Mardi 8 juillet 2008

Bonjour, voici le retour du chasseur du crépuscule...
Voyons où ses pas vont le mener


Au-delà de l’aurore

  

Cette histoire est la mienne. Je suis un chasseur du crépuscule. Je n’ai pas toujours été ainsi mais j’ai fini par accepter et aimer cette nouvelle vie. Et depuis, j’ai toujours pensé que rien de pire ne pourrait m’arriver et pourtant…

 

********

 

Solstice d’été, à l’approche de la nuit la plus courte…

 

Je regarde l’énorme pendule avant de me retourner vers cette fenêtre qui me captive bien trop. C’est étrange. Normalement, je devrais encore dormir mais, le besoin de sommeil me quittant à mesure que les années s’écoulent, cela fait déjà de nombreuses heures que je suis éveillé.

 

Pour l’instant, je suis debout, presque aussi figé que les statues qui m’entourent. Je ne fais rien. J’attends. J’attends simplement dans la quiétude la fin du jour, goûtant au maximum ses derniers instants. Le front posé contre une vitre presque chaude, j’observe la magnificence de la nature. La vie qui en déborde ne cesse de m’appeler, de m’attirer irrésistiblement au dehors. Un peu comme la flamme qui attire le papillon.

 

Bientôt, attend encore un peu. Bientôt tu quitteras une nouvelle fois ces lieux. Une autre nuit, une autre chasse. Ne cesse-je de répéter en moi.

 

Le soleil décroît, teintant l’azur de sang. Si j’étais superstitieux, j’y verrais sans doute un signe funeste mais j’ai vécu bien trop longtemps pour y accorder une quelconque importance. Au contraire, plus je contemple le ciel, bien à l’abri derrière mes tentures ajourées, plus je le trouve beau, chaleureux et si apaisant.

 

Le temps s’écoule, s’étire. La fraîcheur monte sous les accords monotones des cigales. Quelques crapauds croassent dans leur coin alors que d’autres voix se joignent au chœur ambiant. Puis le silence vient soudain tout envahir, étouffant l’espace d’un éclair l’ensemble de ces chants.

 

C’est très bref mais suffisamment étrange pour retenir mon attention. Surtout que cela se répète…

 

Je n’aime pas ça. Quelque chose ou plutôt quelqu’un a effrayé et effraie encore mes ‘chiens de garde’ involontaires. Je ferme les yeux, peu désireux de les brûler à la flamme encore trop vive de l’astre en fuite, et me concentre uniquement sur les sons. Les bruissements des herbes, la respiration faible des êtres tout autour de moi, les murets où courent les insectes.

 

Calme, tout est si calme, trop calme. La réalité s’efface, il ne reste rien que le vide lorsque j’arrive enfin à rayer les innombrables vies animales de mon champ de conscience. Soudain, un autre bruit, plus fort, plus lourd. Sans doute inaudible pour un homme normal mais je ne le suis plus depuis tant de temps. D’autres sons suivent, pas légers, démarches souples sur le gravier.

 

Deux, quatre, six, huit…

 

Je les compte. Des membres du clan des Fondateurs. Cette fois, ils sont venus en nombre. Le soleil, a-t-il enfin disparu ? J’ouvre les yeux, il n’est pas encore totalement couché. C’est risqué mais je ne peux rester planté là ! Il me faut sortir ! M’enfermer ne ferait que me condamner.

 

Seul, même si j’ai l’avantage de la force, je n’ai aucune chance, je le sais !  

 

Je me dirige avec lenteur vers l’issue la plus proche avant de rejoindre, je l’espère, l’une de mes cachettes. Je vois bien laquelle conviendrait le mieux et elle est toute proche. Guère plus d’une trentaine de mètres à parcourir. Ça devrait marcher. J’entrouvre la porte, guettant la première occasion.

 

Cette sortie, dire que je l’avais imaginée pour échapper à d’éventuels exterminateurs humains. Espérons qu’elle suffira face à mes semblables.

 

Ah ! Une dernière chose ! Ma présence ! Bien leur faire sentir que je suis chez moi, quelque part dans cette vaste maison.

 

Voilà, il ne me reste plus qu’à partir. Je ne suis pas certain de réussir à cent pour cent mais je préfère de loin essayer de sortir que de devoir tenir un siège dont l’issue ne pourra que m’être défavorable.

 

Ça y est. Le moment est arrivé. Je franchis le seuil à l’instant précis où les derniers rayons du couchant viennent frapper mon piège de miroirs. Je retiens ma respiration.

 

Heureusement, je n’ai même pas le temps d’attendre. Le résultat est immédiat. Ils noient tout de leurs cruels éclats. Et c’est sous le couvert de leur mortelle protection que je m’élance et cours aussi vite que me le permettent mes jambes.

 

Mon cœur cogne avec force dans ma poitrine lorsque enfin j’atteins mon but, l’un de mes meilleures planques. Parfaite et pourtant si proche de ma demeure. Vue de loin, elle ressemble à une sorte de niche pourrissante, jetée au sommet d’un arbre mourrant. Je me laisse tomber sur le sol dans une odeur de moisi. Il me faut récupérer. Cette course effrénée ainsi que l’escalade qui a suivi m’ont à peine pris plus d’une seconde, aussi, maintenant, j’ai besoin de souffler. Mes battements reviennent à la normale alors que mes yeux ne quittent pas le spectacle qui se déroulera d’ici peu. Dès l’extinction des feux.

 

Je sens la tension monter en moi. Des tremblements m’agitent. J’ai envie de fuir. Tout de suite ! Réflexe animal !

 

Mais je ne suis pas cela. Je peux me contrôler. Je balaie les environs du haut de mon étrange tour de guet. Face à mes sens exacerbés, même un moucheron ne pourrait s’échapper.

 

Enfin le crépuscule tombe. En contrebas, les autres se sont déployés et s’apprêtent à rentrer. Je m’aligne sur eux, sur leurs gestes. Loin de me gêner, l’obscurité triomphante me renforce, devenant ma plus précieuse alliée. Un geste d’une extrême lenteur. Presque invisible, je me coule vers le bord cotonneux. Je me poste, prêt à bondir.

 

Mes muscles se tendent. Je retiens ma respiration, mon cœur s’emballant malgré moi. A la première occasion, je les laisse derrière moi.

 

Ça y est. Tous se sont engouffrés. Des bruits ! Des chocs contre les murs, mes meubles qui se renversent.

 

L’attente se prolonge. Juste quelques secondes autant dire une éternité.

 

Et plus elle se prolonge plus ma colère s’élève et gronde ! Heureusement, je sais la juguler ! Mes poings se crispent ! Dire que c’est pour échapper aux hommes que j’avais tout échafaudé. Echapper à leurs tueurs, bon sang, mais pas à mes semblables ! Je regarde toujours cette demeure qu’il me faut désormais abandonner. Mais ce ne sont jamais que des pierres qui de toute façon finiront par s’éroder et s’effriter avant de retomber en poussière de ciment.

 

Comme toutes les autres... pense-je en regardant les maisons avoisinantes, à la fois si lointaines et si proches.

 

Elles aussi finiront par s’effondrer. Rien ne dure éternellement. Même pas nous bien que qu’en théorie, nous en soyons capables.

 

Le vacarme augmente dans le ventre de ce qui, à présent, fut mon repère. Pas vifs et cris de rages entrecoupés de jurons ! Un instant de relâchement ! D’énervement ! Perte de cohésion ! Enfin, une brèche se forme. Un angle libre dans lequel je vais pouvoir m’engouffrer à la vitesse de l’éclair. Ma seule chance ! A moi de ne pas la gâcher !

 

Une seule détente ! Digne des plus puissants félins ! Et je plonge, me reçois sur le sol sans un bruit. Juste un regard jeté dans mon dos et je fuis. La voie est libre mais je n’aurais guère plus que l’espace de deux ou trois battements de cœur pour m’enfuir ! Je fonce ! Je ne dois pas hésiter ! Ils sont extrêmement vifs mais moi aussi !

 

La nuit m’enveloppe dans son manteau froid. L’ombre et le silence tout relatif, les tons bleus si foncés du ciel.

 

Des pas, des craquements. Je me retourne juste un instant. Trop froids pour être des humains. Ce sont eux ! Ça y est ! Ils viennent de réaliser ! Ils viennent de se lancer sur mes traces ! J’ai l’avantage de la vitesse mais reste la magie propre à notre peuple ! Et là, tout va sérieusement se compliquer s’ils attaquent ensemble.

 

Alors, cours !

 

Ne pas céder à la panique ! Je suis un chasseur comme eux ! Et l’une des zones périlleuses, menant aux frontières des mondes, est toute proche. Ma dernière ressource. Plonger là-dedans plutôt que de devoir finir comme mes anciennes proies. Tué pour tué ! Je préfère encore tout tenter !

 

***********

 

Je n’ai pas cessé de courir. La limite se rapproche mais voilà que se dresse un obstacle imprévu ! Chaleur intense, juste avant l’entrée de ces territoires interdits. Des humains ? Dispersés en bandes ? Je reste un moment, immobile, en arrêt. Prenant bien le temps de les observer, de les jauger. Pas de doute, ce sont bien eux ! Et presque tous des jeunes, quel dommage ! Je ne dois pas m’attarder près d’eux. Les autres, mes poursuivants, ne feront peut-être que passer mais ils pourraient tout aussi bien s’en repaître. Dans un sens, cela m’offrirait un répit inespéré mais cela me déplait.

 

Je me faufile donc, abordant le premier des trois groupes se dressant sur mon chemin, bien décidé à le traverser le plus vite possible. Quelques jeunots se retournent sur mon passage, me regardent mais aucun n’ose me parler. Je m’efforce toujours d’avancer à pas lents. Ne pas paniquer. Même si les autres sont sur mes traces, je ne dois rien montrer. Ces hommes sont peut-être plus faibles que nous, êtres de la nuit, mais ils sont aussi loin d’être inoffensifs.

 

Enfin pour l’instant, ça a l’air de marcher, je progresse à pas mesurés. Avec ma tenue plutôt classique, jeans et t-shirt, je passe relativement inaperçu. Seuls mes longs cheveux serrés contre ma nuque et ma précieuse cape, pour l’instant repliée, me distingue quelque peu des autres.

 

Quoique je dois quand même avoir l’air un peu étrange. Du moins, si je me fie aux regards curieux de certains spécimens. Tiens ? En voilà qui viennent à ma rencontre. ô rien de bien méchant, juste l’envie de rompre la glace. Bandes d’abrutis ! Comme si je n’avais pas assez d’ennuis !

 

J’accélère, mettant le maximum de champ entre eux et moi !

 

Ne pas les laisser trop approcher. J’ai soif, si soif avec cette course. J’ai tant besoin de récupérer. De reprendre des forces et je crains de ne pouvoir me contrôler s’ils continuent à avancer.

 

J’aborde le second groupe. Ceux-là sont en nombre. Je souris un peu malgré moi : au moins cela leur laisse une chance avec ceux qui me courent après.

 

Des chuchotements me parviennent en tout sens, je les intrigue. Aucune de leur messe basse ne m’échappe. L’animosité que j’éveille chez certains d’entre eux. Je la sens croître et enfler. Un danger que je ne peux me permettre de négliger. L’affrontement ne me fait pas peur, j’ai de nombreux avantages en réserve. L’effet de surprise n’étant pas des moindres. Mais avec la meute lancée à mes trousses, ce serait plus que mal venu.

 

Tiens ! L’un des fiers à bras de service s’avance. Trop lourd, trop lent ! Je l’esquive sans problème et presse le pas, les laissant tous loin derrière moi.

 

Enfin, j’approche de l’ultime rempart, le troisième groupe. Un dernier petit groupe béat, qui ne sourcille même pas sur mon passage. A les voir, tout devrait être bien plus simple quoique…

 

Je tends un instant l’oreille, surprenant leurs rires, leurs plaisanteries, certaines remarques plus que désobligeantes mais je n’en ai cure. Je n’ai ni le temps ni l’envie de me pencher là-dessus.

 

La noirceur, enfin. Je m’y plonge avec délice ! Des limites, les bornes que nous seuls sommes capables de reconnaître. Une ultime hésitation et je les franchis. De toute façon, il ne me reste guère d’autre choix !

 

A Suivre ... 

Par Liry - Publié dans : Le chasseur du crépuscule - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Lundi 7 juillet 2008

Bonjour,

alors que ma dame blanche commence tout doucement à se colorer... l'un de mes autres dessins vient tout juste d'être achevé.

Pour une fois, je suis un peu, beaucoup en avance...

A plus tard

Liry

Par Liry - Publié dans : Illustrations - Communauté : Les fées et moi
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Mardi 24 juin 2008


Bonjour, entre deux lectures et relectures, je laisse ma plume ou plutôt mon crayon dériver sur le papier.

Cette fois, j'ai eu envie de montrer l'un de mes dessins (une illustration des terres des Ténèbres) en cours...

L'une des premières esquisses...

Je posterai plus tard le dessin final et coloré.

A bientôt...

Liry



Par Liry - Publié dans : Illustrations - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Dimanche 22 juin 2008

 

Bonjour, voici mon dernier projet...

La nuit du 20 au 21 le printemps a cédé sa place à l'été.

Ces derniers jours, j'ai aussi pu voir la pleine lune briller. Une magnifique lune ambrée... En fait, j'hésite entre le miel et l'or pour la couleur... mais je crois que je préfère encore l'ambre

Puis, ça m'a rappelé autre chose. L'été, le solstice d'été et donc la nuit la plus courte.

Le solstice qui est aussi le point de départ de ma prochaine histoire illustrée mettant en scène plusieurs créatures fantastiques. Plus précisément, je compte y associer l'idée de carnet de voyage de Malka sur le forum des portes du merveilleux...

Les textes et les dessins se succéderont à mesure que le personnage principal avancera et découvrira un nouveau monde...


En voici les toutes premières lignes, une petite intro


Au-delà de l’aurore

 

Cette histoire est la mienne. Je suis un chasseur du crépuscule. Je n’ai pas toujours été ainsi mais j’ai fini par accepter et aimer cette autre vie. Depuis, j’ai toujours pensé que rien de pire ne pourrait m’arriver et pourtant…

 

 


Solstice d’été, à l’approche de la nuit la plus courte…


 



 

Par Liry - Publié dans : Projets de nouvelles - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Samedi 21 juin 2008


Je ne serais libre que lorsque mon cœur sera de pierre…


Bien loin de cette salle, dans un autre immeuble, une jeune femme s’apprête à rentrer chez elle.

 

C’est vraiment une magnifique journée que celle qui s’approche désormais de sa fin. Lentement mais si paisiblement. Depuis son lever le soleil trône triomphalement dans un ciel bleu azur. Même pas un nuage pour venir l’ennuyer.

 

Rien ne fait penser à ce qui va se passer sous peu. Si ce n’est ce journal abandonné sur une table basse de la salle d’attente. Erika le regarde en attendant l’arrivée de l’ascenseur, juste en face. Il est toujours aussi lent, celui-là.

 

Encore des disparitions, juste des traces de sang et rien d’autres. Ces affaires ne cessent de faire les unes mais rien n’avance malgré tous les multiples efforts d’une police qui se donne pourtant à fond. C’est tout ce qu’elle a retenu en partant. Des infos qu’elle a déjà lues a plusieurs reprises comme tout le monde. Elle quitte l’immeuble laissant la porte se refermer.

 

Sa maison, enfin, elle est de retour chez elle. Une nouvelle longue journée de travail vient de s’achever. Enfin presque puisqu’elle a dû ramener une tonne de dossiers avec elle. En fait, tout ceux de sa collègue partie en congé de maternité.

 

Elle avait même pensé lui rendre une deuxième visite, étant plutôt bien avec elle, mais aujourd’hui cela ne sera malheureusement plus possible.

 

Tiens ? C’est quoi ça ? L’un de ses dossiers vient de lui échapper et s’écrase lamentablement sur la moquette. Elle se penche pour le ramasser. Et…

 

Bang, tous les autres tombent !

 

Quelle maladroite ! Qu’est-ce ?

 

L’une des grosses enveloppes est singulièrement épaisse, très différente du reste mais Erika n’en tient pas vraiment compte. Ce n’est pas la première fois que l’on dépose des paquets sur le mauvais bureau. Il lui suffira de l’ouvrir pour savoir à qui elle devra le remettre.

 

Encore ! Mais quelle maladroite tu fais, ma pauvre Erika !

 

En l’ouvrant, elle a fait tomber une sorte de pendentif. Par chance, il ne se brise pas. Mais quelque chose l’ennuie. Elle ne sait pas comment, il a pu arriver là. On dirait une sorte de présent. Pour Line ? Pense-t-elle aussitôt. Bon, il doit bien y avoir un mot ! Si c’est pour elle et le bébé ! Je n’aurais plus qu’à lui refaire un autre paquet. Celui-là est vraiment trop moche. Une grimace vers le papier gris. Il est si laid en plus d’être coriace.

 

Et déposant le curieux bijou sur la table, elle se dirige vers la cuisine. Son pied heurte un autre paquet. Encore un ? Cette fois, elle se penche avec précaution.

 

Ce dossier soigneusement fermé ne porte pas de nom. Elle l’ouvre, ne pouvant rien faire d’autre de toute façon. Quelle n’est pas sa surprise en voyant qu’en plus de quelques feuilles manuscrites, il contient aussi une espèce de journal qui lui est personnellement adressé. Mais il y a aussi cette photo.

 

Oubliant tout le reste, elle se laisse tomber dans le premier fauteuil venu et se met à lire. A voix haute. Par chance l’écriture est claire et elle se plonge sans aucune difficulté.

 

Des heures s’écoulent alors que d’autres l’écoutent sans qu’elle ne les sente. Elle se redresse soudain.

 

Non ! Après tout ce temps ! Je l’ai enfin trouvée ! La seule chose qui me manquait !

 

Il ne lui reste plus qu’à agir. Maintenant, elle sait quoi faire. Elle regarde un instant l’objet, le médaillon, qu’elle avait abandonné.

 

Elle s’en saisit et file dans la petite pièce voisine, une sorte d’atelier.

 

Une autre heure s’écoule lorsqu’elle ressort. Elle regarde son œuvre. Tout juste. J’ai eu tout juste le temps. Il ressemble à s’y méprendre au premier. Il ne lui reste plus qu’à le lui ramener.

 

Une grande colline de cailloux. Elle est seule dans ce coin désert mais tout est calme. Arrivée en face de ses drôles de buissons, elle se contente juste de poser l’objet sur le sol. Il saura quoi en faire. Elle attend encore un peu dans l’ombre. Des bruissements et tous ces cadavres de papillons. Le mastodonte est là, il la guette. Elle le sait. Grâce au journal, elle peut enfin le voir. Un geste et elle repart tandis que l’autre émerge de sa cachette.

 

Elle a donc  pris sa décision. Il était plus que temps.

 

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La nuit de la visite est tombée. Le bâtiment, l’hôtel, vient juste d’être fermé au public. La soirée privée débute. Céryan avance doucement. Cette fois, il n’est plus seul. Les siens le suivent. Il repère très vite Alan. Damian se tient à quelques mètres de lui. Tous deux déguisés en serveurs.

 

Ce monstre ne tardera plus à lui donner l’ordre. Celui qui nous manipule depuis le début, Damian et moi.

 

Céryan regarde Damian, impassible dans son costume. Quelque chose s’est de nouveau modifiée en lui. Il n’a pratiquement plus aucune expression. C’est à peine s’il semble vivant. Et pourtant, il suffira que l’autre lui donne l’ordre et tout recommencera. Tant que les deux êtres seront liés, ça continuera.

 

Ce lien. Il n’aurait jamais dû exister et pourtant. Nettoyer. C’est ce que cette pourriture leur ordonne à chaque fois.

 

Une main sur son épaule. L’un de ses fils vient de le secouer. Il est trop tôt pour se faire remarquer. Cette fois, la foule a envahi la salle. Tout ce monde et ce bruit incommodent le géant. Mais il prend sur lui et avance vers les deux hommes lorsque ses yeux croisent une silhouette qui ne lui est pas inconnue. Bérénice, la fausse serveuse est de nouveau face à lui.

 

- Le pendentif ! Elle porte le même pendentif que Damian !

 

S’exclame-t-il ! Mais elle l’évite une nouvelle fois. Elle lui rappelle vraiment quelqu’un mais qui ? Céryan voudrait mais ne peut la suivre. Damian. Si elle a son amulette alors elle doit savoir. Des mouvements quelques mètres devant eux. Ça approche. Céryan fait un signe à l’un des siens pour qu’il suive Bérénice, ne pouvant le faire lui-même.

 

La jeune femme arrive au bas d’un escalier qu’elle monte sans hésiter. Elle gagne ainsi une sorte de scène spécialement aménagée pour la soirée. Pourtant, à bien y voir, rien ne semble normal sur ces planches.

 

Enfin, elle et celui qui vient l’accueillir ont tous deux une vue imprenable sur la salle en contrebas. Il y a d’autres places surélevées un peu partout, aménagée pour quelque spectacle. Aussi personne ne s’étonne de voir deux serveurs s’activer là-haut.

 

Détournant un instant les yeux de la foule, Bérénice se tourne vers Julian, très occupé avec son PC. Ne voulant pas le déranger dans ses ultimes préparatifs, elle dirige de nouveau son regard vers la salle de fête. Elle ne peut cacher son inquiétude, n’ignorant rien de se qui se prépare.

 

Soudain, une voix masculine se fait entendre.

 

- Bérénice ! C’est ce que Damian veut, tu le sais bien !

- Je sais. Mais toi ? Tu es vraiment d’accord avec lui ?

- On n’a plus d’autre choix ! Il vaudrait mieux que tu t’en ailles.

- Non ! Je reste !

- Mais tu sais très bien ce qu’il va se passer dans peu de temps !

- Julian, je dois rester. Pour lui, ça fait si longtemps que j’essayais de le retrouver mais il est trop …

 

Elle ne peut achever sa phrase. Et se tournant de nouveau vers la foule, elle repère le mouvement de Céryan. Il fend la foule se dirigeant vers les deux hommes. Pourtant, elle ne peut le suivre bien longtemps car le timbre grave de Julian reprend. Il lui tend une sorte de disquette.

 

- Tu sais ce qu’il te reste à faire alors ? Le timing doit être respecté à la lettre. Tu es vraiment sûre ?

- Oui ! Je reste !

- Et pour les traqueurs…

 

Elle lui montre son pendentif.

- C’est le sien ?

 

Elle baisse la tête. Il comprend. Il semble si soulagé.

 

- Garde-le précieusement. Grâce à lui, tu seras pratiquement invisible à leurs yeux !

- Et eux ?

 

Elle regarde la foule sous ses pieds.

 

- Ce sont tous des criminels de la pire espèce. Mais même si on le voulait on ne peut rien faire.  Damian et moi, on a tout essayé à chaque fois mais en vain… Il arrive toujours à nous faire plier.  Il nous tient Bérénice. Je ne suis pas encore aussi atteint que Damian mais ça ne saurait plus tarder.

- Mais ?

- Fais ce que nous avons convenus et ce sera peut-être enfin la dernière fois.

 

Elle allait le questionner mais comme Damian, il ne pouvait déjà plus lui parler normalement. Pourtant c’est lui qui reprend.

 

- Et le journal ?

- Il est là où tu le souhaitais. Et Damian n’en sait rien. Mais dis-moi. Pourquoi le donner  à cette fille en particulier ? Surtout avec la menace de cet Alan !

- Je ne peux pas te le dire. C’est trop dangereux. Si tout fonctionne comme prévu, il n’aura bientôt plus aucune prise sur nous, une fois cette soirée finie.

 

En contrebas, tout se déroule dans un calme relatif. La salle est bondée. Des dizaines et des dizaines de personnes discutent. Parmi eux, Alan se tient à l’écart, ne lâchant pas Damian des yeux. Dès qu’il lui aura donné l’ordre de lancer les traqueurs sur la foule, il se rapprochera de lui. En cas de besoin, il pourra même s’en servir comme d’un rempart. 

 

Et de son côté Damian ne détache pas ses yeux d’Erika. Il l’a reconnue tout de suite. Elle est entrée en même temps que lui. Sans qu’il ne dise rien alors qu’elle a voulu, qu’elle a failli le tuer. Elle et non Alan comme le pensait Céryan. Pourquoi est-elle revenue ? Elle devrait savoir que jamais Alan ne le laisserait mourir si facilement.

 

Bérénice lui avait pourtant dit de ne pas rester ici. Ça ne servirait à rien.

 

Intrigué, il s’avance vers elle, profitant de l’éloignement momentané de son maître.

 

- Que faites-vous ici ?

 

Pour tout réponse, elle lui tend une sorte de feuille. Il la parcourt du regard. Pas d’expression rien. Il agit exactement comme un automate. Il ne réagit même plus malgré ce que ces yeux déchiffrent. Pourtant, il a compris. Il a tout compris.

 

- Ce journal, c’est le votre, je le sais.

 

Il se détourne, sentant le regard d’Alan posé sur lui. Il se rapproche dangereusement. Il allait s’éloigner mais elle le retient profitant du passage d’un groupe d’hommes en pleine discussion.

 

- Votre plan. ..

- Que ?

- Il va réussir mais pas avec les conséquences que vous pensiez. Quelque chose est venu perturber le système.

- Quoi ! Vous avez…

- Il fallait bien que je fasse quelque chose. Surtout maintenant.

- Je.. Excusez-moi, je dois partir.

 

Il aurait bien voulu parler un peu plus auprès d’Erika, essayer de savoir mais Alan vient de lui faire un geste. Il doit maintenant se tenir sur ses gardes et attendre. Attendre l’ordre.

 

La pseudo serveuse s’éloigne. Elle sait qu’elle ne peut plus rien empêcher. Elle a échoué mais elle sait que ce sera la dernière fois que les traqueurs agiront sous les ordres d’Alan par l’intermédiaire de Damian.

 

Elle lève la tête vers les différentes scènes, réparties un peu partout dans la salle et repère aussitôt Bérénice. Elle est assez loin et ne peut l’entendre mais elle savent toutes les deux ce qui ne va plus tarder à arriver.

 

Comme à chacun de ses rassemblements où s’invite Alan.

 

Aucun de ces gens ne sait qui est vraiment ce jeune homme, plutôt séduisant, habillé comme un simple serveur. Pas plus que Damian, son instrument fidèle. Elle les contemple et ses poings se serrent. Elle voudrait tant les faire arrêter mais face à Céryan qu’elle peut enfin contempler, elle sait désormais qu’elle est complètement impuissante. 

 

Bérénice, rejoindre Bérénice. C’est tout ce qu’il lui reste à faire maintenant. Les escaliers l’attirent comme un aimant. Elle traverse la foule. Les odeurs, les mélanges de parfums parfois si lourds l’écoeurent. Mais que m’arrive-t-il ? C’est comme si la foule elle-même perdait de sa consistance. Ne ressemblant plus qu’à un rassemblement d’ombres incertaines marchant dans une sorte de brouillard. Elle est presque prise de nausée en gravissant les marches. Une porte transparente, pratiquement invisible s’ouvre. Elle hésite à entrer mais Julian l’empoigne la forçant à rentrer dans la pièce avant de refermer la porte.

 

- Qui êtes-vous donc ? Pour qu’il nous demande de vous remettre...

- Plus tard !

 

Répond-elle un peu trop durement à Bérénice. Les deux femmes se dévisagent. Puis une sonnerie se fait entendre. Plantant là Erika, Bérénice se précipite vers la tour. Quelques instants plus tard, elle insère sans hésiter la première disquette. Restée seule, l’autre femme se met à recherche Damian du regard. Ça y est. Elle l’a repéré. Il semble avoir un sursaut. Bref mais visible. L’ordre. Il l’a reçu. Ça ne peut être que cela. C’est la deuxième fois qu’elle assiste à ça. Elle regarde cet homme. Il est si jeune, elle l’avait imaginé bien différent, un peu comme un tueur, un assassin. Alors qu’il n’est en fait que la première victime de toute cette histoire. Témoin impuissant de sa propre agonie, il a perdu un à un ses sentiments juste après sa volonté. Jusqu’à devenir cet étrange génie aux ordres d’un fou criminel. Un outil ou plutôt un détonateur entre les mains d’Alan. Nettoyer ! L’ordre venait d’être donné ! Un ordre pour tuer en se servant des traqueurs, ces êtres inconnus de tous. Elle regrette tant de s’être trompée de cible. Si seulement, elle avait visé ce monstre d’Alan et non ce malheureux Damian, elle n’est serait peut-être pas là.

 

Un clic bref ! La deuxième disquette vient d’être insérée. Aussitôt, le système de sécurité s’enclenche en silence, verrouillant en tout premier les portes. Tout juste un bruit de moteur, noyé dans le brouhaha général.

 

- Tout est serré maintenant. On ne pourra plus sortir avant la fin.

 

Après avoir dit cela Bérénice se laisse glisser sur les fesses et se replie sur elle-même. De son côté, Erika voudrait bien savoir ce qu’il se passe. Surtout qu’elle vient de se rendre compte qu’elles ne sont plus deux sur cette scène, subitement insonore.

 

Elle se tourne vers Bérénice, prostrée sous la table. Et comprend. Sa réaction est suffisamment éloquente. La mort arrive sous les traits des traqueurs.

 

La mort pour presque tous. Puisque sur l’ensemble des convives réunis en cette salle, seuls Alan et Damian devraient normalement être épargnés par Céryan et les siens.

 

Un peu à l’écart de la foule, Alan guette le jeune homme. Damian ne bouge pas comme à son habitude. Il voit juste les formes, les corps des pires criminels de ce pays, tomber autour de lui mais quelque chose cloche. Déjà à plusieurs reprises, ils ont failli s’en prendre à son jouet. Et lui ne bouge pas, ne réagit pas.

 

- La peur a fini, elle aussi, par disparaître de moi, Alan !

 

L’intéressé sursaute au son de cette voix.

 

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

- Je ne suis plus humain depuis si longtemps, Alan ! Tu as réussi à annihiler tous mes sentiments en plus de presque toute ma volonté. Mais tu as quand même fini par faire une petite erreur ! Puisque tu as aussi réussi à détruire totalement ma peur !

- Que veux-tu dire ?

- Mon cœur est peut-être devenu de pierre pour toujours mais, comme je viens de te le dire, je n’ai pas totalement perdu ma volonté. Elle me revient parfois… comme maintenant !

- Que veux-tu…

- Je peux toujours leur parler mais je n’ai plus de protection contre eux. Ils ne me reconnaîtront plus.

- Quoi ?

- Tu as compris.

 

Le ton est neutre, dénué de toutes émotions et pourtant il glace le sang par sa seule signification. Son propre arrêt de mort. Alan pâlit soudain. Contrairement à son esclave, lui peut ressentir la terreur à l’idée d’être cerné par les traqueurs sans espoir de fuite.

 

- Espèce de …

 

Sentant la présence de ces êtres trop rapides pour vraiment les voir, Alan tente de fuir. Il bouscule avec brutalité Damian et court vers l’une des portes verrouillées. La clé ! Il l’a toujours sur lui et par chance, elle fonctionne encore, malgré le système de sécurité. Il s’effondre presque dans la pièce voisine, une sorte de bureau de surveillance, alors que la cloison se verrouille après s’être refermée sous un coup sec.

 

Resté seul, Damian regarde les derniers corps tomber. Cette fois encore, tous gisent sur le sol. Il ne pouvait rien faire de toute façon pour eux mais étrangement, il sentit quelque chose  de différent.

 

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La porte lourde s’est refermée. L’issue de secours. Il en a toujours une dans chacune de ses pièces. Il a gagné un répit mais il est quand même grand temps de songer à quitter cet endroit.

 

Rien ne va plus ! Ce n’est pas normal. Damian ! Il a retrouvé comme un semblant de volonté ! Alors que tous ses sentiments ont disparus ! Il a fini par m’échapper !

 

S’installant à l’un des ordinateurs, Alan se connecte et voit les derniers évènements. Des formes allongées sur le sol baignant dans une sorte de brouillard. Céryan et ses semblables sont là, entourant Damian qui ne bouge même pas alors qu’ils dépassent tous les deux mètres et semblent couverts de sang.

 

Quoi ! Il est encore en vie ! Mais plus pour longtemps !

 

Pense-t-il en voyant les formes se rapprocher. Soudain son attention est attirée par une autre forme se déplaçant dans le champ. Une femme avance vers lui ! Elle progresse sans encombre au milieu des corps et elle n’est pas seule.

 

Arrivée auprès de Damian, Bérénice pose sa main sur son épaule. Et toujours aucune attaque. Quoique les traqueurs sont toujours là, griffes toutes déployées et bien rougies.

 

Mais elles sont toutes les deux humaines !

 

Enrage Alan. Il allait faire pivoter l’une des caméras lorsque tout s’éteint. Plus aucun des postes ne fonctionne. Il se lève, furieux, il vient de tout perdre en une fois. Sa main frappe un tas de papier sur l’un des tables et en voulant taper de nouveau dessus, son regard tombe sur une écriture très connue du jeune homme.

 

Damian ? Son journal ? Il l’a laissé ici !

 

Il le ramasse. Ses yeux le parcourt avec intérêt. C’est bien le journal de Damian. Ce traître avait bien fini par trouver un moyen de s’en tirer mais il ne pouvait y arriver seul.

 

Alan est pris d’une envie folle d’hurler mais il ne peut le faire. Pas avec ces montres tueurs encore dispersés un peu partout dans l’ensemble du bâtiment. Il vient de perdre le contrôle de Damian et en même temps, celui de Céryan. Et ces deux femmes y sont certainement pour quelque chose.

 

Grâce au contenu de ce cahier, il pourra sûrement en apprendre un peu plus sur toute cette affaire. Mais pour le présent, il doit d’abord penser à se sortir de là.

Quoique pour l’instant, il ne puisse rien faire d’autre qu’attendre le lever du jour. Le moment où tous ces monstres repartiront d’eux-mêmes.

 

Cette femme, Bérénice, Damian lui a laissé son talisman, sachant qu’il allait en mourir. En plus, elle évolue librement au milieu des traqueurs. Donc en toute logique, elle devrait s’en sortir. Mais est-ce qu’elle pourrait aussi ?

 

Au terme d’une attente interminable, le courant revient enfin. Tout est de nouveau désert. Il peut enfin ressortir. Le journal. Ne surtout pas l’oublier !

 

Il jette un œil à l’une des dernières phrases.

 

Je ne serais libre que lorsque mon cœur sera de pierre…

 

A croire qu’il avait aussi des prémonitions pense-t-il en refermant l’épais cahier. Damian a préféré se laisser mourir avec ses victimes. Mais, ces deux femmes, elles, sont certainement encore en vie. 

 

Et déverrouillant la porte, il quitte les lieux sous un soleil éblouissant !

 

 

 

 

Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : SFFF
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Samedi 21 juin 2008

Et maintenant, un peu de fantastique pour frémir.

Un humain et un traqueur, deux esclaves, deux êtres voulant s'échapper quelque en soit le prix...

Cette nouvelle a spécialement été écrite pour le concours Oniris suivant une trame imposée...

pour le règlement, suivez le lien :

http://www.oniris.be/modules/news/article.php?storyid=38

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet...

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Je ne serais libre que lorsque mon cœur sera de pierre…

 

Gris, fin et si désagréablement collant, tel est l’agresseur qui ne cesse de le tourmenter depuis son arrivée. Et revoilà une nouvelle charge, un autre de ces nuages secs qui ne cessent de vouloir l’étouffer. En vain, tant il semble lourd et faiblard lorsque le vent le délaisse. Si insignifiant qu’il n’a même plus la force de ralentir ses pas, arrivant tout juste à le gêner.

 

Arrivé au premier croisement, Damian s’arrête. Il respire à fond dans l’air froid avant de passer une main rapide sur son front souillé de poussière. Quoiqu’il sache parfaitement qu’elle reviendra aussi vite s’accrocher à lui, cette peste volante. Soulageant un moment, son épaule droite lourdement chargée, il s’interroge sur la route à suivre, le meilleur chemin dans cet ensemble de collines ne dégageant qu’une sombre froideur toute minérale. Qui sait ce qui a pu se passer depuis la dernière fois ? D’autres changements ?

 

Ses yeux depuis longtemps accoutumés à la pénombre ambiante contemplent sans ciller une seule fois le triste paysage qui s’étale devant lui. Enfin, ce que la nuit sans lune ni étoiles veut bien lui en laisser voir. Des collines de cailloux, de gravas qui seraient encore désespérément sinistres s’ils n’y avaient les bouquets de Buddleia pour y apporter au moins une douce note de vie. Ça me conviendrait assez s’il n’y avait cette fichue poussière. Se surprend-il à penser un sourire dur aux lèvres.

 

Et voilà les vents qui se remettent de la partie comme si cette saleté de nuage grisonnant n’y suffisait déjà pas. Il étouffe un juron en reprenant sa charge.

 

Sous les coups redoublés de tous ces éléments, sa virée nocturne devient particulièrement ardue et pourtant, il continue à avancer. Pas à pas, sans se plaindre. Juste progresser en redoublant d’efforts. Ne pas ménager ses forces semble être devenu son mot d’ordre. A tel point que pont malgré l’atmosphère glaciale l’enserrant comme un étau, il se retrouve très vite trempé de sueur.

 

Soudain, il commence à chanceler, ses poumons et son cœur se mettant à leur tour de la partie. A croire que toutes les forces de la nature, même celles de son corps, se liguent contre lui. Tout pour l’empêcher de se rendre à cette foutue rencontre. Lui aussi le voudrait tant mais il n’a guère le choix. Cela fait si longtemps que sa volonté, son esprit de révolte, s’est évanouie et qu’il ne peut plus se sortir de cet horrible piège.

 

Une nouvelle rafale. Cette fois, elle est si forte qu’elle déséquilibre. Déstabilisé, il pose son pied sur une pente plus qu’instable et il dérape à plusieurs reprises avant de retrouver enfin un sol plus ferme.

 

Ramassant son sac, il le recale sans un mot sur son épaule. Un œil noir sur ce qu’il devrait normalement traverser sans encombres. Mais la nuit est si sombre qu’il n’en devine même pas le fond. Aussitôt, sans qu’il ne sache pourquoi, une image s’impose à lui. Une forme, un souvenir, il lui en reste quand même, remontant à son enfance.

 

Entonnoir de sable blond… Au fond, attend le fourmilion. Tapis au bas de la pente, il…

 

Espérant chasser ce relent de mémoire inopportun, un peu trop lointain, il secoue la tête. Il se met même à en rire. Qu’est-ce que ça peut lui faire ? Qu’il ressurgisse donc s’il le veut tellement ! Pour disparaître aussi vite !

 

Chasseur au fond du trou, attend sa victime. Entonnoir invisible dans la nuit, piège de sable blond, tiens non, il est gris, cette nuit ! Attrape celui qui glisse au fond…le fond que je  ne vois même pas…

 

Il prend une poignée de cailloux et de poussière et s’amuse même à la laisser filer sur les courants sombres. Avant de la perdre de vue.

 

Terre traîtresse, c’est vrai, très amusant mais tu te trompes sur toute la ligne, ma belle triste. Ce n’est pas en bas mais en haut de l’une de ces glorieuses collines des hommes que je dois le rencontrer. Au moins, là-haut, même toi, tu ne pourras venir nous déranger.

 

Il relève alors la tête, toute envie de rire le quittant brutalement. Un de ses rares éclairs de lucidité s’ensuit alors qu’il voit un autre de ses sentiments se tarir. La peur, c’est sa peur elle-même qui commence à le fuir. Mais jusque où cela se poursuivra-t-il ? Combien de sentiments perdra t-il encore à chacune de ses rencontres avec eux, avec lui ?  

 

En parlant de lui, il devient urgent de se remettre en route. Au moins, s’il veut arriver avant le lever du jour.

 

Et revoilà le vent, capricieux comme toujours, puisque, maintenant, c’est vers le haut qu’il le pousse, vers ce lieu précis. Il y est enfin. Il s’arrête, quelques minutes, droit, immobile, sous la lourde chape que retient si jalousement un ciel plus que menaçant.

 

Et pendant qu’il reprend son souffle, inspirant et expirant à fond, deux yeux de braise le suivent, le guettent, ne le lâchent pas d’une semelle. Pour l’instant, leur propriétaire ne se manifeste pas. Il se contente de patienter sous les chants maintenant grinçants des vents.

 

Il ne le prévient même pas de sa présence. Il sait que c’est inutile. Cela fait si longtemps qu’il connaît Damian.

 

Alors, tu te décides. Je sais que tu es là. Tes mouvements, même infimes, te trahissent toujours autant.

 

Damian ferme un moment les yeux, tentant d’imaginer la forme recroquevillée sous les branches surchargées de fleurs des Buddleia. Un sourire narquois lui échappe malgré lui. Ce cher Céryan. Je le reconnais bien là. Il s’est gardé la seule source de beauté de ce charmant petit endroit.

 

Il attend encore un peu avant de s’avancer, son pendentif suspendu à son cou. Puis les éclats félins des yeux de l’autre accrochent son regard. Deux terribles prunelles brillant sous la masse des panicules, saupoudrée de terres grisâtres, et pourtant si agréablement parfumée. Bientôt tout sera terminé se répète l’énorme traqueur. Mais lui, Damian, que lui restera-t-il ? Sera-t-il ? Non est-il seulement encore humain ? Avec tout ce qu’il perd à chaque fois ? Même le dégoût du début n’est plus qu’un lointain souvenir, oublié au fond de sa mémoire. Enterré sans espoir de retour. Comme presque tous ses autres sentiments. Mais une chose est pourtant sûre pour lui comme pour moi. Cela doit finir. D’une façon ou d’une autre. Sinon, il ne nous restera vraiment plus rien.

 

Les deux mâles s’observent. Céryan se cache encore mais Damian peut le comprendre. C’est toujours très risqué pour le chasseur nocturne de se montrer. Pourtant, jamais le jeune homme ne le maltraiterait, d’aucune façon que ce soit.

 

Une note de parfum vole vers lui et sans un bruit, Damian s’avance. Lentement, comme le sphinx attiré par une lueur dans la nuit. Au terme d’une courte marche, il dépose avec précaution son sac sur le sol, sur une sorte d’épais tapis de branches.

 

Le signal convenu entre eux. De toute façon, il leur est impossible de communiquer de vive voix. Tout échange de paroles est impossible entre les deux êtres, leurs sens respectifs étant bien trop différents. En plus, Céryan est plus que méfiant, et sans cette combinaison de sons et de gestes, ce code plus que subtil, il ne se laisserait même pas approcher.

 

Son présent déposé, Damian retourne sans se presser à son point de départ. Il avise un autre bosquet de Buddleia. Céryan a vraiment bien choisi son coin. Comme à chacune de leur rencontre. Se sentant soudain oppressé, il se défait de son lourd manteau avant de le jeter mollement sur les premières grosses branches venues.

 

Le temps tout cela se passe, une forme imposante, semblant presque humaine, en a profité pour émerger de sa cachette avant de s’asseoir le plus naturellement du monde devant le sac entrouvert. Puis, un semblant de salut plus tard, il en retire ce que son mystérieux visiteur lui a offert. Ne perdant aucun de ses gestes, celui-ci se rend vite compte que tout est à son goût.

 

Pourtant il le voit remuer et se déplacer, plongeant de nouveau dans l’ombre. Il allait se lever lorsqu’un souffle froid lui offre un début de réponse. Le vent s’est levé, lui amenant le léger parfum des fleurs mêlé aux odeurs de viandes. C’est donc ça. Il veut juste se mettre à l’abri de ce vent souillé de gris. Damian soupire. Car même si le geste de Céryan est compréhensible, il ne va certainement pas lui faciliter la tache.

 

Enfin, surprenant l’éclat cuivré des yeux de Céryan ainsi que l’apparition des premières étoiles dans un ciel un peu moins sombre, il se décide quand même à délivrer son message. Autant y aller maintenant, sinon, on n’aura pas fini avant le lever du jour. Un geste vers son manteau et il en dégage un jeu de courts bâtons voilés, légèrement lumineux. Les seules choses dont il a besoin pour transmettre efficacement le but de sa nouvelle visite.

 

Et de son côté, l’autre suit le tout, n’en perdant pas une miette. Plusieurs papillons approchent du colosse entouré de fleurs mais tombent dès qu’ils franchissent un étrange limite. Céryan ne s’en soucie guère. Quant à Damian, il ne peut même pas les voir d’où il est.

 

Voilà, le jeune homme en a terminé. Et son message est parfaitement passé. L’absence de réaction de Céryan étant déjà une réponse en elle-même. Il a tout compris et lui répondra dès que son repas sera fini.

 

Une nouvelle visite. Une nouvelle sortie, une traque obligée. Que Céryan espère bien être la dernière. Autant pour lui et les siens que pour ce jeune homme, Damian.

 

Quoique le géant ne voudra sans doute jamais reconnaître son inquiétude à l’égard de cet étrange humain. 

 

Le temps s’écoule, rythmé par la danse des branches sous les accords parfois furieux des vents. De son côté, Damian en a profité pour s’asseoir et se préparer à recevoir la réponse de Céryan. Car contrairement à ce dernier, il est incapable de suivre l’ensemble de ses gestes au moyen de ses seuls yeux, surtout de nuit.

 

Voilà, il est prêt, ses jumelles à la main. Il ne lui reste plus qu’à se réinstaller confortablement bien à l’abri du vent sous l’épaisse toile de son manteau.

 

Je sais tu ne pourras plus jamais me parler aussi sincèrement qu’avant. Déchiffre d’abord Damian au travers de ses gestes. Cette fois, il a bien failli te faire tuer.

 

Céryan le regarde un moment, à la recherche d’une réaction, du plus petit indice sur le visage pâle de Damian. Mais rien ne se dessine. Il attend encore un hypothétique changement d’expression mais rien ne se passe.

 

Il ne veut pourtant pas abandonner et persévère. Ainsi au terme d’autres allusions muettes, il surprend enfin une réaction, un indice sur les évènements de leur précédent voyage. Evènements dont Damian refuse de lui parler, malgré tous ses efforts pour en savoir plus, s’obstinant à n’évoquer que le futur, leur avenir proche.

 

Pour en revenir à cette réaction. Ce n’est guère qu’un geste. Court  geste mais si révélateur. En fait, Damian a porté sa main sur sa gorge et la masse sous le tissu de son col sombre. Maintenant, la plaie est presque totalement refermée. Mais il s’en était vraiment fallu de peu. Et je ne veux plus en parler. Lui fait-il ensuite comprendre. Céryan se résigne. Il ne saura rien d’autre. Du moins, pour cette nuit. Autant revenir au but de leur rencontre, leur prochaine visite, sa prochaine chasse.

 

Ses mains empoignent de nouveau les outils qu’il avait un instant délaissés pour mieux se concentré sur les réactions du jeune homme, de longs bouts d’os que le colosse a soigneusement sculptés lui-même.

 

Un nouveau changement de direction et le vent balance une belle vague de poussière sur. Damian qui se met à tousser. Se reprenant, il regarde un moment Céryan avec le reste de viande devant lui, juste quelques miettes, se demandant comment il a encore pu réussir à se goinfrer à ce point après tout ce qui leur est arrivé. A cette pensée, la nausée menace de le submerger. Assez surprenant, vu que cela devient si rare chez lui.

 

Le gigantesque traqueur le regarde d’un air étonné. Lui n’est vraiment pas prêt de perdre son appétit. Jamais cela ne lui arrivera malgré tout ce qu’il s’est déjà passé depuis leur première rencontre.

 

Tout comme Damian, il n’a guère d’autre choix, ne pouvant qu’obéir à cette sale ordure, même si ses ordres leur déplaisent à tous deux. Ils ne peuvent ni faire marche arrière, ni fuir. Mais il faudra bien pourtant que cela finisse un jour. Céryan ne sait pas comment mais cela se terminera et peut-être plus tôt qu’il ne le pense. Des mouvements près des buissons.

 

Ça y est, Damian s’est repris. Le mieux est sans doute d’en rester là pour cette nuit, pour ce qu’il reste de raison, de santé mentale, au jeune homme.

 

D’accord, j’ai bien compris le message et cette fois encore je serais là. Mais toi, il te faudra faire très attention. Frappe-t-il.

 

Son correspondant baisse la tête en signe d’assentiment. Puis sur de derniers échanges, cette fois de politesse, les deux êtres se séparent. Leur prochain rendez-vous est fixé. Damian s’en est assuré et cette fois, ce sera peut-être enfin le dernier.

 

L’imposant Céryan, il dépasse largement les deux mètres, le regarde s’éloigner sans un mot. Pourtant, il ne peut se résoudre à l’idée de le laisser repartir seul au milieu des bêtes sauvages, de tous les autres dangers. Pas avec tous ces changements qui ne cessent de s’aggraver en lui. Mais il y a aussi une autre raison à cela. Aussi après avoir laissé passer quelques longues minutes, il se met à le suivre.

 

Une longue marche plus tard et le jeune homme se retrouve sur le bord de la route. Il inspecte rapidement les alentours, puis, rassuré, se dirige vers sa cachette et en dégage sa moto. Céryan respire, il peut donc encore sentir la peur. Même si elle n’est plus qu’un filet de sentiment. La peur ? Et peut-être aussi d’autres choses ?

 

Damian remue, poussant Céryan à se concentrer davantage sur lui. Un calepin, il sort une sorte de cahier de la poche de son manteau.

 

Les traits du traqueur se détendent en le voyant écrire à toute vitesse. Il est heureux de savoir qu’au moins quelques-uns de ses conseils ont trouvé un écho dans sa tête pourtant si dure, si perturbée. Qui sait ce qu’il peut leur arriver ? Ce journal leur sera sans doute plus utile que quoi que ce soit d’autre, au cas où.

 

Le jour pointe lorsque le moteur se met en route. Un dernier regard vers la route qu’emprunte le motard et Céryan remonte vers sa cachette alors que l’autre a disparu depuis déjà longtemps de son champ de vision.

 

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Plusieurs  jours se sont écoulés depuis cette étrange rencontre. A son habitude, Céryan se rend les lieux de leur future visite. Tout y est encore désert. Il lève la tête, embrassant le décor d’un regard inquisiteur, plus que perçant.

 

C’est immense mais pas assez pour l’inquiéter. Il en a vu d’autre. Et puis, une fois sur place avec les siens, cela lui paraîtra sans doute bien petit. Il se remet en route, continuant son inspection, sans même se soucier des quelques personnes s’activant autour de lui. D’ailleurs, celles-ci sont toutes si absorbées dans leurs taches respectives qu’elles ne le remarquent même pas malgré sa carrure plus qu’impressionnante. Grand et puissant, tel est Céryan. Une vraie montagne de muscles.  

 

Et pourtant nul ne se retourne sur lui même lorsque les rayons du soleil viennent le frapper, projetant traîtreusement son ombre sur le sol. C’est l’un de ses plus incroyables tours de force, passer totalement inaperçu lorsqu’il le faut vraiment. Seulement, au premier vrai contact, comme avec Damian, tout s’efface et il apparaît au grand jour.

 

Enfin, pour l’instant tout se passe comme prévu. Il est tout simplement entré et avance au milieu des gens. Et à moins qu’il ne le veuille, personne ne le verra. Mais ce ne sera pas pour aujourd’hui. Il veut juste explorer les lieux à son aise et surtout le trouver, lui. Lui, la seule personne qui l’intéresse vraiment dans cette salle immense. Et il est là depuis le début. Là dans la même salle que lui. Quelque part parmi au milieu de ces gens.

 

Lui au moins devra le voir tel qu’il est. Céryan le veut. Il veut lui faire comprendre ce que les autres ressentent lorsqu’ils le découvrent avec les siens comme surgissant de nulle part. Il le veut tellement, tant sa colère le ronge. Une seule fois avant ce qu’il espère être leur dernière visite. Il veut le rencontrer au moins une fois malgré l’objection de Damian et des autres.

 

Comme si j’étais incapable de …

 

Des mouvements. Voilà que l’objet de ses pensées les plus noires avance vers lui.

 

Il est presque à sa hauteur mais Alan refuse le contact. Alan, Céryan ne sait de lui que son nom. Il ne l’a même jamais vu avant. Ce qu’il connaît de lui, il l’a déchiffré dans le journal de Damian. Ces quelques feuillets ne comprenaient aucune véritable description mais Céryan est parvenu à comprendre les écrits de son étrange associé. Et puis, il a un autre atout dans sa manche. Quelque chose que personne ne peut savoir, sinon lui. La blessure de Damian.

 

Ce sale esclavagiste a tenté de soigner le jeune homme lors de leur dernière mission. Et cela lui a laissé une trace très particulière en souvenir. Une marque que seul Céryan, ou un membre de son clan, peut reconnaître. Et dans ce cas, le doute n’est jamais permis. Il l’a enfin trouvé. Celui qui les manipule tous les deux. Et il est là, à quelques pas de lui.

 

Mais il ne se laisse pas approcher davantage. Car brusquement pris de frissons, Alan s’éloigne le plus vite possible de lui. Se mettant hors de portée. De toute façon, Céryan ne peut rien faire. Cette ordure a encore de quoi se protéger sur lui.

 

- Aurait-il  surpris ma présence ?

 

Céryan s’éloigne. Il ne peut prendre le risque de se trahir. De son coté, Alan se dirige vers l’une des tables tout en guettant le géant. Etrange songe Céryan alors qu’il refuse obstinément le contact. Son maître ne le quitte d’ailleurs pas des yeux en avançant vers l’une des tables.

 

Ne faisant plus vraiment attention aux autres, il manque de peu de bousculer une jeune femme habillée en serveuse. Bérénice s’empresse de s’excuser auprès du traqueur avant de s’éloigner en direction de cette pourriture d’Alan.

 

Le colosse allait partir mais il se ravise et décide de rester là, à observer la suite. Cette femme, il ne sait pourquoi l’attire.

 

Elle s’arrête devant sa table et lui remet une sorte de paquet avant de s’éclipser sur un geste sec du jeune homme. A le voir, il ne semble guère plus âgé que Damian, peut-être 25 ans.

 

Puis son attention se reporte sur la femme. Bérénice, le prénom brodé sur la poche de sa veste. C’est tout ce que je sais d’elle. En plus du fait que visiblement, elle ne connaît pas cet Alan, elle non plus.

 

De son côté, Bérénice s’empresse de quitter cette pièce. Elle ne sait pourquoi mais quelque chose de malsain plane dans l’air. Cet homme ne la rassure guère. Et que penser de l’autre, l’espèce de mastodonte qu’elle a failli heurté de plein fouet ? Elle ne les avait jamais vus et elle espère ne plus jamais le revoir. Le pire est qu’elle va devoir repasser devant l’autre brute. Arrivée à sa hauteur, elle frôle le mur, en lui faisant un geste de salut. Céryan lui répond d’un mouvement de tête et la laisse partir sans un geste.

 

De toute façon, ce n’est pas elle qui l’intéresse le plus. Même si sa façon de le regarder l’intrigue. Comme si elle savait. Il est temps pour moi aussi de repartir. J’ai repéré celui que je voulais. Son patron, son maître, qu’il dévisage une dernière fois avant de sortir.

 

C’est vrai, on doit encore faire tout ce que tu veux mais plus pour longtemps.

 

Enfin, il est à la sortie. Un des employés, sans doute un gardien, le suit. Mine de rien, il le laisse faire… ce n’est pas cette brute qui va réussir effrayer un monstre comme lui.

 

A suivre...

 

Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Mercredi 28 mai 2008

 

Voici mon dernier dessin aux crayons de couleurs


Une carte de carnaval pour une amie


Très en retard mais ...


A plus tard

Liry

Par Liry - Publié dans : Illustrations
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Vendredi 16 mai 2008

De très longs instants plus tard, des pas, ses pas s’impriment sur le sol gris, légèrement humide du macadam. La rouquine avance droit devant elle. Elle n’est pas encore arrivée au bon endroit. Cette partie n’est pas la bonne. Elle est juste là, sous le réverbère. Le pauvre, il lui semble encore plus misérable de jour, sous les feux de la lumière cruelle. Atroce, rendant son agonie encore plus flagrante. La jeune femme s’agenouille. Elle caresse le sol dur et déformé quelques instants. Il est si chaud avec ce soleil qui commence à peine à taper. C’est étrange. La pluie s’est à peine arrêtée que le sol brûle déjà. Un instant, elle se revoit de nuit face à sa voiture. Les pneus ! Elle inspecte le sol. Pas de traces de freins sur le sol. Rien. Juste des débris de métal brillants, encore éparpillés un peu partout.

 

Bon, il est inutile qu’elle reste là. Ce n’est pas ici que l’accident a eu lieu. L’épave peut très bien avoir été déplacée. Elle avance encore. Pas d’âme qui vive. Le lieu est désert malgré la carcasse qui a dû attirer les gens. Mais c’est vrai aussi que l’attraction a depuis été déménagée. Elle se demande ce qui se passe à l’hôpital. Mégane et les infirmières en train de la rechercher. Mais qu’importe. Ce n’est pas la première fois qu’une patiente un peu dérangée doit faire une petite fugue.

 

Bon, ce n’est pas ici que je trouverai quelque chose. Allons voir les ifs. Je suis certaine qu’ils pourraient m’aider à me souvenir.

 

Elle se relève et reprend son chemin.

 

Vers quoi ? Vers où allais-je lorsque j’ai pris cette route. Je la remontai avec la voiture. Je ne sais pourquoi mais je remontai cette route. Exactement comme maintenant. J’avançais. Avancer encore et encore. Des ballottements… la route. Serpent gris avec des taches vertes. Choc. Choc, lumière crue, aiguilles volantes.

 

Elle secoue la tête. Les cris des corneilles la tirent si brutalement de ses réflexions. Des bruissements d’ailes. Des aboiements. Des chiens au loin. Des gens arrivent ! Elle ne veut voir personne et s’empresse de quitter le chemin d’asphalte. Quelques longues minutes plus tard et elle est de nouveau seule. Plus personne. Elle décide pourtant de continuer au milieu des hautes herbes et reprend sa marche.

 

Lorsqu’elle arrive enfin au lieu de son réveil, elle ne peut réprimer un cri de tristesse. Les ifs sont là mais ils ont viré au brun. En dehors de rares aiguilles répandues sur le sol, il ne reste rien de leurs luxuriantes parures. Et les genévriers ne valent guère mieux. Elle fait le tour des arbustes nus et torturés. Les écorces brunes. Le bois cassant comme si ces plantes étaient mortes depuis un éternité.

 

Tiens ?

 

Elle vient de contourner le petit bois mort. Les arbustes dépassaient quand même les quatre mètres de hauteur et elle s’étonne de ce qui lui fait face.

 

C’est vrai qu’il faisait nuit. Sinon je n’aurais aucune excuse.

 

Attirée comme un aimant. Elle délaisse le bois mort pour s’enfoncer dans l’espèce de champ livré à lui-même. Les herbes sont encore plus touffues que dans ses souvenirs. Elle se souvient bien des tas de ronces et des pâquerettes sur les bords mais comment ? Comment peuvent-elles être si verdoyantes alors que les ifs, eux, sont morts ?

 

Atterri dans les ifs ! Mais ? Ce n’est pas possible ! Ce chauffard  n’a pas pu aller si loin. J’ai dû mal comprendre les dires de Mégane ! Et lui, il est si énorme. Je peux le voir alors que je suis encore à des dizaines de mètres de lui.

 

Au moment où elle atteint enfin son but, un son particulièrement civilisé la tire de ses réflexions. Une heure. C’est la sonnerie signalant le passage des heures. Elle regarde le GSM. Il est si petit et pourtant, si utile. Elle regarde le cliché des ifs. Des tas de branches mortes étalées sur le sol. Gris et bruns avec en prime les feuilles de lances des plantains.

 

Une nouvelle photo et enfin un envoi. Presque aussitôt Mégane lui répond. Un message pour "Rosa". Sa fille. Maureen sourit. Mais son sourire disparaît lorsqu’elle arrive au bout du message. Mégane lui demande si elle est vraiment au bon endroit.

 

- Ben oui, lui répond-elle de la même façon. Pourquoi ? C’est Scott qui m’a déposée…

- C’est à cause de cet arbre énorme.

- Que ?

- Il n’y en a pas de si gros dans le coin, sinon, il aurait depuis longtemps fini en planches.

- Pourtant, il est bien là. Je vais vous faire un autre cliché.

 

Un non des dizaines, voilà qu’elle se met à flasher tout ce qui l’entoure. Et Mégane, une fois toutes les images reçues, ne peut que croire la jeune femme. Elle est bien au bon endroit mais cet espèce de monstre de bois et de sève, elle ne l’a jamais vu. Rien n’avait jamais dépassé en taille les ifs et les noisetiers et il ne reste guère que ces derniers, tous les autres arbustes étant réduits à l’état de bois sec.

 

- Ne bougez pas. Il faut que je voie ça de mes yeux.

- Moi qui croyais qu’on ne devait plus se voir après ma sortie de l’hôpital.

 

Enfin, elle garde ce dernier message pour elle, renonçant à l’envoyer. Deux clics et tous ces mots disparaissent.

 

N’ayant plus qu’à attendre, elle décide de faire connaissance avec le grand ancêtre. Drôle d’idée de l’appeler ainsi mais ça lui est venu comme ça.

 

- Aie !

 

Elle se blesse presque sur une pierre émergeant avec traîtrise du sol herbeux, l’obligeant ainsi à s’arrêter. Elle peste généreusement avant de continuer. Son pied étant devenu plutôt douloureux sous le choc. Enfin, elle ne va pas se plaindre. Qu’est qu’un aussi petit choc en comparaison de celui qu’elle a dû encaisser lors de ce fameux accident. Mais elle n’a pas le temps de faire deux pas que quelque chose d’épais et brillant s’écrase avec fracas juste devant elle. Elle sursaute et un léger choc sur sa tête lui fait lever les yeux vers le ciel. Mais il n’y a rien. Rien du tout. Mais ? Je ne comprends pas ! Ouille, c’est quoi ce truc dans mes cheveux ?

Elle se tâte le haut du crâne et saisit quelque chose. Elle met à le dégager de ses boucles et ne peut s’empêcher de crier en voyant ce qui vient de la heurter.

 

- Du verre ? Il pleut du verre ? Mais c’est quoi, cette nouveauté ?

 

Et elle se met à courir vers ce qui aurait dû lui tomber dessus quelques instants plutôt. Un frisson la parcourt lorsqu’elle voit une lourde plaque de verre brisée luire entre les tiges. Sans cette pierre, le projectile l’aurait heurtée de plein fouet. Elle regarde le fragment qui lui reste. Il est tiède. Voilà qu’il pleut du verre. Peut-être que ça vient de lui ? On ne sait jamais.

 

Rangeant le morceau dans l’une de ses poches, elle s’intéresse de nouveau à l’immense arbre. Avec méfiance toutefois. Il est vraiment énorme. Elle s’attarde un moment sur l’écorce sombre. En dehors de quelques anciennes blessures, elle ne porte rien. Les premières feuilles qui lui passent au raz de la tête. Elles sont si vertes que la jeune femme ne peut douter de la bonne santé du géant.

 

Elle décide de s’asseoir à l’abri du colosse tranquille. Il fait si calme. L’endroit est désert comme la veille. En dehors de quelques crissements. Les pneus glissant avec lenteur sur les anneaux du serpent gris. Elle ne perd rien des mouvements. C’est incroyable ce que son ouie peut être fine. Elle les entend dans les virages. Le long reptile avec tous ses pièges. Quelques images lui reviennent bien mais elles sont toujours trop fugaces. Et même si elles ne la font pas avancer pour le moment, elles lui offrent quand même un espoir. Sa mémoire revient et Meg, elle a décidé de suivre l’exemple de Rosaline, arrivera bientôt. Elle ne sait pas pourquoi mais elle lui fait confiance. Et puis, elle pourra peut-être lui expliquer pour cette espèce de verre. Elle doit savoir. Après tout, c’est eux qui connaissent le mieux l’endroit. Ça. C’est ce que tu crois. Mais elle ne peut entendre la voix. Elle peut juste ressentir sa présence comme dans l’hôpital ou lors de son réveil.

 

Elle commence même à s’assoupir lorsque le klaxon de la voiture de Meg se fait entendre. La fermière peste en ne voyant pas la jeune femme rousse. Elle l’appelle plusieurs fois. Et c’est en entendant cette voix si criarde qu’elle reprend ses esprits. Elle se lève et s’avance avec de grands gestes pour que Meg puisse l’apercevoir enfin et se calmer. Ce qui arrive très vite. Maureen ne peut s’empêcher de rire en la voyant approcher. Au fond, elle aime bien cette femme joviale. Au moins, elle a le mérite d’être franche avec elle. Elle le sent bien.

 

Meg ne peut que manifester, bruyamment faut-il encore le préciser, sa surprise en découvrant l’imposante silhouette de l’arbre. Cette espèce de monstre existe donc belle et bien. Trop surprise, elle ne réagit pas lorsque Maureen la tire vers le tronc.

 

Elle ne lâche pas cette masse des yeux. Tandis que Maureen, elle, guette le sol. Se méfiant de ce qui pourrait en dépasser tout en gardant un œil sur le ciel. Meg finit par s'apercevoir de son jeu. Elle lève les yeux vers les nuages, se demandant ce que cette excentrique de rousse a bien pu inventer. Le ciel est pourtant dégagé. La pluie s’est arrêtée presque aussi vite qu’elle était apparue. Toujours aussi directe, elle lui dit.

 

- Mais que craignez-vous donc ?

- ça.

 

Elle avance sur son premier chemin au milieu des tiges. L’énorme masse de verre y est toujours. Mégane, Meg, regarde l’ensemble. Du verre épais. Et alors ? ça arrive avec tout ceux qui s’amusent à balancer n’importe quoi lorsqu’ils pensent que le lieu est abandonné ou que personne ne les guette.Enfin, elle va jeter juste un œil pour rassurer sa jeune amie. Mais au moment, où elle se saisit de l’un des morceaux, celui si se rompt, finissant en pluie scintillante et les autres suivent le même chemin à chaque fois qu’elle tente de les prendre.

 

- Eh ! Bien ! Ça, ce n’est pas courant.

 

Elle ne peut dissimuler sa surprise. Maureen de son côté saisit la pièce encore cachée dans sa poche. Elle la serre contre sa paume, s’écorchant la peau. Légèrement mais assez pour qu’un liquide chaud se mette à perler. Elle n’arrête pas malgré les picotements qu’elle sent de plus en plus. Mais comment est-ce possible ? Meg ne peut pas les prendre sans les casser alors que moi.Elle avise un autre bout un peu plus éloigné. Et ce n’est que lorsqu’elle se penche pour essayer de le prendre, se demandant s’il finira de la même façon que ceux de Meg, qu’elle s’aperçoit de la présence de dizaines de parasols miniatures. Elle rie doucement en regardant les nombreux chapeaux. Ils sont si fins qu’elle ne les avait même pas vus. Mais pensant à autre chose, elle se lève et regarde le verre rester intact dans sa paume. Elle ne sait que penser en regardant la fermière. Elle allait la rejoindre pour lui montrer le morceau mais elle décide de patienter un moment, réalisant que Meg est en pleine discussion avec son époux. L’arbre et cette décharge sont au cœur de leurs paroles. Elle l’entend même râler… Bon, je crois qu’il vaut mieux les laisser entre époux. Et elle se met à marcher. Tiens, ceux-là sont épanouis. Elle en cueille un et le porte devant ses yeux.

 

C’est aussi à ce moment que Meg semble se rappeler de son existence. Elle court presque vers elle.

 

- Lâchez cette saleté ! Une seule d’entre elles suffit à envoyer toute une famille en…

 

Elle ne dit rien de plus, se dépêchant d’arracher le champignon des mains de Maureen.

 

- Ils sont vénéneux, je sais. Ne vous en faites pas. Je les avais reconnus avant que vous ne me donniez leur nom.

 

Joignant le geste à la parole, elle passe un doigt fin sur un autre spécimen. Les lamelles, le chapeau aux couleurs chaudes avec ses débris clairs, l’anneau juste en dessous du chapeau et la volve bien présente.

 

- Vous savez...

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, Meg se retrouve presque sans voix. Ne comprenant rien à ce qu’il se passe. Elle veut lui juste retirer le champignon des mains. C’est tout. Aucune parole ne lui a échappé, pas plus que le nom de cette chose.

 

- Oui ! Je sais, ils sont même mortels.

 

Le son de la voix de Maureen sonne si bizarre à l’oreille de Meg. A bien y regarder, Mégane se demande si c’est bien à elle qu’elle s’adresse. Elle passe même un moment sa main devant ses yeux, la voyant absente. A son grand soulagement, Maureen réagit très vite et lui attrape le poignet.

 

- Qu’est-ce qu’il vous prend ?

- Rien, vous devez encore être trop choquée.

 

Maureen s’empresse de la rassurer, elle va bien. Très bien. C’est juste cette voix chantante qu’elle avait déjà entendue à l’hôpital. Elle a simplement cru qu’il s’agissait de Meg.

 

Et puis, elle était en si parfaite harmonie avec ce qu’elle voyait…

 

Flocons sur soie…

Vies sur lamelles…

Rêves qui te noient…

Si tu brises ces délicates ailes…

 

N’espère plus de réveil…

 

Cet air tinte encore à son oreille. Un peu comme dans la chambre. Mais enfin qu’est-ce qui lui arrive ? Souffrirait-elle encore du choc ?

 

Meg la regarde, dubitative. Le mieux serait de la ramener chez nous, qu’elle se repose un peu.

De son côté Maureen semble enfin émerger de son rêve éveillé.

 

Elle regarde Meg et accepte tout de suite sa proposition de rentrer. De toute façon, cette visite n’a fait qu’embrouiller encore plus une situation déjà bien confuse. Elle referme sa veste se demandant comment ces champignons ont pu apparaître en si peu de temps. Elle grelotte un instant avant de sentir une pression sur son épaule, un geste amical. Elle se tourne mais Meg est déjà sur le chemin du retour, quelques mètres plus loin.

 


La nuit est revenue. Un cri la déchire. Maureen se réveille trempée. Quel affreux cauchemar ! Elle tremble de la tête aux pieds. Elle sent son corps parcouru de douleur. Un peu comme si on l’avait frappée à grands coups de couteau, à plusieurs reprises. C’est une sensation horrible. Elle a même l’impression de sentir son propre sang ruisseler sur elle. Elle se redresse. Cherchant des traces sanglantes qu’elle ne trouve heureusement pas. Il lui faut malgré tout encore beaucoup de temps pour se remettre, se convaincre de ce que ce n’était qu’un cauchemar. Se dire qu’elle est indemne et  en sécurité dans cette chambre.

 

Meg est dans le bâtiment voisin et pour une fois, elle en est heureuse. Elle ne souhaite vraiment pas en parler avec la fermière. Ce n’est pas le moment. Mais d’un autre côté, elle se sent seule. Les siens étant injoignables, elle a bien essayé mais ils sont en plein voyage et le temps qu’elle parvienne à les localiser, ils seront de retour…

 

Ce n’était qu’un cauchemar… calme-toi Maureen. Tes proches ne sont pas si loin. Tout va bien. Tout ça finira bientôt ! Se lance à elle-même la jeune femme avant de tenter de recouvrer le sommeil.

 

J’aimerais en être aussi sûre que toi. Chuchote l’autre une nouvelle fois.

 

Malheureusement, elle ne l’entend pas encore. Il est trop tard de toute façon, elles sont sorties, toutes les deux.L’if se demande encore pourquoi ça ne fonctionne plus. Elle est sortie, elle aussi, et pourtant quelque chose la bloque. Enfin si elle reste auprès de Maureen, elle finira bien par croiser Plantago ou encore … Zut ! J’aurais préféré ne plus le croiser, celui-là. Enfin, c’est trop tôt. Il faut encore qu’elle se décide à me parler franchement. Et elle reste là, à son chevet et ce depuis le jour de l’accident.

 

------------------------------------------------------------------------------

 

Quelque part en ville, une silhouette avance d’un pas assuré. La femme, vêtue de sombre de la tête aux pieds, sursaute au coin d’une rue. Des bruits. Des hommes qui discutent. Pour accomplir ce qu’elle a en tête, elle va devoir attendre qu’ils se séparent. Mais qu’importe après tous ces siècles, elle ne pleurera pas à cause de quelques minutes voire quelques heures de plus…

 

Un mouvement, calfeutrée dans son coin, elle reconnaît une autre “personne”. Enfin si on veut. Ses yeux uniques en leur genre suivent la forme souple. Il ne lui faut de toute façon pas longtemps pour la reconnaître. A voir sa démarche, elle doit être furieuse. Bien, autant lui laisser ceux-là. De toute façon, ce ne sont pas les hommes qui manquent. Et puis, ça m’étonnerait qu’il soit l’un d’entre eux.

 

Et elle s’éloigne, laissant la silhouette se glisser lentement vers le petit groupe. Elle ne s’arrête qu’une seule fois en voyant une fine trace briller sur le sol.

 

Soigne-toi, bien, Ama. Je suis certaine que nous nous recroiserons à un moment ou un autre, parole de Dona.

 

Et elle disparaît dans la nuit.

 

 

Par Liry - Publié dans : La Serre de Nulle Part
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Vendredi 16 mai 2008

 

Un silence tout relatif s’installe sur l’ancienne propriété, perdue hors du temps, avec le départ de Plantago. Ce dernier a pratiquement pris ses jambes à son cou sous le regard amusé de son mystérieux hôte, tant il souhaite pouvoir retrouver Maureen, la fille de la voiture.

 

De longs instants s’écoulent alors que l’homme, resté seul, contemple l’espèce de culture de pierres levées.

 

A le regarder, debout, parfaitement immobile, on pourrait presque croire qu’il interroge le majestueux ensemble minéral. Un début de solution germe dans son esprit mais ce n’est pas encore le moment d’envisager une telle chose. Non, il est encore bien trop tôt pour envisager cela. Bien trop tôt. L’automne est encore si loin.

 

Sur cette dernière constatation, il se décide à quitter avec un léger salut de la main le groupe de colonnes naturelles et atterrit dans un autre genre de champ. A première vue, il est bien plus classique que son voisin. A un détail près, lorsqu’il s’en approche, les branches des quelques arbres présents, viennent comme le frôler d’elle-même, sous un vent nul, mais il ne s’en émeut guère, trop plongé dans le flot de ses pensées.

 

Une pression plus forte le fait pourtant stopper. Une branche aux feuilles d’argent appuie avec force sur son épaule. Il la repousse avec un étrange sourire. Puis, après un bref regard suivi d’un geste vers l’écorce, il s’éloigne d’un pas vif de ces végétaux un peu trop remuants à son goût. Ils sont si nombreux ici. L’if ne devrait pas avoir de mal à se planter d’elle-même. Il soupire alors que les feuilles, les rameaux tout ne cesse de bruisser autour de lui. Une présence subtile mais bien vivante. De quoi faire perdre la tête aux plus impressionnables des êtres s’amuse à penser l’homme. Les plus impressionnables, juste le jeu des vents dans les branches et l’atmosphère adéquate suffit à les tenir à l’écart. Il n’a même plus besoin de se déplacer lorsque quelqu’un approche, ils sont tous si étonnés lorsque les plantes se dessinent avant de s’animer sous les jeux de la nuit. La peur des bois sous le crépuscule est toujours aussi profondément ancrée. Et puis de toute façon, il n’y a rien ici qui puisse éveiller de convoitise, rien, juste des arbres et des arbustes affligeant de banalité. Tellement communs même si la plupart des gens qu’il croise au hasard de ses promenades ne savent même plus les nommer tant ils se désintéressent de ces êtres pourtant omniprésents.

 

Et sur un dernier sourire désabusé, il continue à avancer, cette fois, à pas lents jusqu’à ce que ses pieds nus quittent la masse herbeuse, foulant à présent une terre humide, souple et surtout bien dégagée.

 

L’air est frais, doux. Avant de prendre enfin une décision au sujet de ce rameau qui s’échauffe contre sa paume, il embrasse les lieux du regard, levant la tête vers le ciel. Pas de nuages pour les menacer, tout est presque trop calme. Juste l’azur intense avec en prime un soleil magnifique, débordant de forces. Puis ses yeux sombres se reportent sur les innombrables plantes poussant à proximité. Il les détaille toutes en silence, une lueur d’interrogation dans le regard. Il secoue la tête avant de faire une dizaine de pas vers une zone plus ombragée. Il hésite un instant. Ces buissons sont presque tous aussi jeunes que Plantago. Cet endroit devrait convenir. Il s’agenouille et tâte la litière odorante puis teste l’humus, appréciant sa texture. Il est collant et parfumé. Bien, ça devrait convenir. Une pression sur l’écorce de l’if. Il ne doit pas attendre beaucoup avant de sentir une sorte de réaction.  La frêle brindille semble frémir entre ses doigts épais et trop puissants. Ses aiguilles sont si vertes, si intenses. De la sève coule doucement. A la regarder si vive, prête à s’enraciner de nouveau, on ne croirait pas qu’elle a parcouru une telle distance, entraînée par une souple marée de lances vertes, le tout sous un soleil brûlant.

 

Un frémissement semble la parcourir lorsque la tige en contact avec la terre. L’air se charge d’électricité alors que l’homme guette ses réactions. Ses traits, tout juste hâlés malgré sa vie sous un soleil ardent, se détendent en contemplant les mouvements des fines aiguilles soulignées de blanc. Puis sans autre explication, il fiche le rameau dans la terre, se relève et s’en retourne presque aussitôt, sans même daigner frotter ce qui s’est agrippé à son pantalon et à sa longue tunique, tous deux bleu sombre, presque noirs.

 

En chemin, il ne peut que croiser la porte, sa porte, notre porte, incomplète. En ce jour, elle est aussi sombre que la terre et les pierres levées l’entourant mais d’ici quelques mois, en automne, elle reprendra son teint d’ambre. Exactement comme celui des feuilles. Malgré lui, il jette un œil aux herbes, aux racines étalées, serpentant, ondulant gracieusement vers lui. Il soupire. Les cercles, les ronds de sorcières ne sont pas encore apparus au milieu de tous ces motifs vivants, aux tons si chauds. Il lui faudra encore patienter de longues semaines avant la prochaine rencontre.

 

Sa marche touche à sa fin lorsque son antre apparaît. Il pousse la lourde porte. Elle avance sans bruit, le laissant entrer dans une maisonnette toute simple. A bien la regarder, elle ne paye vraiment pas de mine, contrairement à son intrigant propriétaire.

 

Une fois à l’intérieur, il jette négligemment sa veste sur le premier support venu. En l’occurrence, un amas de livres entassés on ne sait comment. Puis, il traverse la salle, slalomant entre des montagnes d’ouvrages et d’autres objets parfois difficilement reconnaissables. Les plus hautes d’entre elles culminent près du centre. Avec en prime, près de l’une des fenêtres, une agréable petite note de verdure, surgissant directement du carrelage. Quant aux rares meubles dignes de ce nom, ils ont littéralement disparu sous l’amas de feuilles et de parchemins. Le plus incroyable est de voir que cet ensemble pour le moins bancal est impeccable comme les murs, enfin ce que l’on en devine, et le sol. Aucune trace de poussière. Rien. Tout est nickel. Aussi étonnant que cela puisse paraître avec tout ce fouillis qui ne demande qu’à s’effondrer au premier geste de trop.

 

Et pourtant, cet homme arrive à se faufiler à travers toute la pièce, sans même regarder devant lui. Il s’arrête soudain devant un autre tas indescriptible et sa main se pose sur la poignée d’une nouvelle porte. Un geste rapide et il se retrouve dans la pièce voisine. Pour qui ne connaît pas l’endroit le choc, le contraste, doit être saisissant. Comment deux pièces contiguës peuvent-elles être si différentes ? Car cette fois, c’est une salle lumineuse et dépouillée de presque tout objet qui s’étale devant lui. A tel point que bien qu’elle soit plus petite que sa voisine, elle paraît si grande, avec son aspect vide, qu’on ne peut réprimer un soupir de soulagement en en franchissant le seuil. Un peu comme s’on arrivait à respirer enfin au terme d’une longue traversée.  

 

L’homme, jeune ou vieux, difficile de lui donner vraiment un âge, se dirige précipitamment vers son bureau, à l’autre bout de la pièce.

 

Une longue inspiration plus tard, il s’empare d’une chaise et s’installe face à sa fenêtre électrique. Large, plate, se confondant à merveille avec l’ensemble des autres toiles accrochées aux murs de crépis délicatement colorés. Une simple touche pour adoucir ce blanc décidément trop cru, trop cruel, surtout lorsque l’on doit passer sans arrêt d’une pièce à l’autre. Quelques mouvements rapides sur le clavier et une image se forme aussitôt. D’abord floue comme émergeant des brumes, petit clin d’œil à l’une de ses anciennes vies, elle prend ensuite plus d’ampleur grandissant jusqu’à s’étendre, jetant ses couleurs sur la totalité de ce tableau mouvant. Autre ancienne vie, il en a eu tellement. Mais sa vie actuelle ne le déçoit pas non plus. Juste le fait d’être obligé de s’isoler presque constamment dans cette masure qui n’en est même pas une.

 

Face à lui, l’immense pépinière s’étale. Dire qu’elle pourrait être si proche avec tous les moyens qui existent en ce monde. Mais il ne peut. Pas maintenant. Ses doigts se mettent à glisser sur les touches et bien vite, le tableau se déforme et une silhouette se dessine. Celle d’une jeune femme brune. Il ne peut la quitter des yeux alors qu’elle est en train de greffer plusieurs arbres. Puis sa voix s’élève comme dans un rêve. Calme et profonde. Son admirateur lointain la contemple encore un instant, une lueur intense animant son regard.

 

Puis un geste sans qu’il ne regarde ses doigts appuyer sur la touche gauche et tout disparaît. Souris. Si fragile souris qui aura pourtant toujours autant de pouvoir lâche-t-il sans vraiment s’en rendre compte. Puis ses pensées retournent vers la femme au milieu des jeunes arbres alignés. Elle leur serait d’une telle aide mais…

 

- C’est trop tôt pour lui demander quoi que ce soit. Bien trop tôt. Et tout les autres ? Suivront-ils l’exemple de l’if ?

 

Instinctivement, il se tourne vers certaines des planches accrochées aux murs rugueux. Ses sourcils se crispent alors qu’il s’attarde sur certaines d’entre-elles. Et une méfiance sans borne se réveille en lui à la seule lecture de leurs noms. Puis, il se détourne, sa décision, à l’égard de la jeune femme qui riait derrière la toile, enfin prise.

 

Il ne faut pas que ça arrive. On y perdra tous… Tous ! Et je n’ose imaginer ce qui lui arrivera si jamais…

 

------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Quelque part, plus au sud, sur une route déserte…

 

La pluie tombe drue, dégoulinant avec fureur sur le pare-brise. Si Maureen n’avait pas recouvré une partie de ses esprits, elle jurerait que cette satanée flotte veut les ralentir. Une ennemie sans visage, froide et tourmenteuse, s’obstinant à les noyer dans ses bras. A moins qu’il ne s’agisse pas d’eux ? Elle sourit sans que personne ne puisse la voir. Sa capuche à demi rabattue sur ses épaules, elle regarde le semblant de paysage qui se dessine tant bien que mal derrière la vitre zébrée sous des trombes d’eau.

 

Des chaos sur la route, avec en prime une sensation de déjà vu. Au fond, cette idée n’était pas du tout mauvaise. Qui sait ? Si elle ressent déjà quelque chose de ce genre en étant juste sur ce chemin, peut-être que le reste reviendra sans crier gare ?

 

- Haaaaa !

 

Un bref cri de surprise lui échappe lorsque la voiture butte sur un obstacle. Voyant un rapide mouvement à l’avant, elle s’empresse de rassurer le chauffeur. Elle n’a rien. Elle est juste un peu secouée, exactement comme sa voisine. Qui semble avoir, elle aussi, quelquefois du mal à se maintenir avec tous ces heurts.

 

Elles échangent un bref regard avant de se séparer à nouveau sans un seul mot. Pourtant Maureen aurait bien aimé discuter un peu avec elle. Avoir un autre avis sur toute cette histoire. Mais l’autre, la fille de Mégane, Maureen l’avait compris du premier coup d’œil, ne la regarde presque jamais alors qu’elle est loin d’être timide. En fait, pour le moment, à la grande surprise de la rousse, la jeune fille n’a d’yeux que pour son portable et ses messages. C’est à peine si ses doigts ralentissent à chaque secousse.

 

Lassée de regarder pour rien vers l’extérieur ou sa voisine, l’accidentée se retourne vers Scott. Lui aussi ne dit mot pour le moment, concentré sur la route. A se demander comment, il arrive encore à se repérer malgré tout ce qui ne cesse de s’abattre sur le toit et les vitres. Car bien qu’il avance avec difficulté, le véhicule se maintient toujours sur le chemin d’asphalte et en plus, il n’a pas ralenti une seule fois ou éprouvé le besoin de s’arrêter. Il ne s’est même pas énervé lorsque la voiture a menacé de quitter la route. Maureen n’a cessé de le regarder depuis. Il lui a juste lancé un simple mot de réconfort avant de se tourner de nouveau sur son volant. Ce qui a touché la jeune femme. Scott, cet homme a vraiment des nerfs d’acier. Contrairement à Mégane qui, elle, est presque toujours remontée comme une pile.

 

Les secousses se succèdent, allant en se rapprochant, sur une voie de plus en plus dégradée. Soudain, Maureen se sent presque projetée vers l’avant et se raccroche au rude dossier lui faisant face. Un bref mot pour savoir si elle est encore intacte et Scott se replonge sur la route pratiquement inondée.

 

- Ça va aller, m’dame ? Encore juste un tronçon et on verra le bout de cette route. Cet abruti, il va m’entendre…

 

Maureen l’écoute se demandant, un moment, à qui peuvent bien s’adresser ces paroles. Puis, elle se tourne de nouveau vers la vitre.  

 

Une vague de peur risque de la submerger lors d’un nouveau dérapage, encore plus impressionnant que les autres. Une manœuvre brutale plus tard et tout redevient "normal". Ne voyant rien transparaître sur les traits burinés, Maureen se détend. Avec un tel chauffeur, elle ne risque en effet rien. Elle se permet même un rire vite étouffé lorsqu’une image lui traverse l’esprit. Celle d’une Mégane hyperactive, toujours en trait de foncer ou de babiller avec tous ceux qui passent à sa portée et près d’elle, un Scott calme presque muet, le parfait contraire de la fermière joviale.

 

Bang ! Un bruit mat suivi d’une bonne volée de cris ou plutôt de mots bien sentis.

 

- Quoi encore …………….. Oups !

 

Lorsque Maureen arrive enfin à repousser les poids, en la personne de Rosaline et de son portable, son plus fidèle ami, qui viennent de lui tomber dessus, elle ne peut que s’excuser, enfin relativement pour l’ensemble de joyeux jurons qui viennent de franchir, à son insu, les frontières de ses lèvres.

 

Sans doute pour rien, Scott n’a même pas l’air de réagir. C’est vrai qu’il a dû en entendre de pire. A moins qu’il n’ait vraiment rien entendu. Et de son côté Rosaline, elle, ne se retourne même pas au son de sa voix, bien trop pressée de vérifier l’étendue des dégâts. Un rapide mouvement vers le plafond et enfin, elles peuvent se voir. Maureen se tourne rapidement vers la jeune fille, seize ans grand maximum, qu’elle n’avait pu qu’entrevoir jusqu’ici à la faveur de quelques réverbères aux portes de la ville.

 

Sentant son regard, l’étudiante se tourne vers elle. Les deux femmes se regardent un moment avant d’éclater de rire. Sans que le père de Rosaline ne s’en retourne. Il est blasé. Toutes les femmes de sa famille sont ainsi. Et encore, son aînée est la plus tranquille du lot. A la fois calme et passionnée. Et aussi la seule assez discrète pour avoir pu se joindre à lui lors de l’escapade de Maureen. Mégane les aurait trahis, à son corps défendant bien sur. Incapable comme elle est de passer inaperçue. Alors que sa Rosaline, elle, lui ressemble au point de pouvoir se faire oublier n’importe où.

 

La voiture résonne encore un peu de leurs éclats avant que la demoiselle ne se calme et tende un téléphone vers la rousse. Maureen hésite avant de le prendre. Elle se demande pourquoi un tel geste.

 

- Il faut bien qu’on reste en contact. On ne va pas pouvoir rester longtemps. Papa et moi, nous devrons rentrer, dès qu’on vous aura déposée. Mais avec ça, vous pouvez nous appeler n’importe quand.

 

- Merci.

- Et ça, ça vous sera aussi utile.

 

Elle regarde l’autre objet.

 

- On ne va pas vous laisser seule, sans rien, au milieu de nulle part. Quoique vous ayez une sorte de chance dans votre malchance !

 

Maureen la regarde avec des yeux ronds. Cette fille, si banale, presque terne et insignifiante, a tout compris en si peu de temps.

 

- Oui ! On peut dire ça comme ça. Mais cet appareil ? Je ne peux pas accepter un tel cadeau.

- Il vous permettra de nous joindre. En plus, les photos sont parfaites.

- Photos ? Ah oui ! Il peut en prendre…

- Et je viens juste de tout vérifier.

- Merci, Rosaline. Tellement curieuse que tu ne veux pas prendre le risque de rien voir. S’amuse à compléter, pour elle et sans malice aucune, la jeune femme.

 

- De rien. Mais appelez moi, Rosa. Comme les autres. Je peux vous demander quelque chose.

 

Comme si elle voulait ma permission, la Rose. Rose… Serre… Fleurs…Epines…Maureen laisse passer quelques secondes, surprise par ces mots qui continuent à déferler à ses oreilles malgré elle.

 

- On se demande tous...

- La voiture ?

- Oui ! Et le reste. Vous êtes comme une star maintenant.

- Une star ?

- Ben oui ! Une sorte de miraculée.

- Je me demande… Si vous n’en faites pas un peu trop. Je ne suis quand même pas la première femme à avoir eu un accident de voiture.

 

Le ton se veut ironique mais il tombe à plat lorsque Rosa lui montre un cliché.

 

- Lorsque l’on voit ça.

- Rosaline !

 

Le seul véritable reproche que Maureen ait entendu depuis le début de leur voyage. Un nom dit pourtant avec calme. Mais elle doit bien avouer avoir eu un rude choc en voyant le cliché, juste avant que Scott n’exige d’un ton un peu trop ferme l’extinction des feux. Rosa, confuse, surtout face au visage blême de sa voisine, marmonne bien quelque chose. Sans doute une parole d’excuse que Maureen accepte d’un ton neutre, presque machinalement. Ça ! J’étais dans ça !  Cette plaque de métal toute rouillée ! Non ! C’est impossible ! Je ne me souviens pas de ça ! Elle n’était pas comme ça ! Pourquoi Mégane ne me l’a-t-elle pas montré elle-même. Nous étions pourtant ensemble.

 

Ce n’est qu’un tas de tôle pris sous la force des éléments. Ne t’en fais pas. Moi, je suis là. Pourquoi ne peux-tu toujours pas m’entendre autrement que par mes vers ou mes chants. Je suis là comme lors de ton sommeil. Tu m’as appelée…

 

Mais Maureen ne réagit pas plus lorsque le noir revient. Elle se laisse aller contre la glace, non sans avoir rassuré une Rosa qui ne voulait pas l’effrayer. Elle ne lui en veut pas. Pas du tout mais sa brusquerie a de quoi choquer surtout lorsque Maureen tente de mettre en relation ses seuls souvenirs et cette chose qui s’étale sur la photo. En plus du journal.

 

Ainsi se passe le reste du voyage. Calme sans heurts. La pluie est même moins forte et seuls quelques éclairs ont un instant émaillé le ciel sombre avant de disparaître aussi vite qu’ils étaient venus. Le matin semble enfin triompher des ombres lorsque le moteur ralentit. Maureen sent que le voyage arrive à son terme. La portière s’ouvre alors face à une longue étendue plate.

 

Par Liry - Publié dans : La Serre de Nulle Part - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Lundi 21 avril 2008

Bonjour, 

le chaudron félé est un projet dans lequel nous vous invitons à partager nos mondes imaginaires.

Le premier numéro, à l'ombre de Fusang, ayant pour thème la Chine fantastique, vient juste d'être terminé.

Vous y découvrirez des textes de Twinkle, Deirdre, Althéa et moi-même ainsi que des illustrations de Mireille, Denis, Rlass et moi-même,

à l'adresse suivante.

http://geocities.com/lechaudronfele/fusang.pdf


(Au cas où il y aurait des problèmes avec le lien, je vous invite à recopier directement l'adresse dans l'explorateur... et ça fonctionnera)

Bonne lecture


N'hésitez pas à nous laisser des commentaires.

Et si vous avez envie de nous rejoindre pour participer au prochain numéro...

N'hésitez pas à venir nous voir sur le forum :
http://chaudron.superforum.fr/

A bientôt



 

 

Par Liry - Publié dans : Projets de nouvelles
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