Samedi 3 octobre 2009


Loin, très loin de là, bien à l’abri dans les profondeurs de la mer de roches, attend le vampire Phébus. Face à lui se tient une plante aux feuilles d’écarlate. Une bien fragile petite plante égarée sur le rude et cruel tapis de pierre. Cela fait déjà de longs moments qu’il la contemple, allongé à même le sol. Machinalement, ses doigts effleurent avec délicatesse les limbes de pourpre tandis qu’il ne peut davantage retenir ses soupirs de lassitude.

 

Décidément, ce que le temps lui semble long sur cette terre elfique, à croire qu’il s’étire à l’infini, comme engourdi dans la chaleur de cette immensité minérale. Et il soupire encore, berçant de son souffle frais sa bien étrange compagne. Ses feuilles sont si rougeoyantes, de vrais rubis de soie. Comme son sang qui ce matin encore s’écoulait de ses plaies. Enfin ! Ça s’est quand même arrêté ! Fichu archer ! Fichu elfe ! Fichus Fondateurs ! Puissiez-vous tous regretter un jour votre folie ! Oui, attendez que le temps fasse son œuvre et que plus aucun ancien ne pourra vous venir en aide… Et alors que ferez-vous ? Enfin, cela n’est plus son problème maintenant qu’il est parti sans espoir de retour. Et à cette horrible réalité qui revient sans cesse le hanter, il ne peut s’empêcher de hurler sa rage, la jetant avec force et fracas aux quatre vents, faisant retentir l’ampleur de son courroux jusqu’aux entrailles de la terre.

 

Et son cri funèbre est d’ailleurs si fort qu’il se propage des kilomètres à la ronde, faisant trembler jusqu’aux entrailles de la terre.

 

Soudain, il se redresse, les sens en alerte. Un danger ? Bayard ? L’appel de Bayard ! Il serait donc toujours dans les parages ? Pourtant, le cheval-fée lui avait bien dit qu’il partirait dès qu’il l’aurait déposé. Mais alors ? Il faut que je sache.

 

Aussitôt, il se rue vers la surface alors qu’il ne sait rien pour le soleil. Bah, de toute façon, il n’a nul besoin de sortir pour se rendre compte de la présence de Bayard. Le cheval-fée est là et bien là, quelque part dans les environs immédiats. Ses sabots martèlent le sol, ouvrant de ci, de là de mini crevasses, pas grand-chose à voir avec la véritable tranchée qu’il lui a offerte mais déjà bien impressionnantes pour de simple coups de sabots. C’en est même effrayant. Alors qu’en apparence, il ne ressemble qu’à une sorte de splendide cheval.  Mais il n’est pas que ça. Ça, j’ai eu le temps de bien m’en apercevoir. Puis ses yeux retombent à nouveau sur la plantule, le vampire la regarde, perplexe, est-ce un effet de son imagination, ou pousse-t-elle à vue d’œil ?

 

- C’est étrange, je sais bien que certains végétaux poussent très vite… mais là, ça dépasse tout ce que j’ai pu voir en plus de mille années de non-vie.

 

Et le chasseur du crépuscule ne peut toujours en détacher son regard. Décidément, cette plante a bien des attraits. Oui, elle fascine littéralement le blond vampire. Car si on analyse froidement la situation, le chasseur Phébus est seul, loin de son univers d’humains et de vampires, égaré dans un monde dont il ignore tout sauf qu’il lui est désormais hostile. Et le voilà tranquillement allongé, en train de discourir avec une plante à l’écorce d’émeraude et d’argent tout en étant couronnée de feuilles de sang.

 

- Qu’es-tu ?

 

Il se sent vraiment stupide à s’adresser ainsi à la jolie petite plante qui se balance au rythme de son souffle froid. Mais en même temps, cela lui fait un bien fou. Même si avant sa vie était solitaire, il pouvait encore passer pour un homme normal et se mêler incognito à la foule urbaine. Mais à présent que fera-t-il lorsque le soleil se couchera ? Existent-il seulement des humains là où il a atterri ?

 

- Non, là n’est pas vraiment la question. Le plus important est de savoir que d’autres ont expérimenté ce passage avant moi et en sont même revenus. Et puis, le soleil finira bien par se coucher…

 

Ses yeux plus que perçants glissent sur les bords frangés et dentés. Leur couleur rouge le fascine. Elle lui rappelle tellement celle du sang. Ce précieux liquide qui le fait vibrer plus que tout. Quoique depuis cette nuit fatidique, il n’a plus aucune sensation de faim. A croire que cet elfe l’a repu pour des nuits et des nuits.

 

Un sourire joue soudain sur ses lèvres sensuelles. Cet archer l’a bien nourri mais il a aussi bu  de son sang. Une moue ironique se dessine ensuite sur ses traits soudain durcis. Phébus jette un œil à son bras. Les dents de l’elfe ne sont presque plus visibles, à peine les traces de quelques grains sur sa peau d’ivoire. Ce cher Rivalen doit sans doute déjà en ressentir les premiers effets. Un peu de sang vampirique pour un elfe…Qui sait ce que cela va donner…

 

Et c’est finalement une lueur de pure cruauté qui illumine ses pupilles sur cette dernière pensée, avant qu’il ne se remette à parler à voix haute.

 

- Voyons que disaient encore tous ces livres sur les elfes et leurs légendes ?

 

Et tâchant de rassembler ses souvenirs, après tout il a le temps, vu que les pas de Bayard ont fini par s’éteindre, il finit par se masser le front. Cet air sec devient vraiment insupportable alors que le soleil frappe toujours aussi impitoyablement le manteau de pierre. S’il n’y avait sa volonté et son désir de refaire surface, il y a déjà bien longtemps qu’il aurait filé se réfugier au plus profond de la terre. C’est sans doute pour cela que tu as fendu la roche, Bayard. Pour que je fuie à jamais dans la terre. Me faire miroiter un semblant de sécurité ! Bien essayé, Bayard ! Mais je refuse ! Comme je l’ai refusé aux Fondateurs. Même s’ils m’ont tout pris, il me reste encore deux choses. Deux choses primordiales, mon bel étalon fée. … Ma non-vie et ma liberté…

 

- Et encore la possibilité de tout tenter... Oui, Il n’y a peut-être pas d’êtres humains dans ce monde. Mais il est aussi loin d’être un simple désert de roches. Je les sens d’ici toutes ces vies, oui, tous ces autres êtres plus fascinants les uns que les autres. Ce cher Rivalen et les siens n’étaient guère qu’un simple échantillon. Mais autre chose m’est apparue à la lueur de la pleine lune. Ils craignaient bien une attaque. Mais pas la nôtre.

 

Ses yeux se mettent à flamboyer avec encore plus de dureté. Le côté cruel de Phébus. Celui du prédateur prêt à frapper.

 

- Et toi ? Etait-tu déjà là la veille ? Je ne le pense pourtant pas. Non ! Plus je te vois et plus je me dis que tu as germé directement dans mon sang.

 

Soudain, quelques rais orangés frappent la mer aride et aussitôt, les feuilles se dressent en éventail. Une écorce d’argent... Une belle écorce d’argent et d’émeraude qu’il a déjà vu quelque part.

 

- Ça y est, j’ai compris !  Tu es comme eux… Oui, comme eux mais aussi comme moi…

 

Une vague d’espoir le traverse alors qu’il a enfin compris la nature de cette chose. Et ce qu’elle pourrait lui apporter. Et ensuite, quelques mots lui échappent, des mots épars, jetés ça et là.

 

- Larme de sang…. La lune sanglante, jours de tempête… Séléné… Sélène, ma déesse, la lune Sereine

 

Ces noms voyagent dans sa tête. Le vampire est songeur. Cette petite plante qui semble avoir jailli de nulle part comme le Voile Ecarlate de Sélène…

 

Un nom à nul autre pareil. A l’énoncé duquel la plante frémit. Et le vampire sourit à cette vision. Elle l’émeut presque, cette plante étonnement sensible.

 

- Sélénya… Oui, dès maintenant, nos chemins ne se quitteront plus.

 

Ainsi, baissant la main, le chasseur du crépuscule caresse la plantule d’une main tandis que de l’autre, il rogne la roche du bout de ses puissantes griffes acérées. Et ce n’est qu’en ce genre d’instant qu’on peut se rendre compte de l’incroyable force du vampire car quelques coups de griffes suffisent amplement pour dégager avec douceur les fines radicelles.

 

Phébus sourit en recueillant la douce vie dans sa paume. Il va même jusqu’à lui offrir quelques perles de son sang.

 

- Oui ! Toi, tu es comme l’arbre hôtel des elfes… mais moi, je ne t’enchaînerai jamais... Nous voyagerons ensemble, mon joli cœur de Sélénya.

 

Quelques instants s’écoulent encore alors qu’il se met à sourire. Sourire qui s’élargit lorsque l’ombre devient gigantesque, le plongeant avec son nouveau trésor dans une ombre quasi totale. Un appel plus qu’irrésistible pour un puissant vampire, l’approche d’une nouvelle nuit de feu et de sang.

 

Et aussitôt, Phébus file vers la surface qu’il rejoint en de puissants bonds félins, les feuilles vermeilles dépassant de l’une de ses poches. Cette jolie petite Sélène ne devrait pas me poser de problème. Mieux, je lui offrirai une nouvelle terre, à même la roche. Elle est comme moi, tant qu’elle aura de l’air, du soleil et de mon sang, elle pourra croître, libre et sans entrave.

 

Un choc, le sol dur de la surface. Il le brûlerait presque malgré l’obscurité ambiante. Surpris, Phébus hésite un instant avant de continuer. Non ! Cette nuit, cette ombre ne sont pas normales songe-t-il avant de songer à refaire un pas vers l’arrière. Malheureusement à peine a-t-il esquissé ce geste de recul qu’une sorte d’énorme projectile fonce droit sur lui et il ne doit sa survie qu’à ses réflexes plus qu’aiguisés. L’ombre est toujours là mais elle n’est pas normale. Phébus sent quelque chose planer dans l’air, une odeur très puissante, celle d’un prédateur.   

 

- Tu n’as rien. Reste-là, Sélénya. Qu’est-ce que c’est encore que ça... ?

 

Le vampire ferme un instant les yeux, se concentrant sur l’immense forme qu’il sait se dresser à quelques pas de lui. Il ne peut le voir mais sait comment le ressentir. Le sang qui coule dans ses veines. Son cœur qui bat violemment dans un gigantesque corps brûlant. Et bien... je peux comprendre l’émoi des elfes si c’est à ça qu’ils sont habitués. Mais quand même me confondre avec ça… Il ouvre alors les yeux, réalisant que cette ombre est avant tout une sorte de défense. Celle de cet être qu’il ne peut encore contempler malgré son gigantisme. Car il est vraiment énorme. Enorme et puissant comme le prouve la trace laissée par son poing sur le sol.

 

Phébus respire à fond, calmant l’excitation guerrière qu’il sent croître soudain en lui. Une lueur plus qu’intéressée s’allume même dans ses sombres pupilles. Cet être... Cet être, quel qu’il soit, est capable de créer sa propre barrière d’ombre. Et le sang de Rivalen qui circule encore en moi. Il est si fort cet elfe. S’il parvient à dompter ce sang sauvage qui le tourmente autant qu’il le dope… Il pourrait. Oui, il pourrait recréer un autre monde de vampires. Même si devient encore plus différente de ce qu’il était au départ.

 

Mais pour l’instant, il lui faut avant tout défendre sa peau car tout vampire qu’il soit, il ne peut encore rien contre le soleil qu’il sait maintenant être toujours en train de briller avec ardeur au-dessus de sa tête blonde. Et ramenant sa précieuse cape sur lui, il se prépare au combat, ses muscles se durcissant, prêts à se détendre…

 

- Bien ! Quoi que tu sois, je vais t’apprendre à me réveiller trop tôt… !

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : Le chasseur du crépuscule - Communauté : Les portes du merveilleux.
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 20 septembre 2009

Voici la suite des aventures du vampire Phébus perdu en territoire elfiques...

Le Chasseur du Crépuscule – Au cœur de Sélénya

 

Le ciel se couvre en un long voile vaporeux, s’étirant avec grâce au dessus de la clairière. Puis, c’est le vent qui se lève avec sa douce fraîcheur. Ainsi en a-t-il toujours été dans cette partie de la forêt. Calme et fraîche. L’idéal pour se reposer sous les frondaisons des arbres hôtels. Mais c’est pourtant d’un geste agacé, geste qui lui ressemble si peu, que Rivalen repousse ses longues mèches en arrière. Il serait bien plus simple de les attacher mais depuis, son plus jeune âge, l’elfe archer a toujours préféré les laisser libre. Libre et sauvage comme lui.

 

Soudain, la lumière s’impose à nouveau, puissante et vive. Et l’elfe cligne des yeux en un vain geste protecteur. La lumière, ultime obstacle à ma vie chante-t-il alors de sa voix si chaude. Et il ne sait même pas d’où lui viennent ces quelques vers. A moins que ce ne soit l’autre qui les ai laissés s’échapper ? Le Chasseur du crépuscule… Rivalen le revoit se hisser en un seul geste sur l’échine si pâle de Bayard, le cheval-fée, puis se pencher pour murmurer à ses ouies. Et pourtant, ils étaient si éloignés l’un de l’autre à cet instant-là mais les sens de Rivalen sont si aiguisés qu’en dépit du vacarme assourdissant, il a pu tout saisir. Et ce fut aussi à ce moment-là que le vampire laissa s’échapper cette incroyable confidence Le soleil. Phébus, son nom est celui que son peuple donne au soleil, son plus terrifiant ennemi. Le seul capable de le mettre définitivement hors d’état de nuire. Et Bayard qui l’a entraîné. Loin d’eux. Loin des combats…

 

Bayard… Pourquoi ? Alors qu’il t’aurait été si simple de le clouer définitivement sur le sol. Toi qui possèdes le plus puissant coup de sabots de tous les chevaux elfiques.

 

Tout est encore si frais dans sa tête. Il n’a d’ailleurs qu’à incliner légèrement le visage de côté pour voir de ses longs yeux bleus, les nombreuses traces laissées par les fers du cheval-fée. Et s’il n’y avait que ça. Rajoute-t-il avec amertume. Tant de cicatrices marquent ces lieux. Vestiges du passage ensanglanté des vampires.

 

Vampires. Jamais, il n’avait croisé ce genre d’êtres auparavant. Alors que cela fait plus de mille ans qu’il parcourt les territoires elfiques du royaume des Sèves. Et bien davantage encore. Ses pas l’ayant parfois mené au-delà de la mer de roche. Et les dangers, il les connaît. Il en a déjà tant affrontés, de toute sorte allant de leurs plus féroces adversaires aux sourciers ténébreux ou autres subjugueurs envoûteurs. Et ces vampires n’entrent dans aucune des catégories connues. Qui sait ce qu’il pourrait arriver en cas de nouvel assaut ?

 

Et dans un accès de rage soudain, il broie l’une de ses flèches de ses propres mains. Attitude si éloignée de son calme habituel. Un soupir lui échappe alors qu’il sent une présence approcher, lentement, avant qu’elle ne se précise entre deux troncs. Il sourit en reconnaissant Mélya, son amie d’enfance, pratiquement une sœur. Il la contemple un instant sous le soleil, sa longue et fine silhouette soulignée à merveille d’une soyeuse tunique vert pâle. C’est étrange mais elle lui semble un peu différente, comme sublimée par la pluie de lumière. Un peu déstabilisé, Rivalen se laisse aller contre l’écorce tendre de l’un des troncs abattus. Bien à l’ombre. A l’abri de l’ombre si douce en regard de l’éclat trop brûlant du soleil. 

 

Il respire à fond, se sentant tout de suite beaucoup mieux. Le soleil… Mais depuis quand le soleil… me blesse-t-il de cette façon ? Alors qu’auparavant, il ne m’avait jamais fait souffrir. Et le temps qu’il se masse des paupières devenues bien douloureuses, Mélya l’a rejoint. Ce qu’elle lui semble pâle d’un seul coup, attirante… Si délicieuse. Et cela l’inquiète un peu. Il est assez fin pour se rendre compte qu’il change, sans que cela n’altère son physique irréprochable. Semblable et différent mais en quoi ? La voix de Mélya par contre, elle, n’a pas changé. Rayonnante, elle le salue avant de l’empêcher de se relever.

 

- Doucement, grand frère. Il faut que je soigne tes plaies.

 

Rivalen sourit en attendant ce terme affectueux avant de lui répondre.

 

- Tu ne devrais pas t’occuper de moi. D’autres ont certainement davantage besoin de tes talents de guérisseuse que moi.

 

Elle lui redresse alors la tête.

 

- Mais toi, tu as affronté seul l’un de ces monstres avant que ses semblables ne te tombent aussi dessus.

 

Et sous le poids de ses arguments, en fait il n’a jamais été fichu de résister à Mélya, Rivalen se laisse finalement examiner. A voir son expression ravie, ses plaies ont du cicatriser encore plus vite que prévu. A moins qu’il n’ait été moins grièvement blessé qu’il n’y paraissait.

 

- Dis-moi, Rivalen… glisse-t-elle d’une voix douce.

- Oui !

- Qu’étaient-ils vraiment venus faire ici ? Juste prendre de la force, des vies ?

 

L’archer ferme un instant les yeux pour réfléchir. Prendre des vies ? A vrai dire, il n’y croit pas vraiment. Comment dire, ces chasseurs, bien que plus faibles que Phébus, n’en étaient pas moins redoutables. Alors pourquoi auraient-ils abandonné des proies aussi vulnérables ? Et juste à portée de leurs crocs ? Aussi, rouvrant les yeux, il répond.

 

- Je dois t’avouer que je ne sais pas vraiment, Mélya.

- Tu crois qu’ils voulaient autre chose ?

- C’est plutôt celui qui s’est échappé avec Bayard qui les intéressaient. Mais je ne peux t’en dire plus

 

La jeune elfe, alors occupée à ranger ses pansements, suspend soudain son geste avant de l’interrompre.

 

- Tout c’est passé si vite ! Et tu es l’un des seuls à les avoir vraiment contemplés.

 

A ces mots, l’archer baisse la tête. Il aimerait mais ne peut lui faire part d’un autre fait qui ne cesse de le tourmenter. Le chasseur du crépuscule, celui qui s’est échappé ! Pourquoi me ressemble-t-il tellement ? Son visage est comme celui de ces mauvais rêves qui ne cessent de me hanter. Et sans cesse, je revois la lune. La lune qui nous révèle l’un à l’autre. Avant que tout ne s’enchaîne et que Bayard ne l’entraîne au loin. Soudain, il émerge, sentant le regard de son amie fixé sur lui. Elle le regarde avec tant d’intensité.

 

- Oui ! A part moi… Mais ces Fondateurs n’ont plus d’importance, Mélya. Plus maintenant, Ils se sont tous évanouis et ne reviendront plus. Ils ne veulent pas de notre monde. Ils me l’ont assez dit…

 

Il sourit en voyant les traits graciles se détendre. Cela lui fait tellement chaud au cœur. Aussi, hésite-t-il à enchaîner mais il ne peut se soustraire aux splendides yeux d’émeraude qui ne cessent de l’interroger, sans un mot. Et prenant une profonde inspiration, il reprend.

 

- Mais il en reste un, Mélya. Un seul qui en plus a réussi à s’échapper. A moins que…

- Que ?

 

Le doux timbre chantant de la jeune elfe s’est quelque peu terni aux dernières paroles de son ami.

 

- Les chevaux, Mélya.

 

Enchaîne-t-il soudain en se relevant, semblant brutalement changer de sujet. Pourtant, la réaction de Mélya prouve qu’elle a parfaitement compris où il voulait en venir. Et l’obligeant à se rasseoir, elle lui demande.

 

- Xanthos et Balios. C’est bien à eux que tu penses. N’est-ce pas, grand frère ?

- Oui ! Ainsi qu’à Bayard…

- Bayard ?

 

La guérisseuse penche alors son fin visage d’albâtre sur le côté, faisant s’écouler une véritable pluie d’or brillant sous les feux du soleil. Puis, se penchant sur Rivalen, elle plonge directement son regard dans le sien. Les deux elfes restent un instant immobiles. Puis, Rivalen se relève, repoussant légèrement Mélya devant lui. Il avance ensuite sans un mot, entraînant la blonde guérisseuse dans son sillage. Ils se connaissent tous les deux depuis si longtemps qu’ils n’ont plus vraiment besoin de se parler.

 

A mesure que les pas de Rivalen se rapprochent des dernières hautes herbes, les lieux du carnage se précisent. Mélya hume l’air avec une grimace de dégoût. Elle en blêmirait presque alors qu’elle est une guérisseuse, habituée à la vue des pires blessures. Mais pourtant, là, elle est au bord de la nausée. En effet, le sang séché et si sombre des Fondateurs, tombés sous les sabots de Xanthos et Balios, lui inspire un terrible malaise. Surtout lorsqu’elle voit Rivalen se pencher vers le sol, écartant avec douceur une touffe d’herbes roussie.

 

- Oui ! C’est là que nous étions, tous ensemble, avant que Bayard ne l’emmène au loin. C’était juste avant que le soleil n’apparaisse à l’horizon…

 

L’elfe archer se revoit attaqué par les trois vampires avant que Phébus ne s’en mêle. Sans doute par fierté, par jalousie mais il y avait aussi autre chose même si Rivalen ne pouvait et ne peut toujours pas mettre de nom dessus. En tout cas, une chose est sûre, cette réaction l’avait vraiment très perturbé. Il doit bien le reconnaître. Et s’il n’y avait que ça. Car celle des chevaux elle-même avait eu de quoi l’intriguer. Et songeant justement à eux, il revoit les deux frères se tenir droit devant lui alors que Bayard chargeait le chasseur du crépuscule sur son dos. Le sang dégoulinait en flots sombres presque noirs. Il avait blessé Phébus à plusieurs reprises. Il avait même absorbé son sang. Mais leurs blessures à tous deux n’étaient encore rien, comparées à celles des trois vampires que les deux frères massacrèrent sans l’ombre d’une hésitation. Et c’est leur sang qui avait giclé, éclaboussé les robes et les pattes des chevaux, les parant de bien étonnantes flammes écarlates. Lui-même aussi était bien parti pour en être recouvert lorsqu’il se hissa, à son tour, sur l’échine puissante de Balios avant que l’étalon ne le ramène enfin auprès des siens.

 

Mais il avait aussi eu le temps de voir l’image du chasseur du crépuscule qui se tenait droit et fier sur la plus sauvage de toutes les montures. Le blond archer connaît effectivement Bayard depuis très longtemps. Et il n’ignore pas que l’étalon elfique n’offre sa force qu’à ceux qu’il estime vraiment…

 

Et ce vampire force le respect. Autant par la résistance qu’il lui avait opposée que par son attitude “noble”. Puis, revenant à la réalité, Rivalen se retourne vers celle qu’il considère depuis toujours comme sa sœur…

 

- En effet, Bayard se tenait à cet endroit précis alors que les deux frères se dressaient là, face aux trois vampires.

- Mais il n’y a pas que cela, n’est-ce pas…

- Bayard... Bayard devrait être déjà de retour. Je sais bien que le reste de la harde ne risque plus rien mais il devrait déjà être revenu… Depuis longtemps…

 

A ces mots, Mélya s’inquiète soudain. Alors, en un geste d’apaisement, Rivalen pose la main sur son épaule. La belle guérisseuse se sentirait aussitôt rassurée s’il n’y avait ce reste de fièvre chez Rivalen. Aussi, surprenant son regard inquiet, l’archer s’efforce de répondre d’un air enjoué. 

 

- Mais il va bien, Mélya ! Sois-en sûre. Il est encore plus ancien que nous. Et puis, va savoir ce qui se passe dans la tête du plus puissant des chevaux-fées. Aucun de nous ne le sait vraiment, petite sœur. Les chevaux elfiques ne nous appartiennent pas. Ils vont, ils viennent et n’ont pas grand-chose en commun avec les autres animaux.

- En fait, c’est surtout le vampire qui t’a blessé qui m’inquiète, grand frère. Il est bien plus qu’un simple chasseur. Tout ce qu’il s’est passé prouve qu’il est aussi un magicien. Il suffit de voir comment il s’y est pris avec les loups.

- Oui ! Et c’est peut-être l’une des raisons pour laquelle Bayard tarde tant à revenir… Moi aussi, je resterai bien près de lui pour savoir… Savoir enfin…

 

Le timbre presque mélancolique de Rivalen fit soudain sursauter Mélya. Un peu comme si l’archer enviait d’une certaine façon le cheval-fée. Oui, Bayard n’est pas revenu. En fait, il est simplement resté là-bas, loin sur la mer de roches, là où aucun elfe ne pourrait se rendre sans encombre par ses seuls moyens.

 

Mais deux autres êtres par contre, en sont aussi capables et, eux aussi, sont loin de n’être que de simples montures. Bien loin. Ils sont uniques. Et si lointains… L’origine même des trois chevaux elfiques, comme des autres, s’est tarie avec les sources de la mer de roches.  La mer de roche… Là où Bayard a emmené Phébus.

 

Et parlant d’eux, les deux frères ne sont tous proches. Cela fait d’ailleurs un bon moment que Rivalen les a remarqués, observant à l’ombre des grands arbres la discussion des elfes.  

 

- Oui ! Il faut que je sache ! Et il n’y a qu’un seul moyen pour cela. Il faut que je retrouve Bayard. Lui seul peut m’aider.

- Mais… Rivalen…

- Et il faut que j’y aille seul, de la seule manière possible.

- Les deux chevaux fées n’accepteront jamais. Ils sont comme Bayard.

 

Mais c’est peine perdue, le seigneur elfe a pris sa décision et la blonde guérisseuse ne saura l’en dissuader. Aussi, elle n’a d’autre solution que de le laisser partir après l’avoir salué, tout en lui souhaitant bonne chance. De son côté, l’archer s’en veut un peu de l’avoir repoussée. Mais ce qu’il s’est passé au cours de cette fameuse nuit avec Phébus l’inquiète beaucoup trop. Autant que lui-même car il se sent plus froid, plus dur. C’est comme si quelque chose en lui était en train de changer, de se déliter. Non ! Même pas, il ne s’est jamais senti aussi vif. Ses sens déjà si aiguisés sont devenus pratiquement capables de sentir la vie autour de lui.

 

- Xanthos…

 

Il se décide enfin à aborder l’étalon blanc qui accepte étrangement bien sa présence. Ce qui ne fait qu’augmenter le sentiment de malaise que l’archer ressent au plus profond de lui. Puis, le cheval-fée balance sa longue crinière avant de se poster enfin devant l’elfe.

 

- Seigneur Rivalen.

- Oui

 

L’étalon le repousse. Un moment, Rivalen pense qu’il a changé d’avis mais ce n’est pas cela. Car il revient aussitôt près de lui.

 

- Tu ne vas pas bien. Ton odeur est perturbée.

- Je…

- Oui ! Tu es un prédateur, bien sûr. Capable de chasser. Mais il y a cette autre chose qui plane dans ton odeur. C’est léger, si subtil.

- Est-ce que cela te rappelle…

- L’autre ? Oui !

- Le chasseur du crépuscule. En plus, s’il n’y avait que cela mais il me ressemble aussi étrangement. C’est un chasseur très dangereux que je préfèrerais oublier mais…

- Mais ?

- Quelque chose en moi me pousse à faire le contraire… En plus, avec ce que tu viens de m’apprendre.

 

En effet, cela avait sonné comme un déclic aux oreilles de Rivalen. Un nom à mettre sur ce sentiment de malaise indéfini qu’il ressent tout le temps depuis leur affrontement. Tout comme ses yeux qui se remettent à le brûler lorsque le soleil réapparaît. Il abaisse rapidement la tête, tentant d’échapper à l’ardeur de l’astre du jour… Oui ! Ce chasseur a dû lui faire quelque chose. Sans même qu’il ne s’en aperçoive. Mais que m’arrive-t-il ? Songe-t-il en se massant le haut du front de la main.  Je suis guéri depuis ce matin. C’est à peine s’il me reste quelques égratignures.

 

Puis, sans s’en rendre compte, le guerrier serre son arc contre lui. Voyant cela, Xanthos le pousse alors vers l’ombre apaisante.

 

- Merci Xanthos, merci beaucoup. Grâce à toi, je suis maintenant sûr que quelque chose ne va pas en moi.

 

Oui, je vais mal sans être vraiment malade. Il faut que je m’éloigne. Que je m’éloigne avant que cette sensation ne revienne…

 

A peine a-t-il pensé cela qu’il porte ses mains à son estomac. Ses lèvres lui semblent soudain si brûlantes comme l’intérieur de sa bouche. Une fièvre à nulle autre pareille, une véritable fournaise. Alors qu’en plus de mille ans, j’en ai déjà tellement vues… Et à laquelle s’ajoute cette réticence à s’exposer aux rayons du soleil… En effet, l’ombre lui parait si douce, si salvatrice. La nuit l’attire irrésistiblement. L’elfe regarde ses mains. Il souffre. Ses cheveux blonds s’élèvent lentement dans le vent et c’est avec délice qu’il s’y expose. Ce souffle a un tel effet salvateur sur lui. Lui qui a si souvent l’impression de se consumer de l’intérieur alors que sa peau paraît glaciale aux autres. Mélya lui en a d’ailleurs fait la remarque pas plus tard que ce matin. Sur le moment, il n’y avait pas porté plus d’attention que ça. Mais maintenant, qu’en penser alors que cette froideur cutanée ne semble avoir aucune envie de le quitter.

 

Un craquement, des animaux qui passent. Rien de bien extraordinaire en soi mais ses yeux s’illuminent d’une lueur plus qu’inquiétante. Il n’a plus qu’une seule envie, irrépressible. Les attraper, les prendre, sentir leur vie pulser dans leurs veines. Le sang afflue, la chaleur du sang, la vie s’écoulant au rythme de leur cœur. Non, je deviens vraiment malade ! Voudrait-il hurler.

 

Dans un effort désespéré pour se calmer, l’elfe respire à fond, alertant de nouveau Xanthos. Pour toute explication, il lève la main, lui quémandant un instant de répit avant de répondre. Il se laisse ensuite glisser contre l’un des arbres hôtels abattus qui, en dépit de son triste état, parvient encore à l’apaiser. Mais cela ne sera jamais qu’une éclaircie de courte durée. Il en est parfaitement conscient. Et même si cela ne le tuera pas, il ne peut s’empêcher de trembler. Pas pour lui, bien sûr, mais plutôt à cause de lui. De ce qu’il pourrait faire avec cette folie qui semble vouloir s’emparer de lui. Cette folie ou plutôt cette sorte de désir irrépressible. Les sangs des autres êtres. Ce précieux liquide pourpre qui coule dans leur veine. Le vampire lui a parlé du sang dont il s’abreuve mais rien d’autre. Mais pourquoi ai-je soudain la même envie que lui de… Le sang… Son sang… ? Son sang que j’ai bu sans vraiment le vouloir … A moins… A moins que son propre sang soit aussi une sorte de poison. Dans ce cas, il ne me reste plus qu’une seule chose à faire, partir à sa recherche. Le capturer. Ou au moins entrer en contact avec lui et lui prendre un peu de son sang. Nos plus grands guérisseurs finiront bien par trouver une solution, dès qu’ils auront ce sang en main.

 

Et son ultime décision enfin prise, l’elfe se retourne vers l’étalon. Sa demande a toutes les chances d’être rejetée mais il ne perd rien à essayer.

 

- Xanthos

- Oui !

- J’ai une demande à te faire. Je sais que rien ne t’y oblige mais seul, je n’ai aucune chance de retrouver l’endroit où se sont dirigés Bayard et ce guerrier vampire, ce Phébus.

- Enfin. Tu as pris ta décision.

- Oui ! Il faut que je les retrouve.

- Et Balios et moi sommes les seuls capables de remonter la piste de Bayard puis le rejoindre. Mais ensuite, que vas-tu faire ?

- Il me faut rencontrer ce vampire, c’est tout ce que je peux te dire pour l’instant, Xanthos.

- Je ne pourrai pas rester éloigné bien longtemps des miens, seigneur Rivalen. Dès que je les aurais retrouvés, il faudra te débrouiller seul. Sois prudent, d’après ce que j’ai pu voir, c’est un combattant plus que redoutable, même blessé. Sur ce point-là aussi, vous vous ressemblez.

- Je sais, Xanthos mais il a aussi une immense fierté.

 

Et sur ces derniers mots, il avance une main étroitement gantée vers Xanthos qui baisse avec lenteur sa nuque, mouvement par lequel il accepte d’offrir son aide à l’archer elfe. Et Rivalen s’empresse de grimper sur son échine puissante. Le cheval-fée se redresse aussitôt. La plupart des elfes sont capables de courir vite et longtemps mais Rivalen sent que les choses ne vont pas comme il faut et que si l’on ne fait rien, tout risque de se précipiter. Sans doute vers le pire. Et l’unique solution semble devoir passer par ce chasseur. De toute manière, il sent qu’il ne peut demeurer davantage parmi les siens… Qui sait ce qu’il se passera si cette sensation continue à aller en grandissant…

 

Et l’idée de devenir le bourreau involontaire de ses proches est tout simplement intolérable à Rivalen. Mieux vaut l’exil ou bien…

 

- C’est trop tôt pour envisager une telle solution, seigneur Rivalen !

- Xanthos ?

- Tu parles sans même te rendre compte.

- Mais ?

- Attend d’abord de voir. Ce chasseur a dû survivre et la solution passe par nous et Bayard…

 

Et le soleil est encore en pleine ascension lorsque Rivalen prend la route de l’est grâce à l’aide Xanthos. Quelques instants plus tard, les deux voyageurs sont rejoints par Balios. L’elfe blond sourit. Il s’y attendait depuis le début. Il les connaît depuis bien longtemps ces deux-là. Les deux frères sont inséparables. D’authentiques jumeaux même si le secret de leur naissance se perd dans la nuit des temps.

A Suivre...

Par Liry - Publié dans : Le chasseur du crépuscule - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 10 juin 2009

 

Voilà, en recevant le commentaire de Twinkle (n'hésitez pas à visiter son blog : link) sur mon conte de Chine "Une lune et deux soleils... Trois astres pour deux vies..." ,

je viens de réaliser que j'avais oublié de proposer l'illustration associée. L'un de mes dessins aux crayons de couleurs.

J'en profite aussi pour rajouter quelques détails sur la naissance de cette histoire.

En fait, je l'avais écrite lors d'un projet commun avec Twinkle et d'autres... C'était le projet "A l'ombre de Fusang" dont je vous avais touché deux mots dans un autre article.

Si vous souhaitez en savoir plus, suivez simplement le lien.

Le chaudron félé... A l'ombre de Fusang

A bientôt

Liry

Par Liry - Publié dans : Illustrations - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 8 juin 2009
Un petit conte sur le thème de la Chine fantastique...


Depuis la nuit des temps, la lune et les dix soleils, fils de Xihe, traversaient les cieux sans jamais se croiser. Il aurait dû toujours en être ainsi. Pourtant quelque chose allait venir troubler cet équilibre.

 

C’était très inattendu. Et lorsque cela se produisit, ce fut en plein milieu d’une sorte de jeu.  Une simple et innocente plaisanterie entre les soleils.

 

Cela commença donc en fin de nuit. Oh ! Elle n’avait rien d’extraordinaire. C’était juste une nuit comme tant d’autres, perdue dans l’immensité de la course du temps. Une simple nuit de soie, douce et fraîche, magnifiée par l’éclat dansant des lucioles. Modestes étoiles terrestres se joignant aux chœurs de leurs cousines célestes pour saluer leur plus proche amie, la dame entourée de ses voiles argentés.

 

Malheureusement cette fois, trop de temps s’était écoulé et aucune d’elle ne put capter le plus petit de ses regards. Son attention toute entière avait dérivé vers les eaux encore dormantes de l’immense lac de l’Orient. Pourtant c’était bien loin si loin du lieu où elle se dirigeait à chaque fois que l’aube aux doigts de rose approchait. Elle se pencha avec douceur et caressa d’un rayon diaphane la surface de l’onde. Puis, elle frôla du même geste léger l’écorce assombrie de Fusang. Xihe lui sourit du haut de son palais brillant. Jamais la mère de tous les soleils ne manquait ce rendez-vous unique.

 

Et jamais, quelque soit sa forme, la lune n’oubliait de la saluer en retour avant de toucher avec délicatesse l’une des plus hautes branches de l’arbre de Fusang. Instant fugitif suspendu entre deux astres si différents.

 

Et ainsi, comme tous les matins, une lumière rougeoyante répondit à ce geste empli de sérénité. Lueur chaude à l’est, précédant l’envol imminent de l’astre du jour alors que la dame d’argent s’effaçait tout en douceur.

 

Ce matin particulier donc, ce fut le tour de Septième soleil. Un bon étirement, un œil à ses frères encore pelotonnés sous l’écorce éternelle et il s’éleva avant de se mettre en route. Pourtant quelque chose ennuyait leur mère. Depuis quelque temps, Xihe ne cessait de les guetter mais elle se rassura en le voyant partir dans un léger bruissement de feuilles. Il avait bien hésité un bref moment avant de s’en aller, pas grand-chose, juste quelques secondes, faisant mine de s’amuser avec les eaux miroitantes du lac de Tanggu.

 

Septième s’éloigna très vite de son immense demeure perdue au milieu des eaux. Il aurait voulu jeter un œil à Dixième, à la fois son plus jeune frère et son jumeau. Seulement, il avait remarqué les soupçons de Xihe. Quoique lui et ses frères ne faisaient rien qui puissent l’inquiéter à ce point. Juste un jeu …

 

En fait, ils ne souhaitaient simplement qu’une chose toute simple : sortir un jour ensemble, ou au moins à deux. Mais cela ne se pouvait, ne devait arriver. Toujours, leur mère le leur rappelait. Un seul soleil devait traverser le ciel d’est en ouest. Pourquoi ? Elle seule le savait.

 

Seul un soleil devrait briller par jour. Un seul ! Toujours. Sinon, trop de lumière brûlerait la terre et… Non, Xihe refusait d’y songer…

 

Loin de penser à cela, Septième continua son voyage, montant toujours plus haut, vers le zénith. Il se détendit lorsque les eaux du lac Tanggu disparurent de son champ de vision. Aujourd’hui encore leur petit stratagème allait réussir. Dire que ça n’avait commencé que comme une sorte de défi. Et chose incroyable, tous les frères étaient dans la confidence et se soutenaient.

 

L’idée n’était pas de lui mais de Dixième. Quoique n’importe lequel des dix aurait pu l’avoir. Il n’avait d’ailleurs eu aucune difficulté à les convaincre. Tous aimaient observer la terre vivre sous leurs rayons ou au travers de la soie des nuages. Mais ils étaient aussi tristes de ne pouvoir sortir qu’une seule fois tous les dix jours. Et puis, Dixième semblait préoccupé depuis ces dernières sorties. Il souhaitait juste obtenir une réponse à ses nombreuses questions et les autres avaient décidé de l’aider. Même les deux plus vieux.

 

Comme Septième approchait du lieu du rendez-vous, il s’intéressa de nouveau à se qui se déroulait sous ses ailes. Des taches noires et blanches sous le jade et l’or des feuillages le tirèrent définitivement de ses réflexions. Il s’approcha des formes placides en train de ployer les tiges souples des bambous. Et les pandas le saluèrent d’un lent mouvement de pattes. Puis ce furent les oiseaux et tous les autres êtres. Seuls les hommes ne prenaient plus le temps de le saluer. Ils étaient encore bien trop occupés.

 

Un bref coup d’œil vers le sol et les cités humaines lui confirma ses pensées. Cette journée encore, du tumulte s’élevait des terres, accompagné de feux et de bancs de poussières. Cela faisait plusieurs jours qu’ils suivaient ensemble cette nouvelle bataille. Ils les voyaient tous ces guerriers avec leurs tentes sur les champs dévastés. Et parmi eux, un couple se débattait…

 

Enfin, c’était ce que Dixième lui avait raconté. Septième, lui ne pouvait les voir ni les entendre. C’était si intrigant. Dixième ne les connaissait pas et pourtant, ils avaient réussi à le toucher. Connaissaient-ils vraiment son nom ? Celui que lui avait donné Xihe ? Septième soleil se demandait toujours pourquoi. Pourquoi eux parmi tous les autres ? Tout ce qu’il savait c’est que malgré les neufs jours de distance, ils arrivaient toujours à retrouver Dixième. En plus, il était le seul d’entre eux à les entendre. Aussi, comme il craignait toujours de les perdre avec leurs neuf jours d’écart, il avait imaginé ce plan. Il put même en plus de l’aide de ses frères, compter sur celle d’amis de longue date, les dragons de l’air. Ces derniers le conseillèrent sans l’ombre d’une hésitation. Ils connaissaient toutes les courbes et les failles de la terre. Certaines de ses montagnes était si hautes et si grandes que Dixième soleil pouvait s’y cacher avant de se substituer quelques instant à l’un de ses frères. Puis, le jeune replongeait sous les terres avant de se faufiler de nouveau sous l’écorce de Fusang. Quelques instants avec deux soleils dans le ciel, juste quelques secondes, c’était si bref que personne ne voyait rien. Ainsi, ils ne craignirent rien, enfin, jusque maintenant.

 

- As-tu enfin trouvé ce que tu cherchais, Dixième ?

 

Lui demanda Septième une fois son périple achevé. Autour d’eux, les autres ne manquaient pas une miette de la discussion. Ce jeu commençait doucement à devenir long, les lasser. Et puis, Xihe finirait bien par les surprendre. Deux soleils cote à cote dans les airs, même très peu de temps, cela finirait bien par se remarquer.

 

- Pas encore mais quelqu’un m’appelle.

- Tu es sûr ?

- Oui ! Mais chaque fois que je m’approche, ça s’arrête !

- Il faudra bien que tu y arrives à leur parler avant que mère ne nous surprenne.

 

Deuxième soleil, qui n’avait rien perdu de la conversation, tapa rapidement sur la couronne ambrée de son cadet, lui indiquant la cime de Fusang. Xihe se laissait couler le long de l’arbre et arrivait vers eux. Des rives verdoyantes de Tanggu, ce fut magnifique. Fusang brillait de voir les neuf frères et leur mère réunis sur une seule branche. Et sur l’onde, les lotus s’ouvrirent tous en même temps, offrant leurs larges corolles aux rayons déclinants.

 

- Que manigances-tu mon fils ?

- Rien mère.

- Attention, n’oublie jamais que toi et tes frères devaient toujours sortir seuls.

 

Dixième prit l’allusion très au sérieux. Leur jeu ne pourrait plus durer bien longtemps même si cette fois encore, les complices s’en étaient sortis. Après tout, Xihe aimait infiniment ses fils et les voir si proches la remplissait de joie. Elle se demandait juste à quoi rêvait donc le plus jeune d’entre eux.

 

Se sachant surveillé, Dixième soleil arrêta un moment son jeu. De toute façon, deux jours plus tard, c’était son tour. Ses frères l’avaient rassuré sur le sort des humains qu’ils suivaient. Et les voix semblaient s’être apaisées. Peut-être ne souhaitent-elles plus lui parler. Tout allait donc mieux. Malgré ces guerres perpétuelles.

 

Son tour vient vite et son voyage commença le mieux du monde. Il approchait lentement de ce lieu qui l’attirait tant. Soudain des cris de terreur vinrent stopper sa course en plein ciel. Immédiatement ses yeux furent assaillis par des colonnes de fumées, des volutes immenses qui montaient vers lui, chaudes, bien moins que lui bien sur mais surtout elles étaient sombres, nauséabondes et sacrément irritantes. Alarmé, il se baissa vers la terre. Le village de ses deux protégés était en train de brûler. Des animaux, porcs et les volatiles fuyaient de tous côtés entre les dernières maisons et les champs de millets.

 

Dixième soleil savait qu’il n’était nullement le responsable même si lors de ses derniers voyages, il s’était parfois un peu trop rapproché. Et puis, pourquoi ferait-il ça ? La voix le heurta une nouvelle fois de plein fouet. Elle résonna furieusement dans sa tête. Sa souffrance était telle qu’il ne put reprendre sa course alors que le temps lui continuait de s’écouler. Ce qu’il lui était difficile de se détacher. Ce cri, cette voix féminine qui pleurait, c’était celle de la femme qui n’avait cessé de lui parler. Sans que jamais il ne lui réponde. Elle cherchait son amoureux, demandant toute l’aide possible, même celle du soleil, donc la sienne. D’après elle, son compagnon s’était perdu dans la nuit. Mais il ne put en savoir davantage pas car la voix s’éteignit, ramenant Dixième au jour qui s’achevait. Il s’empressa alors de rejoindre l’ouest.

 

Encore très ému par ce voyage, Dixième rejoignit sans un mot l’arbre de Fusang. Il entendait toujours cette voix triste même maintenant alors qu’il se reposait confortablement sur les branches. Xihe, surprise de voir son fils aussi tourmenté, s’approcha.

 

- Mon fils ?

 

Il lui répondit avant même qu’elle ne précise sa question.

 

- C’est à cause de mon dernier voyage. Quelque chose m’a touché. Une voix féminine. Elle pleure depuis la perte de son amour mais il est loin dans la nuit.

 

Xihe ne cacha pas sa surprise. Mais elle comprit vite.

 

- La magie ! Elle ne peut être qu’une magicienne pour réussir à te parler si facilement. Elle doit savoir ton nom et celui de la lune. Peut-être même celui de tes frères. Elle a sans doute voulu utiliser ses pouvoirs pour sauver son amour et les autres villageois.

 

Dixième n’avait pas besoin d’entendre plus pour la croire. Il avait vu les terribles combats de cette seule journée. Et ils avaient été encore pires que les précédents.

 

- Quelque chose a dû se passer avant qu’elle ne termine ses incantations.

- Oui ! Sans doute mais si elle a raté, ils seront séparés à jamais. Les humains ne peuvent revenir sans aide une fois partis dans la mauvaise direction

- Ce qui m’inquiète le plus, c’est que toi, tu entendes la femme. Alors que normalement, ce serait à la lune de l’aider. Elle y arriverait sans problème.

- Mais qu’est-ce qui va lui arriver. Si elle est perdue toute seule au milieu de toutes ces batailles ? Ces combats semblent ne jamais devoir s’arrêter.

- Les guerriers ne l’approcheront pas, mon fils. La magie l’a changée. Elle est devenue une sorte de fantôme. Ils ne la verront plus comme une femme normale. Et la fuiront…

 

Et l’homme ? Son amour ? Dixième ne savait ce qu’il était devenu. Ni même s’il vivait encore. Le jeune soleil se laissa retomber sur son lit d’or et d’argent. Et Xihe le veilla les jours suivants.

 

Dixième ne tentait plus de se substituer à l’un de ses frères. Mais il ne manquait pas non plus de les interroger. Malheureusement, ils ne purent rien lui dire. La femme continuait à errer sans qu’ils ne puissent l’entendre. Le temps passait ainsi mais il ne pouvait oublier les deux fantômes. Surtout celui de la magicienne qui ne cessait de l’appeler à chacun de ses voyages. Espérant trouver un début de solution, il demanda…

 

- Mère. Jusque quand ?

- Si elle ne vit plus normalement, cela risque de durer indéfiniment …

 

Mais Dixième ne pouvait se résigner à abandonner. Les jours s’écoulèrent et devinrent des mois et il essayait toujours de les retrouver et les ramener. Profitant du fait que la vigilance de sa mère avait baissé avec le temps, il reprit son jeu avec ses frères, enfin juste les trois plus jeunes, les autres refusant tous.

 

Par chance, il n’eut guère à attendre. Il venait juste de se substituer à son frère Huitième qu’une sorte de lumière aveuglante vint l’éblouir.  Eblouir le soleil ? Voilà qui n’était guère courant. Intrigué, Dixième se pencha. Un autre magicien ! Il se sauva en remarquant un changement chez le jeune astre. Dixième se sentit démasqué. A croire que cet homme savait pour eux et pouvait même les distinguer.

 

Croyant enfin tenir quelque chose, il se pencha vers lui et son village. Un endroit comme tant d’autres. A la différence qu’il était entouré par un mur de flammes. Complètement cerné sans qu’elles n’atteignent ou ne viennent simplement lécher les maisons et habitants.

 

Voilà qui ne manqua pas d’intéresser un jeune soleil avide d’histoires à raconter à l’ombre de Fusang. Il vit les cavaliers courir tous le long des palissades. Puis les flammes se déchaînèrent de plus belle, les obligeant à reculer. Elles finirent même par monter droit vers Dixième. Trop subjugué par ce spectacle pour s’éloigner, il en oublia sa course. Quoique, pour l’instant, personne ne semblait s’en inquiéter. Normalement, il aurait déjà dû être plus loin, de l’autre côté des forêts, là où il devrait rendre sa place à Huitième.

 

Soudain, il crut voir le magicien.  

 

A l’autre bout de la terre. Fusang tremblait. Que faisait donc Dixième en plein ciel ? Surtout que c’était Huitième qui s’était envolé à l’aube. Les sept autres soleils attendaient en plus de Neuvième. Xihe, elle-même, ne put retenir son inquiétude. Huitième avait dû se résoudre à continuer sa route puis s’était couché à l’ouest. Mais la lumière de Dixième, elle, rayonnait encore.

 

Une nuit avec l’un des dix soleils ! Cette fois, Dixième était allé trop loin mais il ne le savait pas. Il ne s’en était pas rendu compte. Il avait juste suivi le magicien jusque dans son antre, là où les montagnes atteignaient presque le ciel. Une vaste grotte. Le jeune astre aurait pu s’y engouffrer comme il le faisait déjà dans la grotte des dragons. Il allait d’ailleurs le faire lorsqu’il entendit une autre voix. Forte, puissante, celle d’un homme, un guerrier. Surpris, il se releva si brusquement qu’il en heurta presque la lune.

 

Confus, il se dirigea aussi vite que le lui permirent ses rayons vers l’ouest et s’y coucha non sans embraser le ciel. Une nuit rougeoyante s’en suivit sans qu’il n’entende les paroles de déceptions de l’homme.

 

- Attend, je voulais juste que tu connaisses ce lieu. Puisque toi, tu peux les entendre et les sauver !

 

Entendre quoi ! Juste une voix forte. Celle d’un guerrier perdu quelque part dans l’infini mais cette partie du jour était réservée à la dame d’argent. Il ne pouvait rester davantage sans risquer les foudres de sa mère Xihe. Ce qu’il allait sans doute devoir bientôt endurer. Et il ne saurait quoi lui dire.

 

Et en effet, la colère de Xihe fut énorme. Encore un peu plus et le jeune soleil aurait détruit l’équilibre. Elle demanda ensuite à ses autres fils de l’aider à retrouver cet humain capable d’ensorceler l’un des dix soleils. Dixième aurait bien voulu les renseigner mais il ne savait pas grand chose. Juste que cet homme ne semblait pas être très âgé et était vêtu d’une simple robe sans le moindre ornement. Il avait aussi une longue chevelure noire et lisse ainsi qu’une fine moustache se terminant en pointe mais c’était tout. Il ne put leur en dire plus.

 

De son côté, l’homme regardait le ciel d’un air triste. Sans l’aide du soleil, les pleurs de la petite magicienne aux cheveux de soie ne s’éteindraient jamais. Il avait bien essayé d’user de son savoir pour retrouver le jeune couple mais rien n’y faisait. Seul Dixième pourrait les aider.

 

Mais c’était encore trop tôt. Il laissa plusieurs jours se passer. Du moins, c’est ce que Dixième pensait. Depuis ce fameux jour, il n’entendait plus rien, hormis la voix de la magicienne qui s’atténuait. Pourtant, le magicien finit par réapparaître. Là où Dixième ne l’attendait pas. Il l’avait simplement suivi à l’extrême ouest là où il devrait normalement se coucher. Aller jusqu’à la demeure de Xihe aurait été trop risqué mais le suivre jusqu’à l’ouest n’effrayait nullement l’homme.

 

Dixième le trouvant sur sa route, ne put que l’écouter. Que risquait-il ? Il crut même l’homme fou pour avoir osé le suivre sous les terres. Il eut d’ailleurs tout juste le temps de comprendre son message avant que les rayons rougeoyants ne le chassent à jamais. Mais au moins, il avait enfin sa réponse lorsqu’il rejoignit Fusang.

 

Le guerrier ne pouvait que le suivre lui, le soleil et la magicienne ne pouvait que suivre la lune. Normalement, ils auraient dû les aider à se sauver et sauver les autres lors de la bataille. Mais le sort avait échoué. Pire, tout s’était inversé. Et pour que tout cela cesse enfin, ils devraient se retrouver tout les quatre ensemble. Faire luire le soleil la nuit ou apparaître la lune le jour. Et la magie ferait le reste.

 

De retour auprès des siens, Dixième leur appris l’histoire que l’homme, le père du guerrier, lui avait contée. Xihe respira. Maintenant, elle savait qu’elle n’aurait plus de soucis à se faire avec cette sorte de magie. Il ne lui restait plus qu’à sauver cette femme pour que son fils retrouve la paix. Une dernière, ultime substitution et ce serait enfin fini…

 

C’est ainsi que le jour où deux soleils allaient briller arriva. Ce fut Septième que le sort désigna pour aider Dixième. Les deux jumeaux volèrent d’abord ensemble jusqu’à ce que Dixième atteigne la grotte du sorcier. Il se laissa glisser sous la roche, la teignant de rouge. Et il attendit là, seul, alors que Septième continuait tranquillement sa route. Il le fallait bien pour que la lune apparaisse à son tour dans le ciel.

 

Ce qui se produisit dès que Septième disparut à l’ouest après avoir embrasé un ciel sans nuages. Son voyage commença normalement, comme toutes les nuits précédentes jusqu’à ce qu’elle eut la surprise d’assister à un étrange lever de soleil. Alors qu’elle n’avait même pas fait le dixième du trajet.

 

Ce fut à ce moment qu’elle entendit pour la première fois la voix de Dixième. Il lui demandait juste de continuer. Elle arriva très vite près du jeune astre qui allait immanquablement croiser son chemin.

 

Et il choisit cet instant précis pour éclairer brutalement la terre. Aussitôt, la voix de la femme se fit entendre et il illumina cette voix de ses rayons. La lune approcha encore jusqu’à ce qu’elle soit bien devant lui, ne laissant plus voir que sa couronne rougeoyante depuis la surface de la terre. Elle allait lui demander quelques menues explications mais il la devança.

 

- Entends-tu le guerrier ?

- Oui !

- Montre-moi où il est.

 

Le rayon pâle ne tarda pas à frapper à son tour le sol. Et aussitôt, elle comprit ce que voulait le soleil en le voyant faire de même. Il n’eut même pas besoin de lui demander de l’imiter. La magicienne se retrouva ainsi à son tour doublement baignée par une lune étrangement sombre et un soleil presque invisible derrière elle.

 

La suite ? Les deux astres toujours l’un près de l’autre purent entendre les deux humains se parler, se retrouver. Puis la magie reprit le dessus et les deux être réapparurent entre les tiges de bambous. Leurs cris firent sursauter le soleil et la lune qui ne pouvaient demeurer indéfiniment ainsi, immobiles l’un devant l’autre en plein ciel. De nuit ou de jour ? Qui aurait pu vraiment le dire ? La dame d’argent reprit simplement sa course alors que Dixième s’enfonça de nouveau dans le sol, filant vers Fusang.

 

Le couple les regarda un moment. Ils avaient perdu toute leur magie dans cette aventure et ne pourraient plus rien leur demander jusqu’à ce que leurs vies arrivent à leurs fins mais qu’importe. Ils étaient sauvés et ensemble.

 

De leurs côtés, les soleils et la lune n’auraient plus besoin de se rencontrer. Ils ne le savaient pas encore mais les prochains sorciers n’auraient plus cette difficulté. Que ce soit au soleil ou à la lune qu’ils s’adressaient, ils arriveraient toujours à leur parler.

 

Quant à Dixième et à la lune, ils n’oublièrent jamais cette nuit unique où ils s’étaient rencontrés. Mais qui sait si, dans l’avenir, les deux astres ne se recroiseront plus jamais ?



Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 13 mai 2009

Bonjour,

cela fait un certain temps que je n'avais plus donné de nouvelles...


aussi, je passe pour vous faire part de quelques petits changements dans les catégories.


Les nouvelles à suite prenant de plus en plus d'ampleur, je les ai reclassées à part...


L'histoire de Maureen Lavernie se retrouve donc dans la catégorie de La Serre de Nulle Part, celle d'Ambre dans la catégorie de La dragonne soleil et enfin, la suite des aventures du vampire Phébus se poursuivront dans la catégorie du Chasseur du Crépuscule.


Toutes les autres nouvelles se retrouveront dans les histoires courtes.



Et pour en revenir au vampire Phébus, Le chasseur du crépuscule, le récit avance doucement...

Ainsi pendant que le chasseur du crépuscule se réveille près d'une plante aux feuilles écarlates, l'elfe Rivalen commence à ressentir les premiers effets du sang vampirique... le poussant irrésistiblement vers celui qui l'a blessé, le vampire Phébus...

A bientôt pour la suite...

Liry

 

 

Par Liry - Communauté : Les portes du merveilleux.
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 29 avril 2009
Bonjour, je viens de  décider de participer au nouvel échange de cartes postale sur le forum Crayons de Couleurs.

Cette fois le thème est le soleil.

link

Si vous aimez les dessins aux crayons de couleurs ou autres, n'hésitez pas à visiter ce site...

A bientôt

Liry
Par Liry - Publié dans : projet d'illustrations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 21 avril 2009

Le soleil amorce son coucher lorsque Ambre laisse enfin retomber son illusion. Elle offre ensuite ses longues ailes aux rayons écarlates du couchant avant de se baigner dans un sable encore tiède.

 

Le temps s’écoule dans la quiétude générale, et c’est sous la douceur de la lune qu’elle voit son intuition se concrétiser. Un vague sourire étire même ses longues lèvres de miel tandis que le jeune pêcheur avance vers elle. Son courage l’impressionne. Qu’il ose revenir après les récents évènements force même son admiration. Il s’arrête juste en face de la femelle couchée à plat ventre, ses deux ailes, largement déployée en éventail sur le sol pâle. Il hésite quand même avant de relever la tête et plonger ses yeux sombres dans le regard d’émeraude de la dragonne soleil. Singulièrement sereine, elle le détaille à la faveur de la clarté lunaire. Il semble si différent des autres pêcheurs. Son allure et même sa démarche sinueuse le distinguent tout de suite des autres alors qu’il s’approche encore sans un mot puis, ose enfin l’aborder. A son tour, elle se déplace, glissant avec grâce sur le sable, espérant ainsi rendre sa présence moins écrasante.

 

- Incroyable, je n’ai donc pas rêvé. Tu es bien une dragonne… Une dragonne aux écailles de soleil…

 

A ces quelques mots, elle redresse un instant sa tête couronnée de fines écailles dorées alors que le pêcheur se tient, maintenant, juste devant elle. Un si frêle humain, égaré comme elle. Du moins, c’est ce qu’elle ressent. Egaré et si faible qu’elle pourrait le briser d’un seul coup de dents ou le broyer d’une simple pression dans sa paume. Mais elle n’en fera rien. Du moins pas maintenant. Sa décision prise, sa voix s’élève alors, puissante mais aussi étrangement douce et si féminine.

 

- Oui ! Je suis Ambre, une dragonne terrestre et toi ? Qui es-tu ? Comment peux-tu me voir alors que tes semblables ne le peuvent pas ?

 

Enfin, convaincu de la réalité de cette dragonne de nacre et de soleil, il s’approche encore avant de répondre d’une voix qu’il espère bien plus assurée qu’il ne l’est lui-même. 

 

- Moi ? Mon nom est Roland... Et pour répondre à ta question, je descends d’une très ancienne famille de sorciers.

 

Il laisse s’écouler un court moment avant de reprendre, guettant les réactions de la femelle dorée. Elle gronde intérieurement mais ne semble pas sur le point d’attaquer. Pas encore, du moins. Et guère rassuré, il reprend.

 

- Nous vivions en harmonie avec les dragons comme toi et lorsque les premiers Ravisseurs vinrent solliciter notre aide, mes grands parents refusèrent. Ensuite, les premiers conflits éclatèrent et puis ma famille fut presque totalement anéantie… Puis, moi et mes parents, nous…

 

Le jeune homme se tait soudain. Ambre, de son côté, a sursauté à plusieurs reprises. Finalement, leurs deux histoires se ressemblent.

 

- Les sorciers ravisseurs. C’est eux qui m’ont chassée de mon nid, de ma cité pilier.

- Je vois. On est embarqué dans la même galère, toi et moi. Qui aurait cru que le premier être capable de me comprendre aurait été une dragonne ?

- Au fait ! Comment m’as-tu reconnue ? Je croyais que seuls des sorciers très expérimentés…

- En partie au cause de tes pouvoirs  magiques et de tes empreintes dans le sable ! J’ai hérité des connaissances des miens et je suis capable de lire les traces et les courants de magie laissés par les dragons. Mais il faut aussi que tu saches que ce n’est pas très prudent de rester là et encore moins d’entrer dans les terres... Oui ! C’est bien trop dangereux pour toi.

- ………….

 

Face à ce nouveau silence, il enchaîne.

 

- A cause des sorciers ravisseurs de la cité là-bas. Tu vois, ils sont devenus bien trop forts pour moi et les miens. Et je n’ose imaginer ce qu’ils te feraient si jamais ils te repèreraient.

- Mais pourquoi ?

- Tu es une dragonne terrestre et eux, ils veulent ta force et tes pouvoirs. Et les autres sont prêts à les aider. Leur attitude à mon égard est bien douce en comparaison de ce qu’ils pourraient te faire subir. En fait, ils sont tous prêts à aider les Ravisseurs à éradiquer ceux qu’ils considèrent comme des monstres plus que nuisibles.

- Monstres ? Nuisibles ? A éradiquer ? Tu parles de moi ? Des miens ?

 

Il hoche lentement la tête.

 

Ambre ne peut s’empêcher d’ouvrir tout grands ses yeux… et de laisser s’échapper une petite flamme à la fois de tristesse et de colère.

 

- Enfin pas vraiment éradiquer. Plutôt maîtriser !

 

Elle se redresse, se demandant ce qu’il pourrait encore lui sortir de pire.

 

- Et il faut aussi que tu saches.

 

Sa voix n’est guère plus qu’un murmure.

 

- Les dragons terrestres comme toi sont très recherchés.

- Tu sais donc ce que je suis exactement ?

- Oui ! Je t’ai reconnue tout de suite. Bien sur, ils convoitent aussi les dragons des mers. Mais ils sont presque inaccessibles lorsqu’ils…

- Et ceux des airs ?

- Même chose. Les sommets où ils vivent sont de trop gros obstacles. De tous, les dragons, vous restez les plus faciles à piéger.

 

Immobile et soudain silencieuse, Ambre ferme un instant les yeux. Roland se sent soudain mal à l’aise. Comme s’il ressentait sa douleur. Le jeune homme la contemple encore un peu avant de s’asseoir près d’elle. Inconsciemment, il pose sa main calleuse sur sa puissante patte griffue. La dragonne le regarde faire sans réagir alors que la ville s’anime loin devant eux.

 

- Ils fêtent la réussite de leur dernier plan. Pour faire court, ils sont enfin parvenus à accéder à une nouvelle chambre de dragons. Le pillage des anciens nids est devenu la principale source de richesse de cette cité.

- Ici, c’était donc bien une ancienne cité pilier mais toi ? Pourquoi se comportent-ils comme ça avec toi ?

- Parce qu’ils me haïssent et me craignent, tout simplement. Depuis notre défaite face aux ravisseurs de dragons, ma famille et moi sommes tombés plus bas que terre. Et s’ils ne tremblaient pas autant devant les malédictions attachées à notre clan, cela ferait déjà longtemps qu’ils nous auraient tous chassés ou massacrés.

- Oui ! J’ai bien vu comment ils te traitent. Désolée pour ta pêche…

- C’est aussi un peu ma faute. D’habitude, je m’arrange pour que personne ne me surprenne. Seulement cette fois, j’ai été distrait.

 

Il la regarde droit dans les yeux avant de rire doucement.

 

- Je vois mais pourquoi restes-tu avec eux ?

- Je n’ai pas d’autre endroit où aller et puis, de toute façon, les Ravisseurs sont partout. Et puis, nous sommes aussi dans une ancienne cité pilier ici. Mes parents m’ont toujours conseillé de rester en ces lieux et d’attendre.

 

Nimbée de son délicat voile de sable, Ambre se rapproche alors en ondulant avant de laisser son aile dériver juste au-dessus de la tête de Roland.

 

- Tu pensais vraiment rencontrer un jour une dragonne ?

- J’en rêvais souvent mais de là à croire que ça arriverait vraiment….

- Attend.

 

Elle se lève, étend ses ailes au maximum, et le jeune homme peut admirer le splendide jeux des rayons lunaires sur l’or des ses écailles. Une toute jeune dragonne mais déjà incroyablement puissante. Roland recule. Ambre souffle et bientôt une sorte d’épée se forme sur le sable.

 

- Tu sais, toi seul peux la prendre.

- Hein ? Mais pourquoi ?

- Elle te sera utile et puis grâce à toi, je sais qu’il reste encore des sorciers autres que ces horribles Ravisseurs.

- Mais tu ne vas pas t’en aller ?

 

Elle commence à battre des ailes, faisant se lever un léger nuage de sable.

 

- Si ! Il faut que j’en trouve d’autres comme moi et…

- Non ! L'interrompt-il brutalement. C’est trop risqué pour toi de rentrer seule dans les terres.

- Je me dissimulerais aussi longtemps qu’il le faudra, Roland.

 

Il secoue la tête avant de continuer une pointe de tristesse dans la voix.

 

- Non ! Jamais, tu ne pourras maintenir ton sortilège aussi longtemps. Et sans magie, tu te feras repérer avant d’avoir pu seulement approcher de la première cité pilier venue…

- Mais je dois trouver d’autres dragons. Et si je ne me rapproche pas assez des terres, je ne ferais jamais que passer à côté d’eux sans les voir tout comme eux ne me repèreront pas.

- Tu veux fonder un nid ?

 

Elle le regarde, hésite. Bien que Roland lui soit sympathique, elle est encore bien trop choquée par l’attaque du sorcier Grallen pour évoquer ses jeunes sœurs encore endormies au plus profond du nid d’Obsidienne. Qui sait ce qu’il pourrait leur arriver si cet humain s’avérait être au final comme les autres ? Non, elle ne peut courir un tel risque. Pas maintenant !

 

- Oui ! Un nid ! Et si tout se passe bien, une nouvelle cité fleurira peut-être même dessus.

- Une nouvelle cité pilier, hors d’atteinte. Il la regarde rêveur avant de terminer. Mais je te l’ai déjà dit, c’est trop risqué pour toi de te déplacer à découvert, même pour un bref instant.

- Et, moi, je te répète que je n’ai pas le choix.

 

Quelques flammèches lui échappent, malgré elle, mais, à son grand étonnement, elles  n’atteignent pas le rouquin. Intriguée, elle se penche davantage sur lui et répète son geste, curieuse de savoir ce qu’il peut bien se passer avec ces flammes. Une sorte de sortilège le protège mais c’est très différent de celui du sorcier Grallen. Doux et non menaçant. L’authentique magie humaine…

 

 - J’ai bien compris. Mais pourquoi dois-tu absolument te déplacer à découvert ? Ne peux-tu vraiment pas poursuivre tes recherches en gardant ton masque ?

 

Elle baisse sa longue tête dorée avant de répondre dans ce qui devrait être un murmure.

 

- J’ai été chassée de mon nid, Roland, bien avant que ma mère ne puisse me transmettre son ultime savoir…Tu comprends maintenant pourquoi il me manque une grande partie de mes connaissances. En fait, il me manque surtout celle qui me permettrait de repérer les autres sous leur barrière de dissimulation. Je n’ai pas le choix, il faut que ce soit eux qui remarquent.

- Mais moi, je le peux, Ambre !

- Toi ?

- Ne t’ai-je pas sentie ? Pour être honnête, je n’avais pas vraiment réalisé avoir affaire à un dragon mais je t’avais repérée avant que tu ne te manifestes. Laisse-moi te suivre. Je serais heureux de t’aider. Et puis, il y aura une place pour moi et ma famille là-bas ! N’est-ce pas ?

- Bien sûr…

 

Ses paupières s’abaissent dissimulant à moitié ses yeux verts. Puis des bruits accompagnés de cris se faisant entendre, elle plonge sous le sable, laissant seul Roland face à son épée. Sa voix lui parvient une dernière fois avant qu’elle ne se fonde totalement dans le paysage.

 

- Il faut que je te laisse. Ceux de ta cité arrivent…

 

Roland a à peine le temps de cacher son arme qu’un groupe de jeunes éméchés l’encercle.

 

- Alors ? Qu’est-ce que tu fais seul ici, toi ?

- Tu as rendez-vous ?

- Dis pas de bêtise, qui voudrait de lui ?

 

Puis l’un d’eux, lui empoignant l’épaule.

 

- C’est bien ça hein ? Tu t’es fait largué ?

- Encore une fois !

 

Renchérissent les autres alors que leurs rires bovins fusent de toute part. Roland lui n’a pas laissé un seul mot lui échapper. Il est bien plus préoccupé par l’épée au métal de feu pour penser à tendre l’oreille aux propos des ces ivrognes. Elle réagit soudain alors que ses sens de sorcier se réveillent, libérant une sorte de flashe lumineux et déchirant l’obscurité le temps d’un éclair. Première véritable manifestation de cette arme capable de capter la magie des dragons. Les autres s’écartent, l’œil mauvais.

 

- Hé ! C’est quoi ça ! Tu sais bien que le chef t’a interdit l’usage des armes et de la sorcellerie.

- Ouais depuis quand joues-tu avec ce genre de…

 

La brute avinée ne peut en dire plus. Un terrible tremblement la fait vaciller avant de se propager jusqu’aux pieds de la muraille pourtant lointaine. Seul Roland comprend ce qui a pu se passer et calant son épée sous le bras s’écarte des hommes encore trop hébétés, à la fois par l’attaque magique d’Ambre et les effets de l’alcool, pour réagir. Il peut presque la voir gronder sous son sort de dissimulation. Décidément, les humains sont si durs, même entre eux, et ce serait moi le monstre à abattre ? Elle fait une nouvelle fois trembler le sol avant de faire déferler de véritables vagues de sable sur la troupe d’ivrognes qui détale sans demander son reste. Cette brillante démonstration terminée, le jeune sorcier reste seul auprès de la dragonne soleil.

 

- Dis-moi !

- Oui !

- Tu fais toujours ça lorsque tu veux passer inaperçue… ?

- Non ! Mais ils allaient te faire du mal et je ne pouvais pas restée ainsi…

 

Il sourit. Voilà que ce soit disant monstre vient de le sauver.

 

- Merci même si je sais qu’ils n’auraient pas été trop loin.

- Et maintenant ?

- On ferait mieux  de partir. Merci pour ce cadeau, je n’ai jamais rien vu d’aussi splendide...

 

Ajoute-t-il en brandissant la lame aux tons d’ambre sous les yeux verts de la dragonne. A la fois solide et légère, elle semble tout droit sortie du lit des rivières de métal coulant sur le sol des nids. Cette épée unique, c’est bien le plus fabuleux trésor qu’il avait jamais eu entre les mains. En plus, elle est non seulement imprégnée de la magie propre aux dragons terrestres mais aussi capable de réagir à celle des sorciers humains. Combinée aux sens de Roland, elle leur sera plus que précieuse au cours de leurs recherches.

 

Reste plus qu’une chose à faire maintenant. Quitter cette cité. Il la regarde un instant, sachant très bien que sa fuite finira très vite par se transformer en une double chasse, à l’homme et au dragon. Et connaissant l’obsession des Ravisseurs, aucun ne laissera passer une telle occasion. Un dernier coup d’œil et il s’en va enfin. Pas de regrets. De toute façon, il ne laisse personne derrière lui. Ses derniers parents vivent dans d’autres contrées, hors de portée de toute cette folie, et il pourra toujours, s’il réussit, les faire venir dans son futur domaine. 

 

Reste à convaincre Ambre. Elle le cache bien mais lui n’ignore rien de ses réticences. Ce sera long et sans doute pénible voire même dangereux mais il se jure de gagner sa confiance et enfin renouer avec le peuple des dragons. Recréer son monde même si c’est au prix de sa vie.



A suivre...
Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 21 avril 2009

Loin, très loin de là, à des dizaines de lieues de la défaite d’Obsidienne, alors que la dragonne de nuit plonge pour toujours dans les profondeurs de la terre, erre une silhouette d’or. Ambre a volé de toutes ses forces sur l’immensité azurée jusqu’à ce que ses ailes fatiguées ne puissent plus la porter. Pourtant, elle s’obstine. Elle refuse de se laisser sombrer dans les flots. Au-delà de ces vagues couronnées d’écumes, il doit forcément y avoir une plage. Ne ralentis pas, Ambre. Avance, encore et encore… Tu finiras bien par aborder des terres de sable… Des terres et peut-être des dragons… Ou bien des humains…

 

A ces mots, ses griffes se resserrent. Humain… Sorcier… Que penser d’eux maintenant ? Maintenant que les Ravisseurs ont tout détruit.

 

Et le vent s’acharne, s’efforce de l’entraîner vers le large qu’elle voudrait tant laisser derrière elle. Un ennemi, encore un autre. A présent, même le vent le plus léger lui semble menaçant. A elle, la majestueuse dragonne aux écailles de soleil. Que faire… Mère, dis-moi, rappelle-moi…

 

Et tandis que le vent redouble de violence, les histoires d’Obsidienne remontent à la surface. Tout semblait si simple à cette époque. Les dragons pouvaient voler librement dans toutes les terres qu’ils occupaient. La plupart des sorciers étaient bienveillants ou les ignoraient tout simplement. Puis, ce fut l’avènement des Ravisseurs. Et avec eux, les conflits éclatèrent un peu partout, de plus en plus nombreux, de plus en plus violents jusqu’à ce qu’ils finissent par s’imposer et que, ivres de leurs nouveaux pouvoirs, ils se mettent à traquer tous les dragons passant à leur portée.

 

Les conséquences ne tardèrent d’ailleurs pas à se faire sentir sur les différentes peuplades de dragons. Car loin de les aider, la plupart de leurs anciens alliés se liguèrent avec les sorciers. Et les terrestres, comme Ambre, furent parmi le plus recherchés et, malgré leur puissance, ils n’eurent bientôt plus d’autre solution que se réfugier derrière les murs de l’invisibilité. L’invisibilité, leur protection mais aussi leur faiblesse. L’un des instruments de la perte d’Ambre si elle en vient à s’égarer loin des autres. Et elle en a vu si peu depuis sa naissance. A peine quelques dragons des mers, dérivant sur les flots. Elles pouvaient parfois les voir voguer au large mais eux évitaient sciemment les côtes d’Obsidienne. Quelques fois, ils approchaient de la grève et la dragonne de nuit leur parlait longuement avant qu’ils ne repartent. Le temps où les dragons se réunissaient en gigantesques bandes est révolu depuis si longtemps qu’Ambre se demande souvent s’il a vraiment existé. Même ses sœurs les plus âgées n'avaient jamais connus cela.

 

Et maintenant, elle est seule, seule et sans repères. Sa mère n’a pas eu le temps de lui expliquer ce qu’il allait se passer. Grallen l’en a empêchée. Où aller ? Et comment réussir à approcher les autres dragons ? Cela peut paraître incroyable mais avec ces monstres de Ravisseurs, ils sont devenus si méfiants qu’ils s’entourent d’un sort de protection si efficace qu’il est impossible de le déjouer à moins de diffuser un message bien précis. Celui qu’Obsidienne s’apprêtait à lui transmettre ce terrible jour.

 

****************************************

 

La route est longue, si longue que ce n’est qu’au terme de plusieurs jours de navigation non-stop qu’Ambre, épuisée, s’écrase lourdement sur la plage d’une vaste péninsule.

 

Elle a tout juste le temps de récupérer quelques forces que des voix se font entendre. Un léger souffle de dragon terrestre et, aussitôt, la brume mélangée au sable la soustrait aux yeux des hommes qui approchent. Des pêcheurs. Comme ceux de son ancienne cité pilier. Quoique leurs tenues et leurs manières soient nettement différentes. Ainsi leurs vêtements sont plus lourds, plus couvrants et leurs attitudes bien plus rudes. Devenue extrêmement méfiante, Ambre ouvre grand ses yeux de jade et les observe alors que son instinct la pousse à rester totalement immobile. Ainsi s’écoule son premier jour dans ce nouveau pays. Jour qu’elle passe à guetter les allées et venues sans que personne ne la remarque même lorsqu’elle regagne la mer.

 

Elle allait se glisser vers les terres lorsque un autre homme fait son apparition. Aussitôt, il capte l’attention de la dragonne tapie sous le sable. D’abord pour son physique, un peu plus malingre que celui des rudes pêcheurs mais aussi à cause d’autre chose. Autre chose qui l’attire irrésistiblement en plus de son comportement étrange. Il se tient en effet à l’écart des autres, évitant chacun des petits groupes éparts. De plus en plus intriguée, Ambre décide de l’approcher, tout en douceur, faisant juste glisser son long cou sous le sable doré. Arrivé à sa hauteur, elle souffle avec délicatesse, faisant se lever une très légère brise. A peine celle-ci a-t-elle effleuré le jeune homme qu’il est brusquement pris de frissons. Quelques cris lui échappent, provoquant les éclats de rire des autres qui se détournent aussi vite qu’ils étaient accourus. Resté seul, le garçon a encore un geste d’hésitation mais il lui faut bien récupérer son filet. De son côté, la dragonne ne bouge plus et, pourtant, le jeune homme semble de plus en plus inquiet. Bien camouflée sous son dôme de sable, elle ne perd pas une miette de son manège. Pourquoi est-il si agité ? Elle examine, un instant, le filet qu’il s’est enfin décidé à tirer sur la plage. Les mailles débordent de poissons aux écailles brillantes. Ça ne peut donc être à cause de cela. Serait-ce à cause de moi ? Cet humain serait-il donc capable de… Voulant en avoir le cœur net, elle avance davantage vers lui, ses vibrisses caressant presque le sol sur lequel il se tient encore. Elle frôle même un instant ses chevilles laissées nues. Aussitôt, il sursaute, laissant s’échapper un nouveau cri. Ambre sourit mais cela a aussi l’inconvénient d’attirer un peu trop l’attention sur elle et son mystérieux voisin. D’ailleurs, quatre gros bras s’avancent, l’air menaçant, lorgnant sans gêne ni remord sur la pêche du jeune homme roux. Et lui est bien trop préoccupé par ce qui semble se tapir sous le sable, pour se rendre compte de leur approche. Et il sursaute une nouvelle fois lorsque l’une de ces brutes le prend à partie.  

 

- Regardez ça, vous autres. C’est pas normal une pêche pareille !

- Ouais ! Comment t’expliques ça ! Sale vagabond !

- C’est vrai ! Ce n’est pas normal ! Tu pêches au plus mauvais coin et en plus… !

 

Le reste se perd dans le brouhaha général. Ambre bouillonne presque lorsqu’elle les voit lui arracher son filet alors que d’autres jeunes gens, tout aussi sympathiques, se joignent à la fête, prêts à lui lancer les premiers galets leur tombant sous la main. Et c’est en essayant d’échapper à la vindicte générale que le jeune homme enjambe la nuque de la dragonne et se retrouve derrière elle. Prise d’une pulsion irréfléchie, elle laisse tomber son masque. Aussitôt, son jeune “protégé” recule terrorisé par cette apparition aussi effrayante que soudaine. Et lâchant le peu qu’il lui reste, il s’enfuit sous les cris de victoires de la bande d’agités. Lesquels finissent par déserter la plage sous les yeux d’Ambre qui les toise encore un instant avant de s’enfouir profondément dans le sable. Sa raison lui crie de partir mais son instinct, lui, lui dicte de rester sur place et d’attendre.

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Les portes du merveilleux.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 22 mars 2009

Survolant une cité en passe d’être réduite à l’état de ruines irrécupérables, Obsidienne s’apprête à livrer une bataille qu’elle sait être décisive. Elle se concentre, rassemblant ses pouvoirs de dragon terrestre.

 

Le sorcier engage les hostilités à grands coups de vagues et de rafales. Assauts qu’elle arrête d’un seul souffle comme les précédents. Mais la femelle a une hésitation. Quelque chose de familier plane autour de cet homme. Et cette magie qu’il emploie a un relent bien particulier. Les naseaux d’Obsidienne s’ouvrent de fureur en reconnaissant les pouvoirs de certains de ces congénères, de nouvelles victimes. Encore, mais combien de dragons sont-ils donc tombés sous ses coups !?

 

Le combat se poursuit. Cette fois, c’est la dragonne terrestre qui lance son attaque magique. Le résultat ne se fait guère attendre. Un voile de brumes s’élève rapidement, venant noyer l’ensemble de l’ancienne cité sous un cocon blanchâtre et glacial. Malheureusement, cela n’a guère d’effet sur Grallen qui réplique aussi sec. Un puissant vent se lève, balayant une bonne partie du brouillard naissant.

 

Impressionnée mais non découragée, Obsidienne reprend de l’altitude, renforçant malgré son premier échec, son barrage brumeux. Aussi fort que soit Grallen, il ne pourra jamais venir à bout du sortilège. Et même un simple nuage peut parfois s’avouer être le meilleur des alliés. Pourtant le doute l’envahit par instant. Sera-t-elle encore assez forte pour rivaliser avec lui ? Elle ne le sait pas vraiment. Ce n’est pas la première fois qu’elle l’affronte. Lui et l’un de ses acolytes ont autrefois emporté son compagnon alors qu’elle était à peine plus âgée qu’Ambre. Elle-même ne dut sa survie qu’à une chute vertigineuse, ailes brisées, dans les profondeurs de son premier refuge. Il lui fallut ensuite des années pour récupérer avant qu’elle ne fonde un nouveau nid et donne naissance à ses premières filles.

 

Le jour avance vers sa fin. Les salves s’enchaînent. Les roches bougent, la magie opère. Et alors que le nid semble se figer dans le temps, la brume s’obstine toujours à remonter après chaque attaque. Les yeux pâles d’Obsidienne la perce sans difficultés. Et c’est là qu’elle comprend que le danger ne vient pas uniquement de Grallen. D’autres le soutiennent. Des sorciers montés sur d’étranges barques, en fait, des chars qui glissent entre les pans du manteau diaphane. Cette bataille s’annonce encore plus rude que prévu. Mais ce sorcier, aussi redoutable soit-il, ne la tient pas encore !

 

Comptant de son habileté et de sa vitesse, elle file entre les obstacles et se concentre de nouveau sur son sort de brumes en y ajoutant un petit plus. Une odeur proche de celle du souffre envahit aussitôt l’atmosphère. En réponse, le vent se lève à nouveau avant de se mettre à tourbillonner de plus en plus vite et de fondre droit sur la dragonne. Obsidienne n’a pas d’autres choix que de se poser en urgence. Approcher du sol. A la fois sa faiblesse et sa force. Que ce sorcier pense la tenir s’il y tient mais elle est loin d’avoir dit son dernier mot.

 

Et se positionnant pour user des forces de la terre, elle lance une nouvelle attaque. Un simple mouvement et les flammes montent jusqu’aux nuages sans même que Obsidienne n’éprouve le besoin de souffler. L’air devient suffocant alors que les courants reprennent de l’ampleur. Roche et flammes contre vent et sorcellerie ! Mais aucun des deux belligérants ne parvient à prendre le dessus. Les brumes s’évanouissent, balayées à la fois par le brasier d’Obsidienne et le vent du sorcier. Et la dragonne enchaîne, cette fois, avec des attaques terrestres, creusant le sol d’énormes failles. Ne pas se laisser aller. Maintenir le rythme, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus un lieu où se cacher ou survivre. Obsidienne est imposante, forte et très rapide mais le sorcier, lui, a l’avantage de ne pas être perpétuellement à découvert. Une à une, les dernières tours s’effondrent avec fracas mais ça ne suffit pas. Pas encore !

 

Un sifflement à ses ouies. Une arme de jet, un harpon. Elle s’aplatit sur le sol, se couvrant de son manteau magique. Elle serre les mâchoires, s’empêchant de souffler. Se réfugier un instant dans l’immobilité. Ne pas se trahir…

 

Des chevaliers ! Mais pourquoi ne les remarque-t-elle que maintenant ? Elle hume l’air. Des courants magiques. Ce Grallen les a dissimulés sous des courants magiques. Elle les regarde. Ils tentent de l’encercler sous les directives du sorcier ravisseur toujours debout, bien droit, sur sa plate forme malgré la violence des attaques de la dragonne.

 

Ces chevaliers, une nouvelle menace dont elle va devoir tenir compte. Mais peut-être a-t-elle une chance si elle parvient à les distraire. Ces hommes ne sont pas comme les sorciers. Eux, ce sont les richesses de son nid qu’ils convoitent et non les dragons qui y vivent. Elle voit bien une solution. Mais cela va lui coûter une grande partie de ses forces. Espérons que cela ne sera pas en vain.

 

Elle frappe le sol et une longue faille s’ouvre sur l’une des chambres les plus superficielles dégageant une coulée métallique brillant sous les derniers rayons du soleil. De l’or pur figé en une incroyable mare de lumière.

 

Obsidienne ne peut supporter longtemps cet éblouissement et reprend son envol, contemplant les hommes en train de se précipiter vers cet incroyable butin. L’autre semble juste contrarié mais il n’abaisse sa muraille de vents pour autant. Le feu, il craint toujours le feu et préfère laisser les chevaliers se perdre dans leur pillage plutôt que de rompre sa concentration face aux attaques flamboyantes. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître de la part d’un ravisseur de dragon, Grallen ne maîtrise pas le feu. Obsidienne s’en est vite aperçue et elle ne lui fera pas de cadeau.

 

Exactement comme son adversaire, comme en témoignent les éclairs que, cette fois, il lui lance. Un passage en rase-mottes et la force du dragon terrestre se fait à nouveau sentir. Un raz de marée de feu balaie tout sur son passage à l’exception de la courte zone étroitement protégée par le dôme venteux.

 

Lorsqu’elle remonte, le sol est presque entièrement dégagé. Le sorcier ravisseur la défie toujours alors que ses acolytes se sont comme volatilisés. Tout comme les chevaliers et la plupart des engins qui ne sont plus que cendres et métal fondu à l’exception des quelques barques de capture.

 

Elle allait fondre sur elles pour les renverser à défaut de les jeter dans la vagues lorsqu’un choc terrible la fait partir en vrille. Et elle heurte violemment le sol en soufflant le plus fort possible. Si ces choses ne brûlent pas, il n’en est pas de même pour les hommes. Cette douleur lancinante. Ses ailes, elle ne les a pas vu attaquer, noyés dans les brumes, et ils sont parvenus à l’atteindre, transperçant cruellement ses larges ailes.

 

Refusant de se laisser abattre en dépit de la douleur, elle frappe le sol, avec encore plus d’acharnement, et, sous les cris des dizaines de chevaliers présents sous les terres, la faille s’effondre, se refermant sur elle-même. Puis, en quelques charges rageuses, elle expédie le reste des armes au bas de la cité pilier.

 

Une bien maigre victoire et elle a à peine le temps de respirer que le sorcier contre-attaque à son tour. Ses attaques de foudre deviennent si intenses, si rapprochées, qu’elles finissent par la contraindre à reprendre la voie des airs, et, en même temps, annoncent la fin imminente du combat. Au moins, Obsidienne a la satisfaction de savoir sa fille au loin. Ambre, elle sera sans doute la dernière à voler sur ses eaux avant longtemps. A présent, c’est une certitude. Mais Obsidienne n’abandonnera pas la lutte pour autant. De toute sa hauteur, elle toise le ravisseur qui lui fait face, espérant bien le blesser à défaut de pouvoir le mettre définitivement hors d’état de nuire.

 

Elle s’élève une nouvelle fois, le plus haut que le lui permettent ses ailes agonisantes. Sa dernière charge sera aussi la plus terrifiante. De sa plate forme, la seule maison encore debout, le sorcier regarde la femelle, il se concentre alors que de nouvelles vagues de brumes se lèvent sur le champ de cendres et de métal rougeoyant. Le silence s’abat sur ce qui fut autrefois une riche cité. Un instant en suspend, en attente. L’homme ne bouge pas alors que les vents agitent ses longs cheveux châtain blond.

 

Puis, soudain, le ciel se change en feu alors que la dragonne fond droit sur lui. Ses ailes heurtent violemment le sol et balaient ce qui ressemble désormais plus à un immense plateau d’or et d’argent qu’à une cité plus que prospère. L’homme ne peut éviter l’impact mais la magie des dragons des airs qu’il a capturés et, surtout, celle des autres sorciers le protègent, le sauvant d’un choc qui aurait dû lui être fatal. Obsidienne se redresse, dardant son regard bleu sur lui.

 

Les autres, quant à eux, fuient. Ils n’ont guère plus d’autres choix que de laisser ces deux-là finir le combat seuls. Obsidienne observe Grallen. Il semble encore au mieux de sa forme alors qu’elle, elle a presque épuisé toutes ses ressources magiques. Mais il lui reste encore sa taille et sa force.

 

La force des dragons terrestres, qu’elle y fasse appel et les piliers s’effondreront, provoquant la chute du plateau dans le sol. Sans oublier la brume et son feu si puissant. Un dernier souffle et le ciel se colore aussitôt d’un mélange de gris et de rouge. Les ailes déchirées de la dragonne battent avec fureur. L’air flambe littéralement. Et pourtant le sorcier ne bouge toujours pas. Il tient bon tant sa soif de dérober la force de cette dragonne terrestre l’obsède. L’autre, son ancien complice, lui a dérobé la force du mâle, il y a bien longtemps alors que la femelle leur avait échappé. Dire que ce sale traître s’est servi de lui avant d’essayer de le tuer mais maintenant qu’il a enfin retrouvé la dragonne aux écailles de nuit, il pourra enfin prendre sa revanche.

 

Obsidienne regarde le sorcier Grallen dans les yeux, il ne tremble pas une seule fois. Même lorsqu’elle se dresse sur ses robustes pattes arrières avant de se laisser retomber de tout son poids sur le sol. Des terribles secousses s’ensuivent aussitôt mais elles font à peine vaciller toujours protégé derrière ses nombreux courants de magie. Lorsque les tremblements cessent, elle peut de nouveau le contempler. Ce pâle humain drapé dans sa longue tunique ne transpire même pas alors qu’il est en face d’une bête capable de le broyer d’un seul geste dans sa paume. Il la défie à nouveau et leurs courants de magie respectifs explosent avec une violence inouïe.

 

Froid et vents déchaînés contre la chaleur suffocante de l’ultime souffle. L’air se charge immédiatement de cendres alors que l’homme plonge sa main dans l’une de ses manches. Ses traits restent impassibles, inexpressifs. A croire que seuls ses yeux terrifiants sont doués de vie. Il reste là, immobile, alors qu’Obsidienne frappe, avec la dernière violence, le sol de ses pattes et de ses ailes en dépit de la douleur qui lui vrille le corps et de son sang qui s’écoule de plus en plus. Elle martèle toujours les roches au moment où Grallen sort enfin son arme. Une lame creuse extrêmement effilée telle l’aiguille d’une guêpe chasseresse traversant la carapace d’une chrysalide. En fait, la seule arme capable de rivaliser avec l’épaisse carapace de la dragonne de nuit.

 

Un bref éclair et l’arme fond vers le cou de l’imposante dragonne qu’elle transperce alors que le sol s’ouvre sous ses attaques, les précipitant tous les deux vers les entrailles de la terre, avant de se refermer aussitôt.

 

Sous la surface, de longs moments, ou bien juste quelques battements de cœur, plus tard Obsidienne se redresse péniblement sur ce qui fut le sol de son nid. Son corps lui semble si lourd et l’odeur du sang, son sang titille désagréablement ses naseaux. Elle n’est plus que douleur mais refuse obstinément de se laisser sombrer. Ses écailles ont tenu pourtant. Ses plus sérieuses blessures sont celles de ses ailes et de son cou. L’ombre triomphante des entrailles de la terre. Aurait-elle réussi ? L’aurait-elle enfin enterré au prix de ses dernières forces voire de sa vie.

 

Ses paupières s’ouvrent toute grandes en voyant une ombre progresser, à pas très lents, sur le sol métallique. Elle boite légèrement mais elle avance droit vers elle. Cette pointe lui brûle le cou, elle s’en empare mais ne peut l’arracher. Il est là devant elle, blessé lui aussi par sa dernière attaque de magie. La dragonne délaisse alors le projectile fiché dans son cou, le dernier acte va se jouer. Magie des sorciers contre force des dragons. Grallen face à Obsidienne. Une dernière fois.

 

Le soleil a presque disparu alors que les autres sorciers attendent toujours à l’extérieur, anxieux. Jamais auparavant un dragon n’avait réussi à piéger Grallen sous les terres. Mais cette attaque, la dernière était si forte qu’aucun d’eux n’a pu faire quoi que ce soit. Et, à présent, tout est scellé. Les roches se sont effondrées, refermant sans doute pour toujours le nid de la dragonne de nuit. Ils en sont encore à regarder cette espèce de cuvette aux reflets métalliques lorsqu’une voix dure se fait entendre dans leurs dos. Tous se retournent pour voir apparaître la haute silhouette du ravisseur de dragon. Grallen ne leur laisse même pas le temps de parler, leur jetant sur un ton de reproches.

 

- Inutile de rester ici, retournons au campement. Puis se tournant vers les chevaliers. Vous autres. Le nid est à vous.

 

Ne rajoutant pas un mot de plus, il s’éloigne, couvert de sang.

 

Cette fois, le combat a failli lui coûter très cher. Les rescapés suivent. La cité pilier d’Obsidienne n’existe plus, en dehors de quelques vestiges ainsi que cette mare de métal fondu qui n’attend plus que les pilleurs.

 

- Mais et la dragonne ? Ose l’un de ses aides.

- Elle est encore là, sous la terre. Là où se pouvoirs resteront en attente.

- Mais il faut vous soigner.

- Non ! Ça ira ! Je n’ai rien de grave !

 

La voix du ravisseur est remplie de contrariété mais pas à cause de ses blessures. Au fond, c’est peu cher payé en regard de tout ce que ce nid lui offrira ainsi qu’à son clan. Même son visage profondément labouré par la griffe d’Obsidienne ne semble pas grand-chose à ses yeux. Une simple marque lui barrant la joue droite. Son charisme est si grand que les autres n’osent même pas l’interroger. Jusqu’à ce qu’un messager arrive et lui lance…

 

- Seigneur Grallen ? Je regrette, nous n’avons pas été à la hauteur. Nous n’avons pas pu rattraper la dragonne soleil. Elle a disparu sur la mer.

 

Pas de réponse mais le visage fermé de l’autre est éloquent. Il n’abandonnera pas. Cette femelle reviendra un jour. Il en est certain. Comme pour Obsidienne leur route se recroiseront à un moment ou un autre.

 

Il quitte enfin les lieux alors que le silence tombe telle une chape mortuaire sur les restes de la cité pilier de la dragonne Obsidienne.

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 22 mars 2009

Le soleil est à son zénith lorsque les deux dragonnes se retrouvent au-dessus de l’onde mouvante. L’air est vif, délicieux. Les bancs de poissons s’ébattent entre deux eaux mais ce n’est pas eux qu’Obsidienne semble guetter. Visiblement, elle recherche autre chose. Vaste forme sombre ondulant, voletant entre les jeux aériens des dauphins. Intriguée par ce comportement plutôt inédit, Ambre louvoie un peu avant de la rejoindre. Mais que cherche-t-elle donc au milieu des flots ?

 

- Mère ?

- Ambre…

 

Elle lui sourit presque, ouvrant légèrement ses longues mâchoires. Leurs ailes battent de plus en plus lentement avant qu’elles ne se mettent à planer.

 

- Il est temps que tu apprennes à les rejoindre, toi aussi. Regarde et dis-moi… Que vois-tu dans ces flots ?

 

La jeune dragonne inspecte les lieux mais elle ne voit rien d’autre que ses occupants habituels. Elle réessaie mais sans succès. Et c’est un peu déçue qu’elle décide de quémander de l’aide  auprès de sa mère.

 

Seulement, la dragonne de nuit n’est plus à ses côtes. Elle a un peu dérivé vers le rivage. Ambre s’apprêtait à la rejoindre lorsque, soudain, Obsidienne se fige et vire droit vers la cote. Si Ambre ne l’a pas encore remarqué, sa mère, elle, vient de réaliser le péril qu’encoure son nid laissé sans défense. Des navires inconnus se dirigent droit vers la plage. Grâce aux courants magiques propres au peuple dragon, Obsidienne a pu les sentir venir malgré la distance.

 

- Des hommes !

 

Elle se concentre davantage. Quelque chose dans leur attitude lui semble plus que menaçant. Elle file à toute vitesse. Elle doit en avoir le cœur net. Et la réponse lui éclate en plein museau.

 

- Encore des sorciers !

 

Quant à Ambre, sa vue et ses sens magiques étant encore loin d’être aussi aiguisés que ceux de sa mère, elle met un certain temps avant de comprendre ce qu’il se passe. Elle remarque juste d’étranges nuages gris dans le ciel. En fait, des volutes de fumée qui s’élèvent depuis la côte, la cité. C’est la cité pilier qui est en feu. Quelques embarcations attendent au bas des falaises ivoirines. Et déjà plusieurs humains s’élancent vers les ouvertures. Furieuse, la dragonne de nuit se rapproche à vive allure. Elle plonge vers le rivage et souffle. Son souffle enflammé est si puissant que la grève flambe dès sa première expiration, réduisant les navires en cendres. Soudain, une énorme vague vient frapper la plage et la falaise.

 

Effrayée par ce brusque déchaînement de violence, Ambre vole à s’en déchirer les ailes au raz des flots alors qu’une nouvelle déferlante frappe avec fureur la falaise blanche. De son côté, s’élevant d’un puissant battement d’ailes, Obsidienne détaille rapidement les quelques humains se tenant à l’écart. Réalisant alors l’ampleur du danger, elle envoie un bref appel à sa fille.

 

Sitôt le message reçu, les deux dragonnes se séparent. La bleue sombre vole vers la cité surplombant son nid alors que celle aux reflets de miel file prévenir ses petites sœurs du danger planant sur leurs têtes couronnées.

 

Une longue glissade plus tard et Obsidienne arrive à hauteur de ses assaillants. Un puissant jet de flammes lui échappe encore lorsqu’elle découvre une cité vidée de ses occupants. Vide mais non déserte car les sorciers sont bien là, prêts à en découdre. Et l’un d’eux, se tenant sur l’une des plates formes, est loin de lui être inconnu. Un puissant adversaire, vêtu de pâle, qui la guette et apprécie la force qu’elle dégage. Ses flammes s’élèvent plus fortes que jamais, changeant déjà une bonne partie de la ville en collines de cendres. Mais loin d’effrayer l’homme aux traits si durs, cette petite démonstration le fait plutôt sourire de satisfaction.

 

- Obsidienne. Dragonne de nuit, je te retrouve enfin…

 

Découvre-t-elle sur ses lèvres. Ainsi, elle ne s’est pas trompée. C’est bien lui qui ressurgit du passé.

 

Encore toi, sorcier ravisseur Grallen…

 

Obsidienne fixe l’homme de ses longs yeux d’eau glacée. Grallen, cet effroyable ravisseur de dragons. Tant de souvenirs douloureux remonte en elle avec sa réapparition. Et Ambre qui est encore si vulnérable. Elle contemple sa fille revenant vers elle. Et soudain, elle fait volte face barrant le passage à la jeune dragonne avant de la repousser vers le grand large. Ce virage est si brusque que Ambre s’en retrouve presque le nez dans l’eau.

 

- Mère ?

- Il faut que tu partes.

- Mais ?

- Ce sorcier est trop dangereux pour toi.

 

Et nous sommes restées trop longtemps en mer. Ajoute-t-elle pour elle.

 

- Mais ?

- Pars, Ambre. Il faut que tu lui échappes. Deviens une puissante dragonne fondatrice et reviens pour nous.

 

Ambre allait refuser mais le ton d’Obsidienne est tel qu’elle n’ose même plus souffler un seul mot.

 

- Oui ! Il faut que tu partes, ma fille. Prendre deux dragonnes serait un trop grande victoire pour ces monstres. Regarde bien celui qui les dirige. Grallen. Ce sorcier a déjà plusieurs nids et cités piliers à son actif. Ne l’oublie pas et n’oublie jamais ce qu’il est ! L’un des plus puissants Ravisseurs de dragons !

 

Le nid d’Obsidienne vacille. Ses autres filles, bien trop jeunes pour maîtriser la voie des airs, se sont toutes réfugiées au plus profond du palais. Loin sous la surface, là où nul, pas même ce monstre de Grallen ne pourra plus les retrouver. Et elles y dormiront jusqu’à ce qu’une autre dragonne vienne les réveiller… dans le meilleur des cas, sinon…

 

Le cœur déchiré, l’angoisse vrillée au corps, Ambre s’éloigne dans le jour finissant, se promettant de revenir dès qu’elle sera assez forte. Ne pas te retourner, petite dragonne. Pars et trouve-toi un compagnon de vie et de nouveaux compagnons humains. Fonde une nouvelle cité puis reviens. Reviens tirer tes petites sœurs de leur sommeil avant qu’elles ne s’assoupissent à jamais.

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : La dragonne soleil - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

Profil

  • : Liry
  • : Femme
  • : Belgique

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus