Samedi 25 décembre 2010 6 25 /12 /Déc /2010 21:31

Bonjour à tous...

 

Voilà, ça faisait un certain temps que j'avais envie de parler des mythes et légendes...

 

Aussi, pour commencer comme ce blog, s'appelle l'Ombre de la Lune

 

J'ai choisi de commencer par la déesse grecque Séléné

 

 

Plus tard, j'ajouterai des illustrations

 

 

 

**********************

 

 

Séléné, déesse de la lune

 

Osez lever les yeux vers le firmament étoilé et peut-être m’apercevrez-vous en train de voguer entre les étoiles…

 

Séléné Déesse de la Pleine Lune (Luna pour les Romains)

 

Telles auraient pu être ses paroles…

 

Car lorsque tombe le soir sur le monde des hommes  et que le soleil se couche au loin à l’ouest, plongeant dans les eaux d’Océan, Séléné, s’élance vers le ciel. Blanche déesse au front d’argent, elle passe ensuite la nuit à parcourir le monde sur son char d’Argent…

 

Ainsi depuis  la nuit de temps se succèdent dans le ciel les puissantes divinités célestes. Hélios, dieu du Soleil entamant son périple quotidien lorsque les étoiles palissent à l’approche de l’aurore et sa sœur Séléné, la blanche déesse régnant sur le ciel nocturne…

 

Fille des Titans Hypérion et Théia, déesse et magicienne versée dans l’art des filtres, elle agissait aussi sur les températures nocturnes et combat les maladies et parfois même aidait les pêcheurs en attirant les bancs de poissons à la surface.

 

De ses amours avec Zeus, naquirent deux enfants mais la déesse s’éprit aussi d’un mortel en Carie.

 

Cela se passa lors  de l’une de ses nuits d’errance où elle découvrit au détour du mont Latmos un jeune berger endormi. Emue par sa beauté la Lune se pencha alors le jeune homme et s’en éprit aussitôt, avant de s’allonger à ses côtés,  frôlant ses yeux du bout de  ses lèvres.

 

Seulement Endymion, puisque tel était son nom, fils de Zeus et de la nymphe Calycé, était mortel et craignant de le voir disparaître dans le sombre séjour des âmes, la déesse lui offrit la vie éternelle en l’endormant à l’abri de sa grotte…

 

 Ainsi Séléné et Endymion s’unirent, se retrouvant chaque nuit. Et de cette union naquirent 50 filles…

 

 

 

 

 

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Par Liry - Publié dans : Mythologie - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Samedi 25 décembre 2010 6 25 /12 /Déc /2010 21:25

Bonjour à tous et Joyeux Noël

 

carte-de-No-l-8.jpg

Par Liry - Publié dans : Autres
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 14:10

Vous qui croyez que les fées ne peuvent être que bénéfiques...

Veuillez écouter ma chanson...


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C’était un soir comme tous les autres à la cour du roi des Mers Grises, un soir où les conteurs de tout genre se réunissaient pour échanger leurs histoires. Et parmi eux se trouvait Leriha, une bien étonnante demoiselle. Une jeune femme spécialisée dans les histoires sombres et tragiques.

 

Et la soirée commença autour du feu, d’abord dans les rires puis dans l’émotion des grandes passions. Puis, enfin, ce fut le tour de Leriha. Elle s’avança alors à pas lents au milieu du cercle des conteurs. Délicatement drapée dans sa longue robe, pas vraiment noire mais aux tons bleutés si intenses qu’ils pouvaient rivaliser avec ceux d’une nuit sans lune, elle était à la fois dotée de la grâce d’une princesse et du charme mystérieux des sorcières. Mais il n’y avait pas que son ensorcelante beauté qui attirait les regards, ce qu’elle portait avec légèreté dans les mains captait aussi toute l’attention de l’auditoire. Une lampe, une singulière lampe à huile. Soudain, les flammes qui ne faisaient alors que danser éclatèrent en une multitude de gerbes colorées.

 

Puis un léger voile de brume se mit à envahir la pièce. Et la voix de la jeune femme commença à s’élever, douce et chantante. Car aux talents de conteuse de Lehira s’ajoutait l’art subtil des ménestrels.

 

- Connaissez-vous la légende des fées ? Tous pensent les connaître mais vous n’en voyez jamais qu’une face… Celle de la bonté et de la beauté et je vous souhaite de tout cœur de ne jamais découvrir l’autre.

 

Ecoutez ma chanson, puisse-t-elle vous guider si d’aventure, vous devriez un jour croiser le chemin des fées.

 

Les trois trésors du domaine des fées

 

 

« Loin dans le grand nord,  par delà les mers, s’élèvent les montagnes de diamants. De hautes et belles montagnes dont les douces pentes tantôt couronnées de neige tantôt couronnées d’émeraude s’étiraient jusque dans l’azur de l’océan. Et dans leur ombre bienveillante s’étendaient deux royaumes autrefois prospères. Deux états que l’avidité de leurs souverains avait fini par faire plonger dans la guerre. Une longue et terrible guerre qui les ravagea tous les deux, des années durant, alors que leurs rois étaient frères de sang…

 

Et un jour, par une nuit de pleine lune, l’un des deux souverains se perdit dans une vaste forêt de sapins. Une forêt profonde mais aussi calme et odorante. Ne sachant trop que faire, le sombre monarque s’aventura jusqu’au cœur de la sapinière. Et ce fut là qu’il les découvrit… Elles et leur magie.

 

Subjugué par le spectacle des fées, le roi les approcha. Mais l’une d’entre elles lui fit barrage avant de lui souffler d’une voix douce

 

- Toi qui a découvert le secret de l’entrée du monde des fées que leur demandes-tu ?

 

Le roi réfléchit mais hésita. Il n’aurait sans doute droit qu’à un seul souhait. Aussi préféra-t-il garder le silence. La fée plongea alors ses yeux aussi clairs que le diamant dans ceux, fuyants, de ce bien triste sire.

 

- Que crains-tu donc, roi ? Toi qui règne sans partage sur les hommes de ton royaume. En dehors de leur domaine, les fées ne sont que bénéfiques. En toi, j’ai trouvé la clé. Et puisque tu cherches la force, la richesse et le pouvoir, je te les donnerais… Il te faudra juste passer au travers de la porte menant à notre monde et prendre ces trois trésors de tes propres mains.

 

Et elle se tut un bref instant, un bien étrange sourire accroché à ses lèvres, avant de terminer.

 

- Viens me les demander et je te les donnerais mais viens…

 

Et sur ces derniers mots, elle disparut, le laissant seul face à son destin. Ainsi, le roi se retrouva-t-il abandonné au milieu des arbres magiques. Ces arbres qui appartiennent à mon royaume et non au leur… Sourit-il cruellement avant de partir rejoindre ses soldats.

 

Et les années passèrent sans qu’il n’ose jamais y entrer mais, connaissant la légende des fées, il ne se gêna pas pour faire abattre chaque sapin, chaque pin, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun. Au fond de lui, il espérait, il espérait pouvoir enfin triompher avec tout l’or et le pouvoir que ces arbres enchantés lui procuraient. Mais il n’en fut rien.

 

Les deux armées campaient l’une face à l’autre. Et le roi acculé, se décida enfin à récupérer les trois trésors que lui avait promis la fée... Les trois trésors, à ces mots, il se rappela aussi ses terribles paroles. Aller les chercher… Et bien, le roi trouverait bien quelqu’un à envoyer. Quelqu’un qui reviendrait…

 

Et cette personne, il l’avait enfin trouvée. De part les deux royaumes, courrait un mercenaire, un homme affreux au visage balafré, au corps marqué des traces d’innombrables combats. Ce redoutable guerrier avait une réputation à la hauteur de sa laideur. Il ne connaissait pas la peur mais refusait aussi toute autorité. Aussi le roi perfide avait-il consacré de nombreuses années pour enfin de trouver le moyen de le faire plier. . Il savait que sa chute était imminente et cela le terrorisait… Aussi était-il prêt à toutes les bassesses pour y arriver.

 

N’avait-il déjà pas sacrifié deux de ses enfants, ses deux plus jeunes filles qu’il donna l’une à un sorcier, l’autre à un enchanteur.

 

Aussi lorsque, enfin, il sut envoya-t-il son meilleur espion sur les traces du mercenaire avec pour ordre de dérober ce que l’homme avait de plus cher. Il lui promit même la main de sa troisième fille en cas de réussite, et l’espion accomplit sa mission. 

 

Ainsi piégé, le guerrier n’eut guère d’autre solution que de plonger dans le monde des fées. Et sa longue quête commença. Le paysage qui s’offrit alors à ses yeux était à la fois baigné de magie et d’horreur. La beauté et la cruauté se succédaient aussi vite que le tonnerre suivait l’éclair.

 

A chaque pas, un nouvel adversaire…

A chaque pas, un nouveau piège à déjouer…

A chaque pas, une nouvelle blessure à porter…

 

Mais l’homme tenait bon, malgré une souffrance de plus en plus lancinante, il progressait alors que le fil de sa vie s’amenuisait. Oui, il avançait encore et encore dans ce monde où il ne pouvait même pas se restaurer, juste tenir sur ses dernières forces, ses ultimes réserves, brûlant le peu de vie qu’il lui restait. Mais il résistait, il ne pouvait pas se permettre de mourir, pas maintenant, pas avant d’avoir réussi…

 

Puis, ce fut le temps qui devint son ultime ennemi. L’homme avançait toujours mais au rythme des battements de son cœur. Au moins ainsi, il savait qu’il était encore en vie. Car tout autour de lui, il n’y avait plus rien, plus d’adversaire, plus le moindre brin d’herbe, rien que le désert blanc et lui.

 

Et cela ne semblait guère avait de fin. Non aucune, il avait beau lutter, il se sentait maintenant sombrer. Nuit après nuit, jour après jour. Enfin ce qui en tenait compte. Puis vint le désespoir et il se laissa abattre. Son épée glissa et il se retrouva sans arme. Plus rien, vraiment. Il approchait donc de sa fin. Les fées ne sont pourtant pas mauvaises alors pourquoi ? Furent ses derniers mots tandis qu’il se laissait sombrer…

 

Puis, il entendit un rire. Un rire qu’il aurait reconnu entre tous. Mais comment ? Comment aurait-il pu alors que même moi, le plus affreux des mercenaires ? Et il ouvrit les yeux et regarda autour de lui. L’azur apparut enfin et, en se penchant, il vit une terre en contrebas, si loin qu’il crut un instant se trouver en plein ciel. Puis, il sentit quelque chose piquer la plante de ses pieds. Et attrapant la dite chose, quelle ne fut sa surprise de reconnaître une branche aux délicates aiguilles d’émeraude. Ainsi, je me trouve au sommet d’un arbre cosmique…

 

Le désormais vieil homme se laissa alors glisser vers le sol avant de se relever et de chercher la source de ce rire. Qu’elle ne fut sa surprise d’y découvrir une splendide jeune femme.

 

- Bienvenue à toi, mercenaire… Tu es venu le ramener ?

 

L’ancêtre ne put lui répondre et emmena l’enfant avec lui. Son seul et unique fils. Un enfant un peu simplet... Les trois trésors, il ne savait comment le petit les avait trouvés mais cela n’avait plus d’importance maintenant qu’il avait réussi.

 

Puis, ce fut la remontée vers la surface. Mais le vieillard n’eut guère le temps de respirer qu’une ombre lui tomba dessus, le jetant violemment sur le sol avec son fils. Il eut à peine le temps de réagir que le roi perfide lui déroba les trois trésors, les abandonnant ensuite sans l’ombre d’un remord dans l’ombre de la nuit tombante.

 

Le mercenaire se sentait partir et serra son fils contre lui. Il espérait encore qu’avec de la chance, il pourrait survivre jusqu’à ce que le petit ait une nouvelle famille. Il tenta une nouvelle fois de se redresser lorsque le sol se mit à trembler, le projetant avec force contre le tronc d’un arbre mort avant de le faire choir, face contre terre. Puis, ce furent deux cris terrifiants qui transpercèrent la noirceur de la nuit. Deux cris en provenance de deux châteaux lointains mais le mercenaire n’en avait cure car le sol tremblait encore, se soulevant au rythme d’un chant infernal, le ballotant de tout côté avant qu’enfin des pointes vertes en jaillissent. L’homme eut d’ailleurs tout juste le temps d’éviter un coup mortel. Et il se recroquevilla sur l’enfant, fermant les yeux, jusqu’à ce que un silence glacial retombe sur eux. Une voix féminine retentit alors, une voix unique en son genre.

 

- Tout est fini maintenant, mon roi…Nul ne peut trahir les fées sans en payer le prix…

- Je ? Moi ? Un roi… ? Fut tout ce que le mercenaire put articuler.

- Seul un roi pouvait prendre les trésors et vous êtes le père de ce roi… Il lui faudra juste construire son propre royaume.

 

Puis, vint le lendemain et aux doux rayons du soleil, s’éveillèrent le mercenaire et son fils. Un miroir se trouvait disposé juste devant eux et là, l’homme eut la surprise de découvrir que la fée lui avait rendu non seulement sa jeunesse mais aussi sa beauté originelle. Ainsi il put repartir avec son fils, laissant derrière lui deux royaumes désormais sans roi »

 

 

Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 14:07
Bonjour,

je vous présente le conte Névea, un conte à plusieurs mains et le dernier projet auquel j'ai participé avec quatre autres auteurs. Ce conte est également lisible sur le blog de Xuan...

http://xuanadoo35.unblog.fr/files/2010/02/nvea.pdf



Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 18:48
Bonjour cela faisait déjà un certain temps que je travaillais sur un projet qui me tenait très à coeur, une histoire fantastique.

Et à présent, cela vient d'aboutir et je suis ravie de vous présenter mon tout premier roman fantastique

"Au-delà des vagues... Ténébria" aux Editions Elzévir


Lien pour commander mon roman  link
Par Liry - Publié dans : Roman - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 18:47
Bonjour,

cela faisait longtemps que je n'avais plus proposer de dessins aux crayons de couleurs.

Aussi, voici l'une de mes illustrations des terres des Ténèbres

Liry, l'éclaireuse

Liry salle d'eau, refuge de la Lune Bleue 2 [640x480]

A bientôt sur les terres des Ténèbres...

Liry
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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 09:49


Loin, très loin de là, bien à l’abri dans les profondeurs de la mer de roches, attend le vampire Phébus. Face à lui se tient une plante aux feuilles d’écarlate. Une bien fragile petite plante égarée sur le rude et cruel tapis de pierre. Cela fait déjà de longs moments qu’il la contemple, allongé à même le sol. Machinalement, ses doigts effleurent avec délicatesse les limbes de pourpre tandis qu’il ne peut davantage retenir ses soupirs de lassitude.

 

Décidément, ce que le temps lui semble long sur cette terre elfique, à croire qu’il s’étire à l’infini, comme engourdi dans la chaleur de cette immensité minérale. Et il soupire encore, berçant de son souffle frais sa bien étrange compagne. Ses feuilles sont si rougeoyantes, de vrais rubis de soie. Comme son sang qui ce matin encore s’écoulait de ses plaies. Enfin ! Ça s’est quand même arrêté ! Fichu archer ! Fichu elfe ! Fichus Fondateurs ! Puissiez-vous tous regretter un jour votre folie ! Oui, attendez que le temps fasse son œuvre et que plus aucun ancien ne pourra vous venir en aide… Et alors que ferez-vous ? Enfin, cela n’est plus son problème maintenant qu’il est parti sans espoir de retour. Et à cette horrible réalité qui revient sans cesse le hanter, il ne peut s’empêcher de hurler sa rage, la jetant avec force et fracas aux quatre vents, faisant retentir l’ampleur de son courroux jusqu’aux entrailles de la terre.

 

Et son cri funèbre est d’ailleurs si fort qu’il se propage des kilomètres à la ronde, faisant trembler jusqu’aux entrailles de la terre.

 

Soudain, il se redresse, les sens en alerte. Un danger ? Bayard ? L’appel de Bayard ! Il serait donc toujours dans les parages ? Pourtant, le cheval-fée lui avait bien dit qu’il partirait dès qu’il l’aurait déposé. Mais alors ? Il faut que je sache.

 

Aussitôt, il se rue vers la surface alors qu’il ne sait rien pour le soleil. Bah, de toute façon, il n’a nul besoin de sortir pour se rendre compte de la présence de Bayard. Le cheval-fée est là et bien là, quelque part dans les environs immédiats. Ses sabots martèlent le sol, ouvrant de ci, de là de mini crevasses, pas grand-chose à voir avec la véritable tranchée qu’il lui a offerte mais déjà bien impressionnantes pour de simple coups de sabots. C’en est même effrayant. Alors qu’en apparence, il ne ressemble qu’à une sorte de splendide cheval.  Mais il n’est pas que ça. Ça, j’ai eu le temps de bien m’en apercevoir. Puis ses yeux retombent à nouveau sur la plantule, le vampire la regarde, perplexe, est-ce un effet de son imagination, ou pousse-t-elle à vue d’œil ?

 

- C’est étrange, je sais bien que certains végétaux poussent très vite… mais là, ça dépasse tout ce que j’ai pu voir en plus de mille années de non-vie.

 

Et le chasseur du crépuscule ne peut toujours en détacher son regard. Décidément, cette plante a bien des attraits. Oui, elle fascine littéralement le blond vampire. Car si on analyse froidement la situation, le chasseur Phébus est seul, loin de son univers d’humains et de vampires, égaré dans un monde dont il ignore tout sauf qu’il lui est désormais hostile. Et le voilà tranquillement allongé, en train de discourir avec une plante à l’écorce d’émeraude et d’argent tout en étant couronnée de feuilles de sang.

 

- Qu’es-tu ?

 

Il se sent vraiment stupide à s’adresser ainsi à la jolie petite plante qui se balance au rythme de son souffle froid. Mais en même temps, cela lui fait un bien fou. Même si avant sa vie était solitaire, il pouvait encore passer pour un homme normal et se mêler incognito à la foule urbaine. Mais à présent que fera-t-il lorsque le soleil se couchera ? Existent-il seulement des humains là où il a atterri ?

 

- Non, là n’est pas vraiment la question. Le plus important est de savoir que d’autres ont expérimenté ce passage avant moi et en sont même revenus. Et puis, le soleil finira bien par se coucher…

 

Ses yeux plus que perçants glissent sur les bords frangés et dentés. Leur couleur rouge le fascine. Elle lui rappelle tellement celle du sang. Ce précieux liquide qui le fait vibrer plus que tout. Quoique depuis cette nuit fatidique, il n’a plus aucune sensation de faim. A croire que cet elfe l’a repu pour des nuits et des nuits.

 

Un sourire joue soudain sur ses lèvres sensuelles. Cet archer l’a bien nourri mais il a aussi bu  de son sang. Une moue ironique se dessine ensuite sur ses traits soudain durcis. Phébus jette un œil à son bras. Les dents de l’elfe ne sont presque plus visibles, à peine les traces de quelques grains sur sa peau d’ivoire. Ce cher Rivalen doit sans doute déjà en ressentir les premiers effets. Un peu de sang vampirique pour un elfe…Qui sait ce que cela va donner…

 

Et c’est finalement une lueur de pure cruauté qui illumine ses pupilles sur cette dernière pensée, avant qu’il ne se remette à parler à voix haute.

 

- Voyons que disaient encore tous ces livres sur les elfes et leurs légendes ?

 

Et tâchant de rassembler ses souvenirs, après tout il a le temps, vu que les pas de Bayard ont fini par s’éteindre, il finit par se masser le front. Cet air sec devient vraiment insupportable alors que le soleil frappe toujours aussi impitoyablement le manteau de pierre. S’il n’y avait sa volonté et son désir de refaire surface, il y a déjà bien longtemps qu’il aurait filé se réfugier au plus profond de la terre. C’est sans doute pour cela que tu as fendu la roche, Bayard. Pour que je fuie à jamais dans la terre. Me faire miroiter un semblant de sécurité ! Bien essayé, Bayard ! Mais je refuse ! Comme je l’ai refusé aux Fondateurs. Même s’ils m’ont tout pris, il me reste encore deux choses. Deux choses primordiales, mon bel étalon fée. … Ma non-vie et ma liberté…

 

- Et encore la possibilité de tout tenter... Oui, Il n’y a peut-être pas d’êtres humains dans ce monde. Mais il est aussi loin d’être un simple désert de roches. Je les sens d’ici toutes ces vies, oui, tous ces autres êtres plus fascinants les uns que les autres. Ce cher Rivalen et les siens n’étaient guère qu’un simple échantillon. Mais autre chose m’est apparue à la lueur de la pleine lune. Ils craignaient bien une attaque. Mais pas la nôtre.

 

Ses yeux se mettent à flamboyer avec encore plus de dureté. Le côté cruel de Phébus. Celui du prédateur prêt à frapper.

 

- Et toi ? Etait-tu déjà là la veille ? Je ne le pense pourtant pas. Non ! Plus je te vois et plus je me dis que tu as germé directement dans mon sang.

 

Soudain, quelques rais orangés frappent la mer aride et aussitôt, les feuilles se dressent en éventail. Une écorce d’argent... Une belle écorce d’argent et d’émeraude qu’il a déjà vu quelque part.

 

- Ça y est, j’ai compris !  Tu es comme eux… Oui, comme eux mais aussi comme moi…

 

Une vague d’espoir le traverse alors qu’il a enfin compris la nature de cette chose. Et ce qu’elle pourrait lui apporter. Et ensuite, quelques mots lui échappent, des mots épars, jetés ça et là.

 

- Larme de sang…. La lune sanglante, jours de tempête… Séléné… Sélène, ma déesse, la lune Sereine

 

Ces noms voyagent dans sa tête. Le vampire est songeur. Cette petite plante qui semble avoir jailli de nulle part comme le Voile Ecarlate de Sélène…

 

Un nom à nul autre pareil. A l’énoncé duquel la plante frémit. Et le vampire sourit à cette vision. Elle l’émeut presque, cette plante étonnement sensible.

 

- Sélénya… Oui, dès maintenant, nos chemins ne se quitteront plus.

 

Ainsi, baissant la main, le chasseur du crépuscule caresse la plantule d’une main tandis que de l’autre, il rogne la roche du bout de ses puissantes griffes acérées. Et ce n’est qu’en ce genre d’instant qu’on peut se rendre compte de l’incroyable force du vampire car quelques coups de griffes suffisent amplement pour dégager avec douceur les fines radicelles.

 

Phébus sourit en recueillant la douce vie dans sa paume. Il va même jusqu’à lui offrir quelques perles de son sang.

 

- Oui ! Toi, tu es comme l’arbre hôtel des elfes… mais moi, je ne t’enchaînerai jamais... Nous voyagerons ensemble, mon joli cœur de Sélénya.

 

Quelques instants s’écoulent encore alors qu’il se met à sourire. Sourire qui s’élargit lorsque l’ombre devient gigantesque, le plongeant avec son nouveau trésor dans une ombre quasi totale. Un appel plus qu’irrésistible pour un puissant vampire, l’approche d’une nouvelle nuit de feu et de sang.

 

Et aussitôt, Phébus file vers la surface qu’il rejoint en de puissants bonds félins, les feuilles vermeilles dépassant de l’une de ses poches. Cette jolie petite Sélène ne devrait pas me poser de problème. Mieux, je lui offrirai une nouvelle terre, à même la roche. Elle est comme moi, tant qu’elle aura de l’air, du soleil et de mon sang, elle pourra croître, libre et sans entrave.

 

Un choc, le sol dur de la surface. Il le brûlerait presque malgré l’obscurité ambiante. Surpris, Phébus hésite un instant avant de continuer. Non ! Cette nuit, cette ombre ne sont pas normales songe-t-il avant de songer à refaire un pas vers l’arrière. Malheureusement à peine a-t-il esquissé ce geste de recul qu’une sorte d’énorme projectile fonce droit sur lui et il ne doit sa survie qu’à ses réflexes plus qu’aiguisés. L’ombre est toujours là mais elle n’est pas normale. Phébus sent quelque chose planer dans l’air, une odeur très puissante, celle d’un prédateur.   

 

- Tu n’as rien. Reste-là, Sélénya. Qu’est-ce que c’est encore que ça... ?

 

Le vampire ferme un instant les yeux, se concentrant sur l’immense forme qu’il sait se dresser à quelques pas de lui. Il ne peut le voir mais sait comment le ressentir. Le sang qui coule dans ses veines. Son cœur qui bat violemment dans un gigantesque corps brûlant. Et bien... je peux comprendre l’émoi des elfes si c’est à ça qu’ils sont habitués. Mais quand même me confondre avec ça… Il ouvre alors les yeux, réalisant que cette ombre est avant tout une sorte de défense. Celle de cet être qu’il ne peut encore contempler malgré son gigantisme. Car il est vraiment énorme. Enorme et puissant comme le prouve la trace laissée par son poing sur le sol.

 

Phébus respire à fond, calmant l’excitation guerrière qu’il sent croître soudain en lui. Une lueur plus qu’intéressée s’allume même dans ses sombres pupilles. Cet être... Cet être, quel qu’il soit, est capable de créer sa propre barrière d’ombre. Et le sang de Rivalen qui circule encore en moi. Il est si fort cet elfe. S’il parvient à dompter ce sang sauvage qui le tourmente autant qu’il le dope… Il pourrait. Oui, il pourrait recréer un autre monde de vampires. Même si devient encore plus différente de ce qu’il était au départ.

 

Mais pour l’instant, il lui faut avant tout défendre sa peau car tout vampire qu’il soit, il ne peut encore rien contre le soleil qu’il sait maintenant être toujours en train de briller avec ardeur au-dessus de sa tête blonde. Et ramenant sa précieuse cape sur lui, il se prépare au combat, ses muscles se durcissant, prêts à se détendre…

 

- Bien ! Quoi que tu sois, je vais t’apprendre à me réveiller trop tôt… !

 
A suivre...

Par Liry - Publié dans : Le chasseur du crépuscule - Communauté : Les portes du merveilleux.
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 20:50

Voici la suite des aventures du vampire Phébus perdu en territoire elfiques...

Le Chasseur du Crépuscule – Au cœur de Sélénya

 

Le ciel se couvre en un long voile vaporeux, s’étirant avec grâce au dessus de la clairière. Puis, c’est le vent qui se lève avec sa douce fraîcheur. Ainsi en a-t-il toujours été dans cette partie de la forêt. Calme et fraîche. L’idéal pour se reposer sous les frondaisons des arbres hôtels. Mais c’est pourtant d’un geste agacé, geste qui lui ressemble si peu, que Rivalen repousse ses longues mèches en arrière. Il serait bien plus simple de les attacher mais depuis, son plus jeune âge, l’elfe archer a toujours préféré les laisser libre. Libre et sauvage comme lui.

 

Soudain, la lumière s’impose à nouveau, puissante et vive. Et l’elfe cligne des yeux en un vain geste protecteur. La lumière, ultime obstacle à ma vie chante-t-il alors de sa voix si chaude. Et il ne sait même pas d’où lui viennent ces quelques vers. A moins que ce ne soit l’autre qui les ai laissés s’échapper ? Le Chasseur du crépuscule… Rivalen le revoit se hisser en un seul geste sur l’échine si pâle de Bayard, le cheval-fée, puis se pencher pour murmurer à ses ouies. Et pourtant, ils étaient si éloignés l’un de l’autre à cet instant-là mais les sens de Rivalen sont si aiguisés qu’en dépit du vacarme assourdissant, il a pu tout saisir. Et ce fut aussi à ce moment-là que le vampire laissa s’échapper cette incroyable confidence Le soleil. Phébus, son nom est celui que son peuple donne au soleil, son plus terrifiant ennemi. Le seul capable de le mettre définitivement hors d’état de nuire. Et Bayard qui l’a entraîné. Loin d’eux. Loin des combats…

 

Bayard… Pourquoi ? Alors qu’il t’aurait été si simple de le clouer définitivement sur le sol. Toi qui possèdes le plus puissant coup de sabots de tous les chevaux elfiques.

 

Tout est encore si frais dans sa tête. Il n’a d’ailleurs qu’à incliner légèrement le visage de côté pour voir de ses longs yeux bleus, les nombreuses traces laissées par les fers du cheval-fée. Et s’il n’y avait que ça. Rajoute-t-il avec amertume. Tant de cicatrices marquent ces lieux. Vestiges du passage ensanglanté des vampires.

 

Vampires. Jamais, il n’avait croisé ce genre d’êtres auparavant. Alors que cela fait plus de mille ans qu’il parcourt les territoires elfiques du royaume des Sèves. Et bien davantage encore. Ses pas l’ayant parfois mené au-delà de la mer de roche. Et les dangers, il les connaît. Il en a déjà tant affrontés, de toute sorte allant de leurs plus féroces adversaires aux sourciers ténébreux ou autres subjugueurs envoûteurs. Et ces vampires n’entrent dans aucune des catégories connues. Qui sait ce qu’il pourrait arriver en cas de nouvel assaut ?

 

Et dans un accès de rage soudain, il broie l’une de ses flèches de ses propres mains. Attitude si éloignée de son calme habituel. Un soupir lui échappe alors qu’il sent une présence approcher, lentement, avant qu’elle ne se précise entre deux troncs. Il sourit en reconnaissant Mélya, son amie d’enfance, pratiquement une sœur. Il la contemple un instant sous le soleil, sa longue et fine silhouette soulignée à merveille d’une soyeuse tunique vert pâle. C’est étrange mais elle lui semble un peu différente, comme sublimée par la pluie de lumière. Un peu déstabilisé, Rivalen se laisse aller contre l’écorce tendre de l’un des troncs abattus. Bien à l’ombre. A l’abri de l’ombre si douce en regard de l’éclat trop brûlant du soleil. 

 

Il respire à fond, se sentant tout de suite beaucoup mieux. Le soleil… Mais depuis quand le soleil… me blesse-t-il de cette façon ? Alors qu’auparavant, il ne m’avait jamais fait souffrir. Et le temps qu’il se masse des paupières devenues bien douloureuses, Mélya l’a rejoint. Ce qu’elle lui semble pâle d’un seul coup, attirante… Si délicieuse. Et cela l’inquiète un peu. Il est assez fin pour se rendre compte qu’il change, sans que cela n’altère son physique irréprochable. Semblable et différent mais en quoi ? La voix de Mélya par contre, elle, n’a pas changé. Rayonnante, elle le salue avant de l’empêcher de se relever.

 

- Doucement, grand frère. Il faut que je soigne tes plaies.

 

Rivalen sourit en attendant ce terme affectueux avant de lui répondre.

 

- Tu ne devrais pas t’occuper de moi. D’autres ont certainement davantage besoin de tes talents de guérisseuse que moi.

 

Elle lui redresse alors la tête.

 

- Mais toi, tu as affronté seul l’un de ces monstres avant que ses semblables ne te tombent aussi dessus.

 

Et sous le poids de ses arguments, en fait il n’a jamais été fichu de résister à Mélya, Rivalen se laisse finalement examiner. A voir son expression ravie, ses plaies ont du cicatriser encore plus vite que prévu. A moins qu’il n’ait été moins grièvement blessé qu’il n’y paraissait.

 

- Dis-moi, Rivalen… glisse-t-elle d’une voix douce.

- Oui !

- Qu’étaient-ils vraiment venus faire ici ? Juste prendre de la force, des vies ?

 

L’archer ferme un instant les yeux pour réfléchir. Prendre des vies ? A vrai dire, il n’y croit pas vraiment. Comment dire, ces chasseurs, bien que plus faibles que Phébus, n’en étaient pas moins redoutables. Alors pourquoi auraient-ils abandonné des proies aussi vulnérables ? Et juste à portée de leurs crocs ? Aussi, rouvrant les yeux, il répond.

 

- Je dois t’avouer que je ne sais pas vraiment, Mélya.

- Tu crois qu’ils voulaient autre chose ?

- C’est plutôt celui qui s’est échappé avec Bayard qui les intéressaient. Mais je ne peux t’en dire plus

 

La jeune elfe, alors occupée à ranger ses pansements, suspend soudain son geste avant de l’interrompre.

 

- Tout c’est passé si vite ! Et tu es l’un des seuls à les avoir vraiment contemplés.

 

A ces mots, l’archer baisse la tête. Il aimerait mais ne peut lui faire part d’un autre fait qui ne cesse de le tourmenter. Le chasseur du crépuscule, celui qui s’est échappé ! Pourquoi me ressemble-t-il tellement ? Son visage est comme celui de ces mauvais rêves qui ne cessent de me hanter. Et sans cesse, je revois la lune. La lune qui nous révèle l’un à l’autre. Avant que tout ne s’enchaîne et que Bayard ne l’entraîne au loin. Soudain, il émerge, sentant le regard de son amie fixé sur lui. Elle le regarde avec tant d’intensité.

 

- Oui ! A part moi… Mais ces Fondateurs n’ont plus d’importance, Mélya. Plus maintenant, Ils se sont tous évanouis et ne reviendront plus. Ils ne veulent pas de notre monde. Ils me l’ont assez dit…

 

Il sourit en voyant les traits graciles se détendre. Cela lui fait tellement chaud au cœur. Aussi, hésite-t-il à enchaîner mais il ne peut se soustraire aux splendides yeux d’émeraude qui ne cessent de l’interroger, sans un mot. Et prenant une profonde inspiration, il reprend.

 

- Mais il en reste un, Mélya. Un seul qui en plus a réussi à s’échapper. A moins que…

- Que ?

 

Le doux timbre chantant de la jeune elfe s’est quelque peu terni aux dernières paroles de son ami.

 

- Les chevaux, Mélya.

 

Enchaîne-t-il soudain en se relevant, semblant brutalement changer de sujet. Pourtant, la réaction de Mélya prouve qu’elle a parfaitement compris où il voulait en venir. Et l’obligeant à se rasseoir, elle lui demande.

 

- Xanthos et Balios. C’est bien à eux que tu penses. N’est-ce pas, grand frère ?

- Oui ! Ainsi qu’à Bayard…

- Bayard ?

 

La guérisseuse penche alors son fin visage d’albâtre sur le côté, faisant s’écouler une véritable pluie d’or brillant sous les feux du soleil. Puis, se penchant sur Rivalen, elle plonge directement son regard dans le sien. Les deux elfes restent un instant immobiles. Puis, Rivalen se relève, repoussant légèrement Mélya devant lui. Il avance ensuite sans un mot, entraînant la blonde guérisseuse dans son sillage. Ils se connaissent tous les deux depuis si longtemps qu’ils n’ont plus vraiment besoin de se parler.

 

A mesure que les pas de Rivalen se rapprochent des dernières hautes herbes, les lieux du carnage se précisent. Mélya hume l’air avec une grimace de dégoût. Elle en blêmirait presque alors qu’elle est une guérisseuse, habituée à la vue des pires blessures. Mais pourtant, là, elle est au bord de la nausée. En effet, le sang séché et si sombre des Fondateurs, tombés sous les sabots de Xanthos et Balios, lui inspire un terrible malaise. Surtout lorsqu’elle voit Rivalen se pencher vers le sol, écartant avec douceur une touffe d’herbes roussie.

 

- Oui ! C’est là que nous étions, tous ensemble, avant que Bayard ne l’emmène au loin. C’était juste avant que le soleil n’apparaisse à l’horizon…

 

L’elfe archer se revoit attaqué par les trois vampires avant que Phébus ne s’en mêle. Sans doute par fierté, par jalousie mais il y avait aussi autre chose même si Rivalen ne pouvait et ne peut toujours pas mettre de nom dessus. En tout cas, une chose est sûre, cette réaction l’avait vraiment très perturbé. Il doit bien le reconnaître. Et s’il n’y avait que ça. Car celle des chevaux elle-même avait eu de quoi l’intriguer. Et songeant justement à eux, il revoit les deux frères se tenir droit devant lui alors que Bayard chargeait le chasseur du crépuscule sur son dos. Le sang dégoulinait en flots sombres presque noirs. Il avait blessé Phébus à plusieurs reprises. Il avait même absorbé son sang. Mais leurs blessures à tous deux n’étaient encore rien, comparées à celles des trois vampires que les deux frères massacrèrent sans l’ombre d’une hésitation. Et c’est leur sang qui avait giclé, éclaboussé les robes et les pattes des chevaux, les parant de bien étonnantes flammes écarlates. Lui-même aussi était bien parti pour en être recouvert lorsqu’il se hissa, à son tour, sur l’échine puissante de Balios avant que l’étalon ne le ramène enfin auprès des siens.

 

Mais il avait aussi eu le temps de voir l’image du chasseur du crépuscule qui se tenait droit et fier sur la plus sauvage de toutes les montures. Le blond archer connaît effectivement Bayard depuis très longtemps. Et il n’ignore pas que l’étalon elfique n’offre sa force qu’à ceux qu’il estime vraiment…

 

Et ce vampire force le respect. Autant par la résistance qu’il lui avait opposée que par son attitude “noble”. Puis, revenant à la réalité, Rivalen se retourne vers celle qu’il considère depuis toujours comme sa sœur…

 

- En effet, Bayard se tenait à cet endroit précis alors que les deux frères se dressaient là, face aux trois vampires.

- Mais il n’y a pas que cela, n’est-ce pas…

- Bayard... Bayard devrait être déjà de retour. Je sais bien que le reste de la harde ne risque plus rien mais il devrait déjà être revenu… Depuis longtemps…

 

A ces mots, Mélya s’inquiète soudain. Alors, en un geste d’apaisement, Rivalen pose la main sur son épaule. La belle guérisseuse se sentirait aussitôt rassurée s’il n’y avait ce reste de fièvre chez Rivalen. Aussi, surprenant son regard inquiet, l’archer s’efforce de répondre d’un air enjoué. 

 

- Mais il va bien, Mélya ! Sois-en sûre. Il est encore plus ancien que nous. Et puis, va savoir ce qui se passe dans la tête du plus puissant des chevaux-fées. Aucun de nous ne le sait vraiment, petite sœur. Les chevaux elfiques ne nous appartiennent pas. Ils vont, ils viennent et n’ont pas grand-chose en commun avec les autres animaux.

- En fait, c’est surtout le vampire qui t’a blessé qui m’inquiète, grand frère. Il est bien plus qu’un simple chasseur. Tout ce qu’il s’est passé prouve qu’il est aussi un magicien. Il suffit de voir comment il s’y est pris avec les loups.

- Oui ! Et c’est peut-être l’une des raisons pour laquelle Bayard tarde tant à revenir… Moi aussi, je resterai bien près de lui pour savoir… Savoir enfin…

 

Le timbre presque mélancolique de Rivalen fit soudain sursauter Mélya. Un peu comme si l’archer enviait d’une certaine façon le cheval-fée. Oui, Bayard n’est pas revenu. En fait, il est simplement resté là-bas, loin sur la mer de roches, là où aucun elfe ne pourrait se rendre sans encombre par ses seuls moyens.

 

Mais deux autres êtres par contre, en sont aussi capables et, eux aussi, sont loin de n’être que de simples montures. Bien loin. Ils sont uniques. Et si lointains… L’origine même des trois chevaux elfiques, comme des autres, s’est tarie avec les sources de la mer de roches.  La mer de roche… Là où Bayard a emmené Phébus.

 

Et parlant d’eux, les deux frères ne sont tous proches. Cela fait d’ailleurs un bon moment que Rivalen les a remarqués, observant à l’ombre des grands arbres la discussion des elfes.  

 

- Oui ! Il faut que je sache ! Et il n’y a qu’un seul moyen pour cela. Il faut que je retrouve Bayard. Lui seul peut m’aider.

- Mais… Rivalen…

- Et il faut que j’y aille seul, de la seule manière possible.

- Les deux chevaux fées n’accepteront jamais. Ils sont comme Bayard.

 

Mais c’est peine perdue, le seigneur elfe a pris sa décision et la blonde guérisseuse ne saura l’en dissuader. Aussi, elle n’a d’autre solution que de le laisser partir après l’avoir salué, tout en lui souhaitant bonne chance. De son côté, l’archer s’en veut un peu de l’avoir repoussée. Mais ce qu’il s’est passé au cours de cette fameuse nuit avec Phébus l’inquiète beaucoup trop. Autant que lui-même car il se sent plus froid, plus dur. C’est comme si quelque chose en lui était en train de changer, de se déliter. Non ! Même pas, il ne s’est jamais senti aussi vif. Ses sens déjà si aiguisés sont devenus pratiquement capables de sentir la vie autour de lui.

 

- Xanthos…

 

Il se décide enfin à aborder l’étalon blanc qui accepte étrangement bien sa présence. Ce qui ne fait qu’augmenter le sentiment de malaise que l’archer ressent au plus profond de lui. Puis, le cheval-fée balance sa longue crinière avant de se poster enfin devant l’elfe.

 

- Seigneur Rivalen.

- Oui

 

L’étalon le repousse. Un moment, Rivalen pense qu’il a changé d’avis mais ce n’est pas cela. Car il revient aussitôt près de lui.

 

- Tu ne vas pas bien. Ton odeur est perturbée.

- Je…

- Oui ! Tu es un prédateur, bien sûr. Capable de chasser. Mais il y a cette autre chose qui plane dans ton odeur. C’est léger, si subtil.

- Est-ce que cela te rappelle…

- L’autre ? Oui !

- Le chasseur du crépuscule. En plus, s’il n’y avait que cela mais il me ressemble aussi étrangement. C’est un chasseur très dangereux que je préfèrerais oublier mais…

- Mais ?

- Quelque chose en moi me pousse à faire le contraire… En plus, avec ce que tu viens de m’apprendre.

 

En effet, cela avait sonné comme un déclic aux oreilles de Rivalen. Un nom à mettre sur ce sentiment de malaise indéfini qu’il ressent tout le temps depuis leur affrontement. Tout comme ses yeux qui se remettent à le brûler lorsque le soleil réapparaît. Il abaisse rapidement la tête, tentant d’échapper à l’ardeur de l’astre du jour… Oui ! Ce chasseur a dû lui faire quelque chose. Sans même qu’il ne s’en aperçoive. Mais que m’arrive-t-il ? Songe-t-il en se massant le haut du front de la main.  Je suis guéri depuis ce matin. C’est à peine s’il me reste quelques égratignures.

 

Puis, sans s’en rendre compte, le guerrier serre son arc contre lui. Voyant cela, Xanthos le pousse alors vers l’ombre apaisante.

 

- Merci Xanthos, merci beaucoup. Grâce à toi, je suis maintenant sûr que quelque chose ne va pas en moi.

 

Oui, je vais mal sans être vraiment malade. Il faut que je m’éloigne. Que je m’éloigne avant que cette sensation ne revienne…

 

A peine a-t-il pensé cela qu’il porte ses mains à son estomac. Ses lèvres lui semblent soudain si brûlantes comme l’intérieur de sa bouche. Une fièvre à nulle autre pareille, une véritable fournaise. Alors qu’en plus de mille ans, j’en ai déjà tellement vues… Et à laquelle s’ajoute cette réticence à s’exposer aux rayons du soleil… En effet, l’ombre lui parait si douce, si salvatrice. La nuit l’attire irrésistiblement. L’elfe regarde ses mains. Il souffre. Ses cheveux blonds s’élèvent lentement dans le vent et c’est avec délice qu’il s’y expose. Ce souffle a un tel effet salvateur sur lui. Lui qui a si souvent l’impression de se consumer de l’intérieur alors que sa peau paraît glaciale aux autres. Mélya lui en a d’ailleurs fait la remarque pas plus tard que ce matin. Sur le moment, il n’y avait pas porté plus d’attention que ça. Mais maintenant, qu’en penser alors que cette froideur cutanée ne semble avoir aucune envie de le quitter.

 

Un craquement, des animaux qui passent. Rien de bien extraordinaire en soi mais ses yeux s’illuminent d’une lueur plus qu’inquiétante. Il n’a plus qu’une seule envie, irrépressible. Les attraper, les prendre, sentir leur vie pulser dans leurs veines. Le sang afflue, la chaleur du sang, la vie s’écoulant au rythme de leur cœur. Non, je deviens vraiment malade ! Voudrait-il hurler.

 

Dans un effort désespéré pour se calmer, l’elfe respire à fond, alertant de nouveau Xanthos. Pour toute explication, il lève la main, lui quémandant un instant de répit avant de répondre. Il se laisse ensuite glisser contre l’un des arbres hôtels abattus qui, en dépit de son triste état, parvient encore à l’apaiser. Mais cela ne sera jamais qu’une éclaircie de courte durée. Il en est parfaitement conscient. Et même si cela ne le tuera pas, il ne peut s’empêcher de trembler. Pas pour lui, bien sûr, mais plutôt à cause de lui. De ce qu’il pourrait faire avec cette folie qui semble vouloir s’emparer de lui. Cette folie ou plutôt cette sorte de désir irrépressible. Les sangs des autres êtres. Ce précieux liquide pourpre qui coule dans leur veine. Le vampire lui a parlé du sang dont il s’abreuve mais rien d’autre. Mais pourquoi ai-je soudain la même envie que lui de… Le sang… Son sang… ? Son sang que j’ai bu sans vraiment le vouloir … A moins… A moins que son propre sang soit aussi une sorte de poison. Dans ce cas, il ne me reste plus qu’une seule chose à faire, partir à sa recherche. Le capturer. Ou au moins entrer en contact avec lui et lui prendre un peu de son sang. Nos plus grands guérisseurs finiront bien par trouver une solution, dès qu’ils auront ce sang en main.

 

Et son ultime décision enfin prise, l’elfe se retourne vers l’étalon. Sa demande a toutes les chances d’être rejetée mais il ne perd rien à essayer.

 

- Xanthos

- Oui !

- J’ai une demande à te faire. Je sais que rien ne t’y oblige mais seul, je n’ai aucune chance de retrouver l’endroit où se sont dirigés Bayard et ce guerrier vampire, ce Phébus.

- Enfin. Tu as pris ta décision.

- Oui ! Il faut que je les retrouve.

- Et Balios et moi sommes les seuls capables de remonter la piste de Bayard puis le rejoindre. Mais ensuite, que vas-tu faire ?

- Il me faut rencontrer ce vampire, c’est tout ce que je peux te dire pour l’instant, Xanthos.

- Je ne pourrai pas rester éloigné bien longtemps des miens, seigneur Rivalen. Dès que je les aurais retrouvés, il faudra te débrouiller seul. Sois prudent, d’après ce que j’ai pu voir, c’est un combattant plus que redoutable, même blessé. Sur ce point-là aussi, vous vous ressemblez.

- Je sais, Xanthos mais il a aussi une immense fierté.

 

Et sur ces derniers mots, il avance une main étroitement gantée vers Xanthos qui baisse avec lenteur sa nuque, mouvement par lequel il accepte d’offrir son aide à l’archer elfe. Et Rivalen s’empresse de grimper sur son échine puissante. Le cheval-fée se redresse aussitôt. La plupart des elfes sont capables de courir vite et longtemps mais Rivalen sent que les choses ne vont pas comme il faut et que si l’on ne fait rien, tout risque de se précipiter. Sans doute vers le pire. Et l’unique solution semble devoir passer par ce chasseur. De toute manière, il sent qu’il ne peut demeurer davantage parmi les siens… Qui sait ce qu’il se passera si cette sensation continue à aller en grandissant…

 

Et l’idée de devenir le bourreau involontaire de ses proches est tout simplement intolérable à Rivalen. Mieux vaut l’exil ou bien…

 

- C’est trop tôt pour envisager une telle solution, seigneur Rivalen !

- Xanthos ?

- Tu parles sans même te rendre compte.

- Mais ?

- Attend d’abord de voir. Ce chasseur a dû survivre et la solution passe par nous et Bayard…

 

Et le soleil est encore en pleine ascension lorsque Rivalen prend la route de l’est grâce à l’aide Xanthos. Quelques instants plus tard, les deux voyageurs sont rejoints par Balios. L’elfe blond sourit. Il s’y attendait depuis le début. Il les connaît depuis bien longtemps ces deux-là. Les deux frères sont inséparables. D’authentiques jumeaux même si le secret de leur naissance se perd dans la nuit des temps.

A Suivre...

Par Liry - Publié dans : Le chasseur du crépuscule - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 20:25

 

Voilà, en recevant le commentaire de Twinkle (n'hésitez pas à visiter son blog : link) sur mon conte de Chine "Une lune et deux soleils... Trois astres pour deux vies..." ,

je viens de réaliser que j'avais oublié de proposer l'illustration associée. L'un de mes dessins aux crayons de couleurs.

J'en profite aussi pour rajouter quelques détails sur la naissance de cette histoire.

En fait, je l'avais écrite lors d'un projet commun avec Twinkle et d'autres... C'était le projet "A l'ombre de Fusang" dont je vous avais touché deux mots dans un autre article.

Si vous souhaitez en savoir plus, suivez simplement le lien.

Le chaudron félé... A l'ombre de Fusang

A bientôt

Liry

Par Liry - Publié dans : Illustrations - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 15:08
Un petit conte sur le thème de la Chine fantastique...


Depuis la nuit des temps, la lune et les dix soleils, fils de Xihe, traversaient les cieux sans jamais se croiser. Il aurait dû toujours en être ainsi. Pourtant quelque chose allait venir troubler cet équilibre.

 

C’était très inattendu. Et lorsque cela se produisit, ce fut en plein milieu d’une sorte de jeu.  Une simple et innocente plaisanterie entre les soleils.

 

Cela commença donc en fin de nuit. Oh ! Elle n’avait rien d’extraordinaire. C’était juste une nuit comme tant d’autres, perdue dans l’immensité de la course du temps. Une simple nuit de soie, douce et fraîche, magnifiée par l’éclat dansant des lucioles. Modestes étoiles terrestres se joignant aux chœurs de leurs cousines célestes pour saluer leur plus proche amie, la dame entourée de ses voiles argentés.

 

Malheureusement cette fois, trop de temps s’était écoulé et aucune d’elle ne put capter le plus petit de ses regards. Son attention toute entière avait dérivé vers les eaux encore dormantes de l’immense lac de l’Orient. Pourtant c’était bien loin si loin du lieu où elle se dirigeait à chaque fois que l’aube aux doigts de rose approchait. Elle se pencha avec douceur et caressa d’un rayon diaphane la surface de l’onde. Puis, elle frôla du même geste léger l’écorce assombrie de Fusang. Xihe lui sourit du haut de son palais brillant. Jamais la mère de tous les soleils ne manquait ce rendez-vous unique.

 

Et jamais, quelque soit sa forme, la lune n’oubliait de la saluer en retour avant de toucher avec délicatesse l’une des plus hautes branches de l’arbre de Fusang. Instant fugitif suspendu entre deux astres si différents.

 

Et ainsi, comme tous les matins, une lumière rougeoyante répondit à ce geste empli de sérénité. Lueur chaude à l’est, précédant l’envol imminent de l’astre du jour alors que la dame d’argent s’effaçait tout en douceur.

 

Ce matin particulier donc, ce fut le tour de Septième soleil. Un bon étirement, un œil à ses frères encore pelotonnés sous l’écorce éternelle et il s’éleva avant de se mettre en route. Pourtant quelque chose ennuyait leur mère. Depuis quelque temps, Xihe ne cessait de les guetter mais elle se rassura en le voyant partir dans un léger bruissement de feuilles. Il avait bien hésité un bref moment avant de s’en aller, pas grand-chose, juste quelques secondes, faisant mine de s’amuser avec les eaux miroitantes du lac de Tanggu.

 

Septième s’éloigna très vite de son immense demeure perdue au milieu des eaux. Il aurait voulu jeter un œil à Dixième, à la fois son plus jeune frère et son jumeau. Seulement, il avait remarqué les soupçons de Xihe. Quoique lui et ses frères ne faisaient rien qui puissent l’inquiéter à ce point. Juste un jeu …

 

En fait, ils ne souhaitaient simplement qu’une chose toute simple : sortir un jour ensemble, ou au moins à deux. Mais cela ne se pouvait, ne devait arriver. Toujours, leur mère le leur rappelait. Un seul soleil devait traverser le ciel d’est en ouest. Pourquoi ? Elle seule le savait.

 

Seul un soleil devrait briller par jour. Un seul ! Toujours. Sinon, trop de lumière brûlerait la terre et… Non, Xihe refusait d’y songer…

 

Loin de penser à cela, Septième continua son voyage, montant toujours plus haut, vers le zénith. Il se détendit lorsque les eaux du lac Tanggu disparurent de son champ de vision. Aujourd’hui encore leur petit stratagème allait réussir. Dire que ça n’avait commencé que comme une sorte de défi. Et chose incroyable, tous les frères étaient dans la confidence et se soutenaient.

 

L’idée n’était pas de lui mais de Dixième. Quoique n’importe lequel des dix aurait pu l’avoir. Il n’avait d’ailleurs eu aucune difficulté à les convaincre. Tous aimaient observer la terre vivre sous leurs rayons ou au travers de la soie des nuages. Mais ils étaient aussi tristes de ne pouvoir sortir qu’une seule fois tous les dix jours. Et puis, Dixième semblait préoccupé depuis ces dernières sorties. Il souhaitait juste obtenir une réponse à ses nombreuses questions et les autres avaient décidé de l’aider. Même les deux plus vieux.

 

Comme Septième approchait du lieu du rendez-vous, il s’intéressa de nouveau à se qui se déroulait sous ses ailes. Des taches noires et blanches sous le jade et l’or des feuillages le tirèrent définitivement de ses réflexions. Il s’approcha des formes placides en train de ployer les tiges souples des bambous. Et les pandas le saluèrent d’un lent mouvement de pattes. Puis ce furent les oiseaux et tous les autres êtres. Seuls les hommes ne prenaient plus le temps de le saluer. Ils étaient encore bien trop occupés.

 

Un bref coup d’œil vers le sol et les cités humaines lui confirma ses pensées. Cette journée encore, du tumulte s’élevait des terres, accompagné de feux et de bancs de poussières. Cela faisait plusieurs jours qu’ils suivaient ensemble cette nouvelle bataille. Ils les voyaient tous ces guerriers avec leurs tentes sur les champs dévastés. Et parmi eux, un couple se débattait…

 

Enfin, c’était ce que Dixième lui avait raconté. Septième, lui ne pouvait les voir ni les entendre. C’était si intrigant. Dixième ne les connaissait pas et pourtant, ils avaient réussi à le toucher. Connaissaient-ils vraiment son nom ? Celui que lui avait donné Xihe ? Septième soleil se demandait toujours pourquoi. Pourquoi eux parmi tous les autres ? Tout ce qu’il savait c’est que malgré les neufs jours de distance, ils arrivaient toujours à retrouver Dixième. En plus, il était le seul d’entre eux à les entendre. Aussi, comme il craignait toujours de les perdre avec leurs neuf jours d’écart, il avait imaginé ce plan. Il put même en plus de l’aide de ses frères, compter sur celle d’amis de longue date, les dragons de l’air. Ces derniers le conseillèrent sans l’ombre d’une hésitation. Ils connaissaient toutes les courbes et les failles de la terre. Certaines de ses montagnes était si hautes et si grandes que Dixième soleil pouvait s’y cacher avant de se substituer quelques instant à l’un de ses frères. Puis, le jeune replongeait sous les terres avant de se faufiler de nouveau sous l’écorce de Fusang. Quelques instants avec deux soleils dans le ciel, juste quelques secondes, c’était si bref que personne ne voyait rien. Ainsi, ils ne craignirent rien, enfin, jusque maintenant.

 

- As-tu enfin trouvé ce que tu cherchais, Dixième ?

 

Lui demanda Septième une fois son périple achevé. Autour d’eux, les autres ne manquaient pas une miette de la discussion. Ce jeu commençait doucement à devenir long, les lasser. Et puis, Xihe finirait bien par les surprendre. Deux soleils cote à cote dans les airs, même très peu de temps, cela finirait bien par se remarquer.

 

- Pas encore mais quelqu’un m’appelle.

- Tu es sûr ?

- Oui ! Mais chaque fois que je m’approche, ça s’arrête !

- Il faudra bien que tu y arrives à leur parler avant que mère ne nous surprenne.

 

Deuxième soleil, qui n’avait rien perdu de la conversation, tapa rapidement sur la couronne ambrée de son cadet, lui indiquant la cime de Fusang. Xihe se laissait couler le long de l’arbre et arrivait vers eux. Des rives verdoyantes de Tanggu, ce fut magnifique. Fusang brillait de voir les neuf frères et leur mère réunis sur une seule branche. Et sur l’onde, les lotus s’ouvrirent tous en même temps, offrant leurs larges corolles aux rayons déclinants.

 

- Que manigances-tu mon fils ?

- Rien mère.

- Attention, n’oublie jamais que toi et tes frères devaient toujours sortir seuls.

 

Dixième prit l’allusion très au sérieux. Leur jeu ne pourrait plus durer bien longtemps même si cette fois encore, les complices s’en étaient sortis. Après tout, Xihe aimait infiniment ses fils et les voir si proches la remplissait de joie. Elle se demandait juste à quoi rêvait donc le plus jeune d’entre eux.

 

Se sachant surveillé, Dixième soleil arrêta un moment son jeu. De toute façon, deux jours plus tard, c’était son tour. Ses frères l’avaient rassuré sur le sort des humains qu’ils suivaient. Et les voix semblaient s’être apaisées. Peut-être ne souhaitent-elles plus lui parler. Tout allait donc mieux. Malgré ces guerres perpétuelles.

 

Son tour vient vite et son voyage commença le mieux du monde. Il approchait lentement de ce lieu qui l’attirait tant. Soudain des cris de terreur vinrent stopper sa course en plein ciel. Immédiatement ses yeux furent assaillis par des colonnes de fumées, des volutes immenses qui montaient vers lui, chaudes, bien moins que lui bien sur mais surtout elles étaient sombres, nauséabondes et sacrément irritantes. Alarmé, il se baissa vers la terre. Le village de ses deux protégés était en train de brûler. Des animaux, porcs et les volatiles fuyaient de tous côtés entre les dernières maisons et les champs de millets.

 

Dixième soleil savait qu’il n’était nullement le responsable même si lors de ses derniers voyages, il s’était parfois un peu trop rapproché. Et puis, pourquoi ferait-il ça ? La voix le heurta une nouvelle fois de plein fouet. Elle résonna furieusement dans sa tête. Sa souffrance était telle qu’il ne put reprendre sa course alors que le temps lui continuait de s’écouler. Ce qu’il lui était difficile de se détacher. Ce cri, cette voix féminine qui pleurait, c’était celle de la femme qui n’avait cessé de lui parler. Sans que jamais il ne lui réponde. Elle cherchait son amoureux, demandant toute l’aide possible, même celle du soleil, donc la sienne. D’après elle, son compagnon s’était perdu dans la nuit. Mais il ne put en savoir davantage pas car la voix s’éteignit, ramenant Dixième au jour qui s’achevait. Il s’empressa alors de rejoindre l’ouest.

 

Encore très ému par ce voyage, Dixième rejoignit sans un mot l’arbre de Fusang. Il entendait toujours cette voix triste même maintenant alors qu’il se reposait confortablement sur les branches. Xihe, surprise de voir son fils aussi tourmenté, s’approcha.

 

- Mon fils ?

 

Il lui répondit avant même qu’elle ne précise sa question.

 

- C’est à cause de mon dernier voyage. Quelque chose m’a touché. Une voix féminine. Elle pleure depuis la perte de son amour mais il est loin dans la nuit.

 

Xihe ne cacha pas sa surprise. Mais elle comprit vite.

 

- La magie ! Elle ne peut être qu’une magicienne pour réussir à te parler si facilement. Elle doit savoir ton nom et celui de la lune. Peut-être même celui de tes frères. Elle a sans doute voulu utiliser ses pouvoirs pour sauver son amour et les autres villageois.

 

Dixième n’avait pas besoin d’entendre plus pour la croire. Il avait vu les terribles combats de cette seule journée. Et ils avaient été encore pires que les précédents.

 

- Quelque chose a dû se passer avant qu’elle ne termine ses incantations.

- Oui ! Sans doute mais si elle a raté, ils seront séparés à jamais. Les humains ne peuvent revenir sans aide une fois partis dans la mauvaise direction

- Ce qui m’inquiète le plus, c’est que toi, tu entendes la femme. Alors que normalement, ce serait à la lune de l’aider. Elle y arriverait sans problème.

- Mais qu’est-ce qui va lui arriver. Si elle est perdue toute seule au milieu de toutes ces batailles ? Ces combats semblent ne jamais devoir s’arrêter.

- Les guerriers ne l’approcheront pas, mon fils. La magie l’a changée. Elle est devenue une sorte de fantôme. Ils ne la verront plus comme une femme normale. Et la fuiront…

 

Et l’homme ? Son amour ? Dixième ne savait ce qu’il était devenu. Ni même s’il vivait encore. Le jeune soleil se laissa retomber sur son lit d’or et d’argent. Et Xihe le veilla les jours suivants.

 

Dixième ne tentait plus de se substituer à l’un de ses frères. Mais il ne manquait pas non plus de les interroger. Malheureusement, ils ne purent rien lui dire. La femme continuait à errer sans qu’ils ne puissent l’entendre. Le temps passait ainsi mais il ne pouvait oublier les deux fantômes. Surtout celui de la magicienne qui ne cessait de l’appeler à chacun de ses voyages. Espérant trouver un début de solution, il demanda…

 

- Mère. Jusque quand ?

- Si elle ne vit plus normalement, cela risque de durer indéfiniment …

 

Mais Dixième ne pouvait se résigner à abandonner. Les jours s’écoulèrent et devinrent des mois et il essayait toujours de les retrouver et les ramener. Profitant du fait que la vigilance de sa mère avait baissé avec le temps, il reprit son jeu avec ses frères, enfin juste les trois plus jeunes, les autres refusant tous.

 

Par chance, il n’eut guère à attendre. Il venait juste de se substituer à son frère Huitième qu’une sorte de lumière aveuglante vint l’éblouir.  Eblouir le soleil ? Voilà qui n’était guère courant. Intrigué, Dixième se pencha. Un autre magicien ! Il se sauva en remarquant un changement chez le jeune astre. Dixième se sentit démasqué. A croire que cet homme savait pour eux et pouvait même les distinguer.

 

Croyant enfin tenir quelque chose, il se pencha vers lui et son village. Un endroit comme tant d’autres. A la différence qu’il était entouré par un mur de flammes. Complètement cerné sans qu’elles n’atteignent ou ne viennent simplement lécher les maisons et habitants.

 

Voilà qui ne manqua pas d’intéresser un jeune soleil avide d’histoires à raconter à l’ombre de Fusang. Il vit les cavaliers courir tous le long des palissades. Puis les flammes se déchaînèrent de plus belle, les obligeant à reculer. Elles finirent même par monter droit vers Dixième. Trop subjugué par ce spectacle pour s’éloigner, il en oublia sa course. Quoique, pour l’instant, personne ne semblait s’en inquiéter. Normalement, il aurait déjà dû être plus loin, de l’autre côté des forêts, là où il devrait rendre sa place à Huitième.

 

Soudain, il crut voir le magicien.  

 

A l’autre bout de la terre. Fusang tremblait. Que faisait donc Dixième en plein ciel ? Surtout que c’était Huitième qui s’était envolé à l’aube. Les sept autres soleils attendaient en plus de Neuvième. Xihe, elle-même, ne put retenir son inquiétude. Huitième avait dû se résoudre à continuer sa route puis s’était couché à l’ouest. Mais la lumière de Dixième, elle, rayonnait encore.

 

Une nuit avec l’un des dix soleils ! Cette fois, Dixième était allé trop loin mais il ne le savait pas. Il ne s’en était pas rendu compte. Il avait juste suivi le magicien jusque dans son antre, là où les montagnes atteignaient presque le ciel. Une vaste grotte. Le jeune astre aurait pu s’y engouffrer comme il le faisait déjà dans la grotte des dragons. Il allait d’ailleurs le faire lorsqu’il entendit une autre voix. Forte, puissante, celle d’un homme, un guerrier. Surpris, il se releva si brusquement qu’il en heurta presque la lune.

 

Confus, il se dirigea aussi vite que le lui permirent ses rayons vers l’ouest et s’y coucha non sans embraser le ciel. Une nuit rougeoyante s’en suivit sans qu’il n’entende les paroles de déceptions de l’homme.

 

- Attend, je voulais juste que tu connaisses ce lieu. Puisque toi, tu peux les entendre et les sauver !

 

Entendre quoi ! Juste une voix forte. Celle d’un guerrier perdu quelque part dans l’infini mais cette partie du jour était réservée à la dame d’argent. Il ne pouvait rester davantage sans risquer les foudres de sa mère Xihe. Ce qu’il allait sans doute devoir bientôt endurer. Et il ne saurait quoi lui dire.

 

Et en effet, la colère de Xihe fut énorme. Encore un peu plus et le jeune soleil aurait détruit l’équilibre. Elle demanda ensuite à ses autres fils de l’aider à retrouver cet humain capable d’ensorceler l’un des dix soleils. Dixième aurait bien voulu les renseigner mais il ne savait pas grand chose. Juste que cet homme ne semblait pas être très âgé et était vêtu d’une simple robe sans le moindre ornement. Il avait aussi une longue chevelure noire et lisse ainsi qu’une fine moustache se terminant en pointe mais c’était tout. Il ne put leur en dire plus.

 

De son côté, l’homme regardait le ciel d’un air triste. Sans l’aide du soleil, les pleurs de la petite magicienne aux cheveux de soie ne s’éteindraient jamais. Il avait bien essayé d’user de son savoir pour retrouver le jeune couple mais rien n’y faisait. Seul Dixième pourrait les aider.

 

Mais c’était encore trop tôt. Il laissa plusieurs jours se passer. Du moins, c’est ce que Dixième pensait. Depuis ce fameux jour, il n’entendait plus rien, hormis la voix de la magicienne qui s’atténuait. Pourtant, le magicien finit par réapparaître. Là où Dixième ne l’attendait pas. Il l’avait simplement suivi à l’extrême ouest là où il devrait normalement se coucher. Aller jusqu’à la demeure de Xihe aurait été trop risqué mais le suivre jusqu’à l’ouest n’effrayait nullement l’homme.

 

Dixième le trouvant sur sa route, ne put que l’écouter. Que risquait-il ? Il crut même l’homme fou pour avoir osé le suivre sous les terres. Il eut d’ailleurs tout juste le temps de comprendre son message avant que les rayons rougeoyants ne le chassent à jamais. Mais au moins, il avait enfin sa réponse lorsqu’il rejoignit Fusang.

 

Le guerrier ne pouvait que le suivre lui, le soleil et la magicienne ne pouvait que suivre la lune. Normalement, ils auraient dû les aider à se sauver et sauver les autres lors de la bataille. Mais le sort avait échoué. Pire, tout s’était inversé. Et pour que tout cela cesse enfin, ils devraient se retrouver tout les quatre ensemble. Faire luire le soleil la nuit ou apparaître la lune le jour. Et la magie ferait le reste.

 

De retour auprès des siens, Dixième leur appris l’histoire que l’homme, le père du guerrier, lui avait contée. Xihe respira. Maintenant, elle savait qu’elle n’aurait plus de soucis à se faire avec cette sorte de magie. Il ne lui restait plus qu’à sauver cette femme pour que son fils retrouve la paix. Une dernière, ultime substitution et ce serait enfin fini…

 

C’est ainsi que le jour où deux soleils allaient briller arriva. Ce fut Septième que le sort désigna pour aider Dixième. Les deux jumeaux volèrent d’abord ensemble jusqu’à ce que Dixième atteigne la grotte du sorcier. Il se laissa glisser sous la roche, la teignant de rouge. Et il attendit là, seul, alors que Septième continuait tranquillement sa route. Il le fallait bien pour que la lune apparaisse à son tour dans le ciel.

 

Ce qui se produisit dès que Septième disparut à l’ouest après avoir embrasé un ciel sans nuages. Son voyage commença normalement, comme toutes les nuits précédentes jusqu’à ce qu’elle eut la surprise d’assister à un étrange lever de soleil. Alors qu’elle n’avait même pas fait le dixième du trajet.

 

Ce fut à ce moment qu’elle entendit pour la première fois la voix de Dixième. Il lui demandait juste de continuer. Elle arriva très vite près du jeune astre qui allait immanquablement croiser son chemin.

 

Et il choisit cet instant précis pour éclairer brutalement la terre. Aussitôt, la voix de la femme se fit entendre et il illumina cette voix de ses rayons. La lune approcha encore jusqu’à ce qu’elle soit bien devant lui, ne laissant plus voir que sa couronne rougeoyante depuis la surface de la terre. Elle allait lui demander quelques menues explications mais il la devança.

 

- Entends-tu le guerrier ?

- Oui !

- Montre-moi où il est.

 

Le rayon pâle ne tarda pas à frapper à son tour le sol. Et aussitôt, elle comprit ce que voulait le soleil en le voyant faire de même. Il n’eut même pas besoin de lui demander de l’imiter. La magicienne se retrouva ainsi à son tour doublement baignée par une lune étrangement sombre et un soleil presque invisible derrière elle.

 

La suite ? Les deux astres toujours l’un près de l’autre purent entendre les deux humains se parler, se retrouver. Puis la magie reprit le dessus et les deux être réapparurent entre les tiges de bambous. Leurs cris firent sursauter le soleil et la lune qui ne pouvaient demeurer indéfiniment ainsi, immobiles l’un devant l’autre en plein ciel. De nuit ou de jour ? Qui aurait pu vraiment le dire ? La dame d’argent reprit simplement sa course alors que Dixième s’enfonça de nouveau dans le sol, filant vers Fusang.

 

Le couple les regarda un moment. Ils avaient perdu toute leur magie dans cette aventure et ne pourraient plus rien leur demander jusqu’à ce que leurs vies arrivent à leurs fins mais qu’importe. Ils étaient sauvés et ensemble.

 

De leurs côtés, les soleils et la lune n’auraient plus besoin de se rencontrer. Ils ne le savaient pas encore mais les prochains sorciers n’auraient plus cette difficulté. Que ce soit au soleil ou à la lune qu’ils s’adressaient, ils arriveraient toujours à leur parler.

 

Quant à Dixième et à la lune, ils n’oublièrent jamais cette nuit unique où ils s’étaient rencontrés. Mais qui sait si, dans l’avenir, les deux astres ne se recroiseront plus jamais ?



Par Liry - Publié dans : Courtes histoires fantastiques - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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