Lundi 14 avril 2008

Bonjour, voici mon dernier dessin aux crayons de couleurs.

Un elfe pour ma soeur.

A plus tard

Liry
Par Liry - Publié dans : Illustrations
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Dimanche 23 mars 2008

Elle lui tend un grand sac que Maureen n’avait même pas remarqué. Mais pas la peine de s’en faire, sa compagne s’offre de lui fournir toutes les explications nécessaires avant qu’elle n’ouvre la bouche.

 

- C’était dans ce qu’il restait du coffre de votre voiture. On les a récupérés avant les autres. C’est à vous, non ? Alors, on n’allait pas les laisser à la portée du premier voleur venu. Le temps que les autres se déplacent, votre épave risque de rester ainsi pendant au moins deux jours. Et qui sait qui passe par-là ? On en voit parfois de drôles d’oiseaux ! Dites-vous que vous avez au moins eu de la chance sur ce point-là.

 

La svelte rousse s’assied un moment, le sac ouvert dans les mains, se demandant si elle avait bien compris les paroles de Mégane.

 

Dans le coffre ? Mais ? Tout était vide ! Il ne restait rien ! Sans la plaque, je n’aurais même pas reconnu ma propre voiture. Dire que j’ai sué sang et eau pour elle.

 

Elle revoit sa joie, au moment où elle avait enfin pu se l’offrir. Son premier véhicule ! Une occasion tout ce qu’il y a de plus banale mais dont elle était si fière. Bizarrement, tout lui paraît encore si net. A croire que seul l’accident s’est effacé. Rayé comme les ifs et les genévriers. Puis, elle sort une première blouse et l’examine. La brune reprend. Un ton joyeux ? Elle aurait donc décidé d’être du voyage ?

 

- Vous voyez. C’est bien à vous, non ? Exactement vos mesures, et votre nom y est même brodé. Avec art.

 

Voilà autre chose s’amuse Maureen en regardant l’ouvrage. En fait, tout ce dont elle est capable avec une aiguille, c’est, et encore avec difficulté, de faire passer le fil dans le chas. Et en plus, je couds si bien que ma mère ne peut s’empêcher de tout refaire derrière moi. La honte !

 

- A croire que c’est tout ce qu’on a bien voulu vous laisser avec ça.

 

Fouillant cette fois dans son propre sac à main, Mégane lui tend autre chose.

 

- Tenez vos papiers. 

 

Maureen prend l’étui de cuir en main, ne sachant que penser avec toutes ces choses qui réapparaissent sans crier gare. Hier encore, à la même heure, il ne lui restait plus rien, hormis sa lampe et la clé de contact.

 

- La clé ! Où est ma clé ?

 

Elle la retrouve sur la table de nuit. Quelle idiote ! Qui volerait une chose désormais aussi inutile et en plus laide et abîmée. Mégane s’absente un instant, le temps de la laisser se changer.

 

Dehors, le vent vient maintenant de se joindre aux assauts de l’eau. Décidément, la nature ne semble pas vouloir s’avouer vaincue.

 

L’air et l’eau s’unissant contre les autres…

L’herbe et la roche vinrent ensuite à leur rencontre …

Puis arriva le temps de la fin pour les …

 

- Quoi ? Mégane ? C’est vous ?

 

Elle se tourne vers la porte. Fermée, depuis combien de temps sa sauveuse s’est-elle éclipsée ? Juste cinq minutes peut-être.

 

Quel est cet étrange refrain qu’on vient juste de lui susurrer à l’oreille. Elle aimerait tant en parler avec Mégane, la seule à ne pas la considérer comme une attraction, l’intrigante accidentée de la route. Mais elle ne semble pas prête de revenir.

 

Des minutes, des éternités plus tard et la brune joviale réapparaît, portant, en plus de quelques provisions, une solide réserve de boissons.

 

- Voilà, je suis sûre que cela vous fera du bien. Vous pouvez manger, non ?

- Oui ! Bien sur. Merci beaucoup. Rien ne s’oppose à cela. Mais les plats de cette clinique sont si...

 

Elle fait la grimace sous les yeux amusés de la fermière.

 

- Ça, ça devrait plus vous plaire.

- Mais ? Pourquoi m’aidez-vous ?

- Je veux savoir. Ces arbrisseaux, rien ne les avait jamais tués, même pas les pires pesticides et puis … quelque chose m’y pousse. Le tout reste de vous faire sortir d’ici. On vous mènera aux bosquets. Mais ensuite, il faudra vous débrouiller seule.

 

C’est court mais Maureen semble s’en contenter. Et quelques mots de remerciements plus tard, elle reprend sur un ton volontaire.

 

- Partez devant, Mégane. Séparées, nous passerons plus facilement inaperçues.

- Quoi ? Vous pouvez partir ?

- Non ! Mais comme vous, quelque chose me pousse à retourner voir là-bas.

- A plus tard, alors.

 

Restée seule, Maureen achève ses préparatifs. Puis elle s’engage subrepticement dans le couloir. La pluie martèle toujours les toits. Elle est au dernier étage. Les lumières vacillent, donnant une impression de faiblesse à cet imposant bâtiment.

 

Elle avance encore. Un panneau ouvert ? Voilà qui n’est pas courant.

 

- Surtout en face de tableaux électriques. Qui a bien pu laisser cette porte ouverte ? Ce n’est pas très prudent.

 

Elle avance la main pour la refermer et à ce moment, un bruit terrible se fait entendre. Immédiatement, la pénombre s’empare de l’hôpital. Ne sachant que faire, Maureen s’éloigne vers les escaliers.

 

- Mais qu’est-ce que je fais là, moi ? Ils vont dire que c’est ma f…

 

Elle recule juste au moment où d’autres déboulent en trombe. Ils passent devant elle sans la voir. Elle se dissimule de son mieux dans le creux de la première porte venue. Pour le moment, plus personne ne pense à elle, la touriste intrigante.

 

Plusieurs groupes électrogènes s’enclenchent, emplissant l’hôpital d’une lumière blafarde mais amplement suffisante pour permettre à ceux qui viennent de la dépasser de réparer.

 

- Mais ne reste pas là, idiote ! Tout rentrera vite dans l’ordre. Tu attends quoi ? Que les infirmières fassent le tour des chambres et arrivent à la tienne ?

 

Jetant un coup d’œil rapide à l’équipe en plein travail, elle se déplace vers la double porte ouvrant sur les escaliers. Elle attrape le battant le plus proche et le tire avec une extrême lenteur vers elle, sans bruit. Elle ne quitte pas un instant les ouvriers du regard. Ils sont tous si absorbés par leur tâche. Elle progresse encore, à pas de puces, retenant sa respiration. En ce moment, l’ombre est son alliée la plus précieuse. Elle la cache mais elle devrait quand même songer à accélérer. Un bruit. La porte bouge. Soudain, Maureen se recroqueville en un réflexe heureux. Une femme surgit en courant en haut des marches, poussant brutalement le second battant. Elle rejoint ensuite le groupe, monopolisant, par son arrivée, l’attention de tous. De son côté, Maureen saisit cette occasion au vol et se faufile de l’autre côté de la porte. L’escalier n’est pas bien grand et elle atteint vite le rez-de-chaussée. Pourtant son cœur bat encore à tout rompre. Elle croise plusieurs portes closes, craignant toujours d’en voir une s’ouvrir. Encore une et …

 

La sortie, enfin. Elle passe juste derrière l’accueil où l’une des infirmières tente de rassurer une mère un peu trop inquiète. Elle franchit enfin le seuil et reçoit aussitôt le salut glacé de la pluie. Quant au vent qui aurait dû la frapper au visage, il baisse d’intensité, ne la bousculant que très légèrement.

 

Elle avance d’abord lentement dans le noir jusqu’au coin de la rue. Puis son pas s’accélère et s’emballe. Elle poursuit ainsi d’une traite sur deux ou trois rues successives. Soudain, elle tourne et atterrit dans un cul de sac, encombré de caisses vides. Passablement sale, il est aussi engageant qu’un cimetière la nuit. Serrant le porte-clé dans sa main, elle retient son souffle.

 

Soudain, des phares s’allument, transperçant la froide noirceur, éblouissant cruellement Maureen au passage. Une portière claque et une silhouette assez massive en descend … Un seul mot lui échappe en reconnaissant le chauffeur.

 

- Vous ?

 

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Quelque part, au même moment, bien plus au nord, un homme se tient debout en face d’une assemblée de roches levées. Ce n’est encore que le printemps et il ne pourra rien faire pour la porte avant des semaines.

 

Quelqu’un approche. Les plantains se courbent, bruissant gaiement à son approche. Mais le regard du nouveau venu est si triste lorsqu’il tend une branche d’if au grand gaillard.

 

- Quand est-ce arrivé ?

- Aujourd’hui même mais elle ne m’a rien dit avant de partir.

 

L’homme examine avec soins le bois encore vert. Les aiguilles sont vives.

 

- On peut la replanter mais il va falloir faire vite.

- Vous êtes sûr ?

 

Il lui répond d’un mouvement de tête. La joie et le soulagement se peignent un instant sur le visage joufflu du nouveau venu mais la question suivante vient y mettre un terme prématuré.

 

- Qui l’a tirée vers la surface ?

- Difficile à dire. J’ai préféré d’abord m’occuper d’elle, des seules branches encore vivantes.

- Et tu as bien fait. Je vais me charger des soins. Mais, on ne peut en rester là. Retourne là-bas. Retrouve le plus vite possible le ou la responsable. Il ou elle risque de nous recroiser à tout moment ou d’en appeler d’autres.

- Mais ?

 

Il tâte l’écorce, en scrute encore la surface avec minutie. La sève vive s’écoule toujours sous la peau fibreuse. Si seulement, sa douce compagne, son seul amour était toujours auprès de lui. Elle aurait pu remettre l’if en contact avec le sol, sans perdre une seule seconde. Mais ils ne pourront pas se voir avant si longtemps.

 

Chassant ces tristes pensées, il se retourne vers le jeune garçon qui attend sans un mot. Autour d’eux, les plantains poussent d’autres branches couronnées d’aiguilles vers eux.

 

Les acheminer ainsi. Ce gamin n’est jamais à court de ressources. Mais il faut agir. On ne peut laisser les choses aller ainsi.

 

Ce court moment de réflexion achevé, le gardien se retourne vers son jeune ami.

 

- Elle ne serait jamais sortie toute seule, Plantago. Tu comprends. Nous devons le ou la retrouver. Cela peut devenir très dangereux. Qui sait comment ils vont réagir après une si longue séparation ?

 

Ceci dit, les deux hommes se quittent. L’if a disparu mais ce n’est qu’une des leurs parmi toutes les autres.

 

Plantago se remet en route aussitôt. Il aurait bien aimé rester un peu plus auprès des roches. Mais ce n’est malheureusement pas le moment. Enfin, il est au moins soulagé. Son amie va survivre mais il lui faut retourner au plus vite sur les lieux. Avec de la chance, cette personne reviendra près des anciens bosquets. Et si, par chance, cela se produit, il essaiera de l’appeler. Mais l’écoutera-t-elle seulement ?

 

 

A suivre …

 

Par Liry - Publié dans : La Serre de Nulle Part
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Dimanche 23 mars 2008

  

Le temps s’écoule long et paisible, veillant sur le sommeil si profond de Maureen. Tant et si bien que la jeune accidentée se réveille sous la lumière déclinante d’un soleil mourant.

 

Ses yeux s’ouvrent sur la fenêtre. Le store est relevé. Et elle reste en arrêt face à ce qui se présente à elle, un paysage baigné sous les ultimes rayons du couchant, se laissant simplement bercer par la magie de cet instant unique, suspendu entre la fin du jour et le début de la nuit.

 

Puis, elle lève la tête vers le plafond. Pâle, terne et surtout très haut, il lui offre en plus de sa tristesse aseptisée, une enivrante sensation d’espace et de liberté. Qu’il est loin l’oppressant cocon de verdure de la veille ! Envolé ! Effacé !

 

Un soupir de réconfort puis de joie lui échappe lorsque son regard vert tombe sur l’interrupteur. Elle s’attarde sur ce simple carré. Cette petite plaque insignifiante qui n’attend qu’une seule chose dans son coin, son ordre pour inonder d’une lumière crue cette chambre, maintenant, envahie par l’obscurité.

 

Se sentant étrangement bien, malgré tout ce qui a pu lui arriver la nuit précédente, l’accident ne trouvant toujours aucun écho en elle, elle se redresse en un bond sur le lit. Le drap blanc s’envole d’un geste brusque et finit sa course en s’étalant, telle une longue traîne, au pied du lit. Ensuite, sa main lavée de frais vient masser le cuivre frisottant de sa chevelure. Puis, elle inspecte, sans précipitation aucune, ses longs doigts effilés et sa paume, meurtris encore la veille.

 

- La civilisation, j’ai donc bien été secourue et ramenée à la civilisation.

 

Elle s’apprêtait à réveiller les lampes lorsque son attention est attirée vers le couloir. Et suspendant aussitôt son geste, elle tend l’oreille vers l’inconnu. Non, l’intérieur du bâtiment, tout simplement, elle n’est pas peureuse à ce point-là ! Quelques minutes plus tard et il lui semble reconnaître le timbre rieur de Mégane, noyé  au milieu d’autres voix féminines.

 

Elle ne rêve donc pas. Il y a de la vie autour d’elle. La civilisation, rien de comparable avec ce qui flottait autour d’elle sous le ciel nocturne. Elle doit encore être perturbée car elle a du mal à mettre un nom précis sur ce qu’elle ressent. Elle devrait être rassurée de se savoir, ici, dans une chambre d’hôpital tout ce qu’il y a de plus classique et, pourtant, elle n’arrive pas à se débarrasser de ce malaise qui revient encore et encore, comme s’il la poursuivait depuis le crash.

 

Elle revoit un moment les branches des ifs, s’arquant au-dessus d’elle en un dôme protecteur. Peut-être était-ce un tour de son imagination, mais, à un certain moment, elle avait vraiment cru les voir se pencher avec tant de lenteur, de douceur vers elle. Puis cette image s’évanouit, fugitive, lorsqu’un cri de surprise vient transpercer la quiétude générale. Maureen sursaute en comprenant que c’est d’elle que ces femmes parlent. Elles discutent si fort alors qu’elles sont dans un hôpital.

 

La rousse court se cacher derrière la porte entrebâillée. Ces dames approchent. Elles sont maintenant juste devant la chambre faisant face à celle de sa voisine. Des brides de conversations lui parviennent enfin distinctement mais le débit est si rapide qu’il lui faut un certain temps avant d’en saisir le sens.

 

- Tu sais, ils n’ont rien retrouvé à part l’épave de la voiture et cette touriste…

 

Elle indique la porte derrière laquelle s’est postée Maureen. Le ton lourd de sa voix déplaît fortement à cette dernière. Ses sourcils se hérissent lorsque la deuxième rapporteuse coupe sèchement sa compagne.

 

- Non ! Ce n’est pas possible, cette histoire ! Jette un œil là-dessus. C’est mon homme, il a juste eu le temps de me les glisser.

 

La commère, Maureen ne peut la nommer autrement, personne n’ayant pris la peine de venir voir si elle était éveillée avant de se mettre à délirer sur son compte, se penche sur ce qui ne peut vraisemblablement être que des clichés de sa défunte voiture. Voyant cela, l’accidentée se retourne, s’accordant un bref instant de réflexion. Rassemblant ce qu’elle a de souvenirs, elle tente de se remémorer les choses telles qu’elles lui sont apparues. La voiture, sa voiture réduite à une demie crêpe. L’autre chauffard qui a bien failli la tuer. Puis l’arrivée de Scott et sa femme Mégane. Mégane, la fermière assise près d’elle. Elle comptait appeler la police. Ils seraient donc déjà allés voir sur place ? Ou bien d’autres ?

 

Prenant une multitude de précaution, elle s’accole de nouveau au panneau de bois blanc. Les interrompre est bien la dernière chose qu’elle souhaiterait faire. Cette conversation sera peut-être l’unique occasion qu’elle aura d’écouter des paroles franches sur cette histoire, son histoire. Peut-être ou plutôt sans doute songe-t-elle alors qu’une lueur malicieuse traverse son regard.

 

- Et elle était là-dedans ?

 

S’écrie la brune, portant la photo juste devant son nez avant de continuer sur le même ton incrédule.

 

- Non ! Ce n’est pas possible ! Tu as bien vu l’état de cette carcasse ! Tout l’avant est aplati ! Et …

 

Elles s’interrompent sans crier gare. Tout d’abord, Maureen a cru s’être trahie mais il n’en est rien. En fait, c’est tout autre chose. L’une des infirmières est simplement venue mettre un terme à cette discussion beaucoup trop bruyante, vu les lieux.

 

Et avant de refermer la porte le plus discrètement possible, la touriste rousse jette un tout dernier coup d’œil aux deux cancanières et les voit partir vers l’autre bout du couloir. Dommage, elle ne saura rien de plus. Mais il n’est guère temps de traîner. Cette nouvelle arrivante, en uniforme blanc, risque d’entrer d’un instant à l’autre. Aussi, Maureen s’empresse de retourner vers le lit et de s’y allonger. Elle en est encore à ramener le drap sur elle lorsque la porte grince.   

 

Une lumière vive emplit la pièce, chassant les ténèbres bienveillantes de la nuit.

 

- Bonjour, mademoiselle …

 

Le ton est neutre mais il dérange Maureen. A moins que ce ne soit la mauvaise impression que lui ont laissé les deux autres qui la perturbent encore. S’efforçant de suivre le flot de ses paroles tout en répondant le plus amicalement possible, elle finit, malgré tout, par perdre le fil. Ce que la blonde infirmière ne semble pas trop mal prendre. Après tout, cette jeune femme a été victime d’un effroyable accident.

 

Enfin, elle a quand même appris quelque chose, elle n’a rien de grave en dépit de la violence du choc. Juste quelques coups, des ecchymoses et des écorchures mais rien qui ne mette sa vie en danger.

 

Il en a toujours été ainsi, depuis des lustres. Les pires tuiles se sont abattues sur elle mais sans jamais la blesser gravement. Elle ne se rappelle même plus la première de ses mésaventures tant la liste en est longue. En tout cas, jusqu’ici, elle s’en est toujours sortie plus ou moins indemne.

 

Son examen terminé, l’infirmière s’en retourne.

 

Libérée du poids de son regard, Maureen se dirige vers la grande fenêtre, cherchant ce dont elle a le plus besoin, pour l’instant, le calme et la tranquillité.

 

Le calme enfin. Calme ? Mais qu’arrive-t-il encore ?

 

Alertée, sans trop savoir pourquoi, Maureen s’éloigne de la vitre. Dans le silence qui régnait d’abord en maître sur le jardin endormi, la nature s’est soudain mise à chanter.

 

Ça a commencé par une berceuse. Le refrain des gouttes qui tombent avec légèreté sur la paroi transparente avant de glisser avec délicatesse sur la pierre froide et bleue soulignant d’un trait dur la haute fenêtre. Puis, sans aucune transition, la fine pluie s’est muée en une averse furieuse. Les nuages déversant avec rage leurs charges glaciales sur les toits et les parcs. Lesquels leur résistèrent sans peine. Ce qui ne sembla que faire redoubler la colère des éléments.

 

- Eh ! Bien ! Une chance qu’on vous a repêchée à temps.

 

Elle était encore plongée dans ses pensées, ses yeux rivés sur cette lutte étrange, au moment où cette voix si désagréablement criarde se fit entendre.

 

Un instant, la rousse craint d’avoir une attaque mais elle se ressaisit très vite.

 

Elle est entrée sans que je ne m’en rende compte ! Plutôt surprenant pour quelqu’un d’aussi bruyant !

 

En fait, elle est plutôt ravie de retrouver cette fermière joviale. Elle lui sourit spontanément et l’autre lui répond de la même manière. Maureen s’apprêtait à lui parler mais elle s’arrête en voyant le visage hâlé de l’autre changer.

 

- Qu’est-ce qui… ?

 

Elle a à peine balbutié ces mots que la fermière lui répond.

 

- En fait, je pensais d’abord vous parler de vous mais…

- Il y a un problème ?

 

S’enquiert la jeune femme.

 

- Et de taille ! Le véhicule ! Enfin votre voiture ! Hier, vous nous aviez dit qu’elle était presque réduite à…

 

La bonne femme, pourtant bavarde, hésite, augmentant encore d’un cran l’inquiétude de Maureen. Puisque durant leur court voyage, dont étrangement sa mémoire n’a pas égaré une miette, cette dernière a eu tout le temps de la cerner. Elle décide de l’aider à achever. Après tout, pour le moment, elle reste encore la mieux renseignée sur toute cette affaire.

 

- A une demie crêpe !  Je sais, Mégane mais …

 

Elle s’interrompt en la voyant blanchir.

 

- Non ! Maintenant, c’est presque une crêpe rouillée tout court ! En plus, un abruti est rentré dedans, Maureen. Au début, il a cru avoir heurté un vieux débris, une sorte de dépôt sauvage mais ensuite…

- Ensuite …

 

Elle traîne. Peut-être veut-elle faire durer le plaisir ? Mais le regard courroucé, à tord ou à raison, de son interlocutrice la pousse à achever.

 

- Ben, ça devient fou, il a dérapé et atterri au milieu d’un bosquet d’arbustes. Celui des ifs. Et puis, il avait un portable. Et il a appelé les secours. Et le temps qu’ils arrivent, il s’est passé quelque chose de pas normal…

 

Ce qui n’a pas l’air de surprendre Maureen. Au moins, elle n’est plus la seule à qui il arrive des trucs pas banals. Mégane, croyant que la jeune femme voulait ajouter quelque chose, allait se taire mais Maureen lui fait comprendre qu’il n’en est rien et qu’elle désire entendre la suite.

 

- Les branches ont toutes péri sans qu’il n’y comprenne rien.

- Quoi ? Mais elles étaient si fortes. Leurs feuillages étaient tellement denses que je ne voyais rien au travers de la masse des aiguilles.

- Ah ça ! Vous en aviez plein de ces saletés dans les cheveux et sur vos loques ! Une chance que vous n’en aillez pas avalé une seule. Ou pire.

 

Elle marque un arrêt avant de terminer sur un ton plus bas. Un peu comme si elle devait, elle aussi, se convaincre de la réalité de ses propos.

 

- Et pourtant, il n’en reste rien de ces vieilles plantes. Maintenant, elles sont toutes réduites à une sorte de bois sec rongé de vermines.

 

Un court silence suit la dernière phrase de Mégane jusqu’à ce que la fermière se mette à crier.

 

- Eh ! Vous faites quoi là !

- Je me lève. Je n’ai rien de grave alors je ne vais pas passer ma vie ici.

- Mais ? Vous n’allez quand même pas aller là-bas ?

 

Elle ne répond pas. Mais la grande brune ne déclare pas forfait pour autant. Elle repart à la charge, prête à user d’arguments un peu plus percutants pour se faire entendre. Après tout, cette petite a drôlement bien récupéré depuis hier.

 

- Voyons. Où sont-ils donc passés ?

 

La fermière lui prend le bras alors qu’elle saisit la poignée de la commode.

 

- Vos vêtements étaient aussi beaux que ceux de Grégor alors ....

- Grégor ?

 

Demanda Maureen. Elle allait lui demander s’il s’agissait de son fils mais le débit de paroles de cette femme bat des records.

 

- L’épouvantail. Mireille, notre petite dernière l’a appelé ainsi.

 

Eh bien ! C’est très agréable à entendre ! Etre comparée à une sorte d’affreux mannequin délabré ! Que demander de mieux ! Si au moins, elle l’avait associée à ceux des défilés mais il ne faut pas trop en demander.

 

- Tenez, je vous ai apporté ça.

 

Par Liry - Publié dans : La Serre de Nulle Part - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Dimanche 23 mars 2008

Quel meilleur moment que le printemps pour faire remonter à la surface une histoire plus qu'ancienne ...
Ma dernière nouvelle balançant entre réel et fantastique...


La serre de Nulle Part 
 

L’origine de cette histoire n’est qu’une question de point de vue, de repère. Les conteurs vous diront qu’elle est ancienne. En fait, elle est bien plus que cela. La source, la véritable d’où tout a jailli se perd dans la nuit des temps. C’était à l’époque où les êtres de légendes côtoyaient encore le monde des vivants. C’était bien avant que l’homme ne se redresse, se civilise et finalement, conquiert la planète.

 

Face à l’avancée, parfois chaotique mais bien réelle, de la science et à la suprématie de cette espèce belliqueuse, dénuée de tout scrupule, la plupart des légendaires se réfugièrent dans l’invisible, se repliant pour toujours à l’abri d’un univers impalpable.

 

Quant à ceux qui préférèrent rester, ils se fondirent avec le sol, les forêts ou les sources, vivant éternellement en harmonie avec les saisons, au rythme des accords des vents. Et ce jusqu’à nos jours…

 

Aussi lorsque la paix règne en des lieux isolés, leurs chants de vie, souffles légers et chaleureux, viennent faire ployer l’émeraude de l’herbe et danser la soie des corolles. Touchant de leurs chœurs à peine murmurés les rares sens encore en éveil des humains, ils essaient de leur parler. Mais entendre et écouter sont deux choses différentes. Et sous la caresse de la lune ou la force vivifiante du soleil, ils se languissent encore d’avoir enfin une réponse…

 

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Quelque part en Europe septentrionale, en ce qui aurait dû être un matin comme les autres, une jeune femme se réveille sur le bord d’une route isolée. Pour être plus exact, elle est allongée de l’autre côté d’une rambarde défoncée, à l’ombre d’une épaisse haie d’ifs et de genévriers.

 

Il lui faut du temps pour recouvrer ses esprits. Sa vision est encore si trouble dans la solitude de cette nuit d’encre qu’elle ose à peine remuer un cil. Est-elle vraiment seule sous les branches odoriférantes ? C’est ce qu’elle pense. Pourtant quelque chose flotte dans l’air. Un vent, non une présence, un relent de vie. Comment dire, c’est presque palpable alors que, visiblement, personne ne se trouve ici. Elle a déjà appelé, à s’en blesser la gorge, mais aucune voix n’a réagi à ses cris. Rien. Même pas le moindre bruit ou le plus petit bourdonnement d’insecte pour percer cet étouffant silence.

 

Elle reste ainsi, un long moment, immobile, hébétée, sans la moindre réaction. Puis enfin, elle entend quelque chose, des coups sourds et répétés en rythme, quelque peu perturbé. Elle lève la tête sous la voûte verte, opaque et si sombre. A croire que l’imposante masse cotonneuse s’amuse à lui dissimuler, cruellement, un ciel déjà si couvert. Soudain, elle comprend. Ces battements sourds sous ses tempes, ce sont ceux de son cœur qui cogne dans sa poitrine. Un sourire se dessine alors sur le fin visage maculé de terre collante. Grâce à ce chant monotone et au froid qu’elle commence à ressentir, elle sait au moins qu’elle est encore en vie. Elle réagit enfin et, s’arrachant lentement aux lourdes senteurs des conifères, elle se tourne sur le côté, se soulevant sur son avant bras gauche. Une main souillée vient ensuite frotter la peau fragile de ses paupières ombrées alors qu’enfin sa vision fait mine de s’accoutumer aux ténèbres ambiantes.

 

Puis, rampant sous le manteau piquant, Maureen atteint le bord envahi d’herbes, saupoudrées de rosée, et de plantains avec une pointe de pâquerettes. Petites fleurs modestes, refermées pour la nuit, enfin, une agréable touche de blanc et de jaune venant égayer par touches légères ce riche tableau de nature crépusculaire. Par chance, les orties semblent avoir manqué le rendez-vous. Quel dommage que les très fines branches de ronces n’aient pas suivi leur exemple !

 

Enfin, ses efforts sont payants et elle arrive à se dépêtrer de son étroit cocon de verdure. Elle  interroge alors du regard le paysage lui faisant face. La route, ondulant entre les jachères, est effectivement déserte. Mais la jeune femme est-elle toujours sur le triste chemin de vieil asphalte craquelé qu’elle a gardé en souvenir avant de sombrer puis de se retrouver seule dans ce charmant petit coin de campagne ?

 

Elle tâte le sol, se demandant si elle n’est pas encore perdue en plein songe. Il est souple, tout brillant d’humidité. Pareil à celui qu’elle a laissé, une minute avant, quelques mètres en arrière. Secouant sa courte chevelure rousse, constellée d’aiguilles bicolores, elle regarde droit devant elle. Le ciel bas, oublié par la lune, lui apparaît si sombre, à peine éclairé par de rares et tristes étoiles brillant sur un fond bleu intense. Lourd, proche, mais pas effrayant. Juste un ciel nocturne, encombré de nuages dissimulant avec jalousie le ballet des étoiles. Si seulement le vent était de son côté. Mais Maureen ne se leurre pas. Elle sait très bien qu’elle ne peut que compter sur elle-même pour se tirer d’affaire.

 

Agrippant la froide barrière d’un blanc douteux, elle se dresse péniblement sur ses deux jambes. Elle essaie bien de se nettoyer mais renonce vite. Son jeans et le reste de ses vêtements sont aussi beaux qu’elle-même. Déchirés et parsemés de tâches multicolores. Quant à ses pieds, ils sont trempés sous l’épais tissu de ses bottillons. Et elle frissonne en enjambant la piteuse barrière avant d’atterrir sans trop de mal sur le macadam négligé.

 

- Mais qu’est-ce que je fais ici ?

 

Elle sursaute au son rocailleux de sa propre voix. La soif et le froid sans doute. La petite rousse, à peine 1 mètre 60, avance avec lenteur sur le large chemin gris, piqueté de terre moussue, avec, jetés de-ci de-là, quelques plantains, encore eux, qui étalent avec fierté leurs longues feuilles lancéolées vers le ciel, comme autant de défi à l’homme et à son illusoire supériorité. Et voilà que Maureen se surprend à converser seule, égarée au milieu de nulle part.

 

- Et je suis où d’abord ?

 

Elle retourne toutes ses poches. Mais elles sont aussi vides que les environs. Puis, se traitant au passage d’idiote, elle passe la main dans son chemisier, dégageant enfin sa lampe de poche. Un clic plus tard et un autre faisceau vient concurrencer et vaincre sans l’ombre d’une difficulté les trop timides étoiles.

 

- Ouf, c’est mieux ainsi. Mais je ne suis pas plus avancée ! Quel bled ! Et même pas un seul panneau !

 

Son rapide état des lieux terminé, il ne lui faut pas plus de quelques secondes pour comprendre qu’elle est vraiment perdue, elle décide d’avancer. Aller de l’avant, marcher. De toute façon, seule et sans son précieux téléphone, le top de la modernité, elle ne peut rien faire d’autre que progresser. Cette route doit bien aboutir quelque part.

 

Un temps, qui lui semble une éternité, plus tard et elle tombe sur quelque chose d’encore plus fou que tout le reste. Cette fois, elle se pince pour se convaincre de ce que ses yeux lui montrent.

 

- Non ! Moi qui croyais en avoir déjà vu de belles ! Là, j’ai dû battre tous les records !

 

Dardant son faisceau sur l’objet, plutôt gros, qui lui fait face, elle l’inspecte d’abord du regard. Un cri de surprise lui échappe lorsqu’elle tombe sur la plaque minéralogique arrière de l’épave. Elle court vers ce simple rectangle aux lettres et chiffres peints. Sa main aux ongles brisés se pose, après quelques hésitations, sur les signes en relief. Elle les parcourt avec lenteur, presque amour, puis relit le message. Cette simple surface marquée suffit à lui faire apprécier tous les désagréments qu’elle vient de subir. Même la douleur et l’inconfort de sa situation se sont évaporés, devançant la fine rosée brillant sous le soleil illusoire de l’unique lampadaire bancal du coin. Malheureux oublié qui s’échine à embellir la nuit.

 

- Je suis vivante ! Moi ! Vivante ! Alors que ma voiture se trouve dans cet état de …

 

Elle ne trouve même pas de mot assez juste pour décrire la pauvre carcasse raplatie. Toute la partie avant, de l’extrémité des phares au bord des coussins intacts de la banquette arrière, est écrasée. Une simple crêpe d’épaisseur et de matière surprenantes mais elle ne trouve rien de mieux pour décrire l’avant du véhicule. Quant au reste de la carcasse, la carrosserie est juste rouillée sur les premiers centimètres suivant l’amas de tôle et de verre, puis singulièrement intacte jusqu’au pare-choc arrière.

 

Maureen tourne encore une fois autour de l’épave, se demandant comment elle a pu survivre à un pareil impact. Son ultime examen achevé, elle quitte les lieux. De toute façon, il ne reste rien de ses affaires. Demeurer sur place ne l’avancera pas plus.

 

Elle a à peine fait quelques pas qu’un bref éclair répond à sa torche. Elle court jusqu’à son origine. Pas loin, quelques enjambées suffisent. Elle s’accroupit pour ramasser la chose. Ses clés. Ce sont ses clés. Plus de dix mètres en avant de ce qu’il reste de sa voiture.

 

- Je n’ai pas le temps. Avance, pauvre idiote. Rester ainsi ne te servira à rien.

 

Décidant de conserver le contact désormais sans objet et le porte-clé assorti, elle s’éloigne aussi vite que ses pieds endoloris le lui permettent. Cette clé sera son porte bonheur. Même si elle est tout l’opposé d’une superstitieuse, cet accident aurait dû, en toute logique, la faucher. N’importe qui en arriverait à la même conclusion. Ejectée ? Elle s’interroge encore sur cette possibilité alors que ses jambes la portent de plus en plus difficilement.

 

Le jour se lève. La route serpente entre les plantes sauvages, gigantesques, triomphantes sous leurs somptueuses parures de perles. Maureen s’épuise. Elle s’installe sur le côté lorsqu’une voiture déboule à pleine vitesse. Encore un peu plus et elle était sous les roues ! Un instant pour se retourner et le chauffard a disparu derrière les murailles vivantes. Des gouttes viennent glisser le long de ses joues égratignées alors que les tiges se baissent. Est-ce le vent qui les fait ployer ainsi ? Elle ne se le demande même pas. Ses yeux la brûlent, trop lourds de larmes retenues, et elle est encore bien trop secouée pour se poser de telles questions. En fait, elle ne voit juste qu’une chose, la marche sera un peu moins périlleuse. Et séchant ses pleurs, elle continue, le porte-clé brillant d’un éclat métallique à son cou.

 

Puis un bruit de moteur, enfin. Prudente, elle fait de grands gestes vers le modeste véhicule, un simple tacot sans prétention mais impeccablement entretenu. Le véhicule ralentit et s’immobilise à quelques pas de la jeune femme.

 

Au volant, Scott s’arrête sans l’ombre d’une hésitation. Un moment, sa femme et lui ont cru rêver, voir un épouvantail déambuler parmi les herbes folles, mais cette fille est bien réelle. Elle tremble comme les branches des saules. Le moteur arrêté, il sort aussitôt alors que sa ronde compagne ménage une large place à l’arrière. Arrivé à hauteur de cette femme hagarde, il la recouvre de sa veste. Le fermier l’aide ensuite à grimper auprès de son épouse avant de refermer la portière.

 

- Vous…

 

Elle sursaute au ton grave de cette voix. Sans le vouloir, il l’a effrayée. Le brun regard, lourd de reproches, que lui lance, rétroviseur interposé, sa tendre moitié l’incite à la laisser prendre le relais. Il jette un dernier regard à cette pauvre fille. Elle est vraiment dans un sale état. Sa voisine attend encore un moment qu’elle se soit un peu remise avant d’attaquer.

 

- N’ayez pas peur. On va s’occuper de vous. Vous avez eu un accident ?

 

D’abord hésitante, la voix de la jeune femme se fait vite plus ferme.

 

- Oui ! Mais je ne me souviens de rien. Ma voiture est là-bas.

- On ira voir avec la police mais d’abord le mieux est de vous emmener voir un docteur.

 

Semblant se reprendre, Maureen regarde ce couple. D’abord la femme brune et joviale qui s’est installée près d’elle puis l’homme qui fait demi-tour avant de rebrousser chemin vers la ville la plus proche.

 

- Moi, c’est Mégane et lui, c’est mon mari, Scott. Et vous ? Vous avez bien un nom ?

- Maureen … Maureen Lavernie.

 

Lui répond-elle avec une étrange ironie dans la voix. Lavernie, c’est sans doute la toute première fois que ce nom lui correspond. Enfin rassurée, elle glisse dans une sorte d’état second répondant machinalement aux questions du couple. Et ce n’est que lorsque la silhouette blanche d’une grosse bâtisse apparaît entre plusieurs maisons, qui lui paraissent étrangement grises, qu’elle sombre, ses yeux s’arrêtant sur la clé rouillée, non ternie….

 

Un dernier son, une énième interrogation de Mégane trouve un écho dans sa tête. Un refrain entêtant qui la suit sans arrêt jusqu’à ce qu’elle perdre pied.

 

Qu’ai-je heurté ? Mais qu’ai-je donc heurté ? Pense-t-elle alors que la nuit silencieuse se referme sur elle sans qu’elle ne puisse résister….

 

Par Liry - Publié dans : La Serre de Nulle Part - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Jeudi 13 mars 2008

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Deux verseaux, une petite illustration pour répondre à un défi ...

A plus tard

Par Liry - Publié dans : Illustrations
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Vendredi 7 mars 2008

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Voici l'une de mes dernières illustrations. Un dessin aux crayons de couleurs de Séléné.

De nombreuses autres viendront la rejoindre dans l'album des terres des Ténèbres ou terres des dix cristaux.

A plus tard...

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Mercredi 20 février 2008

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Bonjour 

Voici un autre dessin aux crayons de couleurs.

Une porte féérique s'ouvrant sur des mondes imaginaires ou fantastiques.

Ce dessin a servi pour illustrer le numéro de décembre 2007 de la revue "La Plume noire" 
 aux Editions La Plume noire

Par Liry - Publié dans : Illustrations
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Samedi 16 février 2008
Bonjour, je viens de publier mes premiers dessins.

Trois représentations de la sorcière Elypsia qui est le personnage principal d'un conte de Twinkle.

Les contes de Twinkle sont visibles sur son blog, Petits contes et cie ...

Si ces dessins vous plaisent, n'hésitez pas à me laisser des commentaires.

D'autres illustrations, cette fois de mes propres nouvelles, viendront ...

A plus tard

Liry 


Par Liry - Publié dans : Illustrations
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Samedi 2 février 2008

Halloween est une période magique à bien des niveaux. Voici, l'histoire d'Eilen, une jeune femme comme tant d'autres ...

L'une de mes toutes premières nouvelles...


Elle a été publiée sur le site d'Oniris (le 1 novembre 2007) ainsi que dans la revue La Plume Noire, numéro 12, mai 2008 aux éditions "La Plume noire"

Reviens à la même heure dans un an ...
 

La carte du rendez-vous
 
En cette belle mâtinée d’automne – plus précisément, nous sommes à la fin octobre- le temps s’annonce particulièrement clément. Avec un soleil froid mais bien présent qui vient de pointer son nez et s’élève doucement dans la voûte bleu sombre d’un ciel dégagé, éclipsant au passage toutes les autres étoiles. Le silence règne en maître sur l’ensemble de la propriété sommeillant encore paisiblement sous sa fine et blanche couverture de givre jusqu’à ce que le grincement d’une porte ne vienne troubler la quiétude ambiante. Et c’est après avoir repoussé avec douceur un chat un peu trop curieux qu’Eilen se dirige vers sa boîte aux lettres. Elle grelotte en remontant l’étroit chemin s’étirant en une longue série de boucles à travers tout le jardin. Elle frissonne encore au moment où sa main touche une petite porte noire avant de la soulever.
 
- Tiens ? Le courrier est drôlement abondant ce matin.
 
Et sur ces quelques mots, la brune pépiniériste retourne, en l’examinant, la masse de papiers gris, blancs ou colorés, débordant presque de la maison miniature juchée sur son piédestal.
 
- Rien d’important à première vue.
 
Constate-t-elle rapidement, juste quelques lettres au milieu d’imprimés et autres pubs aux couleurs chatoyantes. Avec même dans certains cas, une enveloppe de plastique sur mesure. Elle frappe machinalement le clapet et la petite porte se claque alors qu’elle s’en retourne vers la maison. Elle s’arrête un moment pour souffler dans ses mains, calant ses papiers entre son côté et son bras. Il fait froid mais c’est parfaitement supportable.
 
- Profitons de ce beau temps. Qui sait jusque quand cela va encore durer.
 
Passant à proximité des pommiers, Eilen jette un œil clair sur les derniers tas de feuilles brunes, cuivre et or, rassemblées en monts irréguliers. Elles patientent là, en attendant les retardataires qui ne devraient plus trop tarder à les rejoindre. Ensuite, elles reposeront ensemble des mois durant dans un petit coin tranquille jusqu’à ce que le moment où elles pourront retourner et enrichir la terre du vaste jardin soit venu. Constatant le bon avancement des travaux, elle repart vers la demeure. Maintenant, la nature se réveille pour de bon et les cris des animaux domestiques s’ajoutent aux craquements des pas de la jeune femme sur le tapis d’herbe haute et durcie d’innombrables perles blanches, scintillant sous les jeux des dernières lampes solaires éclairant faiblement les galets du chemin. Au moment où elle pousse la porte vitrée, l’une des cartes s’échappe de la pile et l’écaille de tortue, qui l’avait suivie ventre à terre jusque là, profite du court instant où elle la ramasse pour se faufiler dans la maison. Elle a juste le temps de la voir courir puis disparaître dans la pièce voisine avant de refermer.  
 
- Espèce de sale… Bah ! Elle sortira bien de sa cachette. L’appel de son estomac la forcera bien à se montrer tôt ou tard !
 
Un instant plus tard, le courrier s’étale sur la table basse. Rien de très intéressant comme elle l’avait déjà constaté si ce n’est cette curieuse lettre qui a si singulièrement faussé compagnie aux autres. Cette missive ou plus exactement cette carte illustrée est plus qu’originale. En fait, elle détonne vraiment au milieu de tout le reste.
 
- Et ce dessin ? Que représente-t-il ?
 
Ce n’est décidément pas le genre de carte que l’on trouve tous les jours au magasin du coin. On dirait qu’elle a été soigneusement dessinée et colorée à la main avant qu’on ne l’enveloppe sous cette fine pochette bleue transparente. Et bien d’autres détails plutôt intrigants la font réfléchir.
 
- Visiblement, elle n’est pas neuve tandis que le cachet, lui, est tout récent. Voyons ce que cela raconte.
 
Ses yeux d’azur s’ouvrent tout grand et elle doit relire plusieurs fois le court texte manuscrit pour se convaincre de ce qu’elle déchiffre. Ça semble si incongru ! Si dingue qu’elle ne peut s’empêcher de raisonner à voix haute.
 
- Cette écriture, c’est la mienne ! Ainsi que mon adresse qui est en tout point exacte. Et ce message ? Reviens à la même heure dans un an… C’est bien la première fois que je m’envois ce genre d’énigme.
 
Perplexe, elle essaie de se rappeler un éventuel voyage en octobre de l’année précédente mais pour le moment, rien ne lui revient en mémoire.
 
- L’agenda.
 
Elle parcourt très vite le petit cahier, de plus en plus étonnée sans pour autant s’inquiéter de ce qui n’est jamais qu’une simple feuille coloriée.
 
- Non ! Rien de marqué sur un précédent voyage.
 
Elle reprend la carte et croisant la signature griffonnée au bas du texte partiellement recouvert d’une tâche de nature aussi insolite que tout le reste, elle s’empare du premier crayon qui lui tombe sous la main et contresigne à côté. A quelques infimes détails près, pratiquement invisibles mais tout à fait normaux, les deux signatures sont identiques.
 
- Bien ! Je me suis envoyée une lettre l’année passée vers la fin du mois d’octobre pour ne pas oublier quelque chose ! Mais je ne peux rien en tirer en dehors du fait que cela coïncide avec la fête d’Halloween. Mais pourquoi m’envoyer ce genre de message si je ne précise pas le lieu où je suis sensée me rendre ? Qu’est-ce que je pouvais bien avoir en tête à ce moment-là ?
 
Elle passe rapidement la main dans ses courts cheveux coupés en griffé.
 
Reviens à la même heure dans un an…
 
- Eh ! Bien ! Ce ne sera pas cette fois si je ne retrouve rien de plus précis dans tout mon fatras.
 
Les minutes suivantes s’écoulent en suppositions de toutes sortes jusqu’à ce qu’un brutal coup de klaxon ne la ramène à la réalité et à son travail qu’il est grand temps de rejoindre. Et reposant son énigmatique carte sur la table, elle se saisit de son manteau et sort précipitamment. La porte claque faisant voler sa carte qui atterrit juste à côté de la chatte angora.
 
Le jour est déjà reparti lorsque une clé tourne dans la serrure. A peine entrée, Eilen ne peut retenir un cri à la fois de colère et de surprise en découvrant l’œuvre de celle qu’elle avait oubliée en partant.
 
- Oh ! Non !
 
La chatte, quant à elle, la regarde l’air de rien, affalée sur les coussins du divan, se lavant tranquillement les coussinets avec ce qu’il reste de son butin au pied du meuble.
 
- Attend un peu, toi !
 
La petite peste à fourrure file cette fois vers l’escalier. Eilen qui tente toujours de l’attraper, grimpe derrière elle. Ce qui la conduit dans une obscure pièce presque toujours inoccupée, bref une sorte de débarras. Voyant sa maîtresse approcher la féline au sombre pelage bariolé de roux et de blanc bondit sur une pile de feuilles recouvertes de poussières qu’elle fait valdinguer. La jeune femme brune stoppe presque sur place en reconnaissant au milieu du tas de feuillets jaunis une image particulièrement insolite.
 
- Une carte ! On dirait presque la jumelle de celle que j’ai reçue ce matin !
 
Elle ramasse l’objet grisâtre et l’époussette sur-le-champ, histoire de mieux en voir le motif, oubliant du coup son insupportable fauve de compagnie. Elle redescend ensuite, fermant la porte juste assez lentement pour que la touffe de poils se faufile sans qu’elle ne s’en rende de nouveau compte. Elle a de toute façon autre chose en tête pour le moment.
 
- La carte de ce matin ? Mais où l’ai-je donc mise ?
 
Le reste de la soirée se passa en recherche jusqu’à ce qu’elle mette de nouveau la main sur la dite carte. Et une bonne tasse de café plus loin, elle se retrouve sur le divan avec ses deux intrigantes feuilles à la main. En plus de se ressembler presque parfaitement, elles portent le même message à un détail près. La plus ancienne ayant perdu son espèce de cache, le nom du lieu est clairement lisible. C’est le nom d’un village qu’elle connaît vaguement mais qui a aussi le mérite de ne pas être trop éloigné de son exploitation. Si ses quelques souvenirs sont exacts, il est aussi entouré de champs ainsi que de très anciennes chênaies. Retomber sur un lieu qui ne lui est pas totalement étranger rassure Eilen quoiqu’elle hésite encore à suivre ce message venu du passé. Et pourtant quelque chose l’y pousse irrésistiblement. Comme une sorte de sentiment qui se serait éveillé avec l’arrivée de cette carte dessinée ! N’y comprenant rien, elle décide pourtant de partir. Un peu comme sur un coup de tête alors qu’étant d’un naturel raisonnable et réfléchi, elle est tout le contraire d’une impulsive.
 
- Bien puisque j’ai pris la peine de m’envoyer ce message, c’est que c’était important. Un petit tour dans ce village au moment de la fête d’Halloween s’impose donc. Qui sait ? Ce sera sans doute amusant. Et ce ne sont pas quelques heures de détente qui devraient poser des problèmes avec les plantations.
 
Le jour d’Halloween
 
La fête d’Halloween bat son plein avec ses déguisements et ses enfants qui courent de maison en maison. Eilen traverse tout cela d’un œil vide, se demandant ce qu’elle fabrique là. Ni ce lieu ni ces gens ne lui rappellent quoi que ce soit. Tout comme le chemin qu’elle a emprunté pour se rendre dans ce hameau où elle ne connaît personne. Et ce ne sont certainement pas ses deux cartes qui vont davantage éclairer sa lanterne. Elle progresse ainsi au milieu de la foule, ne sachant que faire ni où se diriger. Elle est tellement perdue dans ses pensées qu’elle ne voit pas les gens et encore moins les enfants se retourner sur son passage. Ce n’est que lorsque un flash aveuglant, au point d’en être douloureux, lui arrive en plein visage qu’elle réagit enfin. La jeune femme brune s’apprêtait à élever la voix mais elle se radoucit devant les mines réjouies des enfants. L’un d’eux se dissimule derrière ses compagnons de jeu, faisant disparaître aussi vite que possible l’appareil dans son sac. Quant aux autres gamins, ils lui sourient tous sous leurs maquillages et, s’efforçant d’ignorer les couleurs rougeoyantes qui dansent devant elle, Eilen fouille dans son sac et leur tend à chacun une pleine poignée de barres caramélisées. L’un d’eux, un lutin, plus hardi que les autres lui glisse avant de s’esquiver.
 
- Excusez-nous pour la lumière dans les yeux mais votre déguisement est si joli qu’on n’a pas pu résister.
 
Et il s’empresse de rejoindre les groupes de monstres, vampires, fées et autres sorcières, massés devant l’imposante porte d’une maison éclairée. Mais la jeune femme ne l’a même pas suivi des yeux jusque là. Elle n’a pas non plus répondu à son salut. En fait, l’a-t-elle seulement entendu ? Car elle se tient immobile, les lèvres légèrement entrouvertes comme si son cerveau fonctionnait au ralenti. Les premières paroles du gamin l’ont comme clouée sur place, lui faisant presque l’effet d’un électrochoc.
 
- Qu’a donc voulu me dire cet enfant ? Je ne suis pas costumée.
 
Elle n’a en effet enfilé aucun déguisement avant de partir ! Juste une sorte de large collier avec plusieurs rangs, très lourd et magnifiquement ouvragé. Une antiquité qu’elle avait rangée dans la même pièce que sa vieille carte et qu’elle avait aussi oubliée malgré son apparente grande valeur. Surprise, elle se rapproche d’une vitrine et se mire un instant dans son miroir de poche. Comme ses pensées, ses gestes semblent ralentir.
 
- J’ai dû mal comprendre. Cela ne peut être que ça !
 
Le reflet qu’elle découvre sur la surface argentée est en effet pareil à celui qu’elle retrouve tous les jours dans le miroir de sa salle de bains. Mais elle n’a guère le temps de se poser davantage de questions, des cris la font se tourner vers une prairie en dehors du village. Des feux s’allument alors que les rues se vident et que tous convergent vers cette place animée. Eilen s’examine une dernière fois avant de se décider à rejoindre la fête.
 
Le chemin lui semble long. Le hameau est déjà loin derrière elle et elle n’est pas encore arrivée. Des silhouettes passent devant et elles avancent tout comme elle. Ce qui la rassure d’une certaine façon puisqu’elle n’est pas seule mais entourée d’une multitude de gens.
 
- Qu’est-ce qui se passe ?
 
Les lumières se sont brutalement éteintes et elle se retrouve plongée dans la noirceur d’une nuit au ciel plus que surchargé. Cela ne dure heureusement pas plus de quelques minutes et lorsqu’elle peut enfin y voir de nouveau, des silhouettes d’enfants dansent de l’autre côté de la plaine. Normalement, elle devrait bientôt y arriver.
 
- Quoi ! Encore une panne !
 
La lumière revient tout aussi vite que la première fois mais rien n’est plus pareil, Eilen doit presque se pincer pour se convaincre de ce qu’elle découvre à ses pieds.
 
- Des ronds de sorcière ! Voilà autre chose ! Et les bois ? Que leur arrive-t-il ? Ils ne ressemblent plus vraiment à ceux de…
 
Elle regarde tout autour d’elle et soudain, elle réalise que le village s’est comme volatilisé. Elle n’a pas le temps d’allumer son GSM qu’un des enfants, du moins c’est ce qu’elle croit, lui prend la main.
 
- Toi ? Tu es le lutin de tout à l’heure ?
 
Lui glisse-t-elle.
 
- Oui ! Attention, madame ! Ne te perd pas !
- Que ?
 
Elle se laisse mener par le petit. La clairière qu’elle découvre s’étend entre de gigantesques arbres, des centenaires. Ils entourent ce qui ressemble à une prairie herbeuse et étrangement déserte avec toujours les larges cercles de champignons. C’est fou, à les voir, on croirait qu’ils délimitent une autre zone, un autre rond bien plus étroit et, cette fois, composé de pierres levées. Pourtant, elle ne ressent aucune peur mais une joie immense alors que les jeux de flammes s’éteignent et se rallument de nouveau. Elle progresse, maintenant seule, vers les hautes roches grises et finit par distinguer la silhouette d’un homme de grande taille se tenant devant les énormes colonnes naturelles. Il se rapproche et lui tend une carte flambant neuve. Elle découvre enfin quelque chose qui lui parle. Une carte dessinée, sans doute celle qui partira pour la prochaine nuit d’Halloween, mais elle est encore incomplète. Le verso ne porte aucun mot. La brune la prend en main alors que le petit ayant retiré son bonnet vert lui tend un stylo qu’elle saisit sans l’ombre d’une hésitation.
 
- Elle sait ce qu’elle doit écrire ?
 
Demande-t-il à l’homme.  
 
- Bien sur, lui répond-il, laisse lui le temps d’achever son réveil. Elle le sait. Regarde.
 
La main d’Eilen trace les mêmes mots sans qu’elle ne comprenne ce qui la pousse à agir ainsi jusqu’à ce qu’elle lève les yeux vers l’homme. Il est grand, roux mais ne semble ni jeune ni vieux comme s’il n’avait pas d’âge. Et pourtant au fond d’elle, elle le connaît. Sa propre voix sonne étrangement à ses oreilles avant qu’elle ne se sente sombrer comme happée dans un rêve éveillé.
 
- Oui ! Je me souviens, Tristan. Regarde.
 
Elle montre à l’homme la carte complétée. Le message et l’adresse sont les mêmes. L’homme la montre un moment au lutin avant de dire.
 
- Enfin, tu te réveilles, Eryana. Pourquoi est-ce toujours aussi lent ? Tu n’ignores pas à quel point je tremble à l’idée de te voir sombrer dans la folie en découvrant ton véritable reflet dans la première glace venue.
- Cela n’arrivera pas, Tristan. Eilen se repose. Elle dort à poings fermés depuis une bonne minute maintenant.
 
La pâle jeune femme ailée, aux longs cheveux d’onyx parsemés d’étoiles de givre, regarde la triste montre bracelet accrochée à son poignet d’albâtre nacré. Cet objet qu’Eilen a tenu à emmener malgré son inutilité. Qu’est-ce qu’elle représente cette chose pour une fée ? Juste une breloque encombrante. Et après s’en être momentanément débarrassée, elle se précipite dans les bras de son amoureux encore inquiet.
 
- Tu es vraiment sûre. N’oublie pas qu’il n’y a pas que ton apparence. La mienne aussi risque de la terrifier.
- Eilen ne peut pas te voir, mon amour. Pas plus qu’elle ne peut contempler son véritable reflet dans l’un de leurs tristes miroirs. Son reflet…
 
Elle en rit presque.
 
- En fait, le sien confondu au mien mais je ne peux le maintenir lors de la fête d’Halloween surtout lorsque les portes entre les différents mondes s’ouvrent. Je regrette tant que nous n’ayons que cette nuit pour nous voir.
- Mais elle sera aussi longue que l’année et c’est aussi grâce à elle que nous pouvons nous voir et nous promener sans risques. Aucun humain ne fera attention à nous tant que durera la nuit d’Halloween.
- Une fois l’an.
- Jusqu’à ce que notre porte soit achevée et que nous puissions enfin rentrer chez nous.
Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Samedi 2 février 2008


L'hiver approche, la nuit tombe de plus en plus vite et, alors que nos trois héros les avaient presque oubliées, les poupées réapparaissent.

Voici la suite et fin de cette ténébreuse affaire ...

Les poupées de la sorcière des marais (suite)

 
Le matin précédant le solstice voit le retour de la soeur de Gilles, l’excentrique Diane. Le lendemain de son arrivée, ce sont quatre silhouettes qui arpentent des terres maintenant gelées. Les chiens s’ébattent librement à l’avant, alors que Tasha s’arrête souvent pour photographier tout ce qui pourrait lui servir, dans ce superbe décor, pour sa nouvelle série de peintures. Diane, elle, tient surtout à fouler les lieux magiques d’où jaillissent des poupées non moins fabuleuses, entourées d’un épais manteau de verre ancien.
 
Les hypothèses les plus variées ont été lancées par les quatre compagnons. Mais ce sont celles de la plaisanterie de mauvais goût et de l’oeuvre d’un illusionniste, qui ont remporté la faveur du quatuor. Tasha et Diane viennent de se laisser distancer par les deux hommes lorsque leur attention est captée par les jeux des deux chiens restés auprès d’elles. Le plus fort des croisés noirs, Darwin, tient entre ses crocs une masse de tissu déchiré. Et comme Gilles est encore loin, c’est Diane qui appelle le chien. Le molosse accourt en remuant la queue.
 
- Mais ? Qu’est-ce que tu as là, toi ?
 
Elle s’agenouille pour le caresser. Il laisse alors choir sa prise aux pieds des deux femmes. C’est un vieux sac d’où s’échappe une bouteille transparente et recouverte d’une multitude de gravures. Elle la montre à Tasha occupée à ranger son appareil photographique.
 
- Regarde cette femme ! Elle est splendide.
- Encore une ? Après tout ce temps ? Enfin, celle-là est aussi belle que les autres étaient horribles. Je la préfère de loin aux deux premières.
 
Tasha détaille la femme représentée sous l’abri de verre teinté de bleu pâle. Elle est très belle avec de lourdes tresses rousses. Les yeux sont peints en bleu. Exactement comme les siens ainsi que ceux de Diane et son frère cadet, tandis que ceux de Mathys sont sombres, presque noirs. Pour ce qui est de sa tenue, la femme porte une longue robe aux chaudes couleurs de l’automne. Et enfin, son bras droit supporte un plein panier de fleurs et de fruits. Les deux hommes n’étant toujours pas là, elles décident de pousser l’analyse plus loin. Diane ôte ses gants noirs, brodés de vert pâle et d’argent. Le bout de ses doigts explorent et caressent la surface en relief.
 
- Une gravure. Voyons voir. C’est parfaitement lisible. Un nom et un lieu. Que j’ai déjà lus quelque part, sur l’un des vieux plans que Gilles garde précieusement dans son chalet. Sans doute celui de l’une des parcelles de terrain que nous venons de louer récemment. Certaines sont restées fermées durant des générations et des générations.
- Mais alors comment aller voir ? Tu as les clés ?
- Gilles les a et je finirai bien par le convaincre de me les remettre.
- Je te fais confiance mais si ces terres sont restées fermées et désertes depuis si longtemps…
- Désertes, tu en es sûre ? Et elle, alors ? Elle serait venue vers nous par magie ?
Diane se retient d’éclater de rire à sa propre question. Puis elle se penche de nouveau vers la poupée. C’est comme si elle voulait lui parler sous son abri de verre. Diane croirait presque voir ses lèvres colorées de rose bouger. Une très belle illusion que cette sorcière ! Elle n’a vraiment rien de commun avec l’image populaire de l’affreuse mégère au visage couvert de pustules. Et cette robe simple, sans bijoux ni parures précieuses, elle ne devait pas être riche au point de vouloir la dépouiller alors pourquoi une telle fin ?
- Je me demande si elle appartient à quelqu’un.
- Si je le savais, je lui apprendrais à venir jeter n’importe quoi ici. Ces marais ne sont ni un dépotoir ni un refuge pour trafiquants de tout genre. Une année, il nous a fallu plusieurs jours pour déblayer les vestiges laissés par les touristes.
 
Gilles venait de s’immiscer dans la conversation sans crier gare. Tasha et Mathys profitent de l’intervention de l’exploitant pour s’éclipser sans un bruit. Restée seule avec son frère, Diane poursuit sur sa lancée.
 
- Mais pourquoi jeter une si belle création, Gilles ? Elle est loin d’être aussi terrifiante que ce que tu m’as décrit. Et en plus, elle doit avoir beaucoup de valeur vu la finesse des détails.
- Tu n’en as pas parlé à Tasha au moins ?
- Bien sûr que non. Et j’espère que Mathys ne sera pas trop contrarié par celle-ci. Je ne voudrais pas qu’il la jette, elle aussi.
- Elle est trop belle pour ça.
- Est-ce qu’elle ressemble à l’autre ? Demanda la jeune femme.
- Difficile à dire, elle a disparu dans un nuage de fumée avant qu’on ne s’en débarrasse.
Diane se retourne et voit les deux amoureux revenir aussi discrètement qu’ils s’étaient éloignés, et, après un court laps de temps, elle décide de faire part à ses trois amis de son idée de rassembler les poupées tout en inspectant chacun des lieux d’où elles ont surgi ou sont retournées. Elle commence par l’endroit le plus proche.
- Et si on allait faire un petit tour à la décharge…
Elle n’a même pas le temps de finir.
- Pour récupérer la bouteille ? Ce ne sera pas nécessaire.
- Quoi ? Que veux-tu dire, Tasha ? Diane se demande si elle comprenait bien les paroles de son amie.
- Elle est chez nous. Je ne sais pas comment elle est arrivée là, mais elle est réapparue dans notre jardin, juste devant le seuil de la porte de la cuisine. Elle était à demi enfouie sous des arbres nains. Toujours aussi noire, j’ai essayé de la briser un nombre incalculable de fois mais rien n’y a fait. J’ai pensé la jeter de nouveau puis j’ai changé d’avis et l’ai rangée dans un coin.
- Mais de quoi parles-tu, Tasha ? C’est impossible.
- Et pourquoi inventerai-je une histoire pareille le maître-chien ?!
Diane, plus proche d’eux que Mathys, les sépare presque aussitôt avant que l’affaire ne dégénère.
- Du calme, vous deux ! Le chalet n’est pas trop loin si on emprunte le nouveau sentier.
- Oui ! On n’a qu’à le prendre, je suis sûr que le paysage sera à ton goût, Tasha.
Mais Mathys est loin d’apprécier cette idée. Surtout après s’être lui-même débarrassé de la deuxième poupée. Il dit immédiatement sa façon de penser au grand blond.
- Gilles ! Ne me dis pas que tu as osé récupérer la bouteille que nous avons laissée dans la vieille décharge.
 
Toute réponse est inutile, l’expression du visage de l’intéressé est suffisamment éloquente. Le petit groupe s’avance donc sur le chemin tout juste rouvert. Gilles a au moins raison sur un point, le paysage plaît beaucoup à Tasha qui ne cesse de le mitrailler. Ils traversent la route entourée à cet endroit de nombreux sapins. Gilles tout comme Mathys est contrarié de voir que les plus dangereux n’ont pas été abattus. Il est encore en train de râler lorsque l’ensemble des mares gelées se dessine entre les troncs des arbres nus. Ils révèlent ainsi un grand nombre de formes normalement dissimulées sous l’amas de branches enchevêtrées, recouvertes de clématites sauvages et de ronces.
 
- Que comptes-tu faire de ces vieilles masures, Gilles ? Questionna la blonde artiste.
- La plupart ne sont que des tas de vieilles pierres menaçant de s’effondrer à tout moment. Dès que le printemps sera revenu, je vais les examiner une à une avant de les faire raser.
- Et celles qui se trouvent au plus profond de l’ancien marais ? Diane m’a parlé d’un hameau.
- Elles sont bien plus loin, derrière des grilles closes.
- A quoi penses-tu, chérie ? S’enquit Mathys auprès de Tasha. Tu sais bien que plus personne n’y habite depuis des lustres.
 
Une bonne vingtaine de minutes de marche plus loin, le chalet qu’occupent occasionnellement Diane et Gilles, se dessine derrière un dernier bouquet de saules et de bouleaux. Les chiens se précipitent vers la porte en passant au large d’un chenil plus décoratif que fonctionnel. Avant d’ouvrir, Gilles décroche une note collée au bois sombre.
 
- Ma commande arrive enfin et il faut que ce soit pendant notre ballade, dit-il d’un air de dépit.
- On n’a qu’à aller la récupérer après avoir avalé quelque chose. Les filles n’auront qu’à nous attendre bien au chaud. Lui proposa Mathys.
Gilles saute sur l’occasion et s’adresse directement à sa sœur aînée.
- Diane, profites-en pour lui montrer la deuxième bouteille. Celle-ci répliqua aussitôt.
- Pour la bouteille, d’accord mais je ne resterai pas à attendre des heures sans bouger. Pas vrai, Tasha ?
L’artiste lui répond sur un ton de connivence.
- On en profitera pour passer chez nous, je lui ferai voir l’autre bouteille et nous saurons qui a raison et qui a tort.
 
Une solide collation plus tard alors que Diane et Tasha sont encore confortablement installées en face d’un feu ronflant, les cris de rage de Mathys font se précipiter Gilles au dehors. Les deux femmes se penchent à la fenêtre avant de le suivre.
 
- Je crois que vos chiens s’en sont pris à ce qu’il a de plus cher, suggéra Tasha
- Mais... nous ne les avons pas fait sortir ! Ils devraient encore être à côté.
 
Diane se lève suivie de Tasha. Elles découvrent avec stupéfaction que la porte donnant sur le potager est entrouverte. Mais qui a bien pu ? Elles ne peuvent pousser leurs réflexions plus loin car les éclats de voix les attirent irrésistiblement à l’autre bout du jardin. Et c’est aussi à ce moment-là que Diane fait remarquer à son amie de fines traces de pas dans la neige.
 
- On les montrera aux garçons dès que les choses se seront calmées.
- Ce ne sera pas si simple Diane, regarde ! fit remarquer la jeune femme.
- Rappelle tes chiens ! Ils sont en train de tout déchirer !
Quelques ordres jetés avec force et les deux animaux filent la tête basse au fond du chalet. Constatant les dégâts causés par les deux molosses, Mathys écume.
- Cette fois, ils se sont surpassés. Ils ont carrément éventré les coussins de la banquette arrière.
- Je te rembourserai, vieux. Mais je ne comprends pas comment cela a pu arriver. Diane, nous avions bien fermé les portes, non ?
- C’est ce que Tasha et moi venons de vérifier. Mais quelqu’un a dû ouvrir et nos deux héros en ont profité pour filer en douce.
- Et toi, tu n’avais pas verrouillé toutes les portes, chéri ?
- Bien sûr que si et tes clés ? Tu les as toujours ?
Tasha répond positivement d’un mouvement de tête.
- Et moi, je ne me suis pas séparé un seul moment de mon trousseau. Comment les portes ont-elles pu s’ouvrir toutes seules ? Et sans que tes chers chiens ne bronchent.
Le gardien est en effet très étonné à cette idée et gratte un moment sa barbe naissante.
- C’est vrai, ça. Ils sont juste sortis sans un bruit et ont tout dévasté.
- Tout ? Mathys, ils ne s’en sont pris qu’à ces deux sièges. Et…
Gilles s’interrompt au son de cette voix, cherchant Tasha des yeux. Il la trouve penchée sur les dits sièges.
- Tasha mais que fais-tu ?
- Je vérifie juste l’étendue des dégâts. Ils ne sont pas si graves. Tiens ? C’est quoi, ça ?
- Un sac. Il n’est pas à toi ?
- C’est tout trempé ! s’écria la blonde avant de se relever et de sortir précipitamment la chose du véhicule. Puis, elle se frotte longuement les mains avec le mouchoir que son fiancé lui a tendu. Celles-ci, en plus d’être humides, sont devenues un peu collantes et surtout très odorantes au seul contact du sac. Un produit a dû se renverser sur le tissu pendant que les chiens jouaient avec.
- Quoi ! C’est encore cette plaisanterie ! Là, ça devient… Tonna Mathys.
- Et là, les mêmes traces de pas ! Elles vont vers les anciens marais. Une bien petite pointure. Sans doute une femme.
Personne ne répond à Diane, les trois autres étant trop intrigués par le contenu de ce nouveau sac. Mathys l’ouvre sans trop de difficulté et fait la grimace.
- C’est bien ce que je pensais et cette fois, ça devient vraiment pénible ! fit il remarquer.
Tasha ne peut cacher son admiration devant cette nouvelle découverte.
- Une autre poupée, la quatrième, et elle est encore plus belle que la troisième.
Gilles lui aussi partage son avis et il est même soulagé.
- Au fond, c’est bien, grâce à elle, on n’aura plus besoin de la deuxième.
- Alors allez la récupérer et jetez la à nouveau et n’oubliez pas d’y ajouter les restes de la première. Celle que tu as eu le mauvais goût de garder, Gilles !
Entendant cela, Diane arrache la poupée des mains de Mathys.
- Je n’en ferais rien. Le plus important est de savoir comment il ou elle nous a joué ce tour. Qui, comment et pourquoi ?
- Pour une fois, je suis d’accord avec toi, Diane. Remontons cette piste. Je tiens à dire deux mots à ce joyeux plaisantin.
Entendant cela, Tasha hésite un peu avant d’ouvrir la bouche, sachant que ce qu’elle s’apprête à annoncer ne pourra que le décevoir.
- Eh bien ce sera une autre fois. Les empreintes ne sont déjà plus là.
Diane peut désireuse de voir ressurgir les premières idées de Mathys s’empresse de proposer.
- Le mieux est d’aller chercher les autres bouteilles. La solution ne peut se trouver que dans cette série de poupées.
- On le croit aussi mais je veux que tout soit clair entre nous. Une fois cette histoire terminée, on les offre toutes au premier musée venu. Et on n’en parle plus, d’accord, les filles ?
- Promis, Mathys.
Les deux femmes répondirent d’une seule voix. Puis Diane se tourne vers Tasha et lui glisse d’un air complice.
- Au moins, il ne veut plus les jeter.
- Gilles, va avec Mathys. Moi, je vais aider Tasha à faire ses courses.
- Vraiment ? Tu es sûre que l’autre bouteille n’a rien à voir avec cette idée. Enfin, d’accord, mais d’abord je tiens à m’assurer que plus personne ne rôde autour de nous.
- Je te suis. Prends donc tes chiens avec toi. Ainsi, ils mordront autre chose que mes sièges.
 
Deux bonnes heures plus tard, le vent frappe les deux amies en plein visage alors que la neige tombe par vagues allant en se rapprochant. Préférant rejoindre au plus tôt son futur mari, Tasha passe en coup de vent à leur appartement. Le téléphone sonne mais le temps qu’elle ouvre la porte et saisisse le combiné, le correspondant a raccroché. Elle essaie d’appeler à son tour mais la ligne est comme morte.
- Zut ! Encore des problèmes avec cette fichue ligne. Et si c’était le médecin ! Bah ! Je l’appellerai dès que nous serons de retour au chalet.
Diane entre quelques instants après. Elle est déjà à moitié couverte de neige.
- Tiens, tu pourrais jouer la bonne fée des neiges.
Elles rirent de bon coeur avant de s’avancer vers la cave.
- Je l’ai rangée au fond de l’un des vieux placards. Allume, tu veux.
Tasha s’engage dans l’escalier de pierres brutes avant même que Diane n’ait le temps d’appuyer sur l’interrupteur.
- Mais... ! Elle a disparu. Personne ne savait que je la gardais ici. Pas même Mathys.
A ces mots, un bruit sourd retentit en haut des marches presque immédiatement suivi du son caractéristique du verre qui se brise. L’artiste se précipite et remonte l’escalier aussi vite que le lui permettent ses jambes. Elle arrive en premier dans le salon. Elle laisse s’échapper un grand cri en découvrant les restes noircis de sa bouteille éparpillés sur le sol. La poupée, en réalité la troisième, maintenant, elle l’a compris, a roulé jusqu’en dessous d’un arbrisseau en pot. Ses branches basses ne laissant voir que le bas de sa robe. Diane, plus robuste que Tasha mais aussi moins franche qu’elle lorsqu’il s’agit de gravir ce genre d’escalier étroit et raide, arrive seulement. Elle se précipite juste à temps auprès de Tasha qui chancelle.
- Ce n’est rien. Ça ira dès que je me serai reposée.
- Tu en es sûre ?
- Certaine. Et elle, nous sommes venues ici pour elle, essaie de la récupérer.
Diane aide son amie à s’installer dans l’un des fauteuils avant de se pencher vers l’endroit où la poupée a terminé sa course. Elle se retrouve vite dans l’obligation de se mettre à quatre pattes. Et quelques mouvements rapides plus tard, elle attrape la petite statuette féminine. Quelque chose de surprenant se produit au moment où elle tire la poupée vers elle. L’une des branches se rompt et s’écrase en travers de la forme allongée. A cette échelle, on croirait presque voir un tronc abattu sur le corps d’une malheureuse victime. Diane dégage ensuite la femme miniature et la lève en face de son visage hâlé. Quelques-unes de ses courtes mèches blond foncé lui tombent dans les yeux et elle les ramène en arrière. Elle essaie de manipuler doucement la petite sorcière rousse mais ses articulations sont si dures qu’elle n’arrive à rien.
- A croire qu’elle est aussi raide qu’un…
 
Elle se tait. Ce n’est qu’une poupée mais ses yeux la fascinent, des yeux peints en bleu au milieu d’un visage triste. Elle s’appuie sur le sol au moyen de sa main restée libre. C’est à ce moment que sa paume touche le tapis humide. Est-ce à cause du liquide contenu dans cette bouteille qu’elle semble autant pleurer. Elle se relève et la montre à Tasha.
- Ce qu’elle a l’air de souffrir et cette lourde robe noire qui lui tombe au bas des chevilles. Regarde sa main, elle porte deux anneaux d’or. Comme deux alliances. Mais ? Que cherches-tu encore en dessous de cette plante ?
- J’ai cru sentir autre chose sous mes doigts lorsque j’essayais de récupérer la poupée. Ca y est, je l’ai. Un ensemble de petits parchemins.
Diane déchiffre rapidement une partie des feuillets jaunis. Un frisson parcourt son échine. Elle se relève et Tasha remarque aussitôt sa pâleur. Pour toute réponse, elle lui dit.
- Il faut récupérer les garçons le plus tôt possible et attendre à l’abri du chalet que la tempête s’apaise.
- Mais qu’est-ce qu’il te prend ?
- Je t’expliquerai sur la route, habille-toi, on part tout de suite.
Tasha a juste le temps de claquer la porte que Diane fait hurler le moteur. Son agitation l’inquiète de plus en plus.
- Tu es sûre d’être en état de prendre le volant ?
- Essaie de les joindre. La radio vient juste d’annoncer de nouvelles chutes de neiges ainsi que des vents violents sur l’ensemble de la ville et des anciens marais.
Sur ses dernières paroles, elle lui tend son portable déjà en train de sonner.
- Allo ? Mathys ? Oui ! C’est moi, nous allons vous rejoindre dans quelques instants.
Il lui répond mais le réseau est si mauvais qu’elle ne le comprend pas.
- Répète, je t’entends mal.
Diane stoppe sur le bas côté, à l’autre bout du fil, Gilles fait de même. La voix de Mathys lui arrive alors bien plus clairement avec son fond sonore habituel.
- Bien, nous allons vous attendre ici. Gilles prendra la place de Diane et tu n’auras plus à avoir peur.
- Très drôle ! Tasha ! Dis-leur de ne pas rester trop près des arbres.
Au travers de l’écouteur, elle entend une porte s’ouvrir ainsi que des coups frappant contre la vitre. Les chiens grognent et aboient de plus belle. Il se passe quelque chose. Mathys discute un long moment avec Gilles. Puis un autre bruit de portière suit la fin de la conversation.
- Ecoute, quelqu’un a des problèmes, on va aller voir et on revient.
 
Mathys a raccroché, mais d’autres sons s’échappent du téléphone cellulaire de Tasha. Persuadée que son fiancé n’a fait que poser son GSM sur le tableau de bord, distrait comme il peut parfois l’être, Tasha n’éteint pas le sien. Diane qui a suivi toute la conversation a rassemblé les poupées que les deux amies passent en revue. Elles représentent visiblement toutes la même femme rousse, celle qu’elles ont fini par appeler la sorcière des marais. Diane montre ensuite le parchemin à Tasha. La blonde blanchit soudain.
- Je vois que tu as enfin compris. Ca peut paraître fou mais je suis sûre qu’elle a voulu nous avertir d’un danger imminent.
- La quatrième poupée a une seule alliance. Et la troisième, c’est une veuve. Elle a perdu son époux dans un accident avant de connaître cette horrible fin.
- Et regarde cette série de dessins, il est mort à cause de la chute d’un arbre et pas n’importe lequel, un sapin. Un énorme sapin planté dans les marais.
A ce moment, un bruit terrible traverse l’air. Tasha serre soudain le GSM entre ses mains. Ce son énorme vient de la voiture de Mathys. Elle l’appelle mais sans jamais obtenir de réponse.
- Il faut aller voir ! Vite !
- Espérons qu’ils étaient encore dehors.
 
Des minutes qui paraissent des éternités s’écoulent sur une route encombrée de branches parfois énormes et encadrée d’arbres menaçant de tomber à tout moment sous les coups redoublés du vent. Elles croisent bien une voiture vide à l’arrêt entre les conifères mais ne peuvent s’attarder. Quelques instants plus tard, leurs phares tombent sur un gigantesque tronc couché en travers de la route. Il recouvre, en l’écrasant, un véhicule qu’elles reconnaissent aussitôt. Tasha sort presque en marche. Elle court vers la voiture et quelques secondes plus tard, Diane la rejoint.
- Ils étaient encore dehors lorsque c’est arrivé ! Elle respire.
- Par ce temps et sans abri ? Il faut les retrouver. Ca vient juste d’arriver. Leur piste doit certainement être encore visible. Et j’ai également le sifflet des chiens. Viens allons chercher les lampes.
 
Diane s’engouffre à l’avant alors que Tasha s’appuie contre la vitre, encore en proie au malaise. A ce moment, son regard tombe sur les poupées. L’une d’elles a le ventre légèrement arrondi. Cette fois, elle est sûre d’elle, de ce qui lui arrive mais ce n’est guère le moment d’en parler à Diane. Elle serait capable de l’obliger à rester là et les attendre dans l’angoisse.
 
- On y va.
La piste laissée par les deux hommes est très nette avec toutes les traces de pattes qui les entourent. Elles pressent le pas alors que des masses de neige s’abattent, diminuant la visibilité déjà limitée. Au bout d’un moment, elles ne sont plus sûres d’elles, de leur chemin. Puis la torche de Diane tombe sur une forme qu’elles reconnaissent aussitôt.
 
- C’est pas vrai !
 
Le regard de Diane va du sol couvert de neige à la bouteille éclairée par le faisceau de sa lampe. La petite sorcière les regarde du haut de son perchoir, bien à l’abri sous son dôme de verre à peine mouillé. La neige semble soudain tomber avec moins de violence. Les deux femmes découvrent alors plusieurs morceaux de bois pourrissant et formant une sorte de longue ligne courbe. Tasha saisit ensuite l’objet avec précaution, celui-ci n’est pas froid malgré la neige et le vent, puis cogne du pied contre le support faisant tomber la couche blanche qui le recouvre.
 
- Un poteau ! Elle repose sur un gros poteau !
- Et ça, ça ressemble assez bien à de vieux piquets. Sans doute le vestige d’une ancienne barrière !
- Les masures ! Ils ont dû essayer de s’y réfugier après la chute de l’arbre.
Diane s’écarte un peu et après avoir suivi l’étrange tracé, retombe sur les traces de pas fins. Puis en les remontant, elle retrouve celles des deux hommes et des chiens qui s’effacent déjà.
- Ils ne sont pas loin. Mais tu ne vas pas….
- Il faut l’emmener avec nous, elle veut nous aider. J’en suis aussi convaincue que toi.
Elles remontent encore la piste puis des cris leur arrivent. Les chiens aboient. Jamais Tasha n’a été aussi heureuse d’entendre leur vacarme assourdissant. Elles aperçoivent alors un mur avec un trou béant juste en face. Les deux femmes s’aventurent avec méfiance dans l’ancienne demeure. Diane n’a pas le temps de comprendre ce qu’il se passe que deux masses lui tombent dessus pour lui lécher le visage avec gaieté.
 
- Darwin, Marine, du calme. Et votre maître, où est-il ?
- Ici, on vient juste de récupérer ces jeunes égarés.
Avant que les égarés en question n’aient le temps de comprendre quoi que ce soit, Tasha se précipite dans les bras de Mathys.
- Mais on vous avait prévenues, non ? Pourquoi une telle…
- La voiture ! Elle a été entièrement écrasée par un énorme sapin. Si vous n’étiez pas sortis.
- Sans les chiens, ce serait certainement le cas, tu vois qu’ils peuvent être parfois utiles.
- Tiens ? Mais où sont-ils, ceux-là ?
Des gémissements se font entendre de la pièce voisine en réponse à la question de Mathys. Le quatuor suivi des autres se précipite pour voir ce qu’il leur arrive. Ils ne laisseront personne leur faire de mal, pas après ce qu’ils ont fait pour eux. Sans doute leur ont-ils même sauvé la vie. Tasha regarde autour d’elle alors que Gilles rassure ses deux fauves.
- Tu as vu, plusieurs portes et fenêtres sont murées.
Puis elle tombe sur quelque chose d’étrangement familier.
- Non ! C’est elle ! Nous sommes chez elle !
Tasha avance comme une somnambule vers l’ancienne chambre et pose sa main sur le vieux berceau. Elle remarque alors la dernière poupée, la septième, endormie dans sa prison de verre. Elle est assise et rayonnante de bonheur, le visage penché sur le couffin vide.
- Mathys, il faut que tu saches.
 
Elle l’entraîne alors que Diane et Gilles restent dans leur coin. Elle avait vite compris la cause des nausées de Tasha.
 
Et la suite ? Ils restèrent à l’abri de l’ancienne demeure, le temps que l’on ramène tout le monde par petits groupes au chalet. Plus tard, les hommes eurent le temps de raconter leur équipée en pleine tempête. Comment, les chiens retrouvèrent les promeneurs égarés. Puis leur décision de se diriger vers un abri plutôt que de rebrousser chemin vers leur véhicule qu’ils ignoraient à ce moment-là être réduit à l’état d’épave. Quant à la très vieille mais étrangement bien conservée maisonnette, ils ne savent vraiment plus comment ils ont pu la découvrir en plein milieu de paysages couverts de neige. La chance y est certainement pour beaucoup. Sans l’appel de Tasha, ils n’auraient pas stoppé et les chiens n’auraient pas demandé à sortir, les éloignant alors des nombreux sapins qui s’effondrèrent sur la route et dans tous les marais, cette soirée-là. Et la sorcière là-dedans, elle les a tous réunis ainsi que d’autres infortunés avant de leur ouvrir sa maison et de les protéger du froid. Depuis, Diane se consacre à l’étude de son histoire mais il lui faudra encore des mois avant d’y arriver. Ses poupées, les petites sorcières existent encore. Les quatre plus belles se sont libérées seules de leurs prisons de verre et veillent ensemble sur la fille de Tasha et Mathys qui se sont mariés au printemps, une petite rousse aux yeux bleus. Les trois autres, les trois dernières, apparues ironiquement en premier, se désagrégèrent sans que personne ne puisse y comprendre quoi que ce soit. Et tous souhaitent juste une chose, ne plus jamais les revoir.
 
Copyright Vanessa Liénard, 26 août 2007 - Conformément au Code de la propriété intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l'autorisation préalable de l'auteur
Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques
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