Voici la suite des aventures du vampire Phébus perdu en territoire elfiques...
Le Chasseur du Crépuscule – Au cœur de
Sélénya
Le ciel se couvre en un long voile vaporeux, s’étirant avec grâce au dessus de la clairière. Puis,
c’est le vent qui se lève avec sa douce fraîcheur. Ainsi en a-t-il toujours été dans cette partie de la forêt. Calme et fraîche. L’idéal pour se reposer sous
les frondaisons des arbres hôtels. Mais c’est pourtant d’un geste agacé, geste qui lui ressemble si peu, que Rivalen repousse ses longues mèches en arrière. Il serait bien plus simple de les
attacher mais depuis, son plus jeune âge, l’elfe archer a toujours préféré les laisser libre. Libre et sauvage comme lui.
Soudain, la lumière s’impose à nouveau, puissante et vive. Et l’elfe
cligne des yeux en un vain geste protecteur. La lumière, ultime obstacle à ma vie chante-t-il alors de sa voix si chaude. Et il ne sait même pas d’où
lui viennent ces quelques vers. A moins que ce ne soit l’autre qui les ai laissés s’échapper ? Le Chasseur
du crépuscule… Rivalen le revoit se hisser en un seul geste sur l’échine si pâle de Bayard, le cheval-fée, puis se pencher pour murmurer à ses ouies. Et pourtant, ils étaient si
éloignés l’un de l’autre à cet instant-là mais les sens de Rivalen sont si aiguisés qu’en dépit du vacarme assourdissant, il a pu tout saisir. Et ce fut aussi à ce moment-là que le vampire laissa
s’échapper cette incroyable confidence Le soleil. Phébus, son nom est celui que son peuple donne au soleil, son plus terrifiant ennemi. Le seul capable de
le mettre définitivement hors d’état de nuire. Et Bayard qui l’a entraîné. Loin d’eux. Loin des combats…
Bayard… Pourquoi ? Alors qu’il t’aurait été si simple de le
clouer définitivement sur le sol. Toi qui possèdes le plus puissant coup de sabots de tous les chevaux elfiques.
Tout est encore si frais dans sa tête. Il n’a d’ailleurs qu’à incliner
légèrement le visage de côté pour voir de ses longs yeux bleus, les nombreuses traces laissées par les fers du cheval-fée. Et s’il n’y avait que ça.
Rajoute-t-il avec amertume. Tant de cicatrices marquent ces lieux. Vestiges du passage ensanglanté des vampires.
Vampires. Jamais, il n’avait croisé ce genre d’êtres
auparavant. Alors que cela fait plus de mille ans qu’il parcourt les territoires elfiques du royaume des Sèves. Et bien davantage encore. Ses pas l’ayant parfois mené au-delà de la mer de roche.
Et les dangers, il les connaît. Il en a déjà tant affrontés, de toute sorte allant de leurs plus féroces adversaires aux sourciers ténébreux ou autres subjugueurs envoûteurs. Et ces vampires
n’entrent dans aucune des catégories connues. Qui sait ce qu’il pourrait arriver en cas de nouvel assaut ?
Et dans un accès de rage soudain, il broie l’une de ses flèches de ses
propres mains. Attitude si éloignée de son calme habituel. Un soupir lui échappe alors qu’il sent une présence approcher, lentement, avant qu’elle ne se précise entre deux troncs. Il sourit en
reconnaissant Mélya, son amie d’enfance, pratiquement une sœur. Il la contemple un instant sous le soleil, sa longue et fine silhouette soulignée à merveille d’une soyeuse tunique vert pâle.
C’est étrange mais elle lui semble un peu différente, comme sublimée par la pluie de lumière. Un peu déstabilisé, Rivalen se laisse aller contre l’écorce tendre de l’un des troncs abattus. Bien à
l’ombre. A l’abri de l’ombre si douce en regard de l’éclat trop brûlant du soleil.
Il respire à fond, se sentant tout de suite beaucoup mieux. Le
soleil… Mais depuis quand le soleil… me blesse-t-il de cette façon ? Alors qu’auparavant, il ne m’avait jamais fait souffrir. Et le temps qu’il se masse des paupières devenues bien
douloureuses, Mélya l’a rejoint. Ce qu’elle lui semble pâle d’un seul coup, attirante… Si délicieuse. Et cela l’inquiète un peu. Il est assez fin pour se rendre compte qu’il change, sans que cela n’altère son physique
irréprochable. Semblable et différent mais en quoi ? La voix de Mélya par contre, elle, n’a pas changé. Rayonnante, elle le salue avant de l’empêcher de se
relever.
- Doucement, grand frère. Il faut que je soigne tes
plaies.
Rivalen sourit en attendant ce terme affectueux avant de lui
répondre.
- Tu ne devrais pas t’occuper de moi. D’autres ont certainement
davantage besoin de tes talents de guérisseuse que moi.
Elle lui redresse alors la tête.
- Mais toi, tu as affronté seul l’un de ces monstres avant que ses
semblables ne te tombent aussi dessus.
Et sous le poids de ses arguments, en fait il n’a jamais été fichu de
résister à Mélya, Rivalen se laisse finalement examiner. A voir son expression ravie, ses plaies ont du cicatriser encore plus vite que prévu. A moins qu’il n’ait été moins grièvement blessé
qu’il n’y paraissait.
- Dis-moi, Rivalen… glisse-t-elle d’une voix
douce.
- Oui !
- Qu’étaient-ils vraiment venus faire ici ? Juste prendre de la
force, des vies ?
L’archer ferme un instant les yeux pour réfléchir. Prendre des vies ? A vrai dire, il n’y croit pas vraiment. Comment dire, ces chasseurs, bien que plus faibles que Phébus, n’en étaient pas moins
redoutables. Alors pourquoi auraient-ils abandonné des proies aussi vulnérables ? Et juste à portée de leurs crocs ? Aussi, rouvrant les yeux, il répond.
- Je dois t’avouer que je ne sais pas vraiment,
Mélya.
- Tu crois qu’ils voulaient autre
chose ?
- C’est plutôt celui qui s’est échappé avec Bayard qui les
intéressaient. Mais je ne peux t’en dire plus
La jeune elfe, alors occupée à ranger ses pansements, suspend soudain
son geste avant de l’interrompre.
- Tout c’est passé si vite ! Et tu es l’un des seuls à les avoir
vraiment contemplés.
A ces mots, l’archer baisse la tête. Il aimerait mais ne peut lui faire
part d’un autre fait qui ne cesse de le tourmenter. Le chasseur du crépuscule, celui qui s’est échappé ! Pourquoi me ressemble-t-il tellement ? Son visage est comme celui de ces
mauvais rêves qui ne cessent de me hanter. Et sans cesse, je revois la lune. La lune qui nous révèle l’un à l’autre. Avant que tout ne s’enchaîne et que Bayard ne l’entraîne au loin.
Soudain, il émerge, sentant le regard de son amie fixé sur lui. Elle le regarde avec tant d’intensité.
- Oui ! A part moi… Mais ces Fondateurs n’ont plus d’importance,
Mélya. Plus maintenant, Ils se sont tous évanouis et ne reviendront plus. Ils ne veulent pas de notre monde. Ils me l’ont assez dit…
Il sourit en voyant les traits graciles se détendre. Cela lui fait tellement chaud au cœur. Aussi,
hésite-t-il à enchaîner mais il ne peut se soustraire aux splendides yeux d’émeraude qui ne cessent de l’interroger, sans un mot. Et prenant une profonde
inspiration, il reprend.
- Mais il en reste un, Mélya. Un seul qui en plus a réussi à s’échapper.
A moins que…
- Que ?
Le doux timbre chantant de la jeune elfe s’est quelque peu terni aux
dernières paroles de son ami.
- Les chevaux, Mélya.
Enchaîne-t-il soudain en se relevant, semblant brutalement changer de
sujet. Pourtant, la réaction de Mélya prouve qu’elle a parfaitement compris où il voulait en venir. Et l’obligeant à se rasseoir, elle lui demande.
- Xanthos et Balios. C’est bien à eux que tu penses. N’est-ce pas, grand
frère ?
- Oui ! Ainsi qu’à Bayard…
- Bayard ?
La guérisseuse penche alors son fin visage d’albâtre sur le côté,
faisant s’écouler une véritable pluie d’or brillant sous les feux du soleil. Puis, se penchant sur Rivalen, elle plonge directement son regard dans le sien. Les deux elfes restent un instant
immobiles. Puis, Rivalen se relève, repoussant légèrement Mélya devant lui. Il avance ensuite sans un mot, entraînant la blonde guérisseuse dans son sillage. Ils se connaissent tous les deux
depuis si longtemps qu’ils n’ont plus vraiment besoin de se parler.
A mesure que les pas de Rivalen se rapprochent des dernières hautes
herbes, les lieux du carnage se précisent. Mélya hume l’air avec une grimace de dégoût. Elle en blêmirait presque alors qu’elle est une guérisseuse, habituée à la vue des pires blessures. Mais
pourtant, là, elle est au bord de la nausée. En effet, le sang séché et si sombre des Fondateurs, tombés sous les sabots de Xanthos et Balios, lui inspire un terrible malaise.
Surtout lorsqu’elle voit Rivalen se pencher vers le sol, écartant avec douceur une touffe d’herbes roussie.
- Oui ! C’est là que nous étions, tous ensemble, avant que Bayard
ne l’emmène au loin. C’était juste avant que le soleil n’apparaisse à l’horizon…
L’elfe archer se revoit attaqué par les trois vampires avant que Phébus
ne s’en mêle. Sans doute par fierté, par jalousie mais il y avait aussi autre chose même si Rivalen ne pouvait et ne peut toujours pas mettre de nom
dessus. En tout cas, une chose est sûre, cette réaction l’avait vraiment très perturbé. Il doit bien le reconnaître. Et s’il n’y avait que ça. Car celle des chevaux elle-même avait eu de quoi
l’intriguer. Et songeant justement à eux, il revoit les deux frères se tenir droit devant lui alors que Bayard chargeait le chasseur du crépuscule sur son dos. Le sang dégoulinait en flots
sombres presque noirs. Il avait blessé Phébus à plusieurs reprises. Il avait même absorbé son sang. Mais leurs blessures à tous deux n’étaient encore rien, comparées à celles des trois vampires
que les deux frères massacrèrent sans l’ombre d’une hésitation. Et c’est leur sang qui avait giclé, éclaboussé les robes et les pattes des chevaux, les parant de bien étonnantes flammes
écarlates. Lui-même aussi était bien parti pour en être recouvert lorsqu’il se hissa, à son tour, sur l’échine puissante de Balios avant que l’étalon ne le ramène enfin auprès des
siens.
Mais il avait aussi eu le temps de voir l’image du chasseur du crépuscule qui se tenait droit et fier
sur la plus sauvage de toutes les montures. Le blond archer connaît effectivement Bayard depuis très longtemps. Et il n’ignore pas que l’étalon elfique
n’offre sa force qu’à ceux qu’il estime vraiment…
Et ce vampire force le
respect. Autant par la résistance qu’il lui avait opposée que par son attitude “noble”. Puis, revenant à la réalité, Rivalen se retourne vers celle qu’il considère depuis toujours comme
sa sœur…
- En effet, Bayard se tenait à cet endroit précis alors que les deux
frères se dressaient là, face aux trois vampires.
- Mais il n’y a pas que cela, n’est-ce pas…
- Bayard... Bayard devrait être déjà de retour. Je sais bien que le
reste de la harde ne risque plus rien mais il devrait déjà être revenu… Depuis longtemps…
A ces mots, Mélya s’inquiète soudain. Alors, en un geste d’apaisement,
Rivalen pose la main sur son épaule. La belle guérisseuse se sentirait aussitôt rassurée s’il n’y avait ce reste de fièvre chez Rivalen. Aussi, surprenant son regard inquiet, l’archer s’efforce
de répondre d’un air enjoué.
- Mais il va bien, Mélya ! Sois-en sûre. Il est encore plus ancien
que nous. Et puis, va savoir ce qui se passe dans la tête du plus puissant des chevaux-fées. Aucun de nous ne le sait vraiment, petite sœur. Les chevaux elfiques ne nous appartiennent pas. Ils
vont, ils viennent et n’ont pas grand-chose en commun avec les autres animaux.
- En fait, c’est surtout le vampire qui t’a blessé qui m’inquiète, grand
frère. Il est bien plus qu’un simple chasseur. Tout ce qu’il s’est passé prouve qu’il est aussi un magicien. Il suffit de voir comment il s’y est pris avec les loups.
- Oui ! Et c’est peut-être l’une des raisons pour laquelle Bayard
tarde tant à revenir… Moi aussi, je resterai bien près de lui pour savoir… Savoir enfin…
Le timbre presque mélancolique de Rivalen fit soudain sursauter Mélya.
Un peu comme si l’archer enviait d’une certaine façon le cheval-fée. Oui, Bayard n’est pas revenu. En fait, il est simplement resté là-bas, loin sur la mer de roches, là où aucun elfe ne pourrait
se rendre sans encombre par ses seuls moyens.
Mais deux autres êtres par contre, en sont aussi capables et, eux aussi,
sont loin de n’être que de simples montures. Bien loin. Ils sont uniques. Et si lointains… L’origine même des trois chevaux elfiques, comme des autres, s’est tarie avec les sources de la mer de
roches. La mer de roche… Là où Bayard a emmené Phébus.
Et parlant d’eux, les deux frères ne sont tous proches. Cela fait
d’ailleurs un bon moment que Rivalen les a remarqués, observant à l’ombre des grands arbres la discussion des elfes.
- Oui ! Il faut que je sache ! Et il n’y a qu’un seul moyen
pour cela. Il faut que je retrouve Bayard. Lui seul peut m’aider.
- Mais… Rivalen…
- Et il faut que j’y aille seul, de la seule manière
possible.
- Les deux chevaux fées n’accepteront jamais. Ils sont comme
Bayard.
Mais c’est peine perdue, le seigneur elfe a pris sa décision et la
blonde guérisseuse ne saura l’en dissuader. Aussi, elle n’a d’autre solution que de le laisser partir après l’avoir salué, tout en lui souhaitant bonne chance. De son côté, l’archer s’en veut un
peu de l’avoir repoussée. Mais ce qu’il s’est passé au cours de cette fameuse nuit avec Phébus l’inquiète beaucoup trop. Autant que lui-même car il se sent plus froid, plus dur. C’est comme si
quelque chose en lui était en train de changer, de se déliter. Non ! Même pas, il ne s’est jamais senti aussi vif. Ses sens déjà si aiguisés sont devenus pratiquement capables de sentir la
vie autour de lui.
- Xanthos…
Il se décide enfin à aborder l’étalon blanc qui accepte étrangement bien
sa présence. Ce qui ne fait qu’augmenter le sentiment de malaise que l’archer ressent au plus profond de lui. Puis, le cheval-fée balance sa longue crinière avant de se poster enfin devant
l’elfe.
- Seigneur Rivalen.
- Oui
L’étalon le repousse. Un moment, Rivalen pense qu’il a changé d’avis
mais ce n’est pas cela. Car il revient aussitôt près de lui.
- Tu ne vas pas bien. Ton odeur est
perturbée.
- Je…
- Oui ! Tu es un prédateur, bien sûr. Capable de chasser. Mais il y
a cette autre chose qui plane dans ton odeur. C’est léger, si subtil.
- Est-ce que cela te rappelle…
- L’autre ? Oui !
- Le chasseur du crépuscule. En plus, s’il n’y avait que cela mais il me
ressemble aussi étrangement. C’est un chasseur très dangereux que je préfèrerais oublier mais…
- Mais ?
- Quelque chose en moi me pousse à faire le contraire… En plus, avec ce
que tu viens de m’apprendre.
En effet, cela avait sonné comme un déclic aux oreilles de Rivalen. Un
nom à mettre sur ce sentiment de malaise indéfini qu’il ressent tout le temps depuis leur affrontement. Tout comme ses yeux qui se remettent à le brûler lorsque le soleil réapparaît. Il abaisse
rapidement la tête, tentant d’échapper à l’ardeur de l’astre du jour… Oui ! Ce chasseur a dû lui faire quelque chose. Sans même qu’il ne s’en aperçoive. Mais que
m’arrive-t-il ? Songe-t-il en se massant le haut du front de la main. Je suis guéri depuis ce matin. C’est à peine s’il me reste
quelques égratignures.
Puis, sans s’en rendre compte, le guerrier serre son arc contre lui.
Voyant cela, Xanthos le pousse alors vers l’ombre apaisante.
- Merci Xanthos, merci beaucoup. Grâce à toi, je suis maintenant sûr que
quelque chose ne va pas en moi.
Oui, je vais mal sans être vraiment malade. Il faut que je
m’éloigne. Que je m’éloigne avant que cette sensation ne revienne…
A peine a-t-il pensé cela qu’il porte ses mains à son estomac. Ses
lèvres lui semblent soudain si brûlantes comme l’intérieur de sa bouche. Une fièvre à nulle autre pareille, une véritable fournaise. Alors qu’en plus de mille ans, j’en ai déjà tellement
vues… Et à laquelle s’ajoute cette réticence à s’exposer aux rayons du soleil… En effet, l’ombre lui parait si douce, si salvatrice. La nuit l’attire irrésistiblement. L’elfe regarde ses
mains. Il souffre. Ses cheveux blonds s’élèvent lentement dans le vent et c’est avec délice qu’il s’y expose. Ce souffle a un tel effet salvateur sur lui. Lui qui a si souvent l’impression de se
consumer de l’intérieur alors que sa peau paraît glaciale aux autres. Mélya lui en a d’ailleurs fait la remarque pas plus tard que ce matin. Sur le moment, il n’y avait pas porté plus d’attention
que ça. Mais maintenant, qu’en penser alors que cette froideur cutanée ne semble avoir aucune envie de le quitter.
Un craquement, des animaux qui passent. Rien de bien extraordinaire en
soi mais ses yeux s’illuminent d’une lueur plus qu’inquiétante. Il n’a plus qu’une seule envie, irrépressible. Les attraper, les prendre, sentir leur vie pulser dans leurs veines. Le sang afflue,
la chaleur du sang, la vie s’écoulant au rythme de leur cœur. Non, je deviens vraiment malade ! Voudrait-il
hurler.
Dans un effort désespéré pour se calmer, l’elfe respire à fond, alertant
de nouveau Xanthos. Pour toute explication, il lève la main, lui quémandant un instant de répit avant de répondre. Il se laisse ensuite glisser contre l’un des arbres hôtels abattus qui, en dépit
de son triste état, parvient encore à l’apaiser. Mais cela ne sera jamais qu’une éclaircie de courte durée. Il en est parfaitement conscient. Et même si cela ne le tuera pas, il ne peut
s’empêcher de trembler. Pas pour lui, bien sûr, mais plutôt à cause de lui. De ce qu’il pourrait faire avec cette folie qui semble vouloir s’emparer de lui. Cette folie ou plutôt cette sorte de
désir irrépressible. Les sangs des autres êtres. Ce précieux liquide pourpre qui coule dans leur veine. Le vampire lui a parlé du sang dont il s’abreuve mais rien d’autre. Mais pourquoi ai-je soudain la même envie que lui de… Le sang… Son sang… ? Son sang que j’ai bu sans vraiment le vouloir … A moins… A moins que son propre sang soit aussi une sorte de poison. Dans ce cas, il ne me reste plus qu’une seule chose à faire, partir à sa recherche. Le capturer. Ou au
moins entrer en contact avec lui et lui prendre un peu de son sang. Nos plus grands guérisseurs finiront bien par trouver une solution, dès qu’ils auront ce sang en
main.
Et son ultime décision enfin prise, l’elfe se retourne vers l’étalon. Sa
demande a toutes les chances d’être rejetée mais il ne perd rien à essayer.
- Xanthos
- Oui !
- J’ai une demande à te faire. Je sais que rien ne t’y oblige mais seul,
je n’ai aucune chance de retrouver l’endroit où se sont dirigés Bayard et ce guerrier vampire, ce Phébus.
- Enfin. Tu as pris ta décision.
- Oui ! Il faut que je les retrouve.
- Et Balios et moi sommes les seuls capables de remonter la piste de
Bayard puis le rejoindre. Mais ensuite, que vas-tu faire ?
- Il me faut rencontrer ce vampire, c’est tout ce que je peux te dire
pour l’instant, Xanthos.
- Je ne pourrai pas rester éloigné bien longtemps des miens, seigneur
Rivalen. Dès que je les aurais retrouvés, il faudra te débrouiller seul. Sois prudent, d’après ce que j’ai pu voir, c’est un combattant plus que redoutable, même blessé. Sur ce point-là aussi,
vous vous ressemblez.
- Je sais, Xanthos mais il a aussi une immense
fierté.
Et sur ces derniers mots, il avance une main étroitement gantée vers
Xanthos qui baisse avec lenteur sa nuque, mouvement par lequel il accepte d’offrir son aide à l’archer elfe. Et Rivalen s’empresse de grimper sur son échine puissante. Le cheval-fée se redresse
aussitôt. La plupart des elfes sont capables de courir vite et longtemps mais Rivalen sent que les choses ne vont pas comme il faut et que si l’on ne fait rien, tout risque de se précipiter.
Sans doute vers le pire. Et l’unique solution semble devoir passer par ce chasseur. De toute manière, il sent qu’il ne peut demeurer davantage parmi
les siens… Qui sait ce qu’il se passera si cette sensation continue à aller en grandissant…
Et l’idée de devenir le bourreau involontaire de ses proches est tout
simplement intolérable à Rivalen. Mieux vaut l’exil ou bien…
- C’est trop tôt pour envisager une telle solution, seigneur
Rivalen !
- Xanthos ?
- Tu parles sans même te rendre compte.
- Mais ?
- Attend d’abord de voir. Ce chasseur a dû survivre et la solution passe
par nous et Bayard…
Et le soleil est encore en pleine ascension lorsque Rivalen prend la
route de l’est grâce à l’aide Xanthos. Quelques instants plus tard, les deux voyageurs sont rejoints par Balios. L’elfe blond sourit. Il s’y attendait depuis le début. Il les connaît depuis bien
longtemps ces deux-là. Les deux frères sont inséparables. D’authentiques jumeaux même si le secret de leur naissance se perd dans la nuit des temps.
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