, tu pourrais jouer la bonne fée des neiges.
Elles rirent de bon coeur avant de s’avancer vers la cave.
- Je l’ai rangée au fond de l’un des vieux placards. Allume, tu veux.
Tasha s’engage dans l’escalier de pierres brutes avant même que Diane n’ait le temps d’appuyer sur l’interrupteur.
- Mais... ! Elle a disparu. Personne ne savait que je la gardais ici. Pas même Mathys.
A ces mots, un bruit sourd retentit en haut des marches presque immédiatement suivi du son caractéristique du verre qui se brise. L’artiste se précipite et remonte l’escalier aussi vite que le lui permettent ses jambes. Elle arrive en premier dans le salon. Elle laisse s’échapper un grand cri en découvrant les restes noircis de sa bouteille éparpillés sur le sol. La poupée, en réalité la troisième, maintenant, elle l’a compris, a roulé jusqu’en dessous d’un arbrisseau en pot. Ses branches basses ne laissant voir que le bas de sa robe. Diane, plus robuste que Tasha mais aussi moins franche qu’elle lorsqu’il s’agit de gravir ce genre d’escalier étroit et raide, arrive seulement. Elle se précipite juste à temps auprès de Tasha qui chancelle.
- Ce n’est rien. Ça ira dès que je me serai reposée.
- Tu en es sûre ?
- Certaine. Et elle, nous sommes venues ici pour elle, essaie de la récupérer.
Diane aide son amie à s’installer dans l’un des fauteuils avant de se pencher vers l’endroit où la poupée a terminé sa course. Elle se retrouve vite dans l’obligation de se mettre à quatre pattes. Et quelques mouvements rapides plus tard, elle attrape la petite statuette féminine. Quelque chose de surprenant se produit au moment où elle tire la poupée vers elle. L’une des branches se rompt et s’écrase en travers de la forme allongée. A cette échelle, on croirait presque voir un tronc abattu sur le corps d’une malheureuse victime. Diane dégage ensuite la femme miniature et la lève en face de son visage hâlé. Quelques-unes de ses courtes mèches blond foncé lui tombent dans les yeux et elle les ramène en arrière. Elle essaie de manipuler doucement la petite sorcière rousse mais ses articulations sont si dures qu’elle n’arrive à rien.
- A croire qu’elle est aussi raide qu’un…
 
Elle se tait. Ce n’est qu’une poupée mais ses yeux la fascinent, des yeux peints en bleu au milieu d’un visage triste. Elle s’appuie sur le sol au moyen de sa main restée libre. C’est à ce moment que sa paume touche le tapis humide. Est-ce à cause du liquide contenu dans cette bouteille qu’elle semble autant pleurer. Elle se relève et la montre à Tasha.
- Ce qu’elle a l’air de souffrir et cette lourde robe noire qui lui tombe au bas des chevilles. Regarde sa main, elle porte deux anneaux d’or. Comme deux alliances. Mais ? Que cherches-tu encore en dessous de cette plante ?
- J’ai cru sentir autre chose sous mes doigts lorsque j’essayais de récupérer la poupée. Ca y est, je l’ai. Un ensemble de petits parchemins.
Diane déchiffre rapidement une partie des feuillets jaunis. Un frisson parcourt son échine. Elle se relève et Tasha remarque aussitôt sa pâleur. Pour toute réponse, elle lui dit.
- Il faut récupérer les garçons le plus tôt possible et attendre à l’abri du chalet que la tempête s’apaise.
- Mais qu’est-ce qu’il te prend ?
- Je t’expliquerai sur la route, habille-toi, on part tout de suite.
Tasha a juste le temps de claquer la porte que Diane fait hurler le moteur. Son agitation l’inquiète de plus en plus.
- Tu es sûre d’être en état de prendre le volant ?
- Essaie de les joindre. La radio vient juste d’annoncer de nouvelles chutes de neiges ainsi que des vents violents sur l’ensemble de la ville et des anciens marais.
Sur ses dernières paroles, elle lui tend son portable déjà en train de sonner.
- Allo ? Mathys ? Oui ! C’est moi, nous allons vous rejoindre dans quelques instants.
Il lui répond mais le réseau est si mauvais qu’elle ne le comprend pas.
- Répète, je t’entends mal.
Diane stoppe sur le bas côté, à l’autre bout du fil, Gilles fait de même. La voix de Mathys lui arrive alors bien plus clairement avec son fond sonore habituel.
- Bien, nous allons vous attendre ici. Gilles prendra la place de Diane et tu n’auras plus à avoir peur.
- Très drôle ! Tasha ! Dis-leur de ne pas rester trop près des arbres.
Au travers de l’écouteur, elle entend une porte s’ouvrir ainsi que des coups frappant contre la vitre. Les chiens grognent et aboient de plus belle. Il se passe quelque chose. Mathys discute un long moment avec Gilles. Puis un autre bruit de portière suit la fin de la conversation.
- Ecoute, quelqu’un a des problèmes, on va aller voir et on revient.
 
Mathys a raccroché, mais d’autres sons s’échappent du téléphone cellulaire de Tasha. Persuadée que son fiancé n’a fait que poser son GSM sur le tableau de bord, distrait comme il peut parfois l’être, Tasha n’éteint pas le sien. Diane qui a suivi toute la conversation a rassemblé les poupées que les deux amies passent en revue. Elles représentent visiblement toutes la même femme rousse, celle qu’elles ont fini par appeler la sorcière des marais. Diane montre ensuite le parchemin à Tasha. La blonde blanchit soudain.
- Je vois que tu as enfin compris. Ca peut paraître fou mais je suis sûre qu’elle a voulu nous avertir d’un danger imminent.
- La quatrième poupée a une seule alliance. Et la troisième, c’est une veuve. Elle a perdu son époux dans un accident avant de connaître cette horrible fin.
- Et regarde cette série de dessins, il est mort à cause de la chute d’un arbre et pas n’importe lequel, un sapin. Un énorme sapin planté dans les marais.
A ce moment, un bruit terrible traverse l’air. Tasha serre soudain le GSM entre ses mains. Ce son énorme vient de la voiture de Mathys. Elle l’appelle mais sans jamais obtenir de réponse.
- Il faut aller voir ! Vite !
- Espérons qu’ils étaient encore dehors.
 
Des minutes qui paraissent des éternités s’écoulent sur une route encombrée de branches parfois énormes et encadrée d’arbres menaçant de tomber à tout moment sous les coups redoublés du vent. Elles croisent bien une voiture vide à l’arrêt entre les conifères mais ne peuvent s’attarder. Quelques instants plus tard, leurs phares tombent sur un gigantesque tronc couché en travers de la route. Il recouvre, en l’écrasant, un véhicule qu’elles reconnaissent aussitôt. Tasha sort presque en marche. Elle court vers la voiture et quelques secondes plus tard, Diane la rejoint.
- Ils étaient encore dehors lorsque c’est arrivé ! Elle respire.
- Par ce temps et sans abri ? Il faut les retrouver. Ca vient juste d’arriver. Leur piste doit certainement être encore visible. Et j’ai également le sifflet des chiens. Viens allons chercher les lampes.
 
Diane s’engouffre à l’avant alors que Tasha s’appuie contre la vitre, encore en proie au malaise. A ce moment, son regard tombe sur les poupées. L’une d’elles a le ventre légèrement arrondi. Cette fois, elle est sûre d’elle, de ce qui lui arrive mais ce n’est guère le moment d’en parler à Diane. Elle serait capable de l’obliger à rester là et les attendre dans l’angoisse.
 
- On y va.
La piste laissée par les deux hommes est très nette avec toutes les traces de pattes qui les entourent. Elles pressent le pas alors que des masses de neige s’abattent, diminuant la visibilité déjà limitée. Au bout d’un moment, elles ne sont plus sûres d’elles, de leur chemin. Puis la torche de Diane tombe sur une forme qu’elles reconnaissent aussitôt.
 
- C’est pas vrai !
 
Le regard de Diane va du sol couvert de neige à la bouteille éclairée par le faisceau de sa lampe. La petite sorcière les regarde du haut de son perchoir, bien à l’abri sous son dôme de verre à peine mouillé. La neige semble soudain tomber avec moins de violence. Les deux femmes découvrent alors plusieurs morceaux de bois pourrissant et formant une sorte de longue ligne courbe. Tasha saisit ensuite l’objet avec précaution, celui-ci n’est pas froid malgré la neige et le vent, puis cogne du pied contre le support faisant tomber la couche blanche qui le recouvre.
 
- Un poteau ! Elle repose sur un gros poteau !
- Et ça, ça ressemble assez bien à de vieux piquets. Sans doute le vestige d’une ancienne barrière !
- Les masures ! Ils ont dû essayer de s’y réfugier après la chute de l’arbre.
Diane s’écarte un peu et après avoir suivi l’étrange tracé, retombe sur les traces de pas fins. Puis en les remontant, elle retrouve celles des deux hommes et des chiens qui s’effacent déjà.
- Ils ne sont pas loin. Mais tu ne vas pas….
- Il faut l’emmener avec nous, elle veut nous aider. J’en suis aussi convaincue que toi.
Elles remontent encore la piste puis des cris leur arrivent. Les chiens aboient. Jamais Tasha n’a été aussi heureuse d’entendre leur vacarme assourdissant. Elles aperçoivent alors un mur avec un trou béant juste en face. Les deux femmes s’aventurent avec méfiance dans l’ancienne demeure. Diane n’a pas le temps de comprendre ce qu’il se passe que deux masses lui tombent dessus pour lui lécher le visage avec gaieté.
 
- Darwin, Marine, du calme. Et votre maître, où est-il ?
- Ici, on vient juste de récupérer ces jeunes égarés.
Avant que les égarés en question n’aient le temps de comprendre quoi que ce soit, Tasha se précipite dans les bras de Mathys.
- Mais on vous avait prévenues, non ? Pourquoi une telle…
- La voiture ! Elle a été entièrement écrasée par un énorme sapin. Si vous n’étiez pas sortis.
- Sans les chiens, ce serait certainement le cas, tu vois qu’ils peuvent être parfois utiles.
- Tiens ? Mais où sont-ils, ceux-là ?
Des gémissements se font entendre de la pièce voisine en réponse à la question de Mathys. Le quatuor suivi des autres se précipite pour voir ce qu’il leur arrive. Ils ne laisseront personne leur faire de mal, pas après ce qu’ils ont fait pour eux. Sans doute leur ont-ils même sauvé la vie. Tasha regarde autour d’elle alors que Gilles rassure ses deux fauves.
- Tu as vu, plusieurs portes et fenêtres sont murées.
Puis elle tombe sur quelque chose d’étrangement familier.
- Non ! C’est elle ! Nous sommes chez elle !
Tasha avance comme une somnambule vers l’ancienne chambre et pose sa main sur le vieux berceau. Elle remarque alors la dernière poupée, la septième, endormie dans sa prison de verre. Elle est assise et rayonnante de bonheur, le visage penché sur le couffin vide.
- Mathys, il faut que tu saches.
 
Elle l’entraîne alors que Diane et Gilles restent dans leur coin. Elle avait vite compris la cause des nausées de Tasha.
 
Et la suite ? Ils restèrent à l’abri de l’ancienne demeure, le temps que l’on ramène tout le monde par petits groupes au chalet. Plus tard, les hommes eurent le temps de raconter leur équipée en pleine tempête. Comment, les chiens retrouvèrent les promeneurs égarés. Puis leur décision de se diriger vers un abri plutôt que de rebrousser chemin vers leur véhicule qu’ils ignoraient à ce moment-là être réduit à l’état d’épave. Quant à la très vieille mais étrangement bien conservée maisonnette, ils ne savent vraiment plus comment ils ont pu la découvrir en plein milieu de paysages couverts de neige. La chance y est certainement pour beaucoup. Sans l’appel de Tasha, ils n’auraient pas stoppé et les chiens n’auraient pas demandé à sortir, les éloignant alors des nombreux sapins qui s’effondrèrent sur la route et dans tous les marais, cette soirée-là. Et la sorcière là-dedans, elle les a tous réunis ainsi que d’autres infortunés avant de leur ouvrir sa maison et de les protéger du froid. Depuis, Diane se consacre à l’étude de son histoire mais il lui faudra encore des mois avant d’y arriver. Ses poupées, les petites sorcières existent encore. Les quatre plus belles se sont libérées seules de leurs prisons de verre et veillent ensemble sur la fille de Tasha et Mathys qui se sont mariés au printemps, une petite rousse aux yeux bleus. Les trois autres, les trois dernières, apparues ironiquement en premier, se désagrégèrent sans que personne ne puisse y comprendre quoi que ce soit. Et tous souhaitent juste une chose, ne plus jamais les revoir.
 
Copyright Vanessa Liénard, 26 août 2007 - Conformément au Code de la propriété intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l'autorisation préalable de l'auteur
Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /Fév /2008 14:12

Bonjour,

quelques petites précisions sur la nouvelle "Les poupées de la sorcière des marais" dont je viens de vous proposer la première partie.


Cette nouvelle a déjà été publiée en deux parties dans la revue la "Plume noire"

La première partie a été publiée dans la revue n°7, La Plume noire de décembre 2007 aux Editions la Plume noire

La suite et fin dans la revue n°8, la Plume noire de janvier 2008 aux Editions la Plume noire.


Et elle a également fait l'objet d'une publication sur le site d'Oniris ...


Voilà, juste quelques mots en attendant de vous en offrir la suite.

A plus tard

Liry

Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 23:39

bonjour,

pourquoi créer ce blog ?

Simplement pour vous faire principalement partager ma passion pour l'écriture et le dessin. J'écris depuis quelques années maintenant mais je ne viens de me lancer dans l'écriture de nouvelles que depuis un peu plus d'un an.

Si les nouvelles ou les illustrations vous plaisent, n'hésitez pas à me laisser un commentaire.

Celle que je viens de vous proposer est ma toute première nouvelle mais d'autres viendront ...

Par Liry - Publié dans : Autres
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 18:55

Bonjour, voici ma toute première nouvelle, une bien mystérieuse histoire de sorcellerie.


Les poupées de la sorcière des marais

 
Quand cette histoire a-t-elle commencé et quand s’est-elle achevée ? A vrai dire, personne parmi les quatre protagonistes ne peut vraiment répondre à cette question. La seule date précise qu’ils peuvent associer à un éventuel début, est celle de l’apparition de la première poupée.
 
Quant à l’autre partie de la question : est-ce réellement terminé ? Aucun d’eux n’ose l’affirmer.
 
Pour tenter de mieux comprendre cette situation pour le moins insolite, remontons le temps. Oh, pas longtemps, juste dix mois en arrière.
 
Tout commence par une belle matinée d’automne, au lendemain d’une fête, la dernière d’une série de sept, celle de la nuit de l’envol des sorcières. Les bancs de brumes commencent à se dissiper révélant enfin autre chose que des masses aux dégradés rouge et or, amas de végétaux aussi engourdis que le dernier des fêtards au bout d’un ensemble de champs, et de prairies suivies de friches devenant de plus en plus denses et sauvages à mesure que l’on s’éloigne de la route et de toute civilisation.
 
A première vue, rien ne semble différencier cet ensemble des autres terrains laissés à l’abandon, et encore moins évoquer son ancienne nature : celle d’un marais. Un très vieux marécage asséché puis laissé ainsi, livré à lui-même, sans que personne ne sache jamais pourquoi. Le jour avance et le timide soleil parvient à percer la masse blanche et vaporeuse. Juste ce qu’il faut pour réchauffer les trois seuls individus assez courageux pour explorer les lieux après ces longues journées de réjouissances parfois extrêmement arrosées.
 
Gilles, à la fois le futur exploitant et gardien du marais, ouvre la marche avec ses deux molosses, suivi du couple formé par Tasha et Mathys. Tous constatent avec joie le bon achèvement des festivités. Au moins cette fois, contrairement aux précédentes éditions, aucun débordement ou accident grave n’est à déplorer. Même ces lieux n’ont subi aucun dommage alors que le flot de participants gonfle d’année en année.
 
Le brouillard n’est plus qu’un souvenir lorsque les trois amis abordent la zone boisée. Plus les jours passent et plus l’automne imprègne les bois. Seuls les saules se parent encore de leur feuillage argenté tandis que les feuilles jaunies des bouleaux jonchent déjà le sol. Les autres arbres, principalement des érables et des noisetiers auxquels se joignent quelques chênes, suivent le même chemin et laissent tomber ce qu’il reste de leurs parures en une longue pluie sèche et colorée. L’unique tache de verdure, encore présente et très sombre, est celle des sapins plantés n’importe comment au milieu de la végétation sauvage. A croire que les habitants du coin ne trouvent pas d’autre usage à ce lieu que celui de terre d’accueil pour leurs vieux arbres de Noël. Tasha et Mathys s’amusent souvent à tenter de trouver une explication satisfaisante à cet unique emploi de ces sols, pourtant fertiles, mais jusqu’ici aucun d’eux n’est parvenu à la trouver. Elle se perd avec leur abandon juste après l’assèchement du marais. Un peu comme si les anciens marécages avaient finalement réussi à chasser leurs agresseurs, mais trop tard, pour redevenir eux-mêmes. Un groupe de canards apeurés interrompt soudain leur discussion en s’envolant sous les cris des chiens. Il ne reste plus que quelques corneilles en train de les guetter du haut de leur perchoir lorsque le trio rejoint les deux canidés. Tasha, piquée par la curiosité, pose la première la question.
 
- Je me demande ce qu’ils ont déterré, cette fois ?
Mathys prend la main de sa fiancée et la serre dans la sienne avant de lui souffler à l’oreille.
- En tout cas, il y a déjà un mieux, ils ne sont pas allés aussi loin que l’année passée. Cela nous épargne des efforts inutiles.
- Sans doute. Mais je ne crois pas que cette chose ait un quelconque rapport avec nos touristes.
 
Gilles, qui a rappelé ses chiens, les fait taire d’un geste. Ses deux compagnons le regardent alors qu’il s’efforce d’arracher une masse informe au sol humide. Il y arrive mais le paie aussitôt d’une chute dans la boue. Les deux autres se rapprochent de l’objet en question. A première vue, cela ressemble à une grande bouteille à l’éclat sombre et recouverte de plaques de terre bien collante. Les chiens la reniflent toujours avec méfiance avant que Mathys ne les chasse d’un geste agacé. Puis la voix forte de Tasha le fait se retourner. Elle a trouvé un semblant de piste, quelques traces de pas, de petites tailles, profondément imprimées dans le sol, semblant surgir de nulle part et n’avoir aucun but particulier. Elles lui laissent une bien étrange sensation au moment où les deux autres la rappellent.
 
- Je ne peux pas en tirer grand-chose mais au moins ces empreintes prouvent que les touristes prennent enfin nos panneaux d’avertissement au sérieux.
- Avec toutes les histoires de noyades que colportent les autres dans les bars, je peux le comprendre.
 
Gilles sourit à ces mots. Il connaît aussi bien le folklore local que Tasha et Mathys. Après tout ils sont tous les trois nés, et ont grandi, dans les environs. Les histoires associées à ce lieu abondent et elles sont toutes plus mystérieuses les unes que les autres. En y ajoutant les bancs de brumes, elles contribuent largement à l’atmosphère magique planant sur les anciens marais. Mais ce ne sont jamais que des contes et autres légendes. La seule histoire vraie qui ressemble plus ou moins à une noyade, Gilles la connaît bien, il y a même participé et ne se gêne pas pour le rappeler aux deux autres.
 
- De simples histoires à dormir debout, Mathys. Le seul accident jamais arrivé dans le marais est cette stupide chute dans un vieux puits à sec.
- Oui ! Je me rappelle, maintenant. Tu venais juste de rentrer au village lorsque cela s’est produit. Et si je me souviens bien, c’était une histoire de braconnier.
 
Le gardien des lieux confirme avec un ton à la fois dur et ironique.
 
- Cet idiot s’était perdu et n’a pas osé appeler au secours pourtant il a bien dû finir par s’y résigner. Jamais vu un abruti pareil. Enfin, il s’en est tiré avec une simple foulure.
Gilles qui a fini de nettoyer la bouteille, la tend à Tasha. La jeune femme la retourne dans tous les sens.
- Cette bouteille est bizarre, leur dit-elle. Elle diffère radicalement de celles que l’on nous jette d’habitude.
- Montre. Elle est drôlement lourde. Je me demande ce qu’elle peut bien renfermer. En tout cas, cela ne ressemble pas à de l’eau bénite.
Mathys essaie de l’ouvrir de toutes ses forces mais n’arrive à rien. Il la lève alors vers la lumière mais cela ne donne pas plus de résultats. Il ne peut rien voir de précis sous la paroi de verre.
- Apparemment, elle ne contient que du solide, des particules grises ou blanches. Le mieux est de la jeter, leur propose-t-il.
Tasha normalement d’un naturel calme réagit avec une rapidité et une violence plus que surprenante à cette idée. Elle arracherait presque la bouteille des mains de son fiancé.
- Non ! Pas avant d’avoir réussi à l’ouvrir. Je veux savoir ce qu’il y a dedans.
Mathys lui répond mais sa voix, pourtant très grave, est soudain noyée par une série d’aboiements soutenus. Leurs auteurs dévalent la pente avant de se mettre à gratter, puis creuser furieusement le sol, à un pas d’une mare envahie de roseaux. Le fiancé de la jeune femme soupire devant le résultat.
- Tout ce tapage pour une vieille poubelle.
 
Gilles s’en empare et le trio, après quelques pas, s’installe avec son butin sur le tronc d’un épicéa récemment déraciné. Les chiens de garde ne cessent de trotter autour d’eux en humant l’air ambiant. A croire qu’ils sentent une présence alors que personne n’est en vue (et bien qu’apparemment il n’y ait pas âme qui vive dans le coin). Ils sont dingues ou quoi, se surprend à penser Mathys. Il allait le faire remarquer à Gilles mais préféra se retenir. Et puis, tant qu’ils font ça, ils ne leur cassent pas les oreilles, pensa t’il encore. Des gouttes commencent à s’écraser sur leurs crânes, alors qu’à ce moment là, Mathys se décide à évoquer le comportement des deux animaux.
 
- Ils me semblent bien pressés de rentrer tes deux meilleurs amis, précisa-t-il à l’intention du maître des molosses.
 
Gilles redresse la tête et referme le sac, qu’il avait enfin réussi à entrouvrir après s’être acharné dessus un bon moment sous les yeux de Tasha, et indique immédiatement le ciel de plus en plus sombre. Les nuages menaçant de se déverser à tout instant sur leurs crânes, il répond avec son air volontaire habituel.
 
- C’est ce que nous devrions faire, nous aussi. Regardez un peu ce qui s’amène là-haut.
Tasha répond spontanément, trop heureuse de quitter ce banc de bois si peu confortable.
- Bien, on ouvrira cette chose bien à l’abri dans ton chalet. Qui sait, c’est peut-être un trésor ?
- Ce serait bien la première fois qu’ils trouvent autre chose que des vieilles bottes trouées. Plaisante Gilles.
 
La pluie tombe drue lorsqu’ils atteignent enfin la voiture de Gilles. Les chiens attendent tranquillement assis devant la portière arrière que le grand gaillard blond déverrouille la porte. Mathys s’installe à l’arrière avec eux avant de laisser le sac boueux choir sur le tapis. Cela ne le salira guère plus que les pattes des deux autres. Tasha, elle, s’assied l’air de rien à la place du convoyeur et lui envoie un clin d’œil complice, histoire de lui faire comprendre qu’il est grand temps de satisfaire sa curiosité. L’homme aux courts cheveux bruns saisit le sac dès que les ronflements de ses deux voisins emplissent le véhicule. Un cri de surprise lui échappe tandis que quelque chose heurte le sol.
 
- Là, j’avoue que c’est surprenant.
 
Le vieux tissu qui avait opposé une telle résistance aux tentatives de Gilles s’est rompu d’un seul coup sur toute sa longueur libérant une deuxième bouteille. Mathys la ramasse d’un geste vif. Elle a quelques points communs avec celle que le gardien des marais a déposée à l’avant. Principalement, la taille et la forme mais cela s’arrête là. Le verre par exemple est plus clair malgré sa teinte foncée. Ensuite son contenu devrait être parfaitement visible une fois le verre débarrassé de sa couche de crasse. Il demande alors à Tasha de lui passer une loque. En réponse, elle lui tend son écharpe. Il la saisit sans un mot. Il n’est guère courant de voir la blonde artiste dégrader une étoffe à laquelle elle tient beaucoup sur un coup de tête. Il allait le lui faire remarquer mais préféra se raviser. Il range alors le tissu soyeux dans sa veste et prend l’un des chiffons que Gilles dispose sur la banquette. Si les deux gros ne bougent pas, leur maître n’y verra que du feu. Deux minutes plus tard, le verre brille presque entre ses larges mains.
 
- Tiens ? C’est étrange, le sac ne porte pourtant pas de traces de brûlures.
- Quoi ? Que dis-tu, Mathys ?
- De la suie, ce sont des traces de suie, de fumée et aussi de cendres.
- Logique, le lendemain de la fête des sorcières !
La remarque de Gilles ne fait sourire que Mathys car Tasha, elle, se retrouve comme pétrifiée par ce qu’elle découvre sous l’épais manteau de verre gris. Elle manque de la laisser choir lorsque Mathys la lui passe.
- Regarde, c’est vraiment horrible !
- Hein ? Qu’est-ce qui est horrible ?
Gilles s’arrête sur le bas côté avant de saisir l’objet que lui tend sa voisine. Il la tourne plusieurs fois entre ses mains rugueuses comme s’il voulait se convaincre de ce qu’il voit.
- Ça ressemble à une poupée ou à une sorte de statuette articulée. Ce verre coloré est remarquable mais il nous cache les détails.
 
La pluie diminue. Une éclaircie. Un peu de soleil, que demander de mieux.
Les deux molosses lèvent les oreilles, puis la tête, dès que le moteur s’arrête. La portière du chauffeur s’ouvre et ils sautent sur la vitre avant que Gilles n’ait le temps de les en empêcher. Profitant de cette halte soudaine ceux-ci se jettent au-dehors. Les trois amis sortent ensuite du véhicule puis s’écartent, de la route pour se diriger sur un étroit chemin de terre pris entre deux prairies aussi désertes que tout le reste, avant de se perdre dans les sous bois. Gilles lève alors la masse transparente et son contenu vers le soleil. En réaction, la bouteille semble soudain s’illuminer. En y regardant de plus près, ils distinguent quelque chose. Une masse sinistre qui s’agite sous l’enceinte de verre. C’est bien une poupée mais elle semble brûler sous les épaisses parois de sa prison. Pire, elle repose sur un bûcher très réaliste avec son crucifix fiché au sommet. Les flammes se déchaînent entourant de plus en plus étroitement la frêle silhouette féminine. Tasha s’écarte des deux hommes fascinés par ce spectacle macabre.
 
- Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ?
- Incroyable. Pince-moi, Mathys, je dois rêver. Ce noir de fumée en haut et juste sous le verre du goulot…
- On dirait que ces flammes et la fumée sont réelles.
- Donne-moi ça, il faut savoir ce qu’elle contient vraiment cette monstruosité.
 
Tasha lui prend la bouteille échauffée, presque brûlante, des mains. Ses yeux croisent un instant le visage de la femme avant qu’elle ne la précipite avec violence sur un tas de grosses pierres entassées près de l’entrée du chemin boueux. Elle tombe avec un bruit mais ne se brise pas. Le seul résultat de cette action, particulièrement musclée, est une explosion de flammes et la disparition de la poupée sous un mur de fumée noire qui finit par se déposer partout sous la surface déjà sombre. Mathys, qui ne cesse de s’étonner depuis l’apparition de cette statuette de bois articulée, très soigneusement peinte et vêtue, s’empare rapidement de la bouteille, désireux de l’éloigner le plus vite possible de sa fiancée. Elle semble vraiment exercer un effet néfaste sur elle. Une sorte de menace qu’il ne peut nommer.
 
- La pluie s’arrête, constate Gilles avant d’enchaîner, mais avec tout ça, on ne voit plus rien.
- C’est simplement inouï. Je me demande qui est capable de réaliser un tel tour.
- Elle ne s’est même pas brisée ! dit Tasha d'une voix pratiquement inaudible, les yeux dans le vague et sans s'adresser à personne en particulier, pas même à Mathys.
- Cette femme, ce visage. Je les connais. Je suis sûre de l’avoir déjà vue quelque part mais où ?
- Sans doute sur une ancienne gravure, chérie. Rappelle-toi des vieilles histoires. Les contes et autres légendes enchantées ne manquent pas dans les anciens marais.
- Ce sont des légendes. Mais elle semble si réelle.
- Je crois que Mathys a raison, Tasha, avance Gilles. C’est sûrement un artifice lié aux sept jours de la fête des sorcières. Quelqu’un a voulu s’amuser et s’est inspiré des anciennes gravures ou des enluminures. Toi aussi, tu fais cela pour ton travail, n’est-ce pas ?
- Soit ! Et ensuite, il ou elle les a abandonnées au milieu de nulle part. Là où personne ne peut les trouver. Un tel travail, si incroyable, si impressionnant pour rien ! Non ! Ça cache autre chose ! J’en suis sûre !
 
Plusieurs voitures frôlent celle de Gilles, alors que la pluie retombe de plus belle. Fine et très froide, elle les transpercera en quelques instants s’ils s’attardent trop entre les deux prairies humides. Gilles s’empresse de faire grimper les chiens dans le véhicule pendant que Tasha traîne sans mot dire en face des bois. Mathys est inquiet de voir l’attrait que ce lieu exerce sur elle, presque aussi malsain que celui de cette poupée qu’elle serre contre sa poitrine. Il lui ouvre la portière avant de la faire entrer puis la referme. Ensuite, il contourne le véhicule pour y entrer à son tour. Ce faisant, il remarque les traînées de boue laissées par le passage de diverses machines. Un détail lui revient soudain. Il n’y avait aucune trace de cette sorte sur la route menant au lieu de leur découverte. En y réfléchissant bien, il n’y a avait rien. Pas le moindre petit indice, exceptées ces légères empreintes de pas entourant l’endroit où reposait la première bouteille. Peu de temps après, la voiture démarre sous la pluie et le trajet se passe sans un mot. Même les chiens ne se manifestent plus.
 
- La vieille décharge ! S’exclame brusquement Mathys. Arrête-toi là, Gilles ! Passe-moi la bouteille, chérie, il vaut mieux s’en débarrasser. De toute façon, il ne reste plus rien de son contenu.
 
Tasha la lui tend sans discuter et le laisse faire. Lorsqu’il s'enfonce à nouveau sur son siège, elle se tourne vers lui. Il est très soulagé de retrouver sa mine rayonnante d’avant la découverte de la poupée, cela l’avait vraiment émue, marquée, Mathys s’en était immédiatement rendu compte. C’était la meilleure chose à faire, supposa-t-il.
 
Le chalet de Gilles apparaît sous le rideau de pluie et le véhicule s’immobilise rapidement devant l’entrée. Après quelques paroles suivies de rapides salutations, le couple prend congé du garde et se dirige vers sa voiture. Tasha embrasse l’athlète blond avant que Mathys ne mette les gaz. La voiture s’éloigne et il jette un bref regard à sa future épouse. Ses craintes disparaissent totalement devant son air calme et rêveur. Quelque chose dans son attitude lui avait fait sentir la présence d’un danger qui se rapprochait sournoisement d’eux. Mais à présent que la poupée se trouve loin, cette sensation a totalement disparu.
 
La soirée est déjà bien engagée lorsque le téléphone sonne. Tasha étant sous la douche, Mathys se précipite pour décrocher à temps le combiné. Le bruit de fond lui fournit immédiatement l’identité du correspondant.
 
- Gilles ? Tu as l’air essoufflé, enfin pas comme d’habitude…
- C’est à cause de la bouteille, je sais enfin ce qu’elle contient.
- La première ? Tu es donc parvenu à l’ouvrir ?
- Non ! Ce n’était plus la peine. Elle s’est ouverte toute seule. C’est dingue, elle s’est d’abord fendue sur toute sa longueur puis s’est cassée en deux. C’était si net presque comme si elle avait été coupée au couteau.
- Bien ! Et le contenu ?
- Accroche-toi ! Des restes de poupée calcinée au milieu d’un tas de cendres. Il y a d’autres choses aussi, mais je t’en parlerai dès que j’aurais compris le message.
- Sans doute l’histoire d’une malheureuse victime de la chasse aux sorcières. Combien d’autres encore ont été massacrées sans laisser de traces. C’est une chance que nous soyons nés maintenant et non à cette horrible époque.
- Mathys…
 
La voix douce de Tasha qui se rapproche dans un léger nuage de parfum le pousse à abréger cette conversation. Elle l’entoure de ses bras tandis qu’il raccroche.
 
- Qui était-ce ?
- Gilles. Il a réussi à ouvrir la bouteille. Il rappellera dès qu’il aura du nouveau. Sans doute lorsque Diane sera de retour. Elle est incollable sur les histoires liées aux anciens marais. Si on pensait plutôt à nous maintenant, à nos projets ?
 
Les jours suivants s’écoulent tranquillement et, très vite, raccourcissent. Les premiers flocons ne tardent pas à apparaître en voltigeant dans le vent glacé de ce début d’hiver. Les sinistres poupées n’ont rien livré de leurs secrets et elles s’effacent dans les mémoires des trois amis alors que les nuits s’allongent.
 
A suivre ...
Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

Profil

  • Liry
  • Femme

Recherche

Au-delà des Vagues... Ténébria

Mon roman "Au-delà des Vagues... Ténébria"

Aux Editions Elzévir

imageTaille.jpg


Plongez de plein pied dans un monde imaginaire

Sur le site d'Elzévir http://www.editions-elzevir.fr/editions-Elzevir/livres/au-dela-des-vagues...-tenebria_vanessa-lienard_309

Sur Amazone link 

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés