Mercredi 10 juin 2009

 

Voilà, en recevant le commentaire de Twinkle (n'hésitez pas à visiter son blog : link) sur mon conte de Chine "Une lune et deux soleils... Trois astres pour deux vies..." ,

je viens de réaliser que j'avais oublié de proposer l'illustration associée. L'un de mes dessins aux crayons de couleurs.

J'en profite aussi pour rajouter quelques détails sur la naissance de cette histoire.

En fait, je l'avais écrite lors d'un projet commun avec Twinkle et d'autres... C'était le projet "A l'ombre de Fusang" dont je vous avais touché deux mots dans un autre article.

Si vous souhaitez en savoir plus, suivez simplement le lien.

Le chaudron félé... A l'ombre de Fusang

A bientôt

Liry

Par Liry - Publié dans : Illustrations - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Lundi 8 juin 2009
Un petit conte sur le thème de la Chine fantastique...


Depuis la nuit des temps, la lune et les dix soleils, fils de Xihe, traversaient les cieux sans jamais se croiser. Il aurait dû toujours en être ainsi. Pourtant quelque chose allait venir troubler cet équilibre.

 

C’était très inattendu. Et lorsque cela se produisit, ce fut en plein milieu d’une sorte de jeu.  Une simple et innocente plaisanterie entre les soleils.

 

Cela commença donc en fin de nuit. Oh ! Elle n’avait rien d’extraordinaire. C’était juste une nuit comme tant d’autres, perdue dans l’immensité de la course du temps. Une simple nuit de soie, douce et fraîche, magnifiée par l’éclat dansant des lucioles. Modestes étoiles terrestres se joignant aux chœurs de leurs cousines célestes pour saluer leur plus proche amie, la dame entourée de ses voiles argentés.

 

Malheureusement cette fois, trop de temps s’était écoulé et aucune d’elle ne put capter le plus petit de ses regards. Son attention toute entière avait dérivé vers les eaux encore dormantes de l’immense lac de l’Orient. Pourtant c’était bien loin si loin du lieu où elle se dirigeait à chaque fois que l’aube aux doigts de rose approchait. Elle se pencha avec douceur et caressa d’un rayon diaphane la surface de l’onde. Puis, elle frôla du même geste léger l’écorce assombrie de Fusang. Xihe lui sourit du haut de son palais brillant. Jamais la mère de tous les soleils ne manquait ce rendez-vous unique.

 

Et jamais, quelque soit sa forme, la lune n’oubliait de la saluer en retour avant de toucher avec délicatesse l’une des plus hautes branches de l’arbre de Fusang. Instant fugitif suspendu entre deux astres si différents.

 

Et ainsi, comme tous les matins, une lumière rougeoyante répondit à ce geste empli de sérénité. Lueur chaude à l’est, précédant l’envol imminent de l’astre du jour alors que la dame d’argent s’effaçait tout en douceur.

 

Ce matin particulier donc, ce fut le tour de Septième soleil. Un bon étirement, un œil à ses frères encore pelotonnés sous l’écorce éternelle et il s’éleva avant de se mettre en route. Pourtant quelque chose ennuyait leur mère. Depuis quelque temps, Xihe ne cessait de les guetter mais elle se rassura en le voyant partir dans un léger bruissement de feuilles. Il avait bien hésité un bref moment avant de s’en aller, pas grand-chose, juste quelques secondes, faisant mine de s’amuser avec les eaux miroitantes du lac de Tanggu.

 

Septième s’éloigna très vite de son immense demeure perdue au milieu des eaux. Il aurait voulu jeter un œil à Dixième, à la fois son plus jeune frère et son jumeau. Seulement, il avait remarqué les soupçons de Xihe. Quoique lui et ses frères ne faisaient rien qui puissent l’inquiéter à ce point. Juste un jeu …

 

En fait, ils ne souhaitaient simplement qu’une chose toute simple : sortir un jour ensemble, ou au moins à deux. Mais cela ne se pouvait, ne devait arriver. Toujours, leur mère le leur rappelait. Un seul soleil devait traverser le ciel d’est en ouest. Pourquoi ? Elle seule le savait.

 

Seul un soleil devrait briller par jour. Un seul ! Toujours. Sinon, trop de lumière brûlerait la terre et… Non, Xihe refusait d’y songer…

 

Loin de penser à cela, Septième continua son voyage, montant toujours plus haut, vers le zénith. Il se détendit lorsque les eaux du lac Tanggu disparurent de son champ de vision. Aujourd’hui encore leur petit stratagème allait réussir. Dire que ça n’avait commencé que comme une sorte de défi. Et chose incroyable, tous les frères étaient dans la confidence et se soutenaient.

 

L’idée n’était pas de lui mais de Dixième. Quoique n’importe lequel des dix aurait pu l’avoir. Il n’avait d’ailleurs eu aucune difficulté à les convaincre. Tous aimaient observer la terre vivre sous leurs rayons ou au travers de la soie des nuages. Mais ils étaient aussi tristes de ne pouvoir sortir qu’une seule fois tous les dix jours. Et puis, Dixième semblait préoccupé depuis ces dernières sorties. Il souhaitait juste obtenir une réponse à ses nombreuses questions et les autres avaient décidé de l’aider. Même les deux plus vieux.

 

Comme Septième approchait du lieu du rendez-vous, il s’intéressa de nouveau à se qui se déroulait sous ses ailes. Des taches noires et blanches sous le jade et l’or des feuillages le tirèrent définitivement de ses réflexions. Il s’approcha des formes placides en train de ployer les tiges souples des bambous. Et les pandas le saluèrent d’un lent mouvement de pattes. Puis ce furent les oiseaux et tous les autres êtres. Seuls les hommes ne prenaient plus le temps de le saluer. Ils étaient encore bien trop occupés.

 

Un bref coup d’œil vers le sol et les cités humaines lui confirma ses pensées. Cette journée encore, du tumulte s’élevait des terres, accompagné de feux et de bancs de poussières. Cela faisait plusieurs jours qu’ils suivaient ensemble cette nouvelle bataille. Ils les voyaient tous ces guerriers avec leurs tentes sur les champs dévastés. Et parmi eux, un couple se débattait…

 

Enfin, c’était ce que Dixième lui avait raconté. Septième, lui ne pouvait les voir ni les entendre. C’était si intrigant. Dixième ne les connaissait pas et pourtant, ils avaient réussi à le toucher. Connaissaient-ils vraiment son nom ? Celui que lui avait donné Xihe ? Septième soleil se demandait toujours pourquoi. Pourquoi eux parmi tous les autres ? Tout ce qu’il savait c’est que malgré les neufs jours de distance, ils arrivaient toujours à retrouver Dixième. En plus, il était le seul d’entre eux à les entendre. Aussi, comme il craignait toujours de les perdre avec leurs neuf jours d’écart, il avait imaginé ce plan. Il put même en plus de l’aide de ses frères, compter sur celle d’amis de longue date, les dragons de l’air. Ces derniers le conseillèrent sans l’ombre d’une hésitation. Ils connaissaient toutes les courbes et les failles de la terre. Certaines de ses montagnes était si hautes et si grandes que Dixième soleil pouvait s’y cacher avant de se substituer quelques instant à l’un de ses frères. Puis, le jeune replongeait sous les terres avant de se faufiler de nouveau sous l’écorce de Fusang. Quelques instants avec deux soleils dans le ciel, juste quelques secondes, c’était si bref que personne ne voyait rien. Ainsi, ils ne craignirent rien, enfin, jusque maintenant.

 

- As-tu enfin trouvé ce que tu cherchais, Dixième ?

 

Lui demanda Septième une fois son périple achevé. Autour d’eux, les autres ne manquaient pas une miette de la discussion. Ce jeu commençait doucement à devenir long, les lasser. Et puis, Xihe finirait bien par les surprendre. Deux soleils cote à cote dans les airs, même très peu de temps, cela finirait bien par se remarquer.

 

- Pas encore mais quelqu’un m’appelle.

- Tu es sûr ?

- Oui ! Mais chaque fois que je m’approche, ça s’arrête !

- Il faudra bien que tu y arrives à leur parler avant que mère ne nous surprenne.

 

Deuxième soleil, qui n’avait rien perdu de la conversation, tapa rapidement sur la couronne ambrée de son cadet, lui indiquant la cime de Fusang. Xihe se laissait couler le long de l’arbre et arrivait vers eux. Des rives verdoyantes de Tanggu, ce fut magnifique. Fusang brillait de voir les neuf frères et leur mère réunis sur une seule branche. Et sur l’onde, les lotus s’ouvrirent tous en même temps, offrant leurs larges corolles aux rayons déclinants.

 

- Que manigances-tu mon fils ?

- Rien mère.

- Attention, n’oublie jamais que toi et tes frères devaient toujours sortir seuls.

 

Dixième prit l’allusion très au sérieux. Leur jeu ne pourrait plus durer bien longtemps même si cette fois encore, les complices s’en étaient sortis. Après tout, Xihe aimait infiniment ses fils et les voir si proches la remplissait de joie. Elle se demandait juste à quoi rêvait donc le plus jeune d’entre eux.

 

Se sachant surveillé, Dixième soleil arrêta un moment son jeu. De toute façon, deux jours plus tard, c’était son tour. Ses frères l’avaient rassuré sur le sort des humains qu’ils suivaient. Et les voix semblaient s’être apaisées. Peut-être ne souhaitent-elles plus lui parler. Tout allait donc mieux. Malgré ces guerres perpétuelles.

 

Son tour vient vite et son voyage commença le mieux du monde. Il approchait lentement de ce lieu qui l’attirait tant. Soudain des cris de terreur vinrent stopper sa course en plein ciel. Immédiatement ses yeux furent assaillis par des colonnes de fumées, des volutes immenses qui montaient vers lui, chaudes, bien moins que lui bien sur mais surtout elles étaient sombres, nauséabondes et sacrément irritantes. Alarmé, il se baissa vers la terre. Le village de ses deux protégés était en train de brûler. Des animaux, porcs et les volatiles fuyaient de tous côtés entre les dernières maisons et les champs de millets.

 

Dixième soleil savait qu’il n’était nullement le responsable même si lors de ses derniers voyages, il s’était parfois un peu trop rapproché. Et puis, pourquoi ferait-il ça ? La voix le heurta une nouvelle fois de plein fouet. Elle résonna furieusement dans sa tête. Sa souffrance était telle qu’il ne put reprendre sa course alors que le temps lui continuait de s’écouler. Ce qu’il lui était difficile de se détacher. Ce cri, cette voix féminine qui pleurait, c’était celle de la femme qui n’avait cessé de lui parler. Sans que jamais il ne lui réponde. Elle cherchait son amoureux, demandant toute l’aide possible, même celle du soleil, donc la sienne. D’après elle, son compagnon s’était perdu dans la nuit. Mais il ne put en savoir davantage pas car la voix s’éteignit, ramenant Dixième au jour qui s’achevait. Il s’empressa alors de rejoindre l’ouest.

 

Encore très ému par ce voyage, Dixième rejoignit sans un mot l’arbre de Fusang. Il entendait toujours cette voix triste même maintenant alors qu’il se reposait confortablement sur les branches. Xihe, surprise de voir son fils aussi tourmenté, s’approcha.

 

- Mon fils ?

 

Il lui répondit avant même qu’elle ne précise sa question.

 

- C’est à cause de mon dernier voyage. Quelque chose m’a touché. Une voix féminine. Elle pleure depuis la perte de son amour mais il est loin dans la nuit.

 

Xihe ne cacha pas sa surprise. Mais elle comprit vite.

 

- La magie ! Elle ne peut être qu’une magicienne pour réussir à te parler si facilement. Elle doit savoir ton nom et celui de la lune. Peut-être même celui de tes frères. Elle a sans doute voulu utiliser ses pouvoirs pour sauver son amour et les autres villageois.

 

Dixième n’avait pas besoin d’entendre plus pour la croire. Il avait vu les terribles combats de cette seule journée. Et ils avaient été encore pires que les précédents.

 

- Quelque chose a dû se passer avant qu’elle ne termine ses incantations.

- Oui ! Sans doute mais si elle a raté, ils seront séparés à jamais. Les humains ne peuvent revenir sans aide une fois partis dans la mauvaise direction

- Ce qui m’inquiète le plus, c’est que toi, tu entendes la femme. Alors que normalement, ce serait à la lune de l’aider. Elle y arriverait sans problème.

- Mais qu’est-ce qui va lui arriver. Si elle est perdue toute seule au milieu de toutes ces batailles ? Ces combats semblent ne jamais devoir s’arrêter.

- Les guerriers ne l’approcheront pas, mon fils. La magie l’a changée. Elle est devenue une sorte de fantôme. Ils ne la verront plus comme une femme normale. Et la fuiront…

 

Et l’homme ? Son amour ? Dixième ne savait ce qu’il était devenu. Ni même s’il vivait encore. Le jeune soleil se laissa retomber sur son lit d’or et d’argent. Et Xihe le veilla les jours suivants.

 

Dixième ne tentait plus de se substituer à l’un de ses frères. Mais il ne manquait pas non plus de les interroger. Malheureusement, ils ne purent rien lui dire. La femme continuait à errer sans qu’ils ne puissent l’entendre. Le temps passait ainsi mais il ne pouvait oublier les deux fantômes. Surtout celui de la magicienne qui ne cessait de l’appeler à chacun de ses voyages. Espérant trouver un début de solution, il demanda…

 

- Mère. Jusque quand ?

- Si elle ne vit plus normalement, cela risque de durer indéfiniment …

 

Mais Dixième ne pouvait se résigner à abandonner. Les jours s’écoulèrent et devinrent des mois et il essayait toujours de les retrouver et les ramener. Profitant du fait que la vigilance de sa mère avait baissé avec le temps, il reprit son jeu avec ses frères, enfin juste les trois plus jeunes, les autres refusant tous.

 

Par chance, il n’eut guère à attendre. Il venait juste de se substituer à son frère Huitième qu’une sorte de lumière aveuglante vint l’éblouir.  Eblouir le soleil ? Voilà qui n’était guère courant. Intrigué, Dixième se pencha. Un autre magicien ! Il se sauva en remarquant un changement chez le jeune astre. Dixième se sentit démasqué. A croire que cet homme savait pour eux et pouvait même les distinguer.

 

Croyant enfin tenir quelque chose, il se pencha vers lui et son village. Un endroit comme tant d’autres. A la différence qu’il était entouré par un mur de flammes. Complètement cerné sans qu’elles n’atteignent ou ne viennent simplement lécher les maisons et habitants.

 

Voilà qui ne manqua pas d’intéresser un jeune soleil avide d’histoires à raconter à l’ombre de Fusang. Il vit les cavaliers courir tous le long des palissades. Puis les flammes se déchaînèrent de plus belle, les obligeant à reculer. Elles finirent même par monter droit vers Dixième. Trop subjugué par ce spectacle pour s’éloigner, il en oublia sa course. Quoique, pour l’instant, personne ne semblait s’en inquiéter. Normalement, il aurait déjà dû être plus loin, de l’autre côté des forêts, là où il devrait rendre sa place à Huitième.

 

Soudain, il crut voir le magicien.  

 

A l’autre bout de la terre. Fusang tremblait. Que faisait donc Dixième en plein ciel ? Surtout que c’était Huitième qui s’était envolé à l’aube. Les sept autres soleils attendaient en plus de Neuvième. Xihe, elle-même, ne put retenir son inquiétude. Huitième avait dû se résoudre à continuer sa route puis s’était couché à l’ouest. Mais la lumière de Dixième, elle, rayonnait encore.

 

Une nuit avec l’un des dix soleils ! Cette fois, Dixième était allé trop loin mais il ne le savait pas. Il ne s’en était pas rendu compte. Il avait juste suivi le magicien jusque dans son antre, là où les montagnes atteignaient presque le ciel. Une vaste grotte. Le jeune astre aurait pu s’y engouffrer comme il le faisait déjà dans la grotte des dragons. Il allait d’ailleurs le faire lorsqu’il entendit une autre voix. Forte, puissante, celle d’un homme, un guerrier. Surpris, il se releva si brusquement qu’il en heurta presque la lune.

 

Confus, il se dirigea aussi vite que le lui permirent ses rayons vers l’ouest et s’y coucha non sans embraser le ciel. Une nuit rougeoyante s’en suivit sans qu’il n’entende les paroles de déceptions de l’homme.

 

- Attend, je voulais juste que tu connaisses ce lieu. Puisque toi, tu peux les entendre et les sauver !

 

Entendre quoi ! Juste une voix forte. Celle d’un guerrier perdu quelque part dans l’infini mais cette partie du jour était réservée à la dame d’argent. Il ne pouvait rester davantage sans risquer les foudres de sa mère Xihe. Ce qu’il allait sans doute devoir bientôt endurer. Et il ne saurait quoi lui dire.

 

Et en effet, la colère de Xihe fut énorme. Encore un peu plus et le jeune soleil aurait détruit l’équilibre. Elle demanda ensuite à ses autres fils de l’aider à retrouver cet humain capable d’ensorceler l’un des dix soleils. Dixième aurait bien voulu les renseigner mais il ne savait pas grand chose. Juste que cet homme ne semblait pas être très âgé et était vêtu d’une simple robe sans le moindre ornement. Il avait aussi une longue chevelure noire et lisse ainsi qu’une fine moustache se terminant en pointe mais c’était tout. Il ne put leur en dire plus.

 

De son côté, l’homme regardait le ciel d’un air triste. Sans l’aide du soleil, les pleurs de la petite magicienne aux cheveux de soie ne s’éteindraient jamais. Il avait bien essayé d’user de son savoir pour retrouver le jeune couple mais rien n’y faisait. Seul Dixième pourrait les aider.

 

Mais c’était encore trop tôt. Il laissa plusieurs jours se passer. Du moins, c’est ce que Dixième pensait. Depuis ce fameux jour, il n’entendait plus rien, hormis la voix de la magicienne qui s’atténuait. Pourtant, le magicien finit par réapparaître. Là où Dixième ne l’attendait pas. Il l’avait simplement suivi à l’extrême ouest là où il devrait normalement se coucher. Aller jusqu’à la demeure de Xihe aurait été trop risqué mais le suivre jusqu’à l’ouest n’effrayait nullement l’homme.

 

Dixième le trouvant sur sa route, ne put que l’écouter. Que risquait-il ? Il crut même l’homme fou pour avoir osé le suivre sous les terres. Il eut d’ailleurs tout juste le temps de comprendre son message avant que les rayons rougeoyants ne le chassent à jamais. Mais au moins, il avait enfin sa réponse lorsqu’il rejoignit Fusang.

 

Le guerrier ne pouvait que le suivre lui, le soleil et la magicienne ne pouvait que suivre la lune. Normalement, ils auraient dû les aider à se sauver et sauver les autres lors de la bataille. Mais le sort avait échoué. Pire, tout s’était inversé. Et pour que tout cela cesse enfin, ils devraient se retrouver tout les quatre ensemble. Faire luire le soleil la nuit ou apparaître la lune le jour. Et la magie ferait le reste.

 

De retour auprès des siens, Dixième leur appris l’histoire que l’homme, le père du guerrier, lui avait contée. Xihe respira. Maintenant, elle savait qu’elle n’aurait plus de soucis à se faire avec cette sorte de magie. Il ne lui restait plus qu’à sauver cette femme pour que son fils retrouve la paix. Une dernière, ultime substitution et ce serait enfin fini…

 

C’est ainsi que le jour où deux soleils allaient briller arriva. Ce fut Septième que le sort désigna pour aider Dixième. Les deux jumeaux volèrent d’abord ensemble jusqu’à ce que Dixième atteigne la grotte du sorcier. Il se laissa glisser sous la roche, la teignant de rouge. Et il attendit là, seul, alors que Septième continuait tranquillement sa route. Il le fallait bien pour que la lune apparaisse à son tour dans le ciel.

 

Ce qui se produisit dès que Septième disparut à l’ouest après avoir embrasé un ciel sans nuages. Son voyage commença normalement, comme toutes les nuits précédentes jusqu’à ce qu’elle eut la surprise d’assister à un étrange lever de soleil. Alors qu’elle n’avait même pas fait le dixième du trajet.

 

Ce fut à ce moment qu’elle entendit pour la première fois la voix de Dixième. Il lui demandait juste de continuer. Elle arriva très vite près du jeune astre qui allait immanquablement croiser son chemin.

 

Et il choisit cet instant précis pour éclairer brutalement la terre. Aussitôt, la voix de la femme se fit entendre et il illumina cette voix de ses rayons. La lune approcha encore jusqu’à ce qu’elle soit bien devant lui, ne laissant plus voir que sa couronne rougeoyante depuis la surface de la terre. Elle allait lui demander quelques menues explications mais il la devança.

 

- Entends-tu le guerrier ?

- Oui !

- Montre-moi où il est.

 

Le rayon pâle ne tarda pas à frapper à son tour le sol. Et aussitôt, elle comprit ce que voulait le soleil en le voyant faire de même. Il n’eut même pas besoin de lui demander de l’imiter. La magicienne se retrouva ainsi à son tour doublement baignée par une lune étrangement sombre et un soleil presque invisible derrière elle.

 

La suite ? Les deux astres toujours l’un près de l’autre purent entendre les deux humains se parler, se retrouver. Puis la magie reprit le dessus et les deux être réapparurent entre les tiges de bambous. Leurs cris firent sursauter le soleil et la lune qui ne pouvaient demeurer indéfiniment ainsi, immobiles l’un devant l’autre en plein ciel. De nuit ou de jour ? Qui aurait pu vraiment le dire ? La dame d’argent reprit simplement sa course alors que Dixième s’enfonça de nouveau dans le sol, filant vers Fusang.

 

Le couple les regarda un moment. Ils avaient perdu toute leur magie dans cette aventure et ne pourraient plus rien leur demander jusqu’à ce que leurs vies arrivent à leurs fins mais qu’importe. Ils étaient sauvés et ensemble.

 

De leurs côtés, les soleils et la lune n’auraient plus besoin de se rencontrer. Ils ne le savaient pas encore mais les prochains sorciers n’auraient plus cette difficulté. Que ce soit au soleil ou à la lune qu’ils s’adressaient, ils arriveraient toujours à leur parler.

 

Quant à Dixième et à la lune, ils n’oublièrent jamais cette nuit unique où ils s’étaient rencontrés. Mais qui sait si, dans l’avenir, les deux astres ne se recroiseront plus jamais ?



Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 13 mai 2009

Bonjour,

cela fait un certain temps que je n'avais plus donné de nouvelles...


aussi, je passe pour vous faire part de quelques petits changements dans les catégories.


Les nouvelles à suite prenant de plus en plus d'ampleur, je les ai reclassées à part...


L'histoire de Maureen Lavernie se retrouve donc dans la catégorie de La Serre de Nulle Part, celle d'Ambre dans la catégorie de La dragonne soleil et enfin, la suite des aventures du vampire Phébus se poursuivront dans la catégorie du Chasseur du Crépuscule.


Toutes les autres nouvelles se retrouveront dans les histoires courtes.



Et pour en revenir au vampire Phébus, Le chasseur du crépuscule, le récit avance doucement...

Ainsi pendant que le chasseur du crépuscule se réveille près d'une plante aux feuilles écarlates, l'elfe Rivalen commence à ressentir les premiers effets du sang vampirique... le poussant irrésistiblement vers celui qui l'a blessé, le vampire Phébus...

A bientôt pour la suite...

Liry

 

 

Par Liry - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Mercredi 29 avril 2009
Bonjour, je viens de  décider de participer au nouvel échange de cartes postale sur le forum Crayons de Couleurs.

Cette fois le thème est le soleil.

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Si vous aimez les dessins aux crayons de couleurs ou autres, n'hésitez pas à visiter ce site...

A bientôt

Liry
Par Liry - Publié dans : projet d'illustrations
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Mardi 21 avril 2009

Le soleil amorce son coucher lorsque Ambre laisse enfin retomber son illusion. Elle offre ensuite ses longues ailes aux rayons écarlates du couchant avant de se baigner dans un sable encore tiède.

 

Le temps s’écoule dans la quiétude générale, et c’est sous la douceur de la lune qu’elle voit son intuition se concrétiser. Un vague sourire étire même ses longues lèvres de miel tandis que le jeune pêcheur avance avec lenteur vers elle. Son courage l’impressionne. Qu’il ose revenir après les récents évènements force même son admiration. Il s’arrête juste en face de la femelle couchée à plat ventre, ses deux ailes, largement déployée en éventail sur le sol pâle. Il hésite quand même avant de relever la tête et plonger ses yeux sombres dans le regard d’émeraude de la dragonne soleil. Singulièrement sereine, elle le détaille à la faveur de la clarté lunaire. Il semble si différent des autres pêcheurs. Son allure et même sa démarche sinueuse le distinguent tout de suite des autres alors qu’il s’approche encore sans un mot puis, ose enfin l’aborder. A son tour, elle se déplace, glissant avec grâce sur le sable, espérant ainsi rendre sa présence moins écrasante.

 

- Incroyable, je n’ai donc pas rêvé. Tu es bien une dragonne… Une dragonne aux écailles de soleil…

 

A ces quelques mots, elle redresse un instant sa tête couronnée de fines écailles dorées alors que le pêcheur se tient, maintenant, juste devant elle. Un si frêle humain, égaré comme elle. Du moins, c’est ce qu’elle ressent. Egaré et si faible qu’elle pourrait le briser d’un seul coup de dents ou le broyer d’une simple pression dans sa paume. Mais elle n’en fera rien. Du moins pas maintenant. Sa décision prise, sa voix s’élève alors, puissante mais aussi étrangement douce et si féminine.

 

- Oui ! Je suis Ambre, une dragonne terrestre et toi ? Qui es-tu ? Comment peux-tu me voir alors que tes semblables ne le peuvent pas ?

 

Enfin, convaincu de la réalité de cette dragonne de nacre et de soleil, il s’approche encore avant de répondre d’une voix qu’il espère bien plus assurée qu’il ne l’est lui-même. 

 

- Moi ? Mon nom est Roland... Et pour répondre à ta question, je descends d’une très ancienne famille de sorciers.

 

Il laisse s’écouler un court moment avant de reprendre, guettant les réactions de la femelle dorée. Elle gronde intérieurement mais ne semble pas sur le point d’attaquer. Pas encore, du moins. Guère rassuré par son silence, il reprend.

 

- Nous vivions en harmonie avec les dragons comme toi et lorsque les premiers Ravisseurs vinrent solliciter notre aide, mes grands parents refusèrent. Ensuite, les premiers conflits éclatèrent et puis ma famille fut presque totalement anéantie… Puis, moi et mes parents, nous…

 

Le jeune homme se tait soudain. Ambre, de son côté, a sursauté à plusieurs reprises. Finalement, leurs deux histoires se ressemblent beaucoup d’une certaine façon.

 

- Les sorciers ravisseurs. C’est eux qui m’ont chassée de mon nid, de ma cité pilier.

- Je vois. On est embarqué dans la même galère, toi et moi. Qui aurait cru que le premier être capable de me comprendre aurait été une dragonne ?

- Au fait ! Comment m’as-tu reconnue ? Je croyais que seuls des sorciers très expérimentés…

- En partie au cause de tes pouvoirs  magiques et de tes empreintes dans le sable ! J’ai hérité des connaissances des miens et je suis capable de lire les traces et les courants de magie laissés par les dragons. Mais il faut aussi que tu saches que ce n’est pas très prudent de rester là et encore moins d’entrer dans les terres... Oui ! C’est bien trop dangereux pour toi.

- ………….

 

Face à ce nouveau silence, il enchaîne.

 

- A cause des sorciers ravisseurs de la cité là-bas. Tu vois, ils sont devenus bien trop forts pour moi et les miens. Et je n’ose imaginer ce qu’ils te feraient si jamais ils te repèreraient.

- Mais pourquoi ?

- Tu es une dragonne terrestre et eux, ils veulent ta force et tes pouvoirs. Et les autres sont prêts à les aider. Leur attitude à mon égard est bien douce en comparaison de ce qu’ils pourraient te faire subir. En fait, ils sont tous prêts à aider les Ravisseurs à éradiquer ceux qu’ils considèrent comme des monstres plus que nuisibles.

- Monstres ? Nuisibles ? A éradiquer ? Tu parles de moi ? Des miens ?

 

Il hoche lentement la tête.

 

Ambre ne peut s’empêcher d’ouvrir tout grands ses yeux… et de laisser s’échapper une petite flamme à la fois de tristesse et de colère.

 

- Enfin pas vraiment éradiquer. Plutôt maîtriser !

 

Elle se redresse, se demandant ce qu’il pourrait encore lui sortir de pire.

 

- Et il faut aussi que tu saches.

 

Sa voix n’est guère plus qu’un murmure.

 

- Les dragons terrestres comme toi sont très recherchés.

- Tu sais donc ce que je suis exactement ?

- Oui ! Je t’ai reconnue tout de suite. Bien sur, ils convoitent aussi les dragons des mers. Mais ils sont presque inaccessibles lorsqu’ils…

- Et ceux des airs ?

- Même chose. Les sommets où ils vivent sont de trop gros obstacles. De tous, les dragons, vous restez les plus faciles à piéger.

 

Immobile et soudain silencieuse, Ambre ferme un instant les yeux. Roland se sent soudain mal à l’aise. Comme s’il ressentait sa douleur. Le jeune homme la contemple encore un peu avant de s’asseoir près d’elle. Inconsciemment, il pose sa main calleuse sur sa puissante patte griffue. La dragonne le regarde faire sans réagir alors que la ville s’anime loin devant eux.

 

- Ils fêtent la réussite de leur dernier plan. Pour faire court, ils sont enfin parvenus à accéder à une nouvelle chambre de dragons. Le pillage des anciens nids est devenu la principale source de richesse de cette cité.

- Ici, c’était donc bien une ancienne cité pilier mais toi ? Pourquoi se comportent-ils comme ça avec toi ?

- Parce qu’ils me haïssent et me craignent, tout simplement. Depuis notre défaite face aux ravisseurs de dragons, ma famille et moi sommes tombés plus bas que terre. Et s’ils ne tremblaient pas autant devant les malédictions attachées à notre clan, cela ferait déjà longtemps qu’ils nous auraient tous chassés ou massacrés.

- Oui ! J’ai bien vu comment ils te traitent. Désolée pour ta pêche…

- C’est aussi un peu ma faute. D’habitude, je m’arrange pour que personne ne me surprenne. Seulement cette fois, j’ai été distrait.

 

Il la regarde droit dans les yeux avant de rire doucement.

 

- Je vois mais pourquoi restes-tu avec eux ?

- Je n’ai pas d’autre endroit où aller et puis, de toute façon, les Ravisseurs sont partout. Et puis, nous sommes aussi dans une ancienne cité pilier ici. Mes parents m’ont toujours conseillé de rester en ces lieux et d’attendre.

 

Nimbée de son délicat voile de sable, elle se rapproche en ondulant avant de laisser son aile dériver au-dessus du jeune homme.

 

- Tu pensais vraiment rencontrer un jour une dragonne ?

- J’en rêvais souvent mais de là à croire que ça arriverait vraiment….

- Attend.

 

Elle se lève, étend ses ailes au maximum, et le jeune homme peut admirer le splendide jeux des rayons lunaires sur l’or des ses écailles. Une toute jeune dragonne mais déjà incroyablement puissante. Roland recule. Ambre souffle et bientôt une sorte d’épée se forme sur le sable.

 

- Tu sais, toi seul peux la prendre.

- Hein ? Mais pourquoi ?

- Elle te sera utile et puis grâce à toi, je sais qu’il reste encore des sorciers autres que ces horribles Ravisseurs.

- Mais tu ne vas pas t’en aller ?

 

Elle commence lentement à battre des ailes, faisant se lever un léger nuage de sable.

 

- Si ! Il faut que j’en trouve d’autres comme moi et…

 

Il l’interrompt en hurlant. Etonnée par un telle réaction, elle replie un instant ses ailes.

 

- Non ! C’est trop risqué pour toi de rentrer seule dans les terres.

- Je me dissimulerais aussi longtemps qu’il le faudra, Roland.

 

Il secoue la tête avant de continuer une pointe de tristesse dans la voix.

 

- Non ! Jamais, tu ne pourras maintenir ton sortilège aussi longtemps. Et sans magie, tu te feras repérer avant d’avoir pu seulement approcher de la première cité pilier venue…

- Mais je dois trouver d’autres dragons. Et si je ne me rapproche pas assez des terres, je ne ferais jamais que passer à côté d’eux sans les voir tout comme eux ne me repèreront pas.

- Tu veux fonder un nid ?

 

Elle le regarde, hésite. Bien que Roland lui soit sympathique, elle est encore bien trop choquée par l’attaque du sorcier Grallen pour évoquer ses jeunes sœurs encore endormies au plus profond du nid d’Obsidienne. Qui sait ce qu’il pourrait leur arriver si cet humain s’avérait être finalement comme les autres ? Non, elle ne peut courir un tel risque. Pas maintenant !

 

- Oui ! Un nid ! Et si tout se passe bien, une nouvelle cité fleurira peut-être même dessus.

- Une nouvelle cité pilier, hors d’atteinte. Il la regarde rêveur avant de terminer. Mais je te l’ai déjà dit, c’est trop risqué pour toi de te déplacer à découvert, même pour un bref instant.

- Et, moi, je te répète que je n’ai pas le choix.

 

Quelques flammèches lui échappent, malgré elle, mais, à son grand étonnement, elles  n’atteignent pas le rouquin. Intriguée, elle se penche davantage sur lui et répète son geste, curieuse de savoir ce qu’il peut bien se passer avec ces flammes. Une sorte de sortilège le protège mais c’est très différent de celui du sorcier Grallen. Doux et non menaçant. L’authentique magie humaine…

 

 - J’ai bien compris. Mais pourquoi dois-tu absolument te déplacer à découvert ? Ne peux-tu vraiment pas poursuivre tes recherches en gardant ton masque ?

 

Elle baisse sa longue tête dorée avant de répondre dans ce qui devrait être un murmure.

 

- J’ai été chassée de mon nid, Roland, bien avant que ma mère ne puisse me transmettre son ultime savoir…Tu comprends maintenant pourquoi il me manque une grande partie de mes connaissances. En fait, il me manque surtout celle qui me permettrait de repérer les autres sous leur barrière de dissimulation. Je n’ai pas le choix, il faut que ce soit eux qui remarquent.

- Mais moi, je le peux, Ambre !

- Toi ?

- Ne t’ai-je pas sentie ? Pour être honnête, je n’avais pas vraiment réalisé avoir affaire à un dragon mais je t’avais repérée avant que tu ne te manifestes. Laisse-moi te suivre. Je serais heureux de t’aider. Et puis, il y aura une place pour moi et ma famille là-bas ! N’est-ce pas ?

- Bien sûr…

 

Ses paupières s’abaissent dissimulant à moitié ses yeux verts. Puis des bruits accompagnés de cris se faisant entendre, elle plonge sous le sable, laissant seul Roland face à son épée. Sa voix lui parvient une dernière fois avant qu’elle ne se fonde totalement dans le paysage.

 

- Il faut que je te laisse. Ceux de ta cité arrivent…

 

Roland a à peine le temps de cacher son arme qu’un groupe de jeunes éméchés l’encercle.

 

- Alors ? Qu’est-ce que tu fais seul ici, toi ?

- Tu as rendez-vous ?

- Dis pas de bêtise, qui voudrait de lui ?

 

Puis l’un d’eux, lui empoignant l’épaule.

 

- C’est bien ça hein ? Tu t’es fait largué ?

- Encore une fois !

 

Renchérissent les autres alors que leurs rires bovins fusent de toute part. Roland lui n’a pas laissé un seul mot lui échapper. Il est bien plus préoccupé par l’épée au métal de feu pour penser à tendre l’oreille aux propos des ces ivrognes. Elle réagit soudain alors que ses sens de sorcier se réveillent, libérant une sorte de flashe lumineux et déchirant l’obscurité le temps d’un éclair. Première véritable manifestation de cette arme capable de capter la magie des dragons. Les autres s’écartent, l’œil mauvais.

 

- Hé ! C’est quoi ça ! Tu sais bien que le chef t’a interdit l’usage des armes et de la sorcellerie.

- Ouais depuis quand joues-tu avec ce genre de…

 

La brute avinée ne peut en dire plus. Un terrible tremblement la fait vaciller avant de se propager jusqu’aux pieds de la muraille pourtant lointaine. Seul Roland comprend ce qui a pu se passer et calant son épée sous le bras s’écarte des hommes encore trop hébétés, à la fois par l’attaque magique d’Ambre et les effets de l’alcool, pour réagir. Il peut presque la voir gronder sous son sort de dissimulation. Décidément, les humains sont si durs, même entre eux, et ce serait moi le monstre à abattre ? Elle fait une nouvelle fois trembler le sol avant de faire déferler de véritables vagues de sable sur la troupe d’ivrognes qui détale sans demander son reste. Cette brillante démonstration terminée, le jeune sorcier reste seul auprès de la dragonne soleil.

 

- Dis-moi !

- Oui !

- Tu fais toujours ça lorsque tu veux passer inaperçue… ?

- Non ! Mais ils allaient te faire du mal et je ne pouvais pas restée ainsi…

 

Il sourit. Voilà que ce soit disant monstre vient de le sauver.

 

- Merci même si je sais qu’ils n’auraient pas été trop loin.

- Et maintenant ?

- On ferait mieux  de partir. Merci pour ce cadeau, je n’ai jamais rien vu d’aussi splendide...

 

Ajoute-t-il en brandissant la lame aux tons d’ambre sous les yeux verts de la dragonne. A la fois solide et légère, elle semble tout droit sortie du lit des rivières de métal coulant sur le sol des nids. Cette épée unique, c’est bien le plus fabuleux trésor qu’il avait jamais eu entre les mains. En plus, elle est non seulement imprégnée de la magie propre aux dragons terrestres mais aussi capable de réagir à celle des sorciers humains. Combinée aux sens de Roland, elle leur sera plus que précieuse au cours de leurs recherches.

 

Reste plus qu’une chose à faire maintenant. Quitter cette cité. Il la regarde un instant, sachant très bien que sa fuite finira très vite par se transformer en une double chasse, à l’homme et au dragon. Et connaissant l’obsession des Ravisseurs, aucun ne laissera passer une telle occasion. Un dernier coup d’œil et il s’en va enfin. Pas de regrets. De toute façon, il ne laisse personne derrière lui. Ses derniers parents vivent dans d’autres contrées, hors de portée de toute cette folie, et il pourra toujours, s’il réussit, les faire venir dans son futur domaine. 

 

Reste à convaincre Ambre. Elle le cache bien mais lui n’ignore rien de ses réticences. Ce sera long et sans doute pénible voire même dangereux mais il se jure de gagner sa confiance et enfin renouer avec le peuple des dragons. Recréer son monde même si c’est au prix de sa vie.



A suivre...
Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mardi 21 avril 2009

Loin, très loin de là, à des dizaines de lieues de la défaite d’Obsidienne, alors que la dragonne de nuit plonge pour toujours dans les profondeurs de la terre, erre une silhouette d’or. Ambre a volé de toutes ses forces sur l’immensité azurée jusqu’à ce que ses ailes fatiguées ne puissent plus la porter. Pourtant, elle s’obstine. Elle refuse de se laisser sombrer dans les flots. Au-delà de ces vagues couronnées d’écumes, il doit forcément y avoir une plage. Ne ralentis pas, Ambre. Avance, encore et encore… Tu finiras bien par aborder des terres de sable… Des terres et peut-être des dragons… Ou bien des humains…

 

A ces mots, ses griffes se resserrent. Humain… Sorcier… Que penser d’eux maintenant ? Maintenant que les Ravisseurs ont tout détruit.

 

Et le vent s’acharne, s’efforce de l’entraîner vers le large qu’elle voudrait tant laisser derrière elle. Un ennemi, encore un autre. A présent, même le vent le plus léger lui semble menaçant. A elle, la majestueuse dragonne aux écailles de soleil. Que faire… Mère, dis-moi, rappelle-moi…

 

Et tandis que le vent redouble de violence, les histoires d’Obsidienne remontent à la surface. Tout semblait si simple à cette époque. Les dragons pouvaient voler librement dans toutes les terres qu’ils occupaient. La plupart des sorciers étaient bienveillants ou les ignoraient tout simplement. Puis, ce fut l’avènement des Ravisseurs. Et avec eux, les conflits éclatèrent un peu partout, de plus en plus nombreux, de plus en plus violents jusqu’à ce qu’ils finissent par s’imposer et que, ivres de leurs nouveaux pouvoirs, ils se mettent à traquer tous les dragons passant à leur portée.

 

Les conséquences ne tardèrent d’ailleurs pas à se faire sentir sur les différentes peuplades de dragons. Car loin de les aider, la plupart de leurs anciens alliés se liguèrent avec les sorciers. Et les terrestres, comme Ambre, furent parmi le plus recherchés et, malgré leur puissance, ils n’eurent bientôt plus d’autre solution que se réfugier derrière les murs de l’invisibilité. L’invisibilité, leur protection mais aussi leur faiblesse. L’un des instruments de la perte d’Ambre si elle en vient à s’égarer loin des autres. Et elle en a vu si peu depuis sa naissance. A peine quelques dragons des mers, dérivant sur les flots. Elles pouvaient parfois les voir voguer au large mais eux évitaient sciemment les côtes d’Obsidienne. Quelques fois, ils approchaient de la grève et la dragonne de nuit leur parlait longuement avant qu’ils ne repartent. Le temps où les dragons se réunissaient en gigantesques bandes est révolu depuis si longtemps qu’Ambre se demande souvent s’il a vraiment existé. Même ses sœurs les plus âgées n'avaient jamais connus cela.

 

Et maintenant, elle est seule, seule et sans repères. Sa mère n’a pas eu le temps de lui expliquer ce qu’il allait se passer. Grallen l’en a empêchée. Où aller ? Et comment réussir à approcher les autres dragons ? Cela peut paraître incroyable mais avec ces monstres de Ravisseurs, ils sont devenus si méfiants qu’ils s’entourent d’un sort de protection si efficace qu’il est impossible de le déjouer à moins de diffuser un message bien précis. Celui qu’Obsidienne s’apprêtait à lui transmettre ce terrible jour.

 

****************************************

 

La route est longue, si longue que ce n’est qu’au terme de plusieurs jours de navigation non-stop qu’Ambre, épuisée, s’écrase lourdement sur la plage d’une vaste péninsule.

 

Elle a tout juste le temps de récupérer quelques forces que des voix se font entendre. Un léger souffle de dragon terrestre et, aussitôt, la brume mélangée au sable la soustrait aux yeux des hommes qui approchent. Des pêcheurs. Comme ceux de son ancienne cité pilier. Quoique leurs tenues et leurs manières soient nettement différentes. Ainsi leurs vêtements sont plus lourds, plus couvrants et leurs attitudes bien plus rudes. Devenue extrêmement méfiante, Ambre ouvre grand ses yeux de jade et les observe alors que son instinct la pousse à rester totalement immobile. Ainsi s’écoule son premier jour dans ce nouveau pays. Jour qu’elle passe à guetter les allées et venues sans que personne ne la remarque même lorsqu’elle regagne la mer.

 

Elle allait se glisser vers les terres lorsque un autre homme fait son apparition. Aussitôt, il capte l’attention de la dragonne tapie sous le sable. D’abord pour son physique, un peu plus malingre que celui des rudes pêcheurs mais aussi à cause d’autre chose. Autre chose qui l’attire irrésistiblement en plus de son comportement étrange. Il se tient en effet à l’écart des autres, évitant chacun des petits groupes éparts. De plus en plus intriguée, Ambre décide de l’approcher, tout en douceur, faisant juste glisser son long cou sous le sable doré. Arrivé à sa hauteur, elle souffle avec délicatesse, faisant se lever une très légère brise. A peine celle-ci a-t-elle effleuré le jeune homme qu’il est brusquement pris de frissons. Quelques cris lui échappent, provoquant les éclats de rire des autres qui se détournent aussi vite qu’ils étaient accourus. Resté seul, le garçon a encore un geste d’hésitation mais il lui faut bien récupérer son filet. De son côté, la dragonne ne bouge plus et, pourtant, le jeune homme semble de plus en plus inquiet. Bien camouflée sous son dôme de sable, elle ne perd pas une miette de son manège. Pourquoi est-il si agité ? Elle examine, un instant, le filet qu’il s’est enfin décidé à tirer sur la plage. Les mailles débordent de poissons aux écailles brillantes. Ça ne peut donc être à cause de cela. Serait-ce à cause de moi ? Cet humain serait-il donc capable de… Voulant en avoir le cœur net, elle avance davantage vers lui, ses vibrisses caressant presque le sol sur lequel il se tient encore. Elle frôle même un instant ses chevilles laissées nues. Aussitôt, il sursaute, laissant s’échapper un nouveau cri. Ambre sourit mais cela a aussi l’inconvénient d’attirer un peu trop l’attention sur elle et son mystérieux voisin. D’ailleurs, quatre gros bras s’avancent, l’air menaçant, lorgnant sans gêne ni remord sur la pêche du jeune homme roux. Et lui est bien trop préoccupé par ce qui semble se tapir sous le sable, pour se rendre compte de leur approche. Et il sursaute une nouvelle fois lorsque l’une de ces brutes le prend à partie.  

 

- Regardez ça, vous autres. C’est pas normal une pêche pareille !

- Ouais ! Comment t’expliques ça ! Sale vagabond !

- C’est vrai ! Ce n’est pas normal ! Tu pêches au plus mauvais coin et en plus… !

 

Le reste se perd dans le brouhaha général. Ambre bouillonne presque lorsqu’elle les voit lui arracher son filet alors que d’autres jeunes gens, tout aussi sympathiques, se joignent à la fête, prêts à lui lancer les premiers galets leur tombant sous la main. Et c’est en essayant d’échapper à la vindicte générale que le jeune homme enjambe la nuque de la dragonne et se retrouve derrière elle. Prise d’une pulsion irréfléchie, elle laisse tomber son masque. Aussitôt, son jeune “protégé” recule terrorisé par cette apparition aussi effrayante que soudaine. Et lâchant le peu qu’il lui reste, il s’enfuit sous les cris de victoires de la bande d’agités. Lesquels finissent par déserter la plage sous les yeux d’Ambre qui les toise encore un instant avant de s’enfouir profondément dans le sable. Sa raison lui crie de partir mais son instinct, lui, lui dicte de rester sur place et d’attendre.

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Dimanche 22 mars 2009

Survolant une cité en passe d’être réduite à l’état de ruines irrécupérables, Obsidienne s’apprête à livrer une bataille qu’elle sait être décisive. Elle se concentre, rassemblant ses pouvoirs de dragon terrestre.

 

Le sorcier engage les hostilités à grands coups de vagues et de rafales. Assauts qu’elle arrête d’un seul souffle comme les précédents. Mais la femelle a une hésitation. Quelque chose de familier plane autour de cet homme. Et cette magie qu’il emploie a un relent bien particulier. Les naseaux d’Obsidienne s’ouvrent de fureur en reconnaissant les pouvoirs de certains de ces congénères, de nouvelles victimes. Encore, mais combien de dragons sont-ils donc tombés sous ses coups !?

 

Le combat se poursuit. Cette fois, c’est la dragonne terrestre qui lance son attaque magique. Le résultat ne se fait guère attendre. Un voile de brumes s’élève rapidement, venant noyer l’ensemble de l’ancienne cité sous un cocon blanchâtre et glacial. Malheureusement, cela n’a guère d’effet sur Grallen qui réplique aussi sec. Un puissant vent se lève, balayant une bonne partie du brouillard naissant.

 

Impressionnée mais non découragée, Obsidienne reprend de l’altitude, renforçant malgré son premier échec, son barrage brumeux. Aussi fort que soit Grallen, il ne pourra jamais venir à bout du sortilège. Et même un simple nuage peut parfois s’avouer être le meilleur des alliés. Pourtant le doute l’envahit par instant. Sera-t-elle encore assez forte pour rivaliser avec lui ? Elle ne le sait pas vraiment. Ce n’est pas la première fois qu’elle l’affronte. Lui et l’un de ses acolytes ont autrefois emporté son compagnon alors qu’elle était à peine plus âgée qu’Ambre. Elle-même ne dut sa survie qu’à une chute vertigineuse, ailes brisées, dans les profondeurs de son premier refuge. Il lui fallut ensuite des années pour récupérer avant qu’elle ne fonde un nouveau nid et donne naissance à ses premières filles.

 

Le jour avance vers sa fin. Les salves s’enchaînent. Les roches bougent, la magie opère. Et alors que le nid semble se figer dans le temps, la brume s’obstine toujours à remonter après chaque attaque. Les yeux pâles d’Obsidienne la perce sans difficultés. Et c’est là qu’elle comprend que le danger ne vient pas uniquement de Grallen. D’autres le soutiennent. Des sorciers montés sur d’étranges barques, en fait, des chars qui glissent entre les pans du manteau diaphane. Cette bataille s’annonce encore plus rude que prévu. Mais ce sorcier, aussi redoutable soit-il, ne la tient pas encore !

 

Comptant de son habileté et de sa vitesse, elle file entre les obstacles et se concentre de nouveau sur son sort de brumes en y ajoutant un petit plus. Une odeur proche de celle du souffre envahit aussitôt l’atmosphère. En réponse, le vent se lève à nouveau avant de se mettre à tourbillonner de plus en plus vite et de fondre droit sur la dragonne. Obsidienne n’a pas d’autres choix que de se poser en urgence. Approcher du sol. A la fois sa faiblesse et sa force. Que ce sorcier pense la tenir s’il y tient mais elle est loin d’avoir dit son dernier mot.

 

Et se positionnant pour user des forces de la terre, elle lance une nouvelle attaque. Un simple mouvement et les flammes montent jusqu’aux nuages sans même que Obsidienne n’éprouve le besoin de souffler. L’air devient suffocant alors que les courants reprennent de l’ampleur. Roche et flammes contre vent et sorcellerie ! Mais aucun des deux belligérants ne parvient à prendre le dessus. Les brumes s’évanouissent, balayées à la fois par le brasier d’Obsidienne et le vent du sorcier. Et la dragonne enchaîne, cette fois, avec des attaques terrestres, creusant le sol d’énormes failles. Ne pas se laisser aller. Maintenir le rythme, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus un lieu où se cacher ou survivre. Obsidienne est imposante, forte et très rapide mais le sorcier, lui, a l’avantage de ne pas être perpétuellement à découvert. Une à une, les dernières tours s’effondrent avec fracas mais ça ne suffit pas. Pas encore !

 

Un sifflement à ses ouies. Une arme de jet, un harpon. Elle s’aplatit sur le sol, se couvrant de son manteau magique. Elle serre les mâchoires, s’empêchant de souffler. Se réfugier un instant dans l’immobilité. Ne pas se trahir…

 

Des chevaliers ! Mais pourquoi ne les remarque-t-elle que maintenant ? Elle hume l’air. Des courants magiques. Ce Grallen les a dissimulés sous des courants magiques. Elle les regarde. Ils tentent de l’encercler sous les directives du sorcier ravisseur toujours debout, bien droit, sur sa plate forme malgré la violence des attaques de la dragonne.

 

Ces chevaliers, une nouvelle menace dont elle va devoir tenir compte. Mais peut-être a-t-elle une chance si elle parvient à les distraire. Ces hommes ne sont pas comme les sorciers. Eux, ce sont les richesses de son nid qu’ils convoitent et non les dragons qui y vivent. Elle voit bien une solution. Mais cela va lui coûter une grande partie de ses forces. Espérons que cela ne sera pas en vain.

 

Elle frappe le sol et une longue faille s’ouvre sur l’une des chambres les plus superficielles dégageant une coulée métallique brillant sous les derniers rayons du soleil. De l’or pur figé en une incroyable mare de lumière.

 

Obsidienne ne peut supporter longtemps cet éblouissement et reprend son envol, contemplant les hommes en train de se précipiter vers cet incroyable butin. L’autre semble juste contrarié mais il n’abaisse sa muraille de vents pour autant. Le feu, il craint toujours le feu et préfère laisser les chevaliers se perdre dans leur pillage plutôt que de rompre sa concentration face aux attaques flamboyantes. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître de la part d’un ravisseur de dragon, Grallen ne maîtrise pas le feu. Obsidienne s’en est vite aperçue et elle ne lui fera pas de cadeau.

 

Exactement comme son adversaire, comme en témoignent les éclairs que, cette fois, il lui lance. Un passage en rase-mottes et la force du dragon terrestre se fait à nouveau sentir. Un raz de marée de feu balaie tout sur son passage à l’exception de la courte zone étroitement protégée par le dôme venteux.

 

Lorsqu’elle remonte, le sol est presque entièrement dégagé. Le sorcier ravisseur la défie toujours alors que ses acolytes se sont comme volatilisés. Tout comme les chevaliers et la plupart des engins qui ne sont plus que cendres et métal fondu à l’exception des quelques barques de capture.

 

Elle allait fondre sur elles pour les renverser à défaut de les jeter dans la vagues lorsqu’un choc terrible la fait partir en vrille. Et elle heurte violemment le sol en soufflant le plus fort possible. Si ces choses ne brûlent pas, il n’en est pas de même pour les hommes. Cette douleur lancinante. Ses ailes, elle ne les a pas vu attaquer, noyés dans les brumes, et ils sont parvenus à l’atteindre, transperçant cruellement ses larges ailes.

 

Refusant de se laisser abattre en dépit de la douleur, elle frappe le sol, avec encore plus d’acharnement, et, sous les cris des dizaines de chevaliers présents sous les terres, la faille s’effondre, se refermant sur elle-même. Puis, en quelques charges rageuses, elle expédie le reste des armes au bas de la cité pilier.

 

Une bien maigre victoire et elle a à peine le temps de respirer que le sorcier contre-attaque à son tour. Ses attaques de foudre deviennent si intenses, si rapprochées, qu’elles finissent par la contraindre à reprendre la voie des airs, et, en même temps, annoncent la fin imminente du combat. Au moins, Obsidienne a la satisfaction de savoir sa fille au loin. Ambre, elle sera sans doute la dernière à voler sur ses eaux avant longtemps. A présent, c’est une certitude. Mais Obsidienne n’abandonnera pas la lutte pour autant. De toute sa hauteur, elle toise le ravisseur qui lui fait face, espérant bien le blesser à défaut de pouvoir le mettre définitivement hors d’état de nuire.

 

Elle s’élève une nouvelle fois, le plus haut que le lui permettent ses ailes agonisantes. Sa dernière charge sera aussi la plus terrifiante. De sa plate forme, la seule maison encore debout, le sorcier regarde la femelle, il se concentre alors que de nouvelles vagues de brumes se lèvent sur le champ de cendres et de métal rougeoyant. Le silence s’abat sur ce qui fut autrefois une riche cité. Un instant en suspend, en attente. L’homme ne bouge pas alors que les vents agitent ses longs cheveux châtain blond.

 

Puis, soudain, le ciel se change en feu alors que la dragonne fond droit sur lui. Ses ailes heurtent violemment le sol et balaient ce qui ressemble désormais plus à un immense plateau d’or et d’argent qu’à une cité plus que prospère. L’homme ne peut éviter l’impact mais la magie des dragons des airs qu’il a capturés et, surtout, celle des autres sorciers le protègent, le sauvant d’un choc qui aurait dû lui être fatal. Obsidienne se redresse, dardant son regard bleu sur lui.

 

Les autres, quant à eux, fuient. Ils n’ont guère plus d’autres choix que de laisser ces deux-là finir le combat seuls. Obsidienne observe Grallen. Il semble encore au mieux de sa forme alors qu’elle, elle a presque épuisé toutes ses ressources magiques. Mais il lui reste encore sa taille et sa force.

 

La force des dragons terrestres, qu’elle y fasse appel et les piliers s’effondreront, provoquant la chute du plateau dans le sol. Sans oublier la brume et son feu si puissant. Un dernier souffle et le ciel se colore aussitôt d’un mélange de gris et de rouge. Les ailes déchirées de la dragonne battent avec fureur. L’air flambe littéralement. Et pourtant le sorcier ne bouge toujours pas. Il tient bon tant sa soif de dérober la force de cette dragonne terrestre l’obsède. L’autre, son ancien complice, lui a dérobé la force du mâle, il y a bien longtemps alors que la femelle leur avait échappé. Dire que ce sale traître s’est servi de lui avant d’essayer de le tuer mais maintenant qu’il a enfin retrouvé la dragonne aux écailles de nuit, il pourra enfin prendre sa revanche.

 

Obsidienne regarde le sorcier Grallen dans les yeux, il ne tremble pas une seule fois. Même lorsqu’elle se dresse sur ses robustes pattes arrières avant de se laisser retomber de tout son poids sur le sol. Des terribles secousses s’ensuivent aussitôt mais elles font à peine vaciller toujours protégé derrière ses nombreux courants de magie. Lorsque les tremblements cessent, elle peut de nouveau le contempler. Ce pâle humain drapé dans sa longue tunique ne transpire même pas alors qu’il est en face d’une bête capable de le broyer d’un seul geste dans sa paume. Il la défie à nouveau et leurs courants de magie respectifs explosent avec une violence inouïe.

 

Froid et vents déchaînés contre la chaleur suffocante de l’ultime souffle. L’air se charge immédiatement de cendres alors que l’homme plonge sa main dans l’une de ses manches. Ses traits restent impassibles, inexpressifs. A croire que seuls ses yeux terrifiants sont doués de vie. Il reste là, immobile, alors qu’Obsidienne frappe, avec la dernière violence, le sol de ses pattes et de ses ailes en dépit de la douleur qui lui vrille le corps et de son sang qui s’écoule de plus en plus. Elle martèle toujours les roches au moment où Grallen sort enfin son arme. Une lame creuse extrêmement effilée telle l’aiguille d’une guêpe chasseresse traversant la carapace d’une chrysalide. En fait, la seule arme capable de rivaliser avec l’épaisse carapace de la dragonne de nuit.

 

Un bref éclair et l’arme fond vers le cou de l’imposante dragonne qu’elle transperce alors que le sol s’ouvre sous ses attaques, les précipitant tous les deux vers les entrailles de la terre, avant de se refermer aussitôt.

 

Sous la surface, de longs moments, ou bien juste quelques battements de cœur, plus tard Obsidienne se redresse péniblement sur ce qui fut le sol de son nid. Son corps lui semble si lourd et l’odeur du sang, son sang titille désagréablement ses naseaux. Elle n’est plus que douleur mais refuse obstinément de se laisser sombrer. Ses écailles ont tenu pourtant. Ses plus sérieuses blessures sont celles de ses ailes et de son cou. L’ombre triomphante des entrailles de la terre. Aurait-elle réussi ? L’aurait-elle enfin enterré au prix de ses dernières forces voire de sa vie.

 

Ses paupières s’ouvrent toute grandes en voyant une ombre progresser, à pas très lents, sur le sol métallique. Elle boite légèrement mais elle avance droit vers elle. Cette pointe lui brûle le cou, elle s’en empare mais ne peut l’arracher. Il est là devant elle, blessé lui aussi par sa dernière attaque de magie. La dragonne délaisse alors le projectile fiché dans son cou, le dernier acte va se jouer. Magie des sorciers contre force des dragons. Grallen face à Obsidienne. Une dernière fois.

 

Le soleil a presque disparu alors que les autres sorciers attendent toujours à l’extérieur, anxieux. Jamais auparavant un dragon n’avait réussi à piéger Grallen sous les terres. Mais cette attaque, la dernière était si forte qu’aucun d’eux n’a pu faire quoi que ce soit. Et, à présent, tout est scellé. Les roches se sont effondrées, refermant sans doute pour toujours le nid de la dragonne de nuit. Ils en sont encore à regarder cette espèce de cuvette aux reflets métalliques lorsqu’une voix dure se fait entendre dans leurs dos. Tous se retournent pour voir apparaître la haute silhouette du ravisseur de dragon. Grallen ne leur laisse même pas le temps de parler, leur jetant sur un ton de reproches.

 

- Inutile de rester ici, retournons au campement. Puis se tournant vers les chevaliers. Vous autres. Le nid est à vous.

 

Ne rajoutant pas un mot de plus, il s’éloigne, couvert de sang.

 

Cette fois, le combat a failli lui coûter très cher. Les rescapés suivent. La cité pilier d’Obsidienne n’existe plus, en dehors de quelques vestiges ainsi que cette mare de métal fondu qui n’attend plus que les pilleurs.

 

- Mais et la dragonne ? Ose l’un de ses aides.

- Elle est encore là, sous la terre. Là où se pouvoirs resteront en attente.

- Mais il faut vous soigner.

- Non ! Ça ira ! Je n’ai rien de grave !

 

La voix du ravisseur est remplie de contrariété mais pas à cause de ses blessures. Au fond, c’est peu cher payé en regard de tout ce que ce nid lui offrira ainsi qu’à son clan. Même son visage profondément labouré par la griffe d’Obsidienne ne semble pas grand-chose à ses yeux. Une simple marque lui barrant la joue droite. Son charisme est si grand que les autres n’osent même pas l’interroger. Jusqu’à ce qu’un messager arrive et lui lance…

 

- Seigneur Grallen ? Je regrette, nous n’avons pas été à la hauteur. Nous n’avons pas pu rattraper la dragonne soleil. Elle a disparu sur la mer.

 

Pas de réponse mais le visage fermé de l’autre est éloquent. Il n’abandonnera pas. Cette femelle reviendra un jour. Il en est certain. Comme pour Obsidienne leur route se recroiseront à un moment ou un autre.

 

Il quitte enfin les lieux alors que le silence tombe telle une chape mortuaire sur les restes de la cité pilier de la dragonne Obsidienne.

 
A suivre...

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Dimanche 22 mars 2009

Le soleil est à son zénith lorsque les deux dragonnes se retrouvent au-dessus de l’onde mouvante. L’air est vif, délicieux. Les bancs de poissons s’ébattent entre deux eaux mais ce n’est pas eux qu’Obsidienne semble guetter. Visiblement, elle recherche autre chose. Vaste forme sombre ondulant, voletant entre les jeux aériens des dauphins. Intriguée par ce comportement plutôt inédit, Ambre louvoie un peu avant de la rejoindre. Mais que cherche-t-elle donc au milieu des flots ?

 

- Mère ?

- Ambre…

 

Elle lui sourit presque, ouvrant légèrement ses longues mâchoires. Leurs ailes battent de plus en plus lentement avant qu’elles ne se mettent à planer.

 

- Il est temps que tu apprennes à les rejoindre, toi aussi. Regarde et dis-moi… Que vois-tu dans ces flots ?

 

La jeune dragonne inspecte les lieux mais elle ne voit rien d’autre que ses occupants habituels. Elle réessaie mais sans succès. Et c’est un peu déçue qu’elle décide de quémander de l’aide  auprès de sa mère.

 

Seulement, la dragonne de nuit n’est plus à ses côtes. Elle a un peu dérivé vers le rivage. Ambre s’apprêtait à la rejoindre lorsque, soudain, Obsidienne se fige et vire droit vers la cote. Si Ambre ne l’a pas encore remarqué, sa mère, elle, vient de réaliser le péril qu’encoure son nid laissé sans défense. Des navires inconnus se dirigent droit vers la plage. Grâce aux courants magiques propres au peuple dragon, Obsidienne a pu les sentir venir malgré la distance.

 

- Des hommes !

 

Elle se concentre davantage. Quelque chose dans leur attitude lui semble plus que menaçant. Elle file à toute vitesse. Elle doit en avoir le cœur net. Et la réponse lui éclate en plein museau.

 

- Encore des sorciers !

 

Quant à Ambre, sa vue et ses sens magiques étant encore loin d’être aussi aiguisés que ceux de sa mère, elle met un certain temps avant de comprendre ce qu’il se passe. Elle remarque juste d’étranges nuages gris dans le ciel. En fait, des volutes de fumée qui s’élèvent depuis la côte, la cité. C’est la cité pilier qui est en feu. Quelques embarcations attendent au bas des falaises ivoirines. Et déjà plusieurs humains s’élancent vers les ouvertures. Furieuse, la dragonne de nuit se rapproche à vive allure. Elle plonge vers le rivage et souffle. Son souffle enflammé est si puissant que la grève flambe dès sa première expiration, réduisant les navires en cendres. Soudain, une énorme vague vient frapper la plage et la falaise.

 

Effrayée par ce brusque déchaînement de violence, Ambre vole à s’en déchirer les ailes au raz des flots alors qu’une nouvelle déferlante frappe avec fureur la falaise blanche. De son côté, s’élevant d’un puissant battement d’ailes, Obsidienne détaille rapidement les quelques humains se tenant à l’écart. Réalisant alors l’ampleur du danger, elle envoie un bref appel à sa fille.

 

Sitôt le message reçu, les deux dragonnes se séparent. La bleue sombre vole vers la cité surplombant son nid alors que celle aux reflets de miel file prévenir ses petites sœurs du danger planant sur leurs têtes couronnées.

 

Une longue glissade plus tard et Obsidienne arrive à hauteur de ses assaillants. Un puissant jet de flammes lui échappe encore lorsqu’elle découvre une cité vidée de ses occupants. Vide mais non déserte car les sorciers sont bien là, prêts à en découdre. Et l’un d’eux, se tenant sur l’une des plates formes, est loin de lui être inconnu. Un puissant adversaire, vêtu de pâle, qui la guette et apprécie la force qu’elle dégage. Ses flammes s’élèvent plus fortes que jamais, changeant déjà une bonne partie de la ville en collines de cendres. Mais loin d’effrayer l’homme aux traits si durs, cette petite démonstration le fait plutôt sourire de satisfaction.

 

- Obsidienne. Dragonne de nuit, je te retrouve enfin…

 

Découvre-t-elle sur ses lèvres. Ainsi, elle ne s’est pas trompée. C’est bien lui qui ressurgit du passé.

 

Encore toi, sorcier ravisseur Grallen…

 

Obsidienne fixe l’homme de ses longs yeux d’eau glacée. Grallen, cet effroyable ravisseur de dragons. Tant de souvenirs douloureux remonte en elle avec sa réapparition. Et Ambre qui est encore si vulnérable. Elle contemple sa fille revenant vers elle. Et soudain, elle fait volte face barrant le passage à la jeune dragonne avant de la repousser vers le grand large. Ce virage est si brusque que Ambre s’en retrouve presque le nez dans l’eau.

 

- Mère ?

- Il faut que tu partes.

- Mais ?

- Ce sorcier est trop dangereux pour toi.

 

Et nous sommes restées trop longtemps en mer. Ajoute-t-elle pour elle.

 

- Mais ?

- Pars, Ambre. Il faut que tu lui échappes. Deviens une puissante dragonne fondatrice et reviens pour nous.

 

Ambre allait refuser mais le ton d’Obsidienne est tel qu’elle n’ose même plus souffler un seul mot.

 

- Oui ! Il faut que tu partes, ma fille. Prendre deux dragonnes serait un trop grande victoire pour ces monstres. Regarde bien celui qui les dirige. Grallen. Ce sorcier a déjà plusieurs nids et cités piliers à son actif. Ne l’oublie pas et n’oublie jamais ce qu’il est ! L’un des plus puissants Ravisseurs de dragons !

 

Le nid d’Obsidienne vacille. Ses autres filles, bien trop jeunes pour maîtriser la voie des airs, se sont toutes réfugiées au plus profond du palais. Loin sous la surface, là où nul, pas même ce monstre de Grallen ne pourra plus les retrouver. Et elles y dormiront jusqu’à ce qu’une autre dragonne vienne les réveiller… dans le meilleur des cas, sinon…

 

Le cœur déchiré, l’angoisse vrillée au corps, Ambre s’éloigne dans le jour finissant, se promettant de revenir dès qu’elle sera assez forte. Ne pas te retourner, petite dragonne. Pars et trouve-toi un compagnon de vie et de nouveaux compagnons humains. Fonde une nouvelle cité puis reviens. Reviens tirer tes petites sœurs de leur sommeil avant qu’elles ne s’assoupissent à jamais.

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Dimanche 22 mars 2009

Bonjour, nous sommes maintenant au printemps. Et en attendant mes prochaines illustrations, je vous présente ma dernière histoire...

Ambre, la dragonne soleil, et le pilier des cités.

La marée s’éloigne sous une lune brillante. En cette époque particulière, ses flots bercent de leur chant l’un des derniers nids de dragons. Vaste et brûlante caverne perdue quelque part entre terre et mer, s’ouvrant à fleur de falaise.

 

Le jour approche. Une nouvelle aube se prépare, saluée par les craillements des oiseaux marins. Aux accents de ce concert unique, s’éveille la propriétaire des lieux, Obsidienne, une somptueuse dragonne aux magnifiques écailles bleu nuit. D’abord, ses paupières s’entrouvrent sur des iris d’un saphir glacé enlaçant de larges pupilles d’onyx. Un rapide coup d’œil circulaire et elle soulève sa tête couronnée d’une fine crête sombre avant de s’étirer. Un autre mouvement empli de grâce serpentine plus tard et elle hume la brise parcourant l’immense réseau de grottes. Un courant frais, agréable, chargé de sel quoique sec en dépit de la mer s’étalant au pied de son nid. Tiens ? Quelque chose de différent plane dans le timide vent matinal. Perplexe, Obsidienne se dirige avec lenteur vers l’une des multiples issues circulaires. Ses naseaux s’ouvrent au maximum et elle respire intensément les senteurs. Quelques instants s’écoulent puis une sorte de rictus satisfait étire ses très longues lèvres charnues. Plus de traces de brûlures. L’air est froid ce matin. Une ultime vérification et elle se laisse retomber. Il est encore trop tôt pour en parler avec l’intéressée.

 

L’ombre s’éclaircit lorsque Obsidienne s’apprête à  reprendre sa course sur les flots. Ses pas lourds se répercutent sur un sol de roches claires, entrecoupées de coulées de métaux de tout genre. Du fer mais aussi de l’acier et même de l’or. Merveilleux tableau que ce chatoyant  ensemble aux multiples nuances mais que personne ne peut contempler à moins d’y avoir été expressément invité. Et ceux, qui d’aventure, s’y essaieraient, le feraient à leurs risques et périls.

 

Les premiers rayons du levant saluent Obsidienne lorsque, enfin, elle atteint son aire d’envol, une immense ouverture sur le vide, dominant la marée.

 

Au loin, le ciel se colore de rouge pendant que le soleil caresse de sa douce chaleur les vagues ondulantes. La mer est étrangement sereine en ce matin de changement. Treize ans jour pour jour depuis sa dernière sortie du genre. De ses chants, l’étendue de turquoise appelle la dragonne pour son ultime leçon avant le grand départ d’Ambre. Une nouvelle déchirure mais elle a encore toute la journée devant elle. Et puis, la vie est la même pour tous les êtres vivants et les dragons ne font pas exception. Elle s’attarde encore un instant sur la marche rocheuse, admirant avec mélancolie le lent spectacle des vagues couronnées d’écume.

 

Puis, c’est au tour du vent de venir l’accueillir avec force et fracas. Bien, le moment est donc venu. Obsidienne s’approche de l’extrême limite avant de déployer ses immenses ailes et de plonger vers les flots. Elle frôle la crête mouvante avant de reprendre de la hauteur. Mais avant de s’éloigner vers le large, il lui reste une dernière tache à accomplir. Un rituel immuable pour les dragons nicheurs, prendre soin de survoler la cité des pêcheurs. En réalité, une cité pilier, sa cité, celle qui s’est ancrée sur le toit rocheux de son nid. Que ses occupants sachent qu’Obsidienne, la reine au manteau de nuit est toujours là, au creux de la terre ou au cœur de l’azur. Qu’elle est là et bien là et que nul ne puisse en douter.

 

Voilà, c’est accompli. A présent, elle peut se diriger vers la haute mer, la porte de turquoise s’ouvrant sur l’océan. Des vents brutaux l’accueillent mais elle ne les craint pas. Les forces de la nature sont aussi les siennes. Une dragonne aussi âgée qu’elle a de nombreuses ressources. Mais elle sait aussi que son nid restera sans protection tant qu’elle et Ambre seront au large. C’est en fait son unique source d’inquiétude. Surtout avec ces sorciers qui sont de plus en plus nombreux au sein du peuple humain. Les plus redoutables traquant sans relâche le peuple des dragons. Et surtout ceux qui, comme elle, élèvent des nichées. Reste à savoir si elle pourra toujours les repousser.

 

************************

 

Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque la lumière chasse les ténèbres au plus profond de la demeure minérale. Quant aux multiples ouvertures, elles sont déjà toutes redevenues invisibles sous les coups de l’astre triomphant. De nombreux oiseaux ont profité de l’absence d’Obsidienne pour coloniser l’une des pièces les plus fraîches du nid. En fait, à bien y réfléchir, elle est même étrangement froide. C’est si nouveau alors qu’il y a encore quelques jours à peine, la chaleur y était aussi suffocante que dans les chambres voisines. A tel point qu’elle en faisait bouillir l’eau des sources jaillissant au cœur même de la cité. Et ce silence, qui règne en maître dans les cavernes, a aussi de quoi surprendre, intense, à peine perturbé  par le chant des oiseaux et le souffle léger de l’occupante des lieux. Laquelle somnole, encore allongée à même le sol dans ce qu’il reste de pénombre, ailes largement déployées en une vaste cape de chair dorée. Son long cou, aussi gracile que celui d’un cygne, repose paisiblement sur l’incroyable tapis de métal, fluidifié puis de nouveau figé, couvrant le sol de la chambre avant de s’étendre dans l’entièreté de la caverne. Un décor principalement minéral que celui d’Ambre, avec juste une petite touche de verdure, celle de son oreiller de branches et de feuilles entrelacées qu’elle a balancé près de la porte dans son sommeil. Elle est si svelte, la dragonne soleil. Fine et élancée, elle est vraiment très différente de ses jeunes sœurs. Quelques-unes ont bien sa couleur de miel mais aucune n’a son profil unique.

 

Les cris joyeux des oiseaux s’amplifient tandis que, de leurs plumes, ils finissent par venir frôler les chairs extrêmement sensibles du bout de son museau. Chatouillée par ce contact léger, Ambre ouvre enfin les yeux. Les oiseaux se taisent un instant avant de se replonger dans la recherche de tout ce que la chambre peut encore renfermer de comestible. Ils vivent depuis si longtemps au contact des dragons que ce n’est pas ce simple geste qui pourrait les effrayer. La dragonne les regarde, ses splendides iris verts brillant dans ce qu’il reste d’obscurité. Puis, elle renifle surprise. L’odeur de la mer. C’est la première fois qu’elle la sent aussi fortement.

 

Le sel et le souffre. La mer et le feu, les deux emblèmes de la cité pilier, l’enveloppe sculptée, surmontant la demeure d’Obsidienne. Souriante, Ambre s’étire et se lève. Sous son armure d’écailles, sa peau s’avère étrangement froide tout comme son souffle qui n’échauffe même plus le tas de bois sec que sa mère a déposé sur son matelas d’or.

 

Quelques pas griffus sur le sol dur et elle constate très vite le départ de la dragonne de nuit. Et à voir la multitude d’oiseaux ayant pénétré au fond du palais minéral, cela doit déjà faire un bon moment qu’elle s’est envolée. Quoique cela n’ait rien d’inquiétant en soi. Ça lui arrive même très souvent. En fait, une seule chose contrarie la jeune dragonne soleil. C’est cette quiétude. Ce silence inhabituel qui s’est abattu sur l’ensemble du nid mais aussi sur la cité pilier. Plus aucune rumeur ne s’en échappe. Comme si la ville était encore endormie. La dragonne aux yeux de jade balaie une ultime fois la pièce du regard avant de se diriger vers la porte. Terne dans la pénombre, elle semble briller dès qu’un rayon vient la caresser. Un éclat bien différent de celui sombre et envoûtant d’Obsidienne.

 

Obsidienne, la fondatrice de ce nid et aussi, par à coups, celle de la cité pilier. Le moment de la séparation approche mais ce ne sera pas encore pour ce matin. Car bien qu’Ambre maîtrise désormais le feu à la perfection, il lui reste encore une ultime connaissance à acquérir avant de pouvoir quitter le nid et fonder son propre domaine, sa propre cité pilier.

 

S’ébrouant sous une pluie de feuilles délicieusement odorantes, elle ondule jusqu’à son aire d’envol. A ses pieds, les vagues s’étirent en rythme sous le ballet des oiseaux et de quelques voiliers. Si peu en fait alors que le temps est clément. Sans trop savoir pourquoi, elle se penche vers ce qui s’étend directement au bas de la falaise ivoirine. La grève, encadrée de son rempart de récifs avec perdus ça et là, quelques restes d’épaves noircies, certaines auraient plus d’une centaine d’années, ultimes traces des anciennes batailles les opposant aux sorciers.  

 

Face à ce spectacle, Ambre soupire un instant avant de prendre la voie des airs. Mais pourquoi ces sorciers s’en prennent-ils autant à elles et aux dragons en général ? Lorsque Obsidienne a installé son nid en ces lieux, ils étaient totalement déserts. Elle les a modelé avec art et patience avant de donner naissance à ses premières filles. Puis, les humains sont arrivés, entraînant l’épanouissement de la cité pilier sous la protection parfois discrète mais toujours bien présente de la dragonne de nuit. Des nombreux échanges s’établirent au fil du temps entre le nid et les habitants. Présents des humains contre les plus précieuses fleurs de la terre.

 

Du moins, c’était ainsi que les choses se déroulaient lorsque Obsidienne est venue s’installer au bord de la mer, bien avant la naissance d’Ambre. Puis lentement, tout a commencé à sérieusement se dégrader. Le peuple humain et surtout son regard sur les dragons a changé. La plupart d’entres eux, en fait ceux vivant loin des cités pilier, devinrent presque inaccessibles aux dragons. Une nouvelle donne inquiétante mais sans plus. Que les hommes s’éloignent arrive parfois mais ils n’ont jamais vraiment non plus abandonné les cités piliers. D’ailleurs, il suffit qu’un nid apparaisse quelque part et immanquablement de nouveaux voyageurs finissent par s’installer dans ses environs immédiats. En fait, le seul et unique problème surgit avec l’émergence d’un nouveau genre de sorcier. Les sorciers et les dragons cohabitaient depuis toujours. Ils ne s’appréciaient pas mais jusqu’ici aucun n’avait vraiment nuit à l’autre. Des relations tendues entres ces deux genres de maîtres en magie mais pas de véritables guerres ouvertes non plus. Tout au plus, quelques accrochages…

 

Jusqu’à ce que ce nouveau clan, celui des Ravisseurs de dragons, ne fasse son apparition. Un clan capable de maîtriser les plus puissants dragons avant de s’emparer d’une partie de leur pouvoir. Leurs puissances s’en retrouvèrent tellement décuplées qu’ils prirent le pas sur toutes les autres familles de sorciers, magiciens et autres enchanteurs…

Prenant dans le même temps de plus en plus d’importance au sein des nombreux peuples humains, élargissant encore davantage la menace planant sur la tête des dragons. Les premiers touchés furent ceux vivant dans les terres. Et ils n’eurent souvent guère plus d’autre solution que de se terrer derrière leurs plus puissants sorts de dissimulation.

 

Quant à Ambre, vivant loin des terres du clan des Ravisseurs, elle fut jusqu’ici tenue à l’écart de leur malveillance. Sa mère, bien sur, y a veillé mais eux aussi ne pouvaient plus les approcher aussi facilement et, encore moins, les surprendre au nid. Puisque, à présent, seuls ceux prêts à donner leurs vies en gage peuvent pénétrer librement dans le palais de roche. Mais combien sont-ils encore à vouloir se mettre à nus devant un immense animal ailé, recouvert d’écailles et capable de vous carboniser au plus léger de ses souffles ?

A suivre...

Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Lundi 9 mars 2009

Une dernière nouvelle en attendant les prochaines illustrations...

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L’ombre du crépuscule
, un tintement, sonnerie lointaine entre neige et étoiles, puis, ce souffle tiède qui s’insinue tout autour de moi, de nous...

 

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Mois de novembre, matin du vingt-septième jour.

 

Encore plongée dans ce rêve étrange, j’ai bien du mal à émerger en dépit des multiples assauts sonores du radio-réveil. Etendant le bras, je le fais rapidement taire avec un soupir de soulagement. C’est incroyable ce que je peux détester ce concert tonitruant mais c’est aussi le meilleur moyen pour se réveiller tous les matins.

 

Une bonne heure plus tard et, cette fois, c’est la voix plaintive du vent dans les branches dénudées qui m’accueille. Je lève un instant les yeux vers la voûte céleste. Elle est si sombre, en cette fin de nuit de nouvelle lune, qu’elle en est presque oppressante. Presque grâce à la présence des quelques lampadaires éclairant de leur douce lueur diaphane la route et les champs environnants. Je traverse d’un pas rapide le jardin constellé d’étoiles de givre avant d’ouvrir le portail. Le refermant, j’effleure d’épaisses guirlandes de lierres rehaussées d’une profusion plumeuse de clématites en fruits. Un joli mélange à la fois rigide et vaporeux auquel se mêlent les baies écarlates du houx. Rouge vif, un peu de chaleur végétale au milieu du décor dépouillé de cette fin d’automne. Frissonnant dans la froideur matinale, j’avance avec prudence sur des dalles luisant d’humidité glacée.

 

Une fois arrivée sur un sol moins traître, je jette un œil aux alentours puis les lèvent vers un ciel à présent pâlissant où seuls quelques nuages s’attardent encore. Quant au vent, il s’est nettement adouci et m’entoure par instant d’un léger tourbillon de feuilles sanguines ou dorées. Le temps que je me débarrasse de celles qui se sont fichées dans mes boucles châtains et un bus passe près de moi. Et j’ai tout juste le temps de me reculer pour éviter un bien désagréable bain boueux.

 

La terre se réchauffe à mesure que j’approche de la ville. Et voilà, il ne me reste plus qu’à tourner au coin de la prochaine rue pour me retrouver dans un décor totalement différent. Les maisons se sont comme multipliées d’un seul coup. En fait, je ne vis pas très loin de la cité. Quelques centaines de mètres suffisent pour passer du calme champêtre à l’ambiance festive de larges avenues commerçantes. Quoique pour l’instant, elles me paraissent plutôt vides. Je ne croise guère plus que quelques badauds déambulant d’une devanture à l’autre. Un peu comme moi qui me promène au hasard des chemins, sans but précis, juste l’envie de me dégourdir un peu les jambes en flânant devant les nombreuses vitrines.

 

Le soleil est au plus haut lorsque je me laisse glisser dans l’ombre bienfaisante d’une ruelle. Il y fait remarquablement calme, jusqu’à ce qu’un cri vienne troubler la quiétude ambiante. Je me retourne, vite rassurée en en découvrant l’origine. Ce sont les cris de joie d’enfants qui s’émerveillent devant une large fenêtre richement décorée. Je m’approche, intriguée, pour les voir suivre les cabrioles d’un antique pantin. Il est vraiment très réussi. Puis, mes yeux se portent sur le reste de la vitrine, s’il n’y avait ces objets dernier cri, je jurerais m’être égarée dans le temps tant certains articles semblent tout droit sortis d’un musée. Désireuse de contempler d’autres, je finis par pousser la haute porte délicatement sculptée.

 

J’ai à peine posé le pied sur le seuil qu’un concert de grelots, saleté de sonnerie, m’accueille. Ce refrain désagréable enfin achevé, je découvre un ensemble de salles plutôt singulières. Tant par leurs contenus que par leur disposition en semi labyrinthe. En plus, elles sont presque toutes séparées par de larges parois amovibles ou bien, de temps à autre, d’épaisses tentures somptueusement brodées. Je flâne un bon moment en passant de l’une à l’autre jusqu’à que j’atterrisse dans une sorte de salle d’étude. Me prenant au jeu, je m’installe sur le siège de l’ancien bureau. J’examine la couverture parcheminée d’un vieux livre lorsque ma main se pose sur une sorte de vieil appareil. Etrange, je ne l’avais même pas remarqué et maintenant que je l’ai touché, je n’arrive plus à en détacher le regard. Pourquoi me semble-t-il si familier, ce vieux truc ? Ce n’est qu’un jamais qu’un téléphone d’un autre âge. Je saisis le combiné puis l’amène à mon oreille. Bien sur, rien n’en sort, pas une voix ni même un simple son. Je souris, me moquant un peu de moi-même, frôlant avec délicatesse l’antique cadrant, le faisant tourner. Des chiffres romains plutôt qu’arabes. C’est assez surprenant. Puis, j’inspecte le reste de l’appareil. Il me paraît tiède au toucher. Mais ce n’est jamais qu’un détail sans importance. Peut-être a-t-il simplement été manipulé quelques minutes auparavant ? Je l’examine une dernière fois. Un harmonieux mélange de bois et de métal. Poli et bien travaillé, un bel objet sorti  tout droit d’un vieux film même si j’en ai égaré le nom. Souris-je en clôturant mon inspection. Reste une dernière chose à vérifier. Je le soulève avec délicatesse et l’amène près de moi. Comme je le supposais, il n’est pas branché. Et comment pourrait-il l’être ? Tout juste reste-t-il quelques centimètres de ce qui fut autrefois le fil de communication. Mais à part ça, il est remarquablement bien conservé et ne porte aucune marque d’ouverture ou d’une quelconque manipulation, juste quelques traces d’usure et autres coups de poinçon. Parfait. Il fera très bien dans mon salon.

 

Achetant surtout au coup de cœur, j’emporte l’objet vers la caisse. La seule partie du magasin résolument moderne. Au point, qu’une fois arrivée en face de la longue table et de sa caisse informatisée, j’ai l’impression de revenir d’un sympathique voyage dans le temps. Et c’est un réveil rapide avec cette vendeuse un peu trop pressée qui me jette à peine trois mots sur cet appareil avant de l’emballer et de me pousser vers la sortie.

 

De retour dans la ruelle, j’ai tout juste le temps de me retourner qu’une bourrasque vient me bousculer tandis que la porte claque en un bruit sec et que s’illuminent les premiers réverbères. Un objet vient même s’écraser à mes pieds, éclatant en mille morceaux, mais je ne m’en aperçois même pas, trop occupée que je suis à observer la rue, un peu hébétée, tant j’ai du mal à réaliser qu’autant de temps ait pu s’écouler depuis mon entrée dans cet étrange bâtiment. Des larmes viennent même perler aux coins de mes paupières sous les coups redoublés du vent assisté de mes propres cheveux. J’écarte la mèche rebelle qui me blesse avant de m’essuyer le visage et d’enfin m’en aller. Arrivée au coin de la rue, je m’arrête, m’emplissant les yeux de ce lieu. Il est vrai que je ne connais pas encore très bien cette ville mais je sais pouvoir compter sur ma mémoire. Ruelle des souvenirs presque effacés. C’est très original comme nom. Et en plus, il y a deux plaques pour porter cet étonnant message. Je les compare un peu perplexe. L’une est moderne et l’autre sérieusement marquée par les ravages du temps. La même impression que dans le magasin, le passé et le présent ensemble, côte à côte. En tout cas, avec un nom pareil, je ne risque pas d’oublier cette intrigante ruelle.

 

Le soir est tombé lorsque je rentre chez moi. Le calme m’accueille. Je vis seule depuis peu, aussi personne ne m’attend hormis mes trois chiens qui m’accueillent de leurs voix graves. Toujours poussée par les ailes du vent, j’entre et dépose mon paquet sur la table de la cuisine, n’ayant pas encore décidé de sa future place. Des gémissements m’interrompent alors que je m’apprêtais à déballer le tout. Je me retourne pour voir mes compagnons à quatre pattes demander à  sortir et c’est un peu agacée que je me dirige vers la porte.

 

Passant par le salon et devant le téléviseur, je l’allume plus par habitude que par désir. Puis, j’attends en face de l’entrée le retour de mes bruyants canidés, le son atténué du poste me parvenant par brides. Soudain de lourdes pattes griffues viennent frapper le bois de la porte et j’ai à peine le temps de refermer qu’une étrange sonnerie me fait sursauter. Comment dire, elle semble éraillée et en plus monte crescendo. Je reste un moment sans bouger, essayant d’en localiser l’origine. Intérieur ? Extérieur ? Plutôt extérieur ! De toute évidence, cela ne vient pas de la télévision. Une alarme ? Sans doute la voiture de l’un des voisins. A peine cette pensée m’a t-elle effleurée que je dois la rayer. Je suis juste en face de la fenêtre et malgré la pénombre, je vois bien que la rue est déserte. En plus, aucun des chiens ne bronche. C’est même le contraire vu qu’ils sont couchés et roupillent déjà bien au chaud, la tête tournée vers la cuisine. Etrange qu’ils ne réagissent pas plus que ça.

 

Enfin, pas le temps de m’appesantir là-dessus car cela devient franchement insupportable. A croire que c’est maintenant une véritable sirène d’alarme qui menace de faire trembler toute la maison. Me repérant au son, je me retrouve dans la cuisine et m’arrête devant le paquet. Il semble même vibrer sous sa prison de fibres. Je secoue la tête en le saisissant. Ne sois pas stupide, ça ne doit être qu’un simple effet de ton imagination un peu trop fertile. Et puis, à forcer de fixer cette chose, il est normal que tu finisses par la voir presque bouger.

 

La sonnerie qui s’était arrêtée quelques courtes minutes reprend de plus belle. J’avais aussi remarqué cet étrange phénomène. Le son prend en intensité alors que le temps de pauses entre deux sonneries est de plus en plus long. Bon, l’instant n’est plus à la réflexion mais à l’action pense-je en déchirant l’emballage plus que je ne l’ouvre. D’un geste un peu trop vif d’ailleurs car il m’échappe et tombe avec un bruit sourd. Au moins, cela aura réussi à stopper cette fichue sonnerie, râle-je en m’agenouillant pour le ramasser. Je considère un moment, le combiné décroché et je le porte à mon oreille. Il est un peu plus chaud que dans le magasin et je ris presque de ma propre bêtise car comme je devais m’y attendre aucune voix n’en sort. Je le contemple encore un peu avant de toucher le cadran. Tiens, il a dû se coincer lors de sa chute. Espérons que je ne l’ai pas trop endommagé.

 

Un examen rapide plus tard et je suis rassurée : seul le cadrant semble avoir un peu souffert puis sans trop savoir pourquoi je prends une nouvelle fois le combiné pour l’amener près de ma tempe. Je le lâche aussitôt avant de me calmer. Cette fois, j’ai entendu comme une sorte de souffle. Non, ce n’est pas possible ! Voulant en avoir le cœur net, je répète une dernière fois mon geste. Plus rien finis-je par murmurer à voix basse alors que mes doigts jouent nerveusement avec le fil déconnecté.

 

Ne sachant plus trop quoi faire, je finis par le soulever avec délicatesse avant de le transporter dans la pièce voisine. Le salon où la télé est toujours allumée. Je le pose bien en vue, juste devant de luxuriantes plantes vertes. De là, je peux le voir aussi bien de la cuisine que du salon ou de la véranda quoique jardin intérieur conviendrait mieux à cet endroit. Le reste de la soirée se passe dans un calme que plus aucun son ni même un tintement ne vient troubler.

 

De longues heures plus tard, je suis réveillée en sursaut. Encore ce même son agaçant que la veille. Mais cette fois, il s’interrompt presque aussitôt avant d’être remplacé par un cri lugubre. Une sorte de hurlement sourd, lancinant. Inquiète, je descends avec prudence. Un loup ? On dirait presque le cri d’un loup. Un peu comme dans les vieux films, les loups qui hurlent à la pleine lune. Sauf qu’ici, ils se sont royalement trompés puisque c’est toujours la nouvelle lune qui règne sans partage sur le ciel chargé que j’entraperçois entre les tentures à demi fermées. Attend ! Quelque chose cloche ! Les chiens ! Ils ronflent encore malgré cette vigoureuse sérénade. C’est trop étrange ! Normalement, ce sont toujours eux, les premiers alertés et là aucun des trois ne remuent ne serait-ce qu’un cil. Aurais-je donc simplement rêvé ? Arrivée en bas, je les éveille sans brusquerie superflue avant de m’asseoir à même le tapis face à l’appareil. A ma grande surprise, il est décroché…

 

Ne sachant que penser, je me contente d’abord de l’observer sous la faible lueur de l’une des veilleuses. Rien ! Rien n’a bougé en dehors de ce fichu objet. Et puis, toutes les portes sont encore verrouillées. De toute façon, si quelqu’un avait voulu s’approcher ou entrer, les chiens auraient aboyé. Je ramasse le combiné, combien de fois ai-je déjà fait ce geste depuis la veille ? Je ne sais plus vraiment. Etrange ! Lorsque je le prends, il me semble chaud. En tout cas plus qu’hier. Je l’approche de mon visage, le frôlant de mes cheveux. Mais qu’espères-tu en faisant cela ? En plus, il n’est même pas relié ! Je me masse un moment le front avant de me décider à raccrocher. C’est à ce moment qu’une voix grave se fait entendre. Mais qu’est-ce que c’est que cette litanie ? C’est incompréhensible! Et puis, je suis parfaitement éveillée maintenant ! Il me faut encore quelques instants pour comprendre alors que les chiens viennent se recoucher près de moi. En fait, c’est un peu comme si la voix allait au ralenti, exactement comme les disques, les vieux vinyles de mon enfance, que je m’amusais à faire tourner à différentes vitesses.

 

Puis, une étrange sensation de vide me tire de mes souvenirs. Plus de bruit, tout s’est calmé. Face à ce nouveau changement, j’hésite avant de faire quoi que ce soit. Le cadrant, je n’avais pas fait attention mais il tourne à nouveau, dans les deux sens, quoiqu’il le fasse avec une lenteur extrême. Alors que l’appareil s’échauffe encore sous mes paumes, les feuilles de l’arbrisseau tout proche bruissent avant de se panacher d’or et d’enfin se recroqueviller. Je tends alors une main vers l’une des branchettes qui se rompt à ce simple contact. Aussitôt les animaux lèvent la truffe.

 

Ils dormaient donc bien d’un œil. Alors tout cela ne serait que le fruit de mon imagination ? Pourtant, cela semblait si réel ! Non ! Du calme ! Ce n’était qu’un rêve et cette chose n’est qu’un vieux téléphone. Et s’il s’est retrouvé décroché, c’est sûrement à cause d’eux. Ils ont simplement dû jouer avec… A cette idée, je jette un œil suspicieux aux trois molosses endormis puis me saisis du poste avant de retourner dans ma chambre. Garde-le cette nuit près de toi puis à portée de main lorsque le jour reviendra. Comme ça, tu sauras !

 

Le reste de la nuit s’écoule, dénuée de lune, et pourtant mes rêves en sont remplis. Je me vois courir dans de vastes prairies. Des sons me parviennent en tous sens mais si déformés que je n’y comprends rien. Les multiples tintements sont là, eux aussi. Des carillons qui augmentent en nombre. J’accélère à m’en éclater le cœur. Je ne désire qu’une chose : leur échapper. Je le veux tellement mais plus je m’éloigne et plus je les entends. Exactement comme s’ils voulaient me rattraper. Je finis par m’effondrer et les chœurs m’encerclent avant de ralentir sans pour autant s’interrompre. Le sol tremble un peu et je vois la neige qui commence à tomber. C’est si effrayant. Pourtant, ce n’est jamais qu’une fine pluie blanche qui cesse très vite alors que le soleil revient. Le soleil ainsi que de nouvelles choses brillantes...

 

Le matin. La radio qui me réveille. Pour une fois, je suis contente de l’entendre. Je me lève et examine avec attention mon vieil appareil. Comme je m’y attendais, vu son emplacement près de la fenêtre, il est un peu froid mais toujours aussi beau. Et le cadran bouge sans difficulté. Tant mieux ! Voyons s’il se fera de nouveau entendre…

 

Mois de décembre, matin du vingt et unième jour.

 

Les jours se sont écoulés sans que plus rien d’extraordinaire ne se produise et nous voici en décembre, aux portes de l’hiver. En même temps, la fête de Noël approche à grands pas, enveloppant la ville et les campagnes de sa chaleureuse magie. Pour en revenir à mon vieux téléphone, il ne s’est plus fait remarquer. Plus de chant intempestif, enfin si c’était bien lui le coupable. Excepté… Excepté dans mes rêves. La sensation angoissante du début s’est estompée au fil du temps mais sans pour autant disparaître totalement. Par moment, j’ai  comme l’impression de sentir la nature frissonner à mon passage, sous mes propres pas. Et ce phénomène ne semble pas prêt de s’arrêter. Je dirais même qu’il s’amplifie alors que les jours s’amenuisent.

 

Je ne sais pas ce qui me pousse à agir ainsi mais je ne peux quitter cet appareil des yeux dès que je rentre chez moi. J’ai bien sur reçu plusieurs visites depuis ce fameux jour de novembre. Mais personne, ni parent ni ami, n’a remarqué quoi que ce soit d’étrange au sujet de cet ancien poste. A croire que cela m’est réservé. Parfois, je fais tourner le cadran. Mais rien ne se passe si ce n’est dans mes rêves. Une fois, j’ai même songé à m’en débarrasser mais quelque chose au fond de moi m’en a empêchée. Comme si cet appareil et moi étions liés…Je secoue la tête à cette pensée un peu trop folle et puis il est temps de s’activer un peu.

 

Une amie vient me rendre visite cet après-midi et je suis en retard. D’ailleurs j’ai à peine le temps de rentrer et de déposer mes derniers achats qu’elle sonne à la porte. Je l’accueille avant de retourner à la cuisine, le temps de m’occuper du café. Soudain, un téléphone se met à crier avec énergie. J’allais me précipiter au salon lorsque la voix de mon invitée me stoppe net. Ce n’était donc que ça soupire-je étrangement déçue. Je l’entends discuter un moment puis elle raccroche.

 

Je la rejoins quelques minutes plus tard et elle me tend une sorte de message. Encombrée par mon plateau, j’y jette un œil distrait avant de le poser sur le meuble toute proche. Puis, je l’invite à se rasseoir et nous commençons à parler de tout et n’importe quoi jusqu’à ce que nous abordions le sujet du moment, l’approche de Noël et des fêtes de fin d’année.

 

Le temps file vite et elle doit déjà repartir. Après l’avoir raccompagnée, je repasse près de mon jardin d’intérieur, c’est alors que quelque chose m’interpelle, quelque chose d’insolite. Le téléphone ! Il n’est plus du tout à la même place ! J’avais bien vu mon amie bouger et griffonner quelque chose sur son carnet mais je pensais qu’elle... J’ai à peine terminé cette pensée que je m’empare du fameux mot. C’est bien pour moi.

 

Ses caractères sont toujours aussi soignés. Elle a vraiment pris le temps de tout noter consciencieusement. Elle m’avait bien dit quelque chose au sujet du téléphone mais je n’avais pas tout compris et puis comme elle a toujours son fichu GSM à la main, j’ai surtout cru… Enfin, voyons ce message.

 

La ligne est trop mauvaise, je te rappellerais plus tard.

attend-moi.

Helena…

 

Attend un peu. J’ai un autre appareil dans la cuisine et il n’a pas sonné. Se pourrait-il ? Mue par une impression à la fois étrange et irrésistible, je m’empare de mon vieil appareil. Je le relâche aussi vite, surprise. Cette fois, il est vraiment très chaud. Je bouge le cadran, il tourne beaucoup plus vite. Plus d’effort à faire. Puis, je relis le mot.

 

Attendre ? Qui ? Helena ? Ce nom ne me dit rien. Bah ! De toute façon, je comptais rester à la maison, alors, ça ne changera pas grand-chose pour moi… Et c’est ainsi que tombe la nuit du solstice d’hiver.

 

Elle est déjà bien avancée lorsque mes paupières s’abaissent et que je glisse dans les bras de Morphée. Pas d’appel… mais comment aurait-il pu en être autrement ?

 

Une sensation de froid me transperce alors qu’un tintement discret m’agace les ouies. J’ouvre de grands yeux pers étonnés car si je suis bien près du téléphone qui sonne de plus belle, le reste me paraît trop fantasmagorique. Je me précipite vers l’appareil mais il est pris sous une fine couche de neige. De neige ? Non, c’est chaud ! Blanc et chaud… Je regarde autour de moi, les chiens grattent cette curieuse croûte. Je les appelle et remarque aussitôt leurs griffes couvertes de sang. Ça m’effraie soudain car je me rends compte que toutes mes perceptions ont changé. Elles se sont brusquement affinées. Je me lève et avance. Les fenêtres sont grandes ouvertes et cette chose qui tournoie dans la pièce.  Mon regard se pose alors sur le fil toujours coupé.

 

Je le teste entre mes doigts alors que la chaleur monte sous cette pluie blanche. Mais comment est-ce possible ? Même avec les fenêtres ouvertes c’est beaucoup trop intense ! Je lève les yeux vers le plafond. Je le fouille du regard et au lieu du lustre, c’est l’azur assombri qui m’apparaît dans tout son triomphe. Le ciel d’une nuit de solstice d’hiver. Un autre bruit ! Le vent ! Une tempête qui semble prête à se déchaîner. Les chiens hurlent, se rassemblent autour de moi, leurs fourrures étonnement épaissies, puis une sorte de vague balaie la pièce, m’aveuglant alors que le téléphone donne toujours de la voix.

 

Je le prends sous le bras et sors aussi vite que possible. J’avance, protégée par mes chiens avant de décrocher puis raccrocher quelques temps plus tard. J’ai bien cru entendre une voix s’échappe de l’écouteur mais il y avait tant de parasites que je n’ai rien saisi jusqu’à ce que la communication s’éteigne. Mais je sais que le téléphone se fera de nouveau entendre.

 

Mes amis à fourrure m’escortent toujours alors que j’approche comme un zombie de la ruelle des souvenirs presque effacés. Ne me demandez pas comment j’arrive à me repérer en pleine tempête de “neige”, je n’en sais rien. Je pose un pied devant l’autre c’est tout. Les murs changent à mon approche. Ça me précède alors que le téléphone se réchauffe contre moi. Mon regard tombe sur les plaques des rues, anciennes et nouvelles, qui se superposent étrangement.

 

J’y suis enfin. Pourquoi aller dans cette impasse ? Je ne le sais. Je m’arrête un instant, fixant les deux noms de la rue. L’un des chiens me pousse alors doucement vers le magasin d’antiquités. Puis, je sens comme des chocs contre ma jambe nue. Je baisse la tête et ouvre de grands yeux en découvrant la fine lanière qui me heurte au gré du vent.

 

Le fil… C’est le fil du téléphone. Il s’est drôlement allongé. Je m’assieds un instant devant la porte de la boutique, l’air hagard. Cette fois, je ne sais vraiment plus quoi penser. Et cette “neige” tiède qui ne cesse de tomber. Mes fauves gris sont toujours là. Ils m’entraînent vers la porte. Sans en avoir conscience, je tire sur le fil, le fil qui se débobine, et franchit pour la troisième fois le seuil. La porte me semble si légère. Une fois entrée, je m’installe directement à la caisse désertée et sans l’ombre d’une hésitation branche mon appareil sur la prise de téléphone de la bien désagréable gamine de mon souvenir. Presque aussitôt, la sonnerie retentit. Et pour la première fois depuis le début, les chiens aboient. Eux aussi. Ils l’entendent ! Enfin !

 

Sans réfléchir à quoi que ce soit, je décroche. Une voix douce et féminine me répond. Elle me semble familière mais si lointaine.

 

Je respire à fond, m’apaisant à au son de ce timbre si mélodieux. Les cendres blanches se font plus nombreuses autour de moi. Les neiges s’effondrent. On se croirait presque perdu en pleine avalanche. Paniquée, je veux me lever mais ma correspondante m’en dissuade en quelques mots bien surprenants. Je serais à l’origine de tout ceci ? Je me mets à rire et le sol tremble. Je me tais et tout s’arrête. Je baisse un instant la tête avant de crier de surprise. Les chiens ! Les trois chiens ! Leurs têtes ! Non, c’est trop ! Crie-je dans l’appareil.

 

- Chut… Du calme.

- Mais ?

- Il est redevenu normal, lui aussi.

 

Je regarde l’animal. Cette fois cela me semble encore plus fou.

 

- Ecoute ma voix… Rappelle-toi ce que tu es avant que tu ne détruises tout.

 

Comme je suis muette de surprise, la voix continue, devenant de plus en plus nette.

 

- Tu crois encore rêver. Nier ma réalité, notre réalité. Je sais que c’est dur de se réveiller ici après tant d’années mais quand même…

 

Je balaie tout le décor d’un regard effaré, la peur m’ayant définitivement abandonnée. D’autres gens approchent enfin. Mais qu’est-ce qu’il leur prend, ils se mettent à tout piller. Je voudrais leur parler mais ils sont bien trop occupés à s’emplir les poches pour me porter la moindre attention. Je tire sur le fil et me recroqueville dans un coin alors que mon gardien gronde. Il montre les crocs, découvrant ses dents pointues et si blanches.

 

- Dis-moi. Souhaites-tu rester un siècle de plus seule dans ce monde ?

- Je…

 

Elle est toujours là, au bout du fil, à me parler, m’empêcher de raccrocher. Ce fil qui nous lie, il se met à me tirer et enfin, je distingue une autre main. Et derrière elle, une silhouette de plus en plus précise. Mais cette femme... Nous sommes semblables mais aussi très différentes. Personne ne semble nous voir, ni elle ni moi alors qu’elle avance en parlant toujours, à la fois dans le téléphone et de vive voix. Sans trop savoir pourquoi, je commence à rembobiner le fil et lentement, nous avançons l’une vers l’autre. Puis enfin, nous sommes face à face.

 

- Cet appareil, tu te souviens lorsque nous en avons acheté chacun un. Nous devions tous rester en contact. Mais toi, tu as perdu le tien en même temps que ta mémoire lors d’un grave accident. Et pour ta propre sécurité, nous avons fait en sorte de verrouiller tes pouvoirs.

- Mes pouvoirs… ? J’ai toujours été attirée par certaines choses sans jamais savoir pourquoi... Mais alors cette identité…

- Oui ! Tu as pris cette vie, une autre vie que tu t’es toi-même construite. Jusqu’à ce que tu retrouves enfin ton téléphone personnel….

 

Je ferme les yeux et repense à ce que j’ai ressenti en voyant cet appareil pour la première fois.

 

- Il m’a rappelé une sorte de vieux film.

- Oui ! Un film de guerre que tu es la seule à avoir vu. Celle qui faisait rage lors de notre séparation. Une autre de ces guerres, encore plus horribles, plus démentes que toutes les précédentes. Et toi, tu as voulu sauver ceux qui nous avaient réveillés, ramenés vers eux, vers la surface. Mais tout cela est fini depuis plus d’un siècle maintenant et il est grand temps pour nous de retourner dans notre monde. Décroche-le une dernière fois.

 

Me dit-elle avant de me tendre mon appareil. J’obéis sans savoir pourquoi. Sa silhouette change, je vois maintenant mon étrange visiteuse telle qu’elle est vraiment, tout comme mes anciens gardiens, en fait ils sont un seul et unique chien tricéphale.

 

- Allo, ma fille…

 

Cette voix… Tonnante… Je la reconnaîtrais entre mille.

 

Je regarde une nouvelle fois le ciel. Rouge lumineux, les éclairs le traverse. Instinctivement, je veux raccrocher. Ne pas téléphoner pendant les orages. Ne pas garder l’appareil en main. Risque d’électrocution. Je tremble alors que ma compagne me retient le poignet, m’obligeant à garder le combiné.

 

- Non, nous ne devons pas rompre le contact. Pas encore, pas maintenant.

 

Le ton est à double sens. Un lien entre nous, pour nous seuls. Je comprends maintenant pourquoi. Cet appareil est notre fil d’Ariane, le seul moyen pour tous nous retrouver sans tout faire mourir autour de nous.

 

Je la regarde et tout me revient enfin alors que la voix de mon père me berce malgré sa dureté.

 

Nous avions surgi dans cette nouvelle réalité au cours du siècle qui vit la naissance de cet engin. Grisés par l’étendue de leur découverte, les chercheurs ne virent même pas la mort les faucher. Et oui ! Thanatos aussi était du voyage et elle accomplit son rôle à la perfection. Ce monde n’était pas le nôtre et nous ne souhaitions pas y demeurer. Mais les circonstances nous empêchèrent de repartir aussitôt. En attendant qu’une nouvelle occasion se représente, nous nous séparâmes avec pour seul contact, cet appareil retravaillé par Héphaïstos en personne.

 

Le fameux fil nous reliant tous où que nous soyons sous nos déguisements de mortels. Enveloppes humaines où battait le cœur d’un dieu ou d’une déesse antique.

 

- Il était temps, tu es déjà en train de tout faire mourir. Nous sommes restés pareils à ce que les humains ont connus dans leurs mythes. Notre seule présence suffit à les tuer.

 

La voix de ma sœur finit de me rendre ma mémoire, mon identité.

 

- C’est aussi eux qui ont commis l’erreur de nous rejoindre. Et les anciens mythes sont devenus réalité.

 

Tout en l’écoutant, je prends congé de mon père et raccroche pour la dernière fois. D’ici quelques instants nous nous retrouverons bientôt et ce vieux téléphone, ayant enfin accompli son rôle est désormais devenu inutile. Le chien se frotte contre moi et je caresse ses trois têtes.

 

Puis, déposant nos appareils respectifs sur le sol, nous quittons définitivement ces lieux.

 

Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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